Euh... Encore un chapitre (et après, je crois que je vais revenir à un rythme un peu moins stakhanoviste). Ce que je dis de Charlène Masters est totalement sorti de ma tête. C'est un personnage qui existe dans TOS mais on ne sait rien sur elle (si ce n'est qu'elle s'y connaît en cristaux de dilithium, d'où mon idée d'en faire une spécialiste ès énergie). Vague scénario sur fond de rhume, mais désolée pour celles qui ont l'air de l'attendre, Spock reste - pour l'instant - "immunisé contre les pathologies humaines"... Pour l'instant, je parviens à rester dans le non-angst et je n'en reviens pas moi-même. :-D

Bravo à celles qui ont repéré la citation de Sherlock dans le dernier chapitre (Mycroft à propos des coïncidences dans "The sign of three", saison 3 épisode 2 : "The universe is rarely so lazy") ! Pas trop de notes de bas de page ici, je me contente de faire de la "pseudo-science" à la Star Trek.


Quatrième journée – 11:00

Journal de bord du capitaine, date stellaire 4162,77

La quarantaine a été déclarée à bord de l'Enterprise hier soir, mais presque tous les membres de l'équipage sont revenus à leur poste et le vaisseau est de nouveau parfaitement fonctionnel, à quelques éternuements près. Nous avons pénétré à l'intérieur du nuage de gaz. Sa composition est très surprenante, et nous n'avons pas encore réussi à comprendre comment est produite la pulsation électrique que nous percevons depuis ce matin et qui semble provenir du centre du nuage. Nous nous dirigeons vers ce point en vitesse réduite, car quelque chose dans l'énergie formidable qui émane de cet endroit interfère avec nos moteurs.

.

- Votre théorie est en effet inattendue, lieutenant, mais elle mérite toute notre attention. Je vais immédiatement transférer vos recherches au département de Communication.

Charlène Masters leva vers son supérieur un regard qui, Spock en était presque certain, reflétait une bonne dose d'incrédulité, comme si la jeune femme ne pouvait imaginer avoir réussi à formuler une hypothèse digne d'intérêt. Spock ne parvenait pas à comprendre pour quelle raison le elle s'acharnait à se sous-estimer de la sorte alors qu'elle était sans conteste l'une des plus brillantes scientifiques à bord. Avec l'aide du capitaine, le Vulcain avait réussi à comprendre et à accepter que certains sentiments humains, comme l'autodépréciation ou le manque de confiance en soi (ou, tout aussi souvent, la vanité et l'aveuglement prétentieux), empêchait hommes et femmes d'évaluer leurs propres compétences de manière objective.

- La suggestion que vous venez de proposer est, ainsi que vous l'avez-vous-même noté, improbable, mais dans le domaine des sciences, seul l'impossible doit être écarté, lieutenant Masters.* Or, il n'est pas impossible que ce nuage de gaz contienne en effet une forme de vie que nos scanners sont incapables de détecter pour une raison qui nous est inconnue. La pulsation électrique que nous enregistrons depuis que nous sommes entrés dans cette zone pourrait donc être, comme vous l'avez suggéré, une tentative de communication. Comme vous vous êtes spécialisée dans l'étude des différentes formes d'énergie à l'Académie, et que vous êtes devenue depuis une experte dans ce domaine, je suis tout à fait disposé à écouter vos théories, aussi étranges qu'elles puissent paraître.

Les yeux de la jeune scientifique s'agrandirent et elle resta un instant interdite. Spock attendit stoïquement. Il ne pouvait se défendre d'une certaine surprise lorsqu'il voyait le choc, l'incrédulité, la gratitude et la fierté (un enchaînement de sentiments qu'il avait, au fil des années, appris à reconnaître dans les yeux des humains qui travaillaient sous ses ordres) passer rapidement sur le visage des membres de ses équipes lorsqu'il les complimentait logiquement. Masters se reprit, sourit et secoua la tête.

- Ca me semble assez incroyable, mais…

Sa voix trembla et elle fut soudainement pliée en deux par un éternuement qu'elle ne parvint pas à couvrir à temps, rapidement suivi de cinq autres qu'elle étouffa dans le creux de son coude.

- Je suis désolée, commandant, je…

- Il n'y a nul besoin de vous excuser, lieutenant, l'interrompit calmement Spock, ignorant les gouttelettes qui avaient atterri non loin de l'endroit où était posée sa main. Je suis immunisé contre les pathologies humaines. Vous vous contenterez de nettoyer l'écran. Veuillez reprendre votre explication, avant de vous rendre à l'infirmerie pour un examen de santé complet.

La jeune femme, visiblement embarrassée, avait baissé la tête, mais elle se reprit très rapidement (une autre raison pour laquelle Spock l'appréciait particulièrement : outre son efficacité scientifique, elle se comportait toujours de façon éminemment professionnelle), renifla légèrement et, après avoir passé une lingette désinfectante sur l'écran, montra au premier officier une des lignes sinusoïdales qui s'y affichaient.

- Voici une séquence que j'ai repérée soixante-huit fois depuis que nous sommes entrés dans ce nuage. Entre deux de ces séquences, la pulsation varie, mais ce signal spécifique récurrent pourrait signifier quelque chose. Le département de Communication devrait, je pense, se concentrer sur ces quelques lignes. Et je ne pense pas être malade, monsieur, ajouta-t-elle rapidement. Je suis particulièrement sujette aux allergies respiratoires.

- Comme je vous le disais, je vais transmettre ces données au département de Communication, répondit le Vulcain, pendant que vous vous présenterez à l'infirmerie. Si vous n'êtes pas malade, vous pourrez reprendre votre place. Sinon, vous serez simplement transférée dans une autre équipe, où vous pourrez, si vous le souhaitez, continuer à travailler sur vos recherches. Il s'agit simplement d'éviter au maximum la contamination.

Le visage de Charlène Masters se détendit et elle remercia brièvement le premier officier avant de quitter la pièce. Deux minutes plus tard, Spock prit le disque rectangulaire où ils avaient enregistré l'étrange signal électrique et se dirigea vers la passerelle. Il avait pu constater le matin même que seuls trois membres de ses équipes scientifiques étaient absents. Il avait jusqu'ici travaillé avec des équipes « saines » et « contaminées », et n'avait remarqué dans ces dernières aucune baisse notable dans l'efficacité du travail effectué. Il savait que la plupart des membres de l'équipage étaient passionnés par leur travail et désireux de faire leurs preuves au sein du vaisseau. Dans ces moments, Spock ne pouvait nier que, pour illogique que fût cette impression, il se laissait gagner par un sentiment de gratitude envers le hasard qui l'avait placé sur ce vaisseau, dirigé par ce capitaine et habité par cet équipage.

Un jeune enseigne qui marchait dans le couloir dans la même direction que lui éternua discrètement, et le Vulcain se demanda combien de temps l'épidémie durerait encore. Le docteur McCoy lui avait donné les nouveaux chiffres le matin même, et deux cent trois membres de l'équipage étaient à présent affectés, à savoir près de la moitié de tout le personnel navigant. Le médecin en chef avait insisté pour combattre le virus le plus longtemps possible, et Spock l'avait secondé du mieux qu'il avait pu en réorganisant les équipes heure par heure en fonction des nouvelles contaminations, mais dans un espace clos comme l'était l'Enterprise, il devenait de plus en plus difficile de lutter contre la contagion.

Comme il entrait dans l'ascenseur, l'alerte jaune retentit dans tout le vaisseau. Machinalement, le premier officier renforça ses boucliers mentaux. Le danger n'était pas imminent, mais quelque chose d'anormal avait dû être détecté. Spock se refusa à élaborer des hypothèses. Il ne servait à rien d'anticiper alors qu'il ne possédait aucune donnée. Lorsqu'il arriva sur la passerelle (où presque tous les officiers étaient malades, toussant, éternuant ou reniflant à chaque minute, ce qui était un peu trop pour les oreilles sensibles d'un Vulcain), le capitaine se tourna vers lui avec un sourire, signe que la situation n'avait rien de critique.

- Spock, vous tombez à pic ! On dirait bien que ce nuage de gaz n'intéresse pas que la Fédération.

Spock reprit sa position habituelle à la station scientifique, où Chekov, en son absence, avait fait du bon travail, et jeta un coup d'œil à l'écran.

- Un oiseau de proie klingon**, capitaine ?

Kirk acquiesça, le regard dans le vague, avant d'éternuer à deux reprises dans le mouchoir qu'il tenait à la main (comme pratiquement tous les officiers présents, remarqua le Vulcain). Il était évident qu'il avait cru pouvoir contrôler le réflexe jusqu'à la dernière seconde, et que ce manque de maîtrise de soi, devant la plupart des officiers supérieurs du vaisseau, lui déplaisait souverainement. Parfois, le capitaine pouvait se montrer assez Vulcain dans sa façon d'envisager les choses.

- Bon sang, pourquoi est-ce que les virus existent ? marmonna-t-il, la voix enrouée. C'était une question rhétorique, Spock, ajouta-t-il avec un demi-sourire, comme s'il craignait que son premier officier ne se lance dans une explication biologique inutile (parfois, Spock avait du mal à comprendre l'humour humain). Nos sondes ont en effet détecté un vaisseau klingon. Ils ne nous ont pas encore repérés, car ils semblent très occupés à… à essayer d'absorber l'énergie qui émane d'une étrange chose située au centre du nuage. Vos équipes scientifiques ont-elles réussi à comprendre ce qu'était cette pulsation, Monsieur Spock ? Une petite lueur de compréhension dans les ténèbres où nous sommes serait la bienvenue.

Le premier officier ne releva pas la métaphore du capitaine, et essaya (avec moins de succès) de ne pas remarquer la rapide série d'éternuements bruyants en provenance du poste de Chekov.

- Le lieutenant Masters a proposé une intéressante suggestion. Lieutenant Uhura, dit-il en se tournant vers la jeune femme, pourriez-vous essayer de déchiffrer ce disque, en supposant que ces pulsations électriques soient un langage et qu'une entité inconnue soit en train d'essayer de communiquer avec l'Enterprise ?

- Bien sûr, Monsieur Spock.

Uhura prit le disque avec un reniflement discret, pendant que le capitaine les regardait tous deux avec scepticisme.

- Vraiment, vous pensez qu'il y a de la vie dans ce nuage ? Nos scanners n'ont rien relevé.

- Ce ne serait pas la première fois, capitaine, fit remarquer le Vulcain. Les conclusions du lieutenant Masters sont loin d'être stupides et se fondent sur des faits et des chiffres incontestables. Et si l'on prend en compte la présence d'un vaisseau klingon et ce qu'il est en train de faire en ce moment même, je hasarderais l'hypothèse que ce message est un appel à l'aide.


* Comme d'habitude, citation détournée de Sherlock Holmes : "Quand on a éliminé l'impossible, alors ce qui reste, même improbable, doit être la vérité."

** "Oiseau de proie" : vaisseau klingon (et romulien d'ailleurs) qui apparaît dans plusieurs épisodes. Dans A la recherche de Spock et Retour sur Terre, la petite bande habituelle sacrifie l'Enterprise (une des scènes qui m'a le plus émue avec la mort de Spock) et récupère un oiseau de proie pour aller sur Vulcain puis retourner dans le passé de la Terre (ils se posent au milieu d'un parc à San Francisco, mettent une chape d'invisibilité, et Kirk lance à la cantonade "Rappelez-vous bien où on est garés !"... j'adore).