Merci à Manuka pour sa correction et son soutien. Merci a murza et Newgaia pour leur reviews.
Sa coupure ne saignant plus, elle n'avait plus d'intérêt pour Milo qui se décida enfin à ramasser les débris de la défunte tasse, dernière victime en date de sa colère. De toute façon, le chevalier du Scorpion s'en fichait, il l'avait toujours trouvée horrible cette tasse. Il l'avait seulement gardée par amitié pour Aiolia qui la lui avait offerte mais il ne s'en servait jamais. Comme quoi ce matin, il ne tournait vraiment pas rond.
Pensant qu'il y avait des jours où il valait mieux ne pas se lever, il songea un moment à aller se recoucher tellement la tête lui tournait. Peut-être que s'il trouvait porte close, le Cygne ferait demi-tour. Le souci, c'est qu'en ce moment aucune de ses journées n'étaient un bon jour pour faire quoi que ce soit.
Il rassembla son courage pour aller chercher la pelle et la balayette et profita de son passage devant l'évier pour se passer de l'eau froide sur le visage. Il ne voulait pas que Hyoga le voit dans un état si pitoyable, jamais il ne lui ferait ce plaisir. Et puis il se baissa pour ramasser les débris sans se douter que le Cygne l'observait déjà depuis un petit moment avec un pincement au cœur.
Le chevalier du Cygne, comme les fois précédentes, avait hésité à pénétrer dans le temple du Scorpion quand il avait senti sa colère. Mais cette fois-ci c'était différent. C'était Aldébaran lui-même, après avoir ramené le Scorpion dans un sale état, qui lui avait demandé de venir parler à Milo.
Hyoga avait aussitôt accepté. Il savait que Milo était en train de se détruire et qu'il était responsable de la dépression dans laquelle le Scorpion se noyait chaque jour un peu plus. C'était donc à lui de réparer le mal qu'il avait fait. Il déposa l'enveloppe qui l'avait apporté avec lui sur la table et lui annonça sa présence en augmentant légèrement sa cosmo-énergie.
Milo sursauta d'abord lorsqu'il sentit la température chuter de quelques degrés, puis il ferma les yeux un instant pour se concentrer sur ce froid qui lui était si familier, ce froid qui entourait constamment le Verseau et qui le rendait inaccessible. Les idées encore embrumées par l'alcool et la fatigue, il eut soudain l'espoir fou que Camus était revenu. Toujours accroupi, les yeux fixés sur les débris, il n'osait pas relever la tête de peur que tout ne soit qu'un rêve :
- Camus ?
Il comprit son erreur lorsqu'il sentit la main de Hyoga se poser sur son épaule. Son cosmos ressemblait effectivement beaucoup à celui de Camus mais il y avait une différence entre les deux qui interpela Milo : alors que celui de Camus était fermé, parfois agressif, et imposait de rester distant du chevalier, celui de Hyoga était accueillant et apaisant. Il était froid mais pourtant il arrivait à réchauffer le cœur du Scorpion, ce qui déplaisait à Milo qui ne voulait pas se laisser attendrir.
Il releva la tête et croisa le regard du Cygne qui s'était agenouillé pour être à sa hauteur. Hyoga avait un mélange de tendresse et de tristesse dans les yeux que Milo interpréta comme étant de la pitié. Se sentant insulté que le chevalier de Bronze le dévalorise ainsi, Milo poussa violemment le Cygne, qui fut déstabilisé et se retrouva assis par terre. Puis le Scorpion s'éloigna précipitamment pour mettre de la distance et lui et Hyoga. Il ne voulait pas que le Cygne puisse lire en lui, à travers leur comos.
- Qu'est ce que tu fais là ? Il me semblait pourtant avoir été clair quand je t'ai dit que je ne voulais rien avoir à faire avec toi !
Malgré le ton froid et sec, Hyoga ne se laissa pas impressionner :
- Je suis venu aider un ami !
Milo souffla de dédain, n'en croyant pas ses oreilles. Comment Hyoga osait-il parler d'amitié ?
- Un ami ? Parce que tu crois que nous sommes amis ?
Hyoga se releva pour faire rejoindre le Scorpion mais le regard de Milo le dissuada de faire un pas de plus :
- Tu en es un pour moi ! Et rien ne pourra me faire changer d'avis ! Je me fiche que tes sentiments ne soient pas réciproques, je ne te demande rien en échange. Je comprends tout à fait que tu me haïsses pour ce que j'ai fait et je respecte totalement ton choix.
Et pour la première fois depuis le début de leur entretien, Milo vit Hyoga baisser les yeux.
- Comment ne pas t'approuver alors que je ne me supporte plus moi-même, rajouta le Cygne pour lui-même en murmurant.
Emporté par la colère, Milo ne lui demanda pas de répéter :
- Oh, je suis honoré que Monsieur me laisse le choix de décider. Alors sache que je n'ai jamais haï quelqu'un à ce point et qu'à l'heure actuelle, je ne vois vraiment pas ce qui pourrait apaiser la colère que j'ai à ton encontre !
Conscient de la colère qui animait Milo, Hyoga commençait à se demander s'il arriverait un jour à raisonner le Scorpion. Ses épaules s'affaissèrent et il soupira :
- Je pensais pourtant que nos points communs nous rapprocheraient.
Mais la réponse de Milo fut sans appel :
- Je n'ai aucun point commun avec toi !
Hyoga tenta de garder son calme, tout en surveillant la réaction du Scorpion qui était capable du pire sous le coup de la colère :
- Et pourtant… Ils sont bien plus nombreux que tu ne le penses. Comme moi, tu ne sais pas cacher tes émotions sinon tu ne te mettrais pas dans des états pareils. Tu ne serais pas là en face de moi en train de trembler à cause de la fatigue, de la colère, en train de retenir tes larmes qui ne demandent qu'à couler. Tu n'aurais pas ce regard perdu d'un homme qui ne sait plus où il en est et qui cherche des réponses en moi.
Hyoga venait de toucher le point sensible. Milo se trouva déstabilisé et balbutia :
- C'est… c'est faux ! Je …
Mais Hyoga lui coupa la parole, ne voulant pas lui laisser le temps de se reprendre. :
- Et puis surtout il y a cet homme merveilleux qu'était Camus et que aimions tous les deux chacun à notre façon. Qu'on le veuille ou non, il restera à jamais un lien qui nous unit tous les deux et ça, parce que nous étions les deux seuls à qui il a bien voulu donner un peu de sa personne. Je dis bien un peu car aucun de nous ne peut se vanter de l'avoir apprivoisé, de le connaître vraiment. Et c'est la raison pour laquelle je suis sûr que je pourrais t'apprendre des choses sur lui, tout comme toi tu pourrais me parler de votre relation, de vos moments passés ensemble.
- Tu penses bien le connaître parce que tu l'as battu mais tu ne sais rien de lui. Sinon tu saurais que tu ne lui arrivais pas à la cheville. S'il t'a laissé le battre, c'était uniquement pour que tu puisses sauver Athéna.
- Ce n'était pas pour sauver Athéna, Milo… et je ne l'ai pas battu. C'était un suicide déguisé.
Cette dernière phrase tomba comme un couperet :
- C'est faux ! Il avait plein de projets en tête !
- Non Milo ! Tu viens de me le dire toi-même : je ne lui arrivais pas à la cheville ! J'ai senti qu'il a volontairement baissé son cosmos au moment où je l'ai attaqué. J'ai senti qu'il avait perdu l'envie de vivre comme moi avant, dans la maison de la Balance. Il a encaissé l'Exécution de l'Aurore sans chercher à la repousser alors qu'il en avait largement les moyens.
Milo eut l'impression de sentir la terre s'ouvrir sous ses pieds. Il avait senti le mal-être de Camus après son combat contre Hyoga dans le temple de la Balance mais il n'avait pas deviné que c'était à ce point. Mais admettre qu'il s'agissait d'un suicide n'aurait fait qu'aggraver sa culpabilité. Alors il préféra croire que le Cygne lui mentait :
- Tu mens ! On avait prévu de faire un séjour en France tous les deux après cette Bataille !
- Camus était un rêveur ! Il aimait s'inventer des voyages, des moments imaginaires au cours desquels il pouvait faire tout ce qu'il s'interdisait. C'était sa façon de s'évader, de vivre une autre vie.
- Mais c'était si réel quand il en parlait…
- Je sais. Il aimait partager ses rêves avec les autres. Quand nous étions enfants Isaak et moi, nous avons traversé le désert à dos de chameau, nous avons marché sur la Lune, nous avons traversé tout l'océan avec des dauphins… Nous avons fait d'extraordinaires voyages juste en l'écoutant parler.
- Mais pourquoi il m'a jamais dit qu'il allait si mal ? Pourquoi il me parlait jamais de ses rêves, de ses envies ? Il était mon ami! J'aurais pu l'aider à les réaliser.
- Non Milo. Camus n'était ami avec personne !
- Il était le mien !
- T'a-t-il tendu la main, ne serait-ce qu'une fois, pour t'aider à te relever alors tu étais à bout de force, comme Ikki l'a fait pour moi ? A-t-il risqué sa vie pour sauver la tienne comme Shun et Seiya l'ont fait pour moi ? T'a-t-il dit un jour que tu pourrais toujours compter sur lui comme Shiryu l'a fait pour moi ? Eux sont des amis. Camus était incapable de tels actes.
Milo retenait maintenant ses larmes à grande peine :
- Mais arrête ! Pourquoi tu me tortures comme ça ? Qu'est ce que tu cherches à la fin ?
Hyoga était peiné du mal qu'il faisait à Milo, mais il devait continuer et crever l'abcès.
- Je cherche juste à t'aider Milo. Et pour ça je dois t'ouvrir les yeux même si la vérité peut faire mal.
Le cosmos du Scorpion venait de s'embraser :
- Ca suffit, dégage tout de suite de mon temple ! Casse-toi hors de ma vue ou ça va mal finir !
Et ces mots s'échappèrent de la bouche de Hyoga, sans qu'il s'en rende vraiment compte. Visiblement lui aussi se laissait gagner par la colère :
- Tu veux que je parte pour pouvoir aller te saouler dès que j'aurais le dos tourné, c'est ça ? Tu es pitoyable !
La réaction de Milo ne se fit pas attendre. Il se jeta sur Hyoga pour le frapper mais le Scorpion était tellement affaibli par la fatigue et l'alcool que le chevalier de bronze n'eut aucun mal à éviter l'attaque du Scorpion qui s'écroula à terre.
- Arrête Milo, je ne suis pas là pour me battre ! Je veux juste t'aider !
De nouveau Milo se jeta sur Hyoga :
- Je n'ai pas besoin d'aide !
Ce coup-ci Hyoga décida de riposter :
- Si tu choisis de passer par l'Enfer pour gagner le Paradis…
Il frappa le Scorpion dans l'estomac et l'envoya s'écraser contre le mur de la cuisine.
- Je suis désolé mais tu ne m'as pas laissé le choix. Tu es d'accord pour qu'on discute calmement maintenant ?
Milo essaya de se relever, prêt à en découdre de nouveau mais, trop fatigué pour se relever, il n'eut pas d'autre choix que celui d'acquiescer d'un mouvement de tête. Hyoga l'aida à se relever et le porta jusqu'au salon où il l'allongea sur le canapé.
Le Cygne retourna dans la cuisine pour récupérer son enveloppe et vint s'asseoir dans le salon dans un fauteuil face à Milo. Il la retourna dans tous les sens, hésitant à l'ouvrir :
-J'ai trouvé cette enveloppe dans la chambre de Camus. Elle m'est destinée… et à toi aussi.
Il n'en fallu pas plus pour intriguer Milo qui se releva pour mieux voir l'enveloppe.
- A moi aussi ? demanda-t-il d'un ton incrédule.
- « Pour Milo et Hyoga, en espérant que tous les deux seront restés en vie après la terrible bataille qui nous attend. », c'est ce qui est écrit.
Milo se décala pour laisser une place à Hyoga et l'invita à venir s'assoir à côté de lui sur le canapé. Apparemment l'excitation de savoir ce que cachait Camus était plus forte que sa colère.
- Mais allez, dépêche-toi d'ouvrir.
Hyoga ne put réprimer un sourire. Milo avait retrouvé son œil pétillant, son côté bon enfant et lui avait retrouvé le Milo qu'il appréciait.
Fébrile, Hyoga ouvrit l'enveloppe et failli faire tomber son contenu que Milo rattrapa de justesse : un carnet avec une couverture en cuir. Il était très épais et visiblement ancien.
Les deux chevaliers se regardèrent un instant, se demandant mutuellement s'il pensait la même chose :
- Tu crois que c'est… ? commença Milo
Hyoga n'eut pas besoin de connaître la fin de la question pour savoir de quoi voulait parler Milo :
- Son journal intime ? Oui j'en ai bien l'impression.
Tous deux se regardèrent un instant, bien conscient du trésor inestimable qu'ils avaient entre les mains. Le Camus si discret qu'ils avaient connu leur offrait ses pensées, ses idées, ses sentiments… sa vie.
Ce fut Milo qui osa le premier ouvrir le journal mais il se trouva confronté à un problème de taille : il ne comprenait pas un mot de ce qui été écrit. Il regarda avec insistance le Cygne qui lui avait commencé à lire tout bas :
- Tu comprends ce qui est écrit ? demanda-t-il à Hyoga.
- Bah oui, pourquoi ? répondit spontanément le Cygne comme si la question lui paraissait totalement hors de propos.
- Euh, Hyoga… Ce n'est pas du grec ! Je ne comprends pas un seul mot de ce qui est écrit.
- Oh pardon Milo ! C'est du français.
- Et tu le comprends bien ?
- Oui, Camus m'a enseigné le français et le grec pendant mon entraînement. Et moi en échange, je lui ai appris le japonais et je l'ai aidé à perfectionné la langue russe. Et Isaak nous a appris quelques mots de finlandais, répondit Hyoga avec une pointe d'amertume dans la voix.
Milo lui était plutôt amusé par la situation :
-Eh ben, ça devait être sympa la communication entre vous !
- Oui… en effet. Tu veux que je te traduises.
Milo, qui comprit que le Cygne n'avait aucune envie de s'attarder sur cette période de sa vie, acquiesça d'un mouvement de tête.
Hyoga commença la lecture avec la désagréable impression de violer l'intimité de son maître. Mais si Camus leur avait laissé son journal, il devait bien y avoir une raison.
La première chose qui le frappa, ce fut le nombre de fautes d'orthographe. Il savait que Camus avait horreur de ça : dès que lui en faisait, le Verseau se jetait sur la gomme pour les corriger. Il s'étonna que Camus n'ait pas corrigé celles-ci : peut-être n'avait-il jamais relu son journal, désireux de laisser le passé derrière lui :
Le 8 février
J'ai eu 6 ans hier ! Mère avait organiser un repas. Il y avait mais cousins et cousines et mes grand parents. Mais moi je les aimes pa bocoup. Eux non plus ils m'aiment pas. Ils me fon jamais de calins et de bisoux et ils veulent pas joué avec moi. Mère ne veut pas que je viene dans ses bras. Elle dit que je sui méchant. Papa, il était pas la. Il vient plus à la maison depuis longtemps. Avant, il se disputé souvent avec ma mère et après il est parti. Maintenant je le vois plus. Il a quand meme penser à mon aniversaire. Il m'a envoyé ce journal pour que j'écrive dedans. C'est lui qui m'a appri a lire et a écrire. Il disait que j'étai plus intelligent que les autres enfants. Mon ancien professeur aussi le disait mais Mère lui a di de partir. J'aime pas le nouveau professeur.
Hyoga s'étonna qu'il utilise le mot « Papa » pour désigner son père alors qu'il appelait sa mère « Mère ».
Le 10 février
Mon professeur m'a disputé car j'ai fais bocoup de fautes a ma dicté. Lui non plu il m'aime pas. Moi je veux aller à l'école, avec les autres enfants mais Mère dit que je suis trop stupide, que je suis un bon a rien. J'ai demandé pardon pour mes fautes mais elle a pas voulu m'écouté.
Le 15 février
Maintenant je suis puni quand je fais des fautes. Lundi j'ai reçu une fessée. Mon professeur m'avait pris mon journal alors je pouvé pas écrire. Il a vu ce que j'ai écris et ça lui a pas plu alors il m'a enfermé une heure dans un placard mais je m'en fiche, j'ai pas peur du noir. Je suis allé dans son burau et j'ai repris mon journal, tant pis s'il me dispute. Je partirai comme Papa.
Le 16 février
Hier mon professeur est rester à la maison. Je l'ai vu faire des bisoux à Mère. Il est de plus en plus méchant avec moi. J'ai demander quand je verrai Papa mais Mère m'a dit qu'il était parti très loin et qu'il voulait plus me voir. Elle était en colère. Elle ma dit qu'elle aimé pas Papa, qu'elle voulait pas se marier mais que mes grands-parents l'ont obligé. Et puis elle a dit que j'étais une erreur, qu'elle aimé pas les enfants. Je savais pas ce que voulais dire erreur alors j'ai regarder dans le dictionnaire. Et j'ai compri que Mère ne voulait pas de moi.
Le 19 février
J'ai reçu une lettre de Papa. Il dit qu'il est parti vivre dans un pays très loin avec une autre femme, qu'il fallait que je l'oublie. Je sais pas pourquoi ! Pourquoi Papa veut plus me voir ? Pourquoi personne m'aime ?
- Pas étonnant qu'il avait du mal avec les sentiments quand on voit son enfance. Son père était un lâche et sa mère horrible, dit Milo.
Hyoga, retenant ses larmes, ne put qu'acquiescer. Il aurait tellement aimé que son maître lui en parle, ça l'aurait peut-être soulagé. Et puis il pensait à sa propre mère. Il ne pouvait s'empêcher de la trouver encore plus merveilleuse quand il voyait celle de Camus.
Le 20 février
J'ai plus envie d'écrire… j'ai plus envie de rien. Je me sens seul. Je dois passé mes journées a étudié et j'en peux plus. Mon professeur m'a mis une claque car je veux pas l'appeler Papa. Et alors c'était bizarre. J'ai eu tout chaud dans mon corps et d'un coup je me suis senti fort. Et puis y'avait de la lumière jaune dans ma main. Mon professeur a dit que j'étais le diable.
- Heureusement qu'il ne contrôlait pas encore son cosmos sinon je n'aurais pas donné cher de la peau du professeur, dit Milo.
Le 27 février
Ca fait 7 jours que j'ai pas écrit car j'ai mal à la main a force d'étudier tout le temps. Mon professeur me fait copié plein de lignes et moi je veux plus, j'ai mal a la tête. Mère dit que pendant que je fais des devoirs, je les laisse tranquille. Je sais que pendant ce temps ils se font des bisous. Ils m'évitent tous les deux. J'ai refait de la lumière mais c'est pas ma faute. Elle dit qu'elle va m'abandonner si je recommence. Mais je m'en fiche, je veux plus la voir, je veux partir loin d'eux.
Le 28 février
Maman a encore bu, depuis une semaine elle le fait souvent. Moi j'aime pas, après elle est méchante et elle me frappe ou m'enferme. Pourtant je fais plus beaucoup de fautes maintenant. Depuis que je fais de la lumière, les exercices me paraissent plus faciles. J'arrive plus à me concentrer. Elle dit qu'on a plus d'argent, qu'on risque de devoir vendre la maison. Moi j'aimerai bien partir.
- C'est dingue ! T'as vu, il parle sans arrêt de ses fautes s'étonna Milo.
- Oui apparemment, il avait l'impression que moins il ferait de fautes, plus sa mère l'aimerait.
- C'est sans doute pour ça qu'il cherchait sans cesse la perfection, il voulait qu'on l'aime.
- Et je comprends mieux pourquoi il ne voulait pas qu'on fasse de fautes, ajouta Hyoga. Il avait été éduqué comme ça.
Le 1er mars
Le professeur a quitté la maison. Il a dit que comme on a plus de sous, il veut plus rester. Mère a pleuré. Elle m'a pris dans ses bras pour la première fois depuis longtemps. Ce soir elle voulait que je reste avec elle mais moi je veux pas. Moi quand je pleure, elle s'en fiche. Et puis je sais pas quoi lui dire. Moi ce soir j'ai envie de lire. J'ai pris un livre dans l'ancien bureau de Papa. Il s'appelle L'Etranger écrit par Albert Camus. Je voulais un livre avec des pirates mais y'en a pas. Tant pis.
- Tu crois qu'elle avait enfin pris conscience que Camus était la personne la plus proche d'elle ? questionna Milo.
- Peut-être ! Mais apparemment c'était trop tard. Il en a du en avoir marre d'attendre un geste d'affection de sa part et a préféré oublier qu'il avait une mère. Il n'avait plus aucun sentiment pour elle.
- Hmmmm, fit Milo d'un ton sceptique.
Lui n'était pas persuadé de ça. Mais il préféra s'abstenir de tous commentaires pour le moment, préférant attendre de voir si la suite de la lecture confirmerait ses doutes ou pas.
La suite du journal de Camus au prochain chapitre...
