11h02
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Près d'une heure s'est écoulée depuis le départ de Gibbs. Au MTAC, Ducky, aidé de Tim, tente de calmer Abby. La gothique est dans tous ses états depuis ce qu'ils ont appris et ce qui s'en est ensuivi. Outre l'absence du chef d'équipe, l'appel de Ziva à Tony l'a profondément affectée. Sur chacun de ses téléphones, le répondeur s'enclenche automatiquement. Leur ami y annonce qu'ils ne parviendront plus à le joindre et qu'ils doivent absolument visionner toutes les vidéos, que c'est vital, qu'ils ne doivent rien faire avant cela. Est-ce-que ça les aidera à savoir où il se trouve, où sont les trois membres de la famille Gibbs ? Ils l'ignorent, mais l'espèrent. Le fait que l'ancien marine refuse leurs appels ne les aident pas non plus à garder une certaine tranquillité d'esprit. Les hypothèses les plus folles passent dans leurs têtes. Ne supportant plus l'attente et bien décidée à suivre les indications de Tony, Ziva a décidé de ramener le patron au NCIS pour se remettre ensuite au visionnage des vidéos.
Elle traverse le hall quand elle le voit arriver en sens inverse. Elle se stoppe, indécise sur la démarche à suivre. Son regard interrogatif semble faire son effet. Tout en passant près d'elle, Jethro lâche « On a des films à voir. » d'une voix ferme. La jeune femme effectue un demi-tour et lui emboite le pas sans rien répondre. Le regard glacial de son supérieur a de quoi faire passer l'envie à n'importe qui de lui adresser la parole.
Ils atteignent l'étage du MTAC sans avoir échangé une parole. Le directeur les attend de pied ferme devant la porte close de la salle.
- Gibbs, pourquoi m'est-il impossible d'entrer ?
- Vous souhaitez quelque chose, Leon ?
- Répondez-moi !
Son visage se ferme plus qu'il ne l'est déjà devant la réplique cinglante.
- Vous n'avez pas à me donner d'ordre, siffle-t-il.
- Je suis votre supérieur, j'en ai le droit.
- Vous n'avez pas de travail qui vous attend ?
Le ton est devenu cassant. Vance comprend que l'homme en face de lui n'est pas dans son état normal.
- David ? demande-t-il en quête de réponses.
Ziva jette un œil à Gibbs avant de finalement reporter son attention sur le directeur.
- Nous allons avoir besoin du MTAC toute la journée, annonce-t-elle.
L'ancien boxeur la regarde surpris. Il ouvre la bouche pour parler. L'attitude du chef d'équipe le pousse à la refermer. Il braque son regard sur l'israélienne.
- Je vous laisse jusqu'à demain matin huit heure, déclare-t-il certain de ne pouvoir accéder avant à la salle.
- Ça suffira, assure Gibbs en s'approchant de la porte.
Leon voit bientôt les deux agents disparaître dans la pièce la plus sécurisée du NCIS. Son instinct lui souffle que les prochains jours vont être mouvementés et qu'il risque de ne pas en apprécier la raison.
Vidéo 12 - Vendredi 5 mars 1993 - Tony
- Deux ans. Déjà deux ans que j'ai fait la première vidéo, que je n'ai pas fait avancer l'affaire, que je m'occupe de la petite, que sa mère est dans le coma. Deux ans que je me suis mis dans quelque chose qui me suivra toute ma vie. Et puis il y a aussi Matt, ce petit bonhomme qui n'a rien demandé dans cette histoire. Quand est-ce-que tout va s'arrêter ?
Il leur lance un regard perdu, presque suppliant.
- Que dois-je faire ?
Le silence seul lui tient lieu de réponse.
- J'aimerais que rien de tout ça ne soit arrivé. Je sais que c'est égoïste de ma part, mais c'est si difficile à gérer. Je joue les pères célibataires en jonglant entre l'école, la garderie, le boulot, les courses... le tout en gardant le secret de ma vie privée pour le reste du monde. Je suis fatigué de tout ça. J'aimerais dire à tout le monde ce qui est arrivé, leur demander un coup de main quand on m'appelle à quatre heure du matin sur une intervention et que je n'ai personne à qui confier les enfants. J'aimerais trouver une solution pour boucler la fin de chaque mois sans avoir de problème financier. Une famille, les achats de la vie courante, les factures, l'hôpital, tout ça creuse un trou énorme dans mon budget. La petite ne se souvient toujours pas, sa mère ne se réveille pas, Matt demande énormément d'attention, tout ça est épuisant physiquement et moralement. L'affaire en est toujours au point mort. Je ne sais plus quoi faire.
Il laisse passer un temps.
- Certaines fois, je me dis que je devrais confier les enfants à des gens plus à même de s'occuper d'eux, de leur donner ce dont ils ont besoin... Je refuse de me séparer d'eux. Je me suis attaché à ces gamins. Je n'aurais pas dû, mais comment faire autrement ?
Des éclats de voix lui font tourner la tête. Une porte claque.
- Papa ! s'écrie Kelly en se jetant dans ses bras, son frère sur les talons.
Tony réceptionne les deux enfants avec la force de l'habitude.
- Tu sais quoi ? dit la fillette en s'écartant légèrement. J'ai fait zéro faute à la dictée qu'on a faite à l'école !
- Félicitation, ma belle !
Elle lui fait un immense sourire. Matt vient se pendre au cou du jeune homme, quémandant un câlin.
- Je vais vous laisser, annonce une voix de femme.
- Merci de les avoir ramenés, Gretchen. Passez une bonne soirée.
- Vous aussi, Tony.
Matt embrasse la joue de son père. Tony en fait de même sur son front tout en le calant correctement contre lui. L'enfant pose aussitôt sa tête sur son cœur, agrippant son T-shirt. Kelly s'installe à son tour, un bras autour de son cou.
- J'ai plein de choses à te raconter, déclare-t-elle souriante.
- Tu crois qu'on est bien installés pour ça ?
- Oui.
Il secoue la tête avec un air dépité.
- Papa ! reproche la fillette.
Il lui sourit.
- Coupe le caméscope, arrête de massacrer le col de ma chemise et je suis à toi.
Kelly prend alors conscience de l'objectif braqué sur eux.
- Bonjour ! dit-elle tranquillement en saluant de la main. Et au revoir !
Elle étend son bras et coupe la caméra.
Jethro doit se faire violence pour ne pas hurler. Voir Tony expliquer qu'il laisse les enfants l'appeler Papa n'est pas du tout pareil que d'y être confronté. Il repense à la vidéo précédente où son agent explique que la vengeance ne mène à rien. Son esprit s'apaise. Sa colère est à présent dirigée contre lui seul. Tuer Hernandez ne lui a rien apporté hormis des ennuis. Il clique sur la souris.
