Je précise (ou plutôt le dis tout de suite, si ça peut porter à confusion plus tard) que l'histoire se déroule avant l'explosion du cristal : la garde et sa hiérarchie ne sont pas les mêmes qu'aujourd'hui !

De plus, les OS/chapitres ne sont pas dans l'ordre chronologique : vous pouvez faire la vôtre selon ce que vous pouvez/voulez imaginer de l'histoire, sinon peut-être qu'un jour je ferais un chapitre/Os spécial résumé du cours de l'histoire telle qu'elle en est actuellement dans ma tête ^^

Aujourd'hui a été... une sacrée journée. D'ailleurs je ne sais pas trop par où commencer, le récit de cette journée risque d'être un peu décousu, du moins au début.

Déjà, j'ai été affectée à une garde, après avoir passé un test – soit un bête questionnaire. Puis un second a déterminé la race de mon « familier », un Sabali d'après les résultats, son œuf devrait m'être confié dans les prochains jours, en même temps qu'un incubateur pour le faire éclore... J'ai plutôt hâte de découvrir à quoi il ressemble, enfin je crois, même si Abigaille m'a avertie que les familiers du questionnaire étaient loin d'être des perles. Mais bon, elle a aussi ajouté que je pourrais en changer, dès que mon familier en rencontrera à l'état sauvage ou lorsque j'aurais assez économisé sur mon salaire mensuel pour aller dépenser mes pièces d'or au marché.

Histoire de mal commencer le premier jour de ma nouvelle vie ici, je me suis réveillée en retard. Ou plus justement, j'ai été réveillée, par la personne que je devais rencontrer à la bibliothèque, laquelle a donc du se déplacer jusque devant ma chambre. Bref, ça commence bien Morne = -1. Pour continuer, j'ai mis du temps à émerger parce que je n'ai pas tout de suite réagi au prénom appelé de l'autre côté de la porte, je dois encore me faire à ma nouvelle « identité ». Morne = -2. Et pour couronner le tout, la personne à laquelle j'ai fini par ouvrir – après m'être habillée en 4ème vitesse – avait une des expression les plus chaleureuses du monde. -3.

« - Enfin, c'est que j'ai failli attendre » me lanca en guise de salut et dans un profond soupir ce qui devait être une elfe (d'après ses oreilles légèrement pointues), qui me toisait de haut. De très haut même, elle faisait bien 2 voire 3 têtes de plus que moi. Dans un sens, avec sa silhouette élancée, ses traits réguliers et ses cheveux vert amande et à l'air si souples qu'ils semblaient glisser sur ses épaules comme de l'eau, elle était loin d'être laide. Seulement ses yeux lui confèraient un regard très... étrange. Malaisant, même : ils sont plutôt grands, de couleur bleu-gris très clair mais surtout sans pupilles, et pour l'heure je me demande toujours si elle voit vraiment. Je n'ai pas eu le courage d'oser lui demander, mais je reviendrais plus tard sur cette plus-que-charmante personne.

« Alleeez, c'est que je n'ai pas toute la matinée, damoiselle-l'humaine. Veux-tu me suivre jusqu'à la bibliothèque, d'ici à ce que l'on arrive tâchons de rattraper le temps perdu ce matin à cause de ton retard. Écoute bien s'il-te plaît. ». Elle marchait vite et à à grandes enjambées (mais vu la longueur de ses jambes c'était prévisible), m'obligeant presque à courir derrière elle et donc à éviter de lui rentrer dedans lorqu'elle s'arrêta brutalement. Je le mentionne tout de suite, mais cette femme a un phrasé particulier : elle parle en détachant bien ses mots mais surtout avec un air... un air maniéré, je suppose, probablement la marque d'une éducation ou d'une supériorité particulière. Sûrement un truc d'elfe.

« - Mais toutes mes excuses je m'apelle Abigaëlle. Cela non plus, je ne le répèterai pas deux fois. » Oui, à tous les coups c'était une elfe, l'autre aux cheveux bleus avait peu ou prou les mêmes manières, dont le même ton un peu pète-sec. Mais également un semblant d'humour, aussi froid ou bizarre soit-il. Or, je préfère une tentative d'humour à pas d'humour du tout : à mes yeux cela fait déjà une grosse différence entre une asperge sur pattes et un grand échalas aux cheveux couleur schtroumpf. D'ailleurs, je réalise qu'elle fait presque la même taille que lui, qui doit faire un bon mètre 90 je pense. Bref, je continue. Elle reprend donc ses enjambées à travers les couloirs du QG, jusqu'à une double porte de bois rouge. The bibliothèque, donc. Cette charmante personne ne prend même pas la peine de me tenir la porte quand j'entre. Or je suis le genre de personne pour qui la politesse peut tout excuser. Ou presque. Ça me donne peut-être l'air d'être pète-sec moi aussi, mais il me semble que c'est quelque chose de l'ordre du respect universel. Des petits riens qui ne disent rien d'autre en substance que « je sais que tu es là, alors je te tiens la porte », des petits gestes pour montrer que les autres ne nous sont pas transparents en somme ! Bref. Tout ça pour dire que, au dessus du nom de cette femme figure désormais la mention « Biatch en puissance », suivie en plus petit des mentions « à éviter » et « à ignorer ». Mais je vais vite en besogne, car jusqu'à présent ce n'étaient que des petits riens : c'était loin d'être fini.

À peine sommes nous entrées qu'elle se dirige vers un bureau enseveli sous des dizaines de parchemins et de papiers en tous genres, dont elle finit par en tirer un ou deux après quelques minutes à chercher dans le tas.

« - Sacrebleu, ce vaurien en a encore mis partout quel sagouin ! Bien ! » siffle t-elle avant de s'asseoir sur le bureau, ne prenant pas la peine de prendre une chaise. « Commençons, donc »

Quelques ridicules 10 minutes plus tard, le verdict tombe sans que je ne m'y attende :

« - Selon tes résultats te voilà donc dans la garde Obsidienne. Félicitations ! »

Je ne suis pas sûre de bien comprendre.

« - Quoi, garde obsidienne ? C'est déjà fini ? » Fais-je en laissant transparaître malgré moi ma profonde surprise. Il y a tant de choses que je n'ai pas encore dit quand à mes domaines de compétences ou ne serait-ce même que mes études ! C'est.. c'est insensé ! »

« - « Quoi garde obsidienne ? » fait cette poufiasse vert pistache pour m'imiter d'une voix maniérée, tandis qu'elle entreprend de ranger un peu l'endroit. « À quoi est-ce que tu t'attendais? Que petite humaine que tu es, tes qualités ou tes qualifications étaient susceptibles de déroger à la règle ? » Elle s'arrête pour me fixer de ses grands yeux gris. Je l'ai déjà dit mais je le répète encore, tant ce détail m'intrigue et m'embête encore rien que d'y repenser : on dirait des yeux d'aveugles tellement ils sont gris, c'est dérangeant. « Que tu es la seule sous-qualifiée ici peut-être ? Ils n'ont pas le temps de faire dans la dentelle, sois déjà contente qu'ils t'aient accepté, tout poids mort que tu es. Et puis ce n'est pas comme si on pouvait s'attendre à autre chose comme résultat que celui de cette garde de brutes, venant de toi et de ton... « espèce » ».

Je me figeais plus par surprise que par outrage, tellement l'insulte me surprend, venant d'elle et de son air supérieur. En grandissant la méchanceté des gens me surprend plus qu'elle ne me touche vraiment, et en vérité elle m'amuserait plus qu'autre chose si ce n'était ce qui transparaît souvent derrière ce type d'attitude. Avec le temps et de la maturité, j'avais compris que la violence verbale dissimulai une rancœur intérieure, qui ne trouvait souvent son expression que dans l'agressivité envers les autres. Et aujourd'hui, de mon propre point de vue, je voyais surtout dans les insultes une occasion de joute verbale – si ce n'était le sens de ces mots qui n'a rien d'élégant en soi. Les mots fusèrent de ma bouche, très calmement.

« - Et mon espèce t'emmerde. » Avant de me reprendre très vite, histoire d'essayer lui rendre la pareille : « De mon côté je ne sais pas à quoi m'attendre de ta part. ». C'est très étrange de fixer le regard de quelqu'un qui n'a pas l'air d'en avoir. Vraiment. Mais je me répète.

Je revois encore sa bouche se fendre en un sourire de complaisance, lorsqu'elle me réponds sur un ton calme et détaché (mais hypocrite), presque innocent et une main sur la poitrine pour affecter d'être désolée (mon œil!) :

« - Oh. Pardon, je t'ai froissée il me semble. Toutes mes excuses, vraiment. »

Avant de reprendre, sur un air encore plus hautain :

« - Enfin ce n'est pas tout, mais il me reste encore le test de familier à te faire passer. Tu obtiendras un becola, un sabali ou un corko, je crains qu'il ne nous reste plus de... comment appelez-vous ça chez vous déjà... » « Ah oui une blatte. » Ouch. Ça a presque fait mal. Mais donné par une fille comme elle, pas assez pour que je garde ma langue dans ma poche. Elle joue mal, et j'avais senti d'avance venir la fin piquante lorsqu'elle termine sa phrase dans un sourire presque charmant. La prudence me glisse que je ne sais pas qui elle est et que m'illustrer par mon insolence n'est pas la meilleure chose à faire pour mon premier jour mais mon intuition me crie tout autre chose. Que cette fille n'est certainement pas polie, et que si je ne met pas les points sur les i dès le début pour me faire respecter, alors la suite sera encore plus compliquée. À la fois blasée et choquée (surtout choquée, en fait) par une telle attitude de sa part, je la regarde d'un air circonspect.

« - C'est fou. Ton agressivité est tellement prévisible, et ton humour à peine piquant, tellement tu es prévisible. Je vais commencer à penser que les elfes n'ont pas assez d'intelligence pour réussir à faire de l'humour, c'est presque dommage ! »

À ces mots elle se retourne, me toisant de toute sa hauteur d'un air aussi froid qu'un glaçon. Un glaçon dont le regard jetterait des éclairs, si du moins je pouvais être certaine qu'elle en avait un derrière ses grands iris. Me voit-elle seulement ? Elle s'approche, menaçante et pleine d'assurance comme seule une personne qui sait qu'elle est plus grande que vous peut le faire, pour me dire d'une voix très douce mais aux lourds relents de colère :

« - Écoute-donc, l'humaine – Morne l'humaine a un prénom. fais-je en la coupant sans ambages.

Je disais donc, l'humaine – je t'écoute Abigaëlle – Sur Terre tu étais peut-être quelqu'un, tu faisais peut-être des choses vraiment bien et avec plaisir. Mais tu n'y est plus, Morne. Ici comme ailleurs, tu fais ce que l'on te dit de faire et comme on te dit de le faire, que cela te plaise ou non. Parce que ici, que tu sois faite pour cela ou non u seras toujours utile à quelque chose, tu comprends ? Tu n'as peut-être pas envie d'aller dans cette garde de brutes, tu as peut-être peur ou peut-être te sentirais-tu plus à l'aise et plus compétente dans une autre garde. Peut-être que je préfèrerais faire autre chose plutôt qu'être dans cette satanée bibliothèque, à supporter ce satané nain croulant et à faire son larbin, sans parler de cette satanée matinée avec toi. »

La géante se penche encore un peu plus et tente d'élargir son sourire un peu plus.

« - Mais, comme tu le vois, je le fais. Parce qu'il faut le faire. Parce que je n'ai que cela à faire, ou presque. Alors fais-toi discrète Morne. Juste discrète. Je ne sais pas pourquoi tu es restée et sincèrement je n'en ai rien à faire chacun et chacune ses histoires. Mais ici chacun son travail, alors aux oubliettes ce test de garde ridicule, le tout étant qu'il y ait des membres dans chacune d'entre elle. Donc, je vais t'enmener au bastion d'Ivoire pour me débarrasser de toi, après quoi j'espère que nous ne nous recroiserons plus de sitôt. Cela te convient-il ?

Ce fut peu ou prou le speech qu'elle me fit sur un ton à la fois très calme et très agacé. D'un côté, elle a raison – et je déteste ça, je la déteste pour ça – de l'autre je n'ai qu'une chose à en dire : je l'enmerde. Elle et tous les autres qui me seraient tentés de me faire le même discours, ce que certains ne manqueront pas de faire je présume. Je ne sais pas qui est cette fille ni ce qu'elle fait ici, mais pour l'instant je la déteste pour m'avoir dit et répété sur un air si supérieur ce que je sais déjà. Je lui en voudrait encore un bon moment pour m'avoir pris autant de haut, comme si j'avais eu la légèreté de rester ici en ignorant tout des sacrifices et à des exigences auxquels j'allais devoir faire face. Comme si j'étais restée dans l'idée de me comporter en touriste. Comme si j'avais encore 15 ans et m'imaginais qu'un monde parallèle ressemblait à un champ de pâquerettes. Car s'il y a bien une chose que je déteste, c'est d'être prise pour une fille plus immature que je ne le suis, à qui on se permet de répéter les choses pour se gargariser de sa propre morale, de sa propre supériorité. Oui, je déteste ça. Sans doute un trait d'orgueil, mais je m'en fous. Donc, dans cet ordre des choses, j'enmerde Abigaëlle et tous les autres. Pas éternellement j'espère, détester les gens ou même accorder une quelconque importance aux gens qui n'en vaillent pas la peine me fatigue plus qu'autre chose. Mais pour l'heure, je n'arrive pas à ressentir une forme d'indifférence si ce n'est une réelle peine pour ce genre de personne, qui n'a rien d'autre à faire que de déverser leur bile sur des inconnus qui ne leur ont rien fait. Je suppose que l'histoire de cette femme est plus douloureuse et plus compliquée que la mienne, mais en attendant de digérer cette journée je la plaindrais plus tard.

Quand j'y repense, il s'est passé avec Abigaïl exactement ce à quoi je m'attendais en choisissant de rester ici. Sa réaction ne sera pas la seule, alors autant sortir une armure dès maintenant et anticiper mes réponses. Plus que de me faire respecter (ce qui ne se fera pas juste en répondant aux attaques mais en faisant mon boulot de gardien comme tout un chacun), il s'agit de montrer que je ne suis pas la chose molle à laquelle les gens ont l'air de s'attendre pour quelqu'un de mon espèce. On m'a bien fait comprendre hier soir que, sur Eldarya, être humain n'était pas sans rien rappeler de douloureux aux habitants. Je suis moi, et je n'ai à m'excuser de rien de ce que d'autres de mon « espèce » ont commis, si certains ici ont un problème avec ma présence et veulent me faire payer ma « race », alors il va falloir monter au créneau. Plus que tout, j'attends de pouvoir faire mes preuves au sein de ma garde. Mais ça va être compliqué. Et long. Rome ne s'est pas faite en un jour, et je n'ai pas l'ambition de jouer les héros. Sauf si les héros n'ont pas de vie sociale, se sentent seuls et un peu exclus, préférant la compagnie de leur chambre à celle de leurs congénères lors des repas !

En fait, mon existence toute entière me semble un peu glisser entre mes doigts, tellement je me sens un peu perdue depuis mon arrivée. Comme ballotée par le cours des évènements... Quand bien même ma décision a été de rester ici ! Il est plus que probable que je rattrape le fil de ce qui m'arrive, mais pour le moment je suppose que je me trouve dans une phase où, manifestement, je n'ai pas prise sur nombre de choses. Où tout semble lisse. Le temps qu'elles se passent, sûrement, et que le temps déroule et fasse évoluer les choses : alors j'en saurais un peu plus, j'aurais plus de prises sur les évènements, pour commencer à faire ma vie ici. S'il faut bâtir sur du roc et non sur du sable, toujours est-il qu'il faut déjà le trouver, ce roc ! (Et Dwayne Johnson qui n'est plus là...) Sans s'interdire de chercher ni d'attendre, pour trouver le meilleur emplacement... Oui, attendre. Et écouter. Avec patience.