CHAPITRE 8: PIECES OF PAST

" - Vincent!

- Oui j'arrive, encore 5 minutes!

- Vincent Bailey! Si tu continues comme ça tu vas nous mettre en retard! Et la place que Mr Fredrich nous réserve sera donnée à quelqu'un d'autre!

- Peuh! N'importe quoi! Fred m'a promis de cracher dans toutes les pizzas du resto si son grand-père faisait ça! Papi Fredrich prendra pas ce risque ahah!

- Allez monsieur je-sais-tout! On embarque!

- Mais Papa! Je retrouve pas la dernière pièce de ma maquette, j'ai parié avec Fred que je l'aurais terminée pour aujourd'hui!

- Bon si on la retrouve tu fais pas de chichis et tu file à la voiture?

- Promis, juré, cra...

- Pas de ça gamin!

- Paud! Crapaud! Ah tu vois je l'ai pas dit!

- Allez au boulot, cherchons ta pièce!

- Dépêchez-vous les garçons!

- Oui maman!

- Oui maman! Laisse faire les hommes! Bon, la dernière fois que tu l'as vue, elle était où?

- Je sais plus... Me gronde pas, je sais qu'elle a coûtée cher cette maquette...

- Je vais pas te gronder va! Si je te l'ai achetée c'est pour que tu t'amuses mon grand. Allez je suis sûr qu'elle a glissé sous le lit.

- Mais j'ai déjà regardé...

- Pleins de fois, hein? Et ça c'est quoi?

- Comment t'as fais?

- Allez file dans la voiture, tu finiras de monter ta maquette en route.

- J'y cours!

- Ca y est vous l'avez?

- Oui maman! Papa, il est vraiment trop fort, il l'a retrouvée du premier coup!

- Allez, tout le monde on embarque!

- Ceintures attachées?

- Oui m'man!

- Affirmatif m'man! On est partis cette fois!

- Yeeaahhh!

...

- Tadam! Finie! Regarde maman!

- Splendide mon petit bricoleur!

- Papa regarde, dans le rétro!

- Géant! Ca en valait la peine, bravo mon fiston!

- Chéri, regarde... On dirait que cette voiture...

- Papa! Elle nous fonce dessus!

- Putain! "

CRASH!

Réveillé en sursaut et en nage, je vis mon réveil explosé par terre. Mary se rua dans la pièce.

" - Hey! Hey! Hey! Tout doux! Calme-toi! Qu'est-ce qui se passe?!

- La... La voiture... Elle... Elle...

- Chut, tout va bien... - elle me prit dans ses bras, je sentai encore mon coeur battre à tout rompre, ce cauchemar me parut si réel...

- C'est encore et toujours le même refrain... Ce foutu accident!

- Tu ne peux rien y faire c'est du passé...

- Justement! C'est ça qui me rend malade! J'peux rien y faire! Je n'ai rien pu faire pour protéger ma famille et voilà qu'aujourd'hui je suis incapable de protéger les personnes qui me sont les plus chères!

- C'est comme ça, des fois il faut s'avouer vaincu...

- Comme tu l'as fais avec Jeremy?!

- Alors ça c'est petit... - elle m'envoya une droite d'une force insoupçonnée - Et ça c'est mérité! Tu m'excuses, je vais prendre l'air!

- Attends Mary! - quel con! "

Elle claqua la porte, je l'entendis prendre sa veste et ses clés, j'eus le temps de me lever et de boitiller jusqu'à la porte de ma chambre, que la porte d'entrée se referma. Et merde... En même temps je l'avais bien cherché... Je la vis s'éloigner par la fenêtre, furieuse. Quel con! Elle qui cherchait simplement à m'aider. Il était 7h00, je n'avais aucune idée de l'endroit où elle avait décidé de se rendre, j'étais encore en simple caleçon de pyjama et par dessus tout boîteux et interdit de conduite! Bordel cette journée s'annonçait géniale! Et puis merde! Conduite interdite ou non, j'étais décidé à prendre la voiture et partir à sa recherche! Je m'approchai du crochet sur lequel j'accrochais quotidiennement mes clés, quand je m'aperçu qu'il était vide! elle avait pensé à tout! Je ne pouvais pas appeler Fred, il avait sûrement assez à faire, lui et les gars, avec le resto... Bon bah il ne restait plus qu'une solution, attendre, et attendre...

Je filai me doucher et m'habiller, je pouvais encore faire ça. Non sans mal... J'avais l'impression d'avoir couru un marathon tant j'étais essouflé par mes moindres efforts! Enfiler un simple pantalon, je ne pouvais même pas l'enfiler sans me cogner contre le premier meuble venu! Le vol plané de l'autre abruti ne m'avait pas épargné, j'avais encore mal partout! L'épaule, les côtes, la hanche, le crâne! Il ne m'avait pas loupé l'enculé! Ca c'est sûr! En parlant de mon crâne, il me faisait un mal de chien, comme si mon coeur battait à l'intérieur, ma vision se troubla, j'avais mal au coeur. J'eu le temps d'atteindre l'évier de la cuisine pour y vomir tripes et boyaux. Des flashs me parvinrent, les mêmes qu'à mon retour de l'hôpital, je ne sentais plus mes jambes et je me laissai tomber au sol. Je m'allongeai, haletant, une main sur le visage et la seconde sur le coeur... Il battait terriblement fort. Je pris le temps qu'il fallait, laissant les flashs disparaître et mon coeur se calmer. Je n'avais aucune idée du temps qui était passé, aussi je me relevai du mieux que je pu. Mon mal de crâne atténué, je me dirigeai vers le téléphone, et composa le numéro de Fred.

" - Fred à l'appareil! Comment tu te sens mon pote?!

- Pas très bien à vrai dire...

- Qu'est-ce qui se passe mec?! Tu veux que je te ramène à l'hosto?

- Nan, nan, je me sens très bien physiquement... 'fin voilà! Nan, en fait, avec Mary... On s'est un peu disputés, mes paroles ont dépassées ma pensée et maintenant elle est partie, je ne sais où? Je m'inquiète vraiment mec! Si il lui arrive quoi que ce soit, je le supporterais pas!

- Oh du calme mon grand... Elle m'a appelée tout à l'heure, elle a dit qu'elle voulait filer un coup de main, comme tu allais mieux...

- Mais elle est à pied! Et ce-cette route! Fred! Tu sais à quel point elle est dangereuse cette route! Non là c'est trop, je vais la chercher!

- Fais pas l'con Didier, t'as une bonne place! Tu crois bien que j'allais pas la laisser se taper tout le trajet à pied, la pauvre! J'ai envoyé un des gars la chercher en voiture.

- Merci, Fred... El-elle t'as rien dit de plus au téléphone?

- Nope! Vos histoires de couple ça m'regarde pas!

- T'es con on est pas en couple!

- Pour l'instant! Ahaha! Bon j'te laisse frangin! Y'a ta copine qu'est arrivée! C'est pas le tout mais c'est qu'on bosse nous! Pendant que d'autres se dorent la pilule!

- Fumier! Me l'abîme pas au moins!

- T'inquiète! Allez bye!

- C'est ça, bye! "

Au moins je savais qu'elle ne risquait rien là-bas. Il s'était dèjà passé deux heures, après mon habillage plus que laborieux et mon malaise. Bon, je n'avais rien à faire, la journée s'annonçait longue. Et merde! Boîteux ou pas il fallait que je sorte d'ici, ça faisait plus d'une semaine que j'étais enfermé. Non pas que ça me déplaise, j'aime bien le calme de ma maison et la compagnie de Mary était loin d'être déplaisante, mais je n'allais pas me laisser abattre par un sale merdeux! Il fallait que je reprenne mon rythme de vie. On était le 13 juin 1975, le cauchemar du matin n'était pas survenu par hasard... Je pris une veste,ma canne, mes clés et sorti de chez moi. Le temps n'était pas terrible, je peinai à descendre les escaliers, une vingtaine de marche que je comptais, j'étais pas sorti! Je n'aurais pas eu si mal à la hanche, je les aurais bien descendues sur le cul ces foutues marches! Au bout de 10 minutes j'étais en bas, enfin me direz-vous! Toujours boîteux, je continuai ma route, direction une boutique je connaissai bien depuis le temps...

" - Salut Rosie!

- Vincent! Mon pauvre chéri! Mais qu'est-ce qui t'es arrivé?!

- 3 fois rien, une simple visite nocturne au boulot qui a dégénérée.

- Tu te fiches de moi mon grand! Va t'asseoir là-bas, ne vas pas t'esquinter davantage, qui plus est, dans ma boutique! Je finis cette commande et je suis à toi!

- C'est pas de refus! - je m'assis donc et Rosie vint me rejoindre dix minutes plus tard.

- Alors mon grand, raconte-moi tout, qu'est-ce que tu as fais pour finir dans cet état?

- Moi? Mon boulot tiens! Demande plutôt à l'enfoiré qui m'a soigné!

- Ton language! Bocal à jurons! Les prix grimpent en flêche ces temps-ci maintenant c'est 50 cents!

- Voleuse va! La dernière fois c'était 10!

- Tu veux que je le mette sur ta note ça aussi? Mes 50 cents!

- CLING!

- Bon je t'écoute, qui c'est ce type?

- L'ex d'une collègue de boulot, un cas je te jure! Ce sale type la cognait alors elle s'est barrée de chez lui. Un matin je suis tombé sur elle au boulot, elle avait passé la nuit là-bas, je l'ai retrouvée avec une sacrée blessure au visage.

- Pauvre chérie! Dis-moi qu'elle va bien!

- Oui t'en fais pas, je l'héberge le temps qu'elle retrouve une certaine stabilité.

- Ah c'est bien ça! Mais comment tu expliques ton état dans tout ça?

- Ben, on faisait une pause avec Mary avant de rentrer, quand on a entendu une vitre se briser. C'était son ex qui la cherchait, plus tôt dans la journée il était venu lui chercher la merde à son poste en tant que client, et comme on le sait si bien le client est roi. Malgré ça j'ai réussi à le foutre dehors. Sauf que son orgueil à la con l'a fait revenir en pleine nuit pour régler ses comptes et il m'est tombé dessus. Il m'a pas loupé le connard!

- 1$50 pour le bocal à jurons!

- CLING! T'en connais d'autres des mots pour qualifier un abruti pareil?

- Certes, je te fais cadeau du dernier.

- Merci! On m'a transféré à l'hosto dans la nuit et je me suis réveillé 2 jours plus tard avec pour bilan, un trauma crânien, 3 côtes félées mais vu la douleur je te dirais bien toutes, ma hanche droite en a pris un sacré coup, d'où la canne au père Chaplin et pour couronner le tout l'épaule droite démise!

- Mon pauvre chou! N'hésites pas si tu as besoin d'aide pour tes courses je suis là, tu connais le numéro!

- Promis, mais je ne veux pas abuser non plus tu sais.

- Je sais bien... Ta mère t'as bien élevé, je suis sûre que d'où elle est, elle est extrêmement fière de son fiston...

- J'espère... En parlant de ça?

- Je sais, je vais te les chercher mon grand!

- Merci Rosie! - elle s'eclipsa dans la chambre froide de sa boutique et en revint les bras chargés de deux magnifiques bouquets.

- Et voilà! Cette fois-ci j'ai enfin reçu mes pivoines blanches! Je t'ai composé deux bouquets avec ces pivoineset je les aient accompagnées de roses mauves et noires.

- Magnifiques! Merci Rosie t'es un amour. - déposant un baiser sur sa joue.

- Hihi! Je sais!

- Dis-moi, j'aurais voulu savoir... Tu pourrais me faire un troisième bouquet, pour offrir?

- Hoho! Petit cachottier! Avoues, tu ne fais pas que l'héberger ta collègue!

- Qu'est-ce qui te passe par la tête Tatie?!

- Ah non! Pas Tatie! J'ai l'impression de faire mon âge quand tu m'appelles comme ça!

- Alors arrête de suite, de penser à ce à quoi tu penses!

- Ok! Ok! Bon alors tu veux y mettre quoi dans ton bouquet?

- Je ne sais pas trop, surprends-moi! Mais ce bouquet, ne te méprends pas sur sa raison. J'ai été odieux ce matin avec elle et j'aimerais me faire pardonner, alors si tu peux lui faire un joli bouquet, peu importe le prix, je n'y ferais pas attention.

- J'ai pas l'intention de te plumer mon canard, je vais te faire ça, laisse moi dix minutes...

- Merci Rosie... "

Rosie était la soeur de ma mère, c'est elle qui prit soin de moijusqu'à ce que je sois en âge de me débrouiller seul. À la mort de mes parents je n'avais nulle part où aller et c'est à ce moment que j'ai découvert l'existence de Rosie, elle et ma mère s'étaient perdues de vue à la mort de leurs parents lorsqu'elles étaient enfants. Elle fit des recherches toute sa vie pour retrouver sa petite soeur, et c'est ce qu'elle fit. Elle découvrit mon existence ainsi que la mort de sa soeur dans un article de presse... Elle fit la route pour me retrouver et m'épargner le placement en famille d'accueil. On peut dire que je lui dois beaucoup oui, cette femme était mon ange gardien, mon phare dans la brume... La seule famille qu'il me restait. Tous les vendredis depuis ce jour funeste je me rendai à sa boutique afin d'aller déposer leurs bouquets sur les tombes de mes chers parents. Ce jour-là ne faisait pas exception.

" - Et voilà mon chéri, je t'ai composé un joli bouquet de tamaris, de tulipes blanches, de gardénias, d'achillées, d'anémones et le tout entouré par de belles feuilles de fougères! Content mon chou?

- Plus que content merci Tatie! - je la pris dans mes bras.

- Pas Tatie! Rosie!

- Oui mais moi j'ai toujours adoré Tatie!

- Tu veux que je te dépose au cimetière, avec ta hanche en vrac?

- Non c'est gentil Rosie, mais j'aimerais marcher un peu. Ca devrait pas me faire de mal, une semaine sans bouger c'est trop.

- Force pas trop quand même mon grand, allez viens me faire un gros bisous pour finir ma journée!

- Bisous Tatie! "

Je sortis de sa boutique aux alentours de 11h, le cimetière était à 20 minutes de marche en temps normal, ce jour-là j'en pris le double. Je poussai la grande porte en fer forgé du cimetière et marcha le long de l'allée centrale, c'était à l'ombre d'un vieux chaîne que mes parents reposaient. Je déposai les bouquets sur leur tombe et dépoussiérai la plaque d'ornement. Comme à mon habitude j'y suis resté longtemps, à me remémorer ce fameux accident... Le cauchemar du matin me revint par bribes et un nouveau mal de crâne fit son arrivée. Je n'avais pas pris mes cachetons ce matin-là. Il fallait que je rentre, sur le chemin je me suis arrêté faire quelques courses, de quoi finir la semaine tout juste. Je ne pouvais pas porter grand chose. Rosie avait peut-être raison, j'avais besoin d'un coup de main mais j'étais trop fier pour l'avouer aux autres.

Avec ma jambe folle il me fallut pas moins de 2h pour rentrer chez moi, sans parler des escaliers! Arrivé, je me suis installé à table après avoir réchauffer mon plat préparé. De le haute gastronomie je vous jure! La moitié partie à la poubelle. De toute façon je n'avais pas le coeur à ça... Mon regard se posa sur le bouquet de Rosie, il était superbe, je n'avais jamais vu un bouquet pareil, ces fleurs je ne les connaissais, pour la plupart, pas du tout. Prises une à une elle n'avait rien de bin exceptionnel mais mises ensembles elles avaient un effet fou! J'espèrai que Mary en penserait la même chose... Il était pas loin de 15h quand le téléphone sonna.

" - Allo.

- Allo, M'sieur Vincent? C'est le docteur Diederick à l'appareil, vous vous souvenez de moi?

- Heu oui, c'est vous qui avez rendue possible ma sortie de l'hôpital...

- À condition que votre collègue garde un oeil sur vous! D'ailleurs je m'attendais à l'avoir elle et pas vous! Vous n'êtes pas censé vous reposer d'ailleurs?!

- Heu si, si! Je suis dans mon lit d'ailleurs, le téléphone se trouve sur ma table de chevet, et...

- Je vois toujours aussi bon menteur! Bon trèves de plaisanteries, comment vous sentez-vous?

- Ca va, j'ai encore mal partout mais ça va je me remets.

- Je vois, rien d'autre?

- Hé bien... Ce matin je... Je me suis cogné l'épaule en m'habillant! Rien de grave à part ça, vous n'avez pas à vous inquiéter.

- Très bien, je vous cale un rendez-vous dans une semaine, histoire de voir ça avec vous avant la reprise de votre activité, ça vous va?

- Parfait, quelle date?

- Je dirais à l'infirmière qui s'occupe de vous de voir ça, je dois filer, à bientôt M'sieur Vincent!

- Au revoir doc'. "

Ne rien dire à propos des flashs, c'était sûrement les effets secondaires des médicaments mais je ne voulais pas courir le risque qu'ils me gardent encore. Je passai le reste de mon après-midi, allongé sur mon lit à attendre Mary et à récupérer de ma sortie...