Disclaimer: Les personnages appartiennent tout naturellement à Stephenie Meyer.
(BPOV)
La tête dans la cuvette, mon estomac refusait de m'obéir et de stopper son manège aujourd'hui. Mon corps se contractait à chaque haut-le-cœur et mes yeux pleuraient tous seuls. Le sang battait à mes tempes. Alors que je me vidai une nouvelle fois, des mains fraîches attrapèrent mes cheveux. Lorsque je pus enfin relever la tête, Carlisle était accroupi à côté de moi, Edward debout dans la porte. Le médecin posa sa main sur mon front, prit mon pouls puis passa doucement une serviette humide sur mes joues et mon cou.
-Ce n'est rien Carlisle, j'ai juste eu peur...marmonnai-je.
Je ne pouvais clairement pas lui dire que chacune de mes escapades nocturnes me serrait tellement l'estomac que je passais les heures suivantes dans la salle de bain, allongée sur le carrelage froid. Une fois l'estomac vide, le malaise s'estompait, restaient seulement les images du combat qui se rejouaient inlassablement devant mes yeux jusqu'à ce que je tombe de fatigue. Mais aujourd'hui, je n'arrivais pas à me calmer...
-Non Bella. Tu es malade. Tu as de la fièvre. Rien d'étonnant avec la pluie de cette nuit... Ton corps tire le signal d'alarme. Si tu ne te reposes pas, je vais devoir t'hospitaliser.
La perspective de me retrouver coincée sur un lit d'hôpital avec une perfusion plantée dans le bras me fit capituler. J'avais eu une crise identique au retour de notre première escapade à Seattle. J'étais restée prostrée dans mon lit pendant deux jours entiers avant de reprendre le dessus, revivant le combat encore et encore, la peur au ventre, une fois l'adrénaline disparue. Mais je n'avais pas eu à subir les troubles de la fièvre qui m'embrumait l'esprit cette nuit.
-Je veux bien me reposer un peu mais...si je peux rester ici...demandai-je d'une voix faible.
Je devais être disponible si mon téléphone sonnait. Et je ne voulais pas être obligée de rentrer chez les Black, sous la surveillance de Billy, qui me couvait telle une mère-poule. Et puis ici, je ne pourrais pas être plus en sécurité. Au milieu des vampires...
-Esmée est déjà en train de te préparer une chambre. répondit-il en caressant ma joue. Et puis, je t'ai invitée à rester plusieurs jours, il me semble.
Je m'adossai contre le mur, fermant les yeux pour ne plus voir la pièce tanguer devant mes yeux. Portant ma main sur mon front brulant, je laissai échapper une plainte. J'étais vraiment mal.
Je ne pus que chuchoter un faible « oui », me concentrant pour tenter de dompter mon estomac. Je rouvris les yeux au moment où je me sentis soulevée par deux bras puissants. Edward me tenait dans ses bras et m'emmenait vers l'étage, suivi de Carlisle. Il me déposa sur un grand lit sans un mot et recula pour laisser passer son père, qui attrapa de nouveau ma main.
-Nausées? Courbatures? demanda-t-il
Je hochai la tête. Ce seul mouvement amplifia encore plus la sensation de tournis et me fit grimacer.
-Je vais te donner ce qu'il faut pour que çà passe. Arriveras-tu à t'endormir?
-Non. Je ne veux pas dormir...je dois pouvoir... me défendre...bredouillai-je, alors que j'avais la sensation que la fièvre montait de minute en minute. Je posai la main sur mon côté, là où aurait dû se trouver mon holster, mais je l'avais laissé sur la coiffeuse d'Alice. Malgré moi, ce vide me fit me tendre.
-Je vais rester avec toi, Bella. dit Edward doucement en s'approchant de son père, qui préparait une seringue.
Esmée apparut derrière son fils et vint s'asseoir à côté de moi, déposant un verre d'eau sur la table de nuit et un étui en cuir noir. Mon beretta. Elle embrassa mon front et ses mains descendirent sur mon cou.
-Détend-toi. Tu n'en as pas besoin ici. Edward va rester avec toi. répéta-t-elle en regardant son fils.
Carlisle prit mon poignet, tenant la seringue de l'autre main. J'avais horreur des piqûres! Par réflexe, je tentai de me dégager de sa prise. Il suspendit son mouvement.
-Bella, fais-moi confiance et tout rentrera bientôt dans l'ordre.
Je lui rendis mon bras, fermant les yeux. Sa dernière phrase résonnait dans ma tête...Cette phrase...Des larmes s'échappèrent de mes yeux.
-Bella que se passe-t-il? Je t'ai fait mal? s'inquiéta Carlisle aussitôt
-C'est la dernière chose que Charlie m'ait dite au téléphone. arrivai-je à articuler.
Carlisle ne dit rien, se contentant de caresser ma joue mouillée par les larmes avant de remonter la couette sur moi et de sortir.
Alors que je tentais de retenir vainement mes sanglots, une mélodie s'éleva dans la pièce. Le Clair de lune de Debussy. Edward fredonnait doucement mon air favori pour m'apaiser. Je tendis la main vers lui et il s'approcha du lit pour la saisir. Le contact avec sa main parfaite fit bondir mon cœur.
-Edward...pourrais-tu...est-ce que je peux...chuchotai-je.
-Bella, si je peux faire quelque chose...
-Pourrais-tu...me prendre dans tes bras...comme tout à l'heure? finis-je par lui demander.
Malade, apeurée, je ressentais ce besoin au plus profond de mes entrailles. Cette nuit, ou plutôt ce matin, je baissais totalement ma garde.
Edward lâcha ma main. Un instant, je crus lui avoir demandé quelque chose d'irréalisable. Mais il déplaça un oreiller et vint s'asseoir contre la tête de lit, les jambes sur la couette, juste à côté de moi, ouvrant son bras au dessus de ma tête. Comme une petite fille, je déposai ma tête et ma main sur son torse alors qu'il refermait ses bras autour de moi, fredonnant de nouveau l'air qu'il avait si somptueusement joué pour moi un peu plus tôt.
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(EPOV)
Bella avait fini par s'endormir, allongée contre mon torse. Ses tremblements avaient disparu. Seule sa main exerçait de temps à autre une pression plus forte sur mon corps, signe qu'elle rêvait. A chacun de ses soubresauts, je reprenais mes murmures et caressais sa joue, ce qui la calmait. Ainsi abandonnée, elle retrouvait ses traits enfantins que nous voyions sur les photos encadrées dans le salon de Charlie.
Cela faisait quatre heures maintenant qu'elle dormait – un exploit chez elle – lorsque la voix mentale de mon père me sortit de ma contemplation. Il voulait nous parler. Je retrouvai la famille autour de la table de la salle à manger.
-Peter vient de téléphoner. Il y a eu un nouveau « règlement de compte » cette nuit, près d'Eldon. Il était encore question des loups, accompagnés d'un humain. Nous devons faire la lumière sur cette histoire avant que les Volturi n'apprennent l'existence des loups. S'ils viennent à le savoir, ils viendront ici et les extermineront...et Bella avec puisqu'elle vit avec eux d'une certaine manière...et avec nous...expliqua Carlisle, l'air grave.
-Et que comptes-tu faire? Te rendre à la réserve et leur demander ? Les Quileutes ne diront jamais rien. répondit Jasper.
-Nous pouvons peut-être trouver cet homme qui les accompagne ? osa Emmett. Je peux courir jusque cette ville et retrouver sa piste.
-Son odeur sera mêlée à celles des loups, Emmett. Mais nous pouvons essayer. Je vais appeler le vieux Black et lui demander une entrevue. Il doit arrêter les loups...
-Billy ne t'écoutera pas, renchérit Jasper.
-Il n'osera pas mettre Bella en danger. répondis-je à mon frère, devançant notre père.
-Edward, tu viendras avec moi et...
Un cri retentit à l'étage. Un cri de terreur.
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(BPOV)
Je hurlais de toutes mes forces devant le corps vidé de mon père. Ma poitrine semblait prête à exploser et mes poumons me brûlaient. Les images du corps de ma mère se superposèrent à celles de Charlie. Au fond de la cuisine, trois vampires riaient, leurs lèvres pleines du sang de mes parents dansaient au milieu de leurs visages parfaits. Arme au poing, je voulais avancer vers eux et les tuer mais leurs yeux carmin me tétanisaient. Alors je levai doucement le pistolet vers mon visage, plaquai le canon sous mon menton juste avant que la main du vampire ne m'attrape, et pressai la détente...
J'ouvris les yeux brusquement. La lumière qui envahissait la pièce me transperça le crane et je ne pus retenir une plainte. Une main froide se posa sur mon front, une autre attrapa ma main. Le plancher craqua dans la chambre, et je me relevai rapidement, plongeant ma main vers la table de nuit où se trouvait mon arme. Trop rapidement. Tout devint flou autour de moi et je me recouchai aussi sec, ma main retombant dans le vide.
-Ce ne sont qu'Esmée et Emmett. dit doucement une voix toute proche.
Cette voix...celle d'Edward...
Le savoir tout près de moi me réconfortait un peu mais ne put empêcher les sanglots d'emplir ma gorge.
-Bella, ce n'était qu'un cauchemar. reprit la voix tendre et douce de mon sauveur.
J'ouvris prudemment les yeux et découvris son magnifique visage au dessus de moi. Puis mon regard se porta sur Carlisle, assis juste à côté de moi, tenant fermement ma main. Le reste de la famille se tenait au bout du lit, inquiets.
-Veux-tu nous en parler? osa Carlisle, après avoir posé sa main sur mon front.
-Je ne dormirai plus jamais...chuchotai-je en serrant fortement la couette.
-Tu as encore de la fièvre, Bella. Tu devrais te rendormir pour...
-Non! criai-je avant de reprendre une voix plus normale après avoir vu les visages surpris de mes hôtes. Je...Je ne peux pas Carlisle...Je voudrais dormir mais c'est de plus en plus douloureux...
Carlisle ne dit rien et pressa plus fort ma main qu'il n'avait pas lâchée.
Deux jours plus tard, la fièvre avait disparu et je pus enfin me lever. Edward avait passé les nuits dans ma chambre, assis tout près de moi, tenant ma main, me rassurant à chacun de mes réveils agités.
Ce matin-là, je me sentais nettement mieux et une fois le pied à terre, Esmée s'empressa de me rejoindre pour me cajoler. J'étais persuadée d'avoir repris au moins trois kilos avec tout ce qu'elle avait cuisiné pour moi. Je ne voulais pas la vexer alors je mangeais un peu de tout, la complimentant encore et encore pour ses talents culinaires.
Depuis la veille, le temps était redevenu sec mais le froid était cinglant, ce qui avait écourtée ma petite sortie dans le jardin, de peur de reprendre froid. Je passais les soirées suivantes dans un canapé près de la cheminée, écoutant les superbes mélodies qu'Edward faisaient naître sous ses doigts, tout en lisant les grands classiques dont la bibliothèque de la famille était abondamment remplie.
Ce que je ressentais pour lui me faisait peur...Non, je ne ressentais pas de la peur face à lui et à mes sentiments, plutôt de la tristesse car j'étais obligée de réfréner mon attachement et mes émotions.
Comment pourrait-il tolérer mon comportement? Alors, je préférais taire mon amour pour lui.
Comment la famille qui m'accueillait pourrait encore me faire confiance une fois qu'ils sauraient? Ils me tourneraient sûrement le dos. Et je ne pourrais pas les en blâmer... Et puis, je ne voulais pas les faire souffrir encore plus...
Toute guerre entraîne des dommages collatéraux et des pertes...Je le savais...
Le mur de froideur que je m'étais forgé s'était suffisamment étiolé pour les Cullen. J'avais confiance en eux. Et surtout en Edward. J'avais beau tenter d'ignorer mes sentiments pour lui, c'était comme vider l'océan avec une petite cuillère. Je l'aimais...mais je ne lui dirais rien. Il ne devait pas s'attacher à moi. Je ne voulais pas le faire souffrir...
Le silence qui régnait lorsque je sortis de la salle de bain était reposant. Personne dans la villa. Ils devaient être en chasse.
Perdue dans mes pensées, je sursautai lorsque mon portable vibra dans ma poche. Je décrochai pour entendre le message laconique de mon correspondant. Aucun échange. Aucune réponse. Juste le point de rendez-vous et l'heure. Je replaçai mon téléphone dans la poche de mon jean. Aujourd'hui, je devais rentrer chez Charlie…et cette pensée me fendit le cœur. Je rédigeai un bref message que je laissai dans la chambre d'Edward, respirai à pleins poumons son odeur et rejoignis ma moto.
Sur le chemin du retour, je m'arrêtai le long de la plage de la Push. J'étais en territoire Quileute. Les Cullen ne pouvaient y venir sans avoir prévenu la meute. Alice ne pouvait rien voir. Le meilleur endroit pour faire ce que j'avais à faire.
Je saisis mon téléphone et donnai mes instructions à Jacob. Cette fois, six loups m'accompagneraient. Je fis quelques courses à la petite supérette et rentrai chez moi. Cette nuit-là, j'attendis en vain le passage d'un des Cullen mais personne ne vint.
Je les avais fait souffrir. Et j'allais sûrement perdre Edward. Cette pensée me comprima le cœur. Je l'aimais et je ne lui avais rien dit… J'avais étouffé mes sentiments de peur de le faire souffrir si je ne revenais pas d'une de mes escapades. Et si c'était le cas, il ne saurait jamais, donc…
J'avais fait mon choix: j'acceptais de souffrir pour qu'il ne souffre pas...
Je repensais à Charlie et son journal. Il avait eu besoin de donner un peu de place à ses sentiments mais sans en avertir personne. Comme moi aujourd'hui…Cette nuit-là, je couchais sur le papier mon histoire, mes sentiments, mes rêves, à la suite de la vie de mon père. Je refermai le carnet, descendis quatre à quatre l'escalier, soulevai la latte, le déposai dans la cache de mon père et replaçai le canapé. Un bruit dans le jardin me fit espérer une visite des Cullen. Je courus à la fenêtre.
Personne.
J'avais joué. J'avais gagné. Ou plutôt, j'avais perdu…je les avais perdus…je l'avais perdu…Mais ce combat n'était pas le leur…
Assise dans mon rocking-chair, je ne distinguais même plus la forêt, les yeux embués par les larmes.
