Bon pas de blabla, merci de me lire et merci pour les reviews comme toujours! La partie 2. Ah, si! La première partie était plutôt descriptive et la partie 2, donc celle ci, est plutôt centrée sur ce qu'il se passe dans la tête de ma petite tête mauve. Rappel: Flash-back en gras et présence de spoil pour ceux qui ne suivent pas les scans, je vous ai prévenu. Les reviews sont toujours les bienvenus! Bonne lecture~
Chapitre 6: Souvenirs à la belle étoile. (Partie 2)
Cela faisait maintenant plus de trois heures que les deux femmes étaient parties et il commençait sérieusement à se demander ce qu'elles étaient parties foutre pour aller chercher des vêtements mais ça commençait à faire long, elles collaient bien au stéréotype de la femme qui met un temps fou. Non pas que le fait qu'elle lui ai pris sa muette le dérange, mais le fait qu'elles prennent aussi longtemps l'inquiétait. Il préférait éviter qu'il lui arrive quelque chose avant d'avoir découvert ce qu'elle cachait. Et le fait que la nuit soit tombée n'arrangeait pas les choses. Le chemin de terre par lequel elles étaient parties était bien trop sombre. Avant la tombée de la nuit, il avait observé les gens du village déplacer les longues tables et bancs vers un espace de la place qui était orné de torches. Ils avaient ensuite allumé les torches en question et entassé des bûches de bois au milieu de la place, tandis qu'un groupe de femmes s'occupait de la nourriture et faisait cuire une bête géante semblable à un sanglier. Il en avait déduis que d'autres festivités étaient organisées pour la soirée car même les enfants s'y mettaient: ils empilaient des tas de grandes couvertures dans un chariot, aidés par ses hommes en combinaison. Ils avaient bien crevé de chaud eux d'ailleurs. Il avait lui aussi tenté de se rendre utile mais en vain: il avait été jeté à chaque fois, même par les personnes âgées. Il s'était plaint qu'ils acceptaient l'aide de ses hommes mais pas la sienne et il avait eu une réponse unanime. «Vous êtes considérés comme des invités et les invités ne travaillent pas. En revanche, pour vos hommes, ce sont les enfants qui ont demandé leur aide, nous ne pouvons donc rien dire.» L'ours, lui, s'était contenté de rester assis dans un coin à tenir le nodachi entre ses grosses pattes car il faisait peur aux enfants, qui avaient ensuite finit par l'accepter. Il regardait le ciel: les étoiles avaient commencées à apparaître et toujours aucun retour des filles. Enfin, il avait pensé trop vite puisqu'il fut avertit de leur arrivée par le hurlement d'un de ses hommes. Hommes qui ne savaient même pas qu'elle était réveillée et présente sur l'île.
-Regarde Raïka, dit la brune en montrant le vieillard du doigt. C'est mon père et...
-Raïka! La coupa brusquement l'homme qui se dirigeait en courant vers elle. Je ne savais pas que tu étais réveillée! Et cette tenue te rend encore plus belle!
Cette dernière phrase attira l'attention du capitaine. C'était vrai que de base, elle était plutôt jolie et il était curieux de voir quel genre de vêtement pouvait l'embellir. Il se retourna et alla se mettre face à elle, poussant son subordonné sur le côté et l'observa. Elle portait une longue jupe de soie rouge aux bordures dorées avec une poche de cousue, dans laquelle elle avait glissé la feuille et le crayon. La jupe était assortie à son haut rouge aux bordures dorées également: un décolleté extrêmement plongeant et le haut s'arrêtant au dessus du nombril, des manches longues et larges comme celles d'un kimono et un châle d'un rouge plus foncé pour cacher sa marque et se couvrir, tenu par une chaîne à clochettes dorée. C'était qu'il faisait frais la nuit sur cette île. La muette, gênée, se sentit rougir sous le regard du capitaine qui ne cessait de se balader sur son corps. Puis il s'arrêta brusquement et se tourna vers la danseuse.
-Vous avez mis plus de trois heures pour aller chercher ça?
-Ah non, vous n'y êtes pas! J'ai fait les vêtements moi même pour que ça lui aille parfaitement bien et je lui ai fait plusieurs ensembles pour qu'elle puisse s'habiller lorsqu'elle en lavera.
La muette ne manqua pas de mettre son grain de sel en ajoutant un «abrutis» sur papier, ce qui agaça grandement le capitaine. Il allait vraiment finir par la jeter à l'eau celle là. Il dû se retenir de toutes ses forces pour ne pas la massacrer sur place ou la brûler vive avec une torche. La danseuse, sentant la tension monter, décida d'intervenir.
-Bon, on y va? Venez, ils commencent déjà à s'installer à table, dit-elle, joyeuse et attrapant la main du capitaine au passage.
La muette regarda sa main et écarquilla les yeux. Comment avait-elle pu se permettre un tel acte avec un parfait inconnu, qui n'était pas du genre à aimer ce genre de contact physique qui plus est? Elle se rappela ce qu'elle lui avait dit sur le chemin du retour.
Après êtres sorties de la maison, elles marchèrent tranquillement dans le noir, se guidant avec la lumière qui venait de la place. La danseuse avait également l'habitude de faire ce chemin dans l'obscurité.
-On devrait se dépêcher, dit la danseuse. On a pris énormément de temps déjà, il doit s'inquiéter.
Ça, la muette en doutait. Elle ne pensait pas qu'il soit du genre à s'inquiéter pour autre que lui même ou ses hommes. Et encore, c'était beaucoup espérer de sa part. Elle observait la danseuse: elle avait perdu son sourire. Elle la stoppa et planta ses yeux dans les siens un moment avant d'écrire sur le papier.
«Tu es triste.»
La danseuse la regarda, étonnée, avant de se décider à parler tout en reprenant sa marche.
-Tu sais... ton ami, Law, il me rappelle quelqu'un. Mon défunt fiancé précisément. Il a la même carrure que lui, les mêmes yeux bleu métallique, cette même attitude à rester calme et en retrait.
-...
-Mais surtout, dit-elle en regardant la muette, il a pour toi le même regard que mon fiancé avait pour moi.
La muette cru s'étouffer sur place. Lui, avoir un regard pour elle? Mais de quoi parlait-elle? Elle ressortit son papier et son crayon.
«Tu l'as rêvé. Il n'a jamais eu de regard pour moi. Il est plutôt du genre à me mépriser et m'ignorer.»
-Justement. C'est un regard qui fait comme si tu n'étais pas là mais qui au bout d'un moment craque et te regarde parce qu'il ne peut tout simplement pas t'ignorer, même si c'est ce qu'il montre, ou ce qu'il veut montrer.
Un moment passa avant qu'elle ne réponde.
«Tu te fais des idées. Ça se voit que vous ne connaissez pas sa réputation ni comment il est. Et il ne me connaît pas non plus, il n'a aucune raison de s'en faire pour moi.»
-Ce n'est pas la réputation qui fait une personne. Je me fais mon propre avis avec ce que je vois. Je vous emmènerai voir les sages demain et tu verras ce qu'ils diront. Ils ne se trompent jamais, dit-elle en lui lançant un clin d'oeil. Et moi non plus d'ailleurs!
Elle avança en riant.
«Les sages?»
-Je t'expliquerai. Mais pour l'instant, allons le rejoindre.
«Avant, si tu veux bien, comment ton fiancé est-il... ?»
-... Il y a deux ans, il a voulu partir en voyage en dehors de l'île. J'étais contre mais je ne pouvais pas l'empêcher de vouloir réaliser ses rêves. Il nous avait juré revenir un an après. Je l'ai donc attendu mais... il n'est jamais revenu. Il était parti avec peu de provision. On en a conclu qu'il n'était plus de ce monde. Et malgré ça... je continue de l'attendre désespérément. Et quand j'ai vu ton ami je me suis dit que c'était peut-être un signe. Mais je me fais des idées, je ne suis qu'une pauvre fille amoureuse de son défunt amour...
-...
-Bon, on y va? Demanda-t-elle, souriante.
Elles reprirent leur chemin sans rien dire de plus.
Aussitôt qu'elle lui prit la main, le chirurgien la retira et elle partit, joyeuse, vers les grandes tables, suivie par la muette. Enfin presque. Il lui attrapa le poignet avant qu'elle n'ait eu le temps d'y aller à son tour et la regarda dans les yeux un moment, le temps que tout le monde rejoigne les tables. Une fois seuls à l'autre bout de la place, sous le regard de la brune qui les observait, il lâcha son poignet et avança lui aussi vers les tables. En passant à côté d'elle, il lui dit une phrase à laquelle elle n'avait jamais osé s'attendre venant de sa part.
-Ca te va bien, lui souffla-t-il.
Elle ne rêvait pas? Venait-il bien de lui faire un compliment ou bien était-ce une illusion de son esprit? Elle le suivit sans vouloir chercher à savoir plus et ce que lui avait dit Sharina lui revint à l'esprit. Elle secoua la tête comme pour se débarrasser de cette idée. N'importe quoi. Il alla s'asseoir à la table la moins peuplée, la muette sur les talons qui s'installa en face de lui. Ils furent immédiatement servis par la danseuse qui avait décidé de changer de place pour venir se mettre à côté de lui. Un peu trop près même, se dit la muette. Mais elle ne pouvait pas lui en vouloir, elle voyait son défunt amour en lui et... lui en vouloir? Mais pourquoi diable lui en voudrait-elle de s'asseoir à côté de lui? Pourtant, quelque chose gênait la muette dans cette idée. Certes, il lui ressemblait sûrement mais il n'était pas lui. Il était également plus aimable avec la brune qu'avec elle alors qu'elle était une parfaite inconnue, ça elle l'avait remarqué. Elle baissa la tête et regardait son assiette: elle se rendit compte qu'elle n'avait pas faim malgré tout ce temps passé à être nourrie via un tube dans le bras. Elle les regarda de nouveau: ils discutaient tranquillement et elle lui souriait. Non, elle n'avait vraiment pas faim, elle avait le ventre serré. À ce moment là, le vieillard vint s'installer à côté d'elle et parla avec le capitaine.
-J'ai une question, dit-il de sa voix tremblante.
-Oui?
-Après votre départ, allez-vous parler de notre île au monde?
-... Non.
-Mais pourquoi?
-Il y a des choses qu'il vaut mieux ne pas savoir sur le monde. Si je parle de votre île, vous attirerez les pirates qui viendront massacrer tout vos biens. Je ne veux pas gâcher votre tranquillité.
-Pirates?
-Des gens qui pillent les îles et prennent les trésors jusqu'à trouver le trésor ultime et devenir le roi des pirates. Ce trésor s'appelle le One Piece et les pirates sillonnent les mers du monde dans le but de le trouver. Mes hommes et moi même sommes des pirates mais je me fiche des petits trésors des îles où nous allons. Moi ce que je veux, c'est trouver le One Piece.
-Les pirates sont mauvais? Ils font du mal? Demanda la brune.
-Pas forcément. Certains font volontairement du mal, d'autres n'en font pas, dit-il en pensant à l'équipage du Chapeau de Paille. Pour ma part, je n'en fais que lorsqu'on se met en travers de ma route.
-Et Raïka? Demanda-t-elle. Elle est une pirate? Elle fait partie de tes hommes?
-Non. J'ai accepté qu'elle voyage à bord de mon navire pour son but mais elle ne fait pas partie de mon équipage. Même si je la considère comme mienne puisque tout ce qui est à bord de mon navire m'appartient.
La muette se sentit rougir. Quelle idée aussi de la dire sienne! Il aurait pu dire qu'elle était son objet, ça aurait été mieux. Bonjour les sous-entendus, elle allait passer pour le steak vivant d'un associable toujours en retrait à la limite de détester les gens.
-Je vois, répondit la brune avec un grand sourire pour la muette.
Cette dernière ne mangeait toujours pas. Elle avait l'estomac noué par le fait que la brune voyait son fiancé en lui et se permettait des gestes qu'elle même ne songeait même pas à faire. Il la jetterait sans hésiter. Elle observa la danseuse et cette dernière se rapprochait de son capitaine, lui lançant des grands sourires. Mais non, se dit-elle. Elle a juste le contact physique facile. Elle n'avait pas d'idées malsaines derrière la tête. Elle secoua la tête. Pourquoi pensait-elle ça? Pourquoi pensait-elle de telles choses alors qu'elle avait été la gentillesse incarnée envers elle? Et elle se rendit compte de quelque chose sur elle même qui ne lui plaisait pas. Elle se leva brusquement, bousculant la table, sous les regards étonnés du vieillard, de la brune aux yeux dorés et du capitaine. On ne voyait même plus ses yeux tellement elle baissait la tête, serrant son poing. Elle ne leur accorda pas un regard et partit rapidement dans la forêt. Heureusement pour elle, personne à part les trois n'avait remarqué son geste. Elle alla se laisser tomber contre le premier tronc d'arbre hors de vue de la place et s'écroula au pied de ce dernier, prenant ses genoux dans ses bras et posant la tête dessus, cachant son visage. Elle entendit des bruits de pas dans l'herbe suivis d'autres bruits aplatissant l'herbe. Elle releva la tête et pu observer le capitaine à ses côtés, lui tendant une feuille et un crayon sans la regarder. Elle les pris et retourna la tête sur les genoux.
-Qu'est-ce qu'elle t'a fait? Demanda-t-il.
«De quoi tu parles?»
-Tu l'observais et tu es partie brusquement. J'ai dû me précipiter pour ne pas te perdre. Qu'est-ce qu'elle t'a fait? Dit-il sèchement.
«Rien justement. Rien.»
-Alors pourquoi tu pleures?
Dire «je ne pleure pas» n'était sûrement pas une bonne idée vu les larmes qui coulaient le long de ses joues. Elle avait envie de se frapper elle même ou de se taper la tête contre l'arbre: elle savait qu'il n'aimait pas ça et c'était sûrement pour ça qu'il ne la regardait toujours pas.
-Tu veux que je te dise? Demanda-t-il soudainement.
Elle ne savait absolument pas pourquoi il lui avait dit tout ce qui allait suivre, mais il vida son sac sans aucune raison.
-J'ai l'impression d'avoir à faire à une autre personne qu'au début, dit-il. Tu es plutôt calme et posée en fait, mais surtout sensible. Quand tu es arrivée sur mon navire, tu étais vulgaire. Remarque, tu l'es toujours. Mais tu étais une vraie allumeuse.
Elle était surprise. Tellement surprise qu'elle l'observa au moins cinq bonnes minutes. Il l'avait donc observée tout ce temps pour lui déballer tout ça en ayant parfaitement raison? Pour elle qui pensait qu'il n'en avait strictement rien à branler d'elle, c'était un choc. Elle lui répondit donc honnêtement, elle n'avait pas la force ni l'envie de lui mentir.
«C'est justement parce que je suis faible que je me donne ce caractère. Je me cache parce que j'ai peur de ce que tu pourrais penser. Vous êtes tous forts dans ton équipage et vous avez tous votre caractère. Je ne voulais pas faire tache au milieu.»
Il la regarda enfin dans les yeux.
-C'est n'importe quoi. On a tous notre caractère comme tu dis, et toi aussi. Ta personnalité n'est pas ce que tu donnes à voir, mais ce que tu es vraiment. J'aurai préféré te voir naturelle dès le début à vrai dire, plutôt que te voir jouer un rôle, je l'avais deviné. Et qui t'a dit que tu devais te cacher avec moi?
Elle écarquilla les yeux. La réponse était évidente: il ne lui portait tellement pas d'intérêt qu'elle avait ressentit le besoin de cacher ce qu'elle était. Et maintenant, le Chirurgien de la Mort lui sous-entendait qu'elle pouvait s'ouvrir à lui? Sans arrières pensées bien sûr. Quelle bêtise. Tout cela n'avait aucun sens. Qu'est-ce qu'il espérait? Qu'elle allait donc se ramener comme une fleur à la suite de cette phrase et lui dire «salut, je suis hyper sensible et je chiale comme une gamine capricieuse parce que je suis dérangée par le fait qu'elle te touche sans aucune gêne!» Même si il le voulait, elle ne pourrait pas, c'était absurde. Et hors de question de lui avouer qu'elle était jalouse sans elle même savoir pourquoi.
«Je peux dire la même chose que toi. Tu n'as pas tenté de me disséquer depuis un moment.»
-Non mais c'est très très tentant.
Il aurait pu rajouter un «lol» ou un «mdr» à la fin que ça aurait eu le même effet. Il se rectifia lui même après cette réponse de mauvais goût.
-C'est vrai, si on laisse de côté mon envie de te brûler de tout à l'heure. Mais je ne suis pas d'humeur à ça, je n'en ai pas l'envie. Mais ne t'en fais pas, je vais vite m'y remettre.
Il lui lança son fameux sourire aux airs sadiques. Si elle avait pu ricaner, elle l'aurait sûrement fait. Elle sourit.
«Chasse le naturel, il revient a galop.»
-On devrait y retourner. Ils se sont inquiétés de te voir partir comme ça.
«Toi aussi non, pour m'avoir suivie comme ça.»
-Non. C'était instinctif.
«Tu es venu sans réfléchir me demander pourquoi j'ai pleuré?»
-Tu aurais préféré que je te laisse seule dans le noir?
«... Non.»
Elle frotta ses yeux et ses joues et se releva afin de retourner à la place. Cela faisait une bonne vingtaine de minutes qu'ils avaient disparus. Il allait se relever lorsqu'elle se posta devant lui et lui tendit la main. Il l'observa un instant et déclina l'offre: elle était trop légère pour pouvoir aider un homme de sa carrure. Et à vrai dire, être aidé à se relever par une fille n'était pas très gratifiant. Il se releva de lui même et passa devant elle. Ils marchèrent lentement jusqu'à atteindre la place, attendus par la brune qui se précipita sur Law. Dans la logique des choses, elle aurait dû se jeter sur elle et non sur lui.
-Que s'est-il passé?! Demanda-t-elle.
-Absolument rien. Elle avait juste besoin de respirer, elle ne se sentait pas bien.
-Tant que ça va mieux, c'est le principal. Venez, on a finit le banquet. On va allumer le feu de joie!
Il n'eut pas son mot à dire qu'elle partit déjà aider les hommes. Les hommes allèrent déplacer des bûches de bois et des bancs autour de l'amas de bois fait plus tôt dans l'après midi tandis que les femmes et les enfants s'occupèrent des tables et de la vaisselle. Une fois le tout nettoyé et installé, tout le monde alla s'installer sur les troncs des arbres géants qui faisaient office de bancs. Les vrais bancs étaient gardés pour les enfants. Lorsqu'ils aperçurent la danseuse arriver avec une torche à la main, ils l'acclamèrent jusqu'à ce qu'elle mette le feu au bois. Dans les hurlements de joie, la danseuse vint prendre la main de la muette et la tira en courant et riant vers le feu. Elle la força à s'asseoir au bout d'une des bûches et se posa à côté d'elle. Les musiciens ressortirent leurs instruments et entreprirent des musiques dans le même style estival que dans l'après midi. Sous les applaudissements rythmés des spectateurs, des femmes se levèrent et firent danser les hommes de l'équipage, aux anges bien évidemment. Au bout d'une trentaine de minutes, la muette chercha le chirurgien du regard: il n'était pas autour du feu. Elle regarda derrière elle et le découvrit assis, seul, sur une grosse bûche à la lisière de la forêt, à une trentaine de mètres à vue d'oeil du feu, caché dans le noir. Elle prit le crayon et la feuille et se leva sans que personne ne la remarque. Elle alla s'asseoir à côté de lui, passant ses mains sous ses jambes pour ne pas remonter la jupe en s'asseyant, sous le regard de l'homme. Il attendit un moment avant de prendre la feuille qu'elle lui tendit.
«Tu n'aimes pas ce genre de chose?»
-Ce n'est pas que j'aime pas. Mais quand ça devient trop joyeux, ça n'est plus pour moi.
«Je m'en doutais.»
-C'est la deuxième fois que tu devines quelque chose sur moi. Tu dois avoir une sorte de pouvoir, je sais pas.
Elle ne su pas quoi répondre. À vrai dire, elle voulait surtout changer de sujet. Quelque chose lui vint à l'esprit, dû aux constatations d'avant.
«Cette île, tu ne trouves pas qu'il y a quelque chose d'étrange? On ne s'est pas cherchés depuis qu'on a accosté ici. On est même plutôt calmes, même tes hommes ne foutent pas le bordel.»
-Ils savent se tenir quand il le faut. Mais tu n'as pas tort, habituellement on se serait déjà battus plusieurs fois. Ils sont tellement en paix, peut-être que ça déteint sur nous.
«Je n'aime pas être en paix. On finit toujours par trop réfléchir.»
-Et on part pleurer dans les bois pour que personne ne puisse nous voir.
Elle baissa la tête. Voulait-il qu'elle ai honte? Si il savait que c'était de sa faute aussi, il ne dirait pas ça. Remarque, si puisqu'il était du genre à s'en battre royalement les couilles. Elle l'observa et remarqua qu'il était toujours en t-shirt noir, plutôt à ras le corps d'ailleurs ce qui laissait apparaître la forme de sa musculature. Il sentit le regard insistant de la muette sur son corps et la regarda d'un air neutre. Enfin, neutre voulait dire «ça va, tu profites bien?». Elle ne se faisait toujours pas au fait de le voir dans un jean blanc moulant et sans son précieux chapeau. Sa coiffure donnait l'impression qu'il ne se coiffait jamais, mais ça lui donnait du charme.
-Quoi? Lâcha-t-il.
Elle fut sortie en sursaut de sa contemplation et écrit.
«Pourquoi tu ne portes pas tes vêtements habituels?»
-Ils sont tâchés de ton sang, je n'ai pas réussi à le faire partir.
Elle porta sa main à sa taille, à l'endroit de sa blessure.
«... Pardon.»
-C'est rien, c'est qu'un pull. Et j'avais trop chaud pour mettre mon chapeau.
«Je connais une façon d'enlever le sang, je nettoierai ton pull...»
-Fais ce que tu veux.
Elle hocha la tête et l'observa. Elle l'observait beaucoup depuis qu'ils étaient sur l'île d'ailleurs. Il avait redirigé son regard vers le feu. Il lui avait affirmé avoir chaud mais il faisait plutôt frais: étant à l'écart du feu et dans l'ombre, la chaleur ne les atteignait pas. Elle comprit qu'il avait froid à la chaire de poule qu'il avait aux bras. Elle en profita pour observer ses tatouages étranges.
«Pourquoi ces tatouages?»
Elle cru le voir esquisser un sourire narquois avant de lui répondre.
-Secret, la nargua-t-il.
Elle gonfla les joues comme un gamine, ce qui le fit ricaner: c'était pile la réaction qu'il attendait. Il voulait juste faire chier. Ils redevinrent calmes. Elle hésita un moment avant d'écrire quelque chose et de ranger la feuille dans sa poche. Elle se rapprocha et se colla à lui, attrapant son bras et le couvrant de sa manche.
-Mais qu'est-ce que tu fais?
Elle lui tendit le papier et il pu constater qu'elle avait deviné sa réaction et ce qu'il allait dire en lisant ce qu'elle avait écrit.
«Tu m'as dit que j'ai pas à me cacher alors voilà comment je suis. Je savais que tu allais réagir comme ça, je m'en suis doutée que tu n'aimes pas ce genre de contact. Mais s'il te plaît, laisse moi faire. Je ne t'ai pas remercié pour ce que tu fais et n'ai jamais eu l'occasion de le faire. Je sais que je ne sers pas à grand chose alors si je peux au moins te réchauffer le bras alors je le fais, j'ai bien vu que tu as froid.»
-Comment tu as deviné tout ça?
«J'ai finit par te connaître. S'il te plaît, laisse moi au moins faire ça.»
Il ne comprenait pas pourquoi elle insistait mais il savait une chose: elle n'allait pas laisser tomber jusqu'à ce qu'il accepte. Il observa son bras du coin de l'oeil: il devait bien avouer que le tissus qu'avait utilisé la brune tenait bien chaud. Il accepta sans plus chercher à discuter, il était inutile de faire des histoires pour une chose aussi futile qui partait d'une bonne intention. Après son accord, elle se colla instinctivement à lui et ils se retrouvèrent épaule à épaule. Ou plutôt, épaule à bras vu la différence de taille qu'il y avait entre eux. Ils restèrent un moment sans parler et il remarqua qu'elle était pensive. Il tourna le regard vers elle, obligé de baisser la tête pour pouvoir la voir collée à son bras, la tête au niveau de son épaule et le regard figé sur le feu.
-A quoi tu penses?
«Je ne comprends pas. Tu m'as toujours traité comme un fardeau. Tu aurais pu être débarrassé de moi en me laissant mourir mais pourtant, tu m'as sauvé. Pourquoi est-ce que tu m'aides? Pourquoi m'avoir accepté sur ton navire? Pourquoi m'avoir sauvé?»
-... Tu me rappelle quelqu'un. Quelqu'un que je n'ai pas pu sauver. C'est sûrement pour ça que je ne peux pas me résigner à te laisser mourir.
«C'était donc ça la souffrance que j'ai vu en toi le premier jour. Tu n'as pas pu sauver cette personne. Qui était-ce?»
-N'en parlons pas.
La muette comprit que ne pas insister était la meilleure des choses à faire. Il redirigea son regard vers le feu, relevant la tête. Il ne savait pas pourquoi il lui avait dit ça. Aurait-il mieux fait de le garder pour lui? Les musiciens jouaient toujours leur musique rythmée, accompagnée de la danse cadencée de la brune acclamée et applaudie par les gens du village et les hommes du chirurgien. Lorsque la chanson se termina, cette dernière alla regagner sa place, reprenant son souffle. Une dizaine de minutes s'ensuivirent dans le calme jusqu'à ce que les habitants demandent à la danseuse de chanter. Décidément, elle était multi talent celle là. Elle accepta et se mit à chanter une douce et lente mélodie semblable à une berceuse dans une langue qui leur était inconnue. Sûrement une langue ancienne propre à leur île. Lorsqu'elle chantait, sa voix était moins gamine qu'habituellement. Elle oscillait entre l'aigu et le grave: douce et mélodieuse, elle glissait avec les notes des musiciens qui jouaient à présent pour l'accompagner. Mais le calme ne fut pas long et elle se laissa aller dans un chant rythmée digne des foires, accompagnée par la musique de nouveau estivale. La muette l'observait avec admiration, ce que le capitaine remarqua et il la vit écrire quelque chose.
«Elle a une voix magnifique.»
Il ne répondit pas et se contenta d'observer la danseuse tandis que la tête mauve reprenait le papier. Un moment silencieux passa entre eux et il entendit un bruit, comme si elle venait de déchirer la feuille. Il ne s'était pas trompé. Il redirigea son regard sur elle et la découvrit, quelques larmes sur les joues et lui tendant le papier déchiré.
«Elle a une voix.»
C'était en lisant cela qu'il se rendit compte que ne pas avoir de voix était extrêmement difficile pour elle.
-Tu sais, dit-il, tous les muets ne le sont pas forcément définitivement. Ils peuvent ne jamais avoir eu de voix tout comme ils peuvent l'avoir perdu suite à un traumatisme et ceux là peuvent la retrouver un jour.
Elle leva la tête vers lui et écarquilla les yeux, se frottant les joues pour essuyer le reste de larmes. Elle ne rêvait pas? Il essayait... de lui remonter le moral? Décidément cette île avait quelque chose pour qu'il agisse si amicalement avec elle.
-J'y pense, dit-il, mais je ne sais pas si tu as eu une voix ou si tu n'en as jamais eu.
«J'en ai eu une.»
-Ah oui? Et comment l'as-tu perdue?
«... Tu le sauras le moment venu.»
Il fronça les sourcils.
-Tu ne veux vraiment rien me dire de toi n'est-ce pas.
«Toi non plus.»
-C'est vrai, dit-il, laissant passer ensuite un moment. Elle est comment ta voix?
«Elle est... un peu plus aigu qu'elle, mais pas stridente, plus douce.»
-Je vois. Peut-être qu'un jour tu la retrouveras.
Elle ne répondit pas. Elle savait très bien ce qui allait se passer pour elle dans le futur et ça, elle ne voulait pas lui dire.
-Tu me caches des choses, dit-il, en regardant la danseuse qui les observait l'un contre l'autre.
Elle ne répondit pas et baissa la tête. Il soupira.
-Je le saurais le moment venu, c'est ça?
Elle hocha la tête. La danseuse avait arrêté de chanter et les musiciens avaient rangé leurs instruments. Quelques heures avaient passées depuis le début du feu, il devait être minuit passé. Cela se faisait ressentir: la fatigue était arrivée chez tout le monde et quelques enfants étaient déjà endormis dans les bras de leurs parents. Les cernes du capitaine s'étaient également creusées, avec celles de la muette. Le vieillard et quelques autres hommes éteignirent le grand feu à l'aide de grands seaux d'eau prévus plus tôt à cet effet. Alors qu'ils n'étaient plus éclairés que par les torches autour de la place, le capitaine se leva et alla chercher ses hommes, la muette le suivant de près.
-Il se fait tard, on retourne au navire, ordonna-t-il.
-Hein?! S'exclama la brune. Mais non, venez avec nous! Chaque grande journée comme celle ci se termine toujours par une nuit tous ensembles à la belle étoile.
-Je ne suis pas pour ce genre de choses.
-Allez capitaine! Intervinrent ses hommes.
Décidément, ils n'en rataient pas une pour pouvoir dormir avec des femmes ceux là.
Il ne savait pas si c'était une bonne idée. Les tuer dans leur sommeil était chose facile, mais en même temps ils ne devaient même pas savoir ce qu'est un meurtre sur cette île. Il n'eut pas le temps de donner de réponse que la muette fut immédiatement tirée par le bras par la danseuse.
-Allez Sharina, prends la tête! S'écrièrent plusieurs villageois.
-Oui oui!
Elle tira la muette en rigolant. Elle avait tendance à beaucoup lui voler sa tête mauve d'ailleurs celle là. Même après tant d'efforts en une journée, elle était toujours pleine d'énergie. Les habitants allèrent chercher le chariot de couvertures rassemblées à cet effet et suivirent la brune et la tête mauve, accompagnés des pirates en combinaison. Le capitaine fut bien obligé de suivre, il n'allait pas laisser cette idiote seule et il ne comptait pas sur ses hommes pour la surveiller. Il les suivit donc en restant en retrait. Loin devant lui et ses hommes, la danseuse marchait en observant la muette.
-Dis, je me demandais, dit-elle. C'est quoi ce rond gris sous ton oeil?
«... Rien d'intéressant.»
-... Je vois...
Elle resta silencieuse. La muette semblait tellement lui en vouloir qu'elle en perdit son éternel sourire et elle ne savait pas quoi dire. Elle baissa la tête et fronça les sourcils.
-Raïka... dis moi ce qui ne va pas...
-...
-S'il te plaît... comment veux-tu que je t'aide si tu ne me dis rien? Et tu ne peux pas me dire que tout va bien, je le vois que tu es pensive.
Elle s'arrêta net, ce qui força la brune à s'arrêter à son tour. Le temps que la muette écrive sa réponse, tout le monde leur passa devant, y comprit le capitaine qui se retourna pour lui jeter un coup d'oeil. Une fois tout le monde éloigné, la muette lui tendit le papier et reprit sa marche.
«Je ne comprends pas, il agit n'importe comment avec moi. Un coup il m'ignore, un coup il me laisse croire que j'existe. Il te laisse faire des gestes qu'il aurait repoussé si ça avait été moi. Tout à l'heure quand tu lui as pris la main, il n'a rien dit. Moi quand je me suis approchée, il m'a fait une réflexion. Je sais qu'il me laisse rester à bord de son navire à contre coeur, je l'ai bien vu. Il n'a aucune considération pour moi, il me hais. Qu'est-ce que je suis dans tout ça? Un fardeau. Je ne suis qu'un fardeau pour lui et ses hommes.»
-... Tu te trompes.
La muette fut surprise par la dureté du ton de la brune. Elle se retourna et l'observa, les yeux écarquillés.
-Il ne te hais pas. Tu n'es pas un fardeau. Il se préoccupe de toi. La preuve: si tu étais un fardeau pour lui, il ne serait pas en train de t'observer pour vérifier que je ne te fasse rien de mal.
«Qu'est-ce que tu en sais? Tu dis des conneries.»
-Alors retourne toi.
Elle se retourna et constata qu'elle avait raison. Au bout du chemin, se trouvait le Chirurgien le regard planté sur elle. Ils restèrent à se regarder un moment dans le blancs des yeux jusqu'à ce que ce dernier aille rejoindre les autres. Elle se retourna vers la brune et baissa les yeux.
-Je te l'avais dit. Il ne le montre pas mais il se souci de toi. Sinon pourquoi t'aurait-il suivie quand tu es partie quand nous mangions?
-...
-Et si tu ne me crois toujours pas, alors laisse moi te dire ça. Je vous ai vu tout à l'heure à l'écart du feu. Certes, quand je lui ai pris la main il n'a rien dit. Mais il a immédiatement retiré la sienne. Alors que toi, il t'a fait un reproche mais ne s'est pas écarté de toi. Il t'a laissé faire et ne t'a pas repoussé contrairement à ce que tu dis. Il sait que tu existes. Tu n'es pas rien à ses yeux, Raïka. Ne dis plus jamais ça. Si tu n'était qu'un fardeau, il t'aurait déjà chassé de son bateau.
«Je lui rappelle quelqu'un. Il ne s'intéresse à moi qu'à cause de ça. Sinon moi, je n'existe pas. Je sais même pas pourquoi je me préoccupe de ça. Qu'est-ce que ça peut me faire qu'il m'ignore ou non, de toute façon on ne s'est jamais supportés. Et j'ai l'habitude d'être seule et ignorée alors ça ne me dérange pas.»
-Tu n'es plus seule. Il est avec toi.
-...
-Ce que tu m'as dit, le fait que ça t'est égal. Si c'était vraiment le cas, tu n'aurais pas été jalouse que je lui prenne la main. J'ai bien vu tes regards dès que je le touchais.
«Moi jalouse? C'est toi qui te permets ce genre de contact avec un inconnu parce qu'il te rappelle ton fiancé.»
-Je le sais ça, et je ne le contrôle pas. J'ai toujours été comme ça avec tout le monde et comme tu l'as dit, je vois mon défunt fiancé en lui. C'est inconscient et je m'en veux terriblement pour ça. Maintenant si tu ne veux pas me croire c'est ton choix. Mais je peux te dire qu'il t'attend. Vas le rejoindre, je vais rentrer chez moi. Si ils te posent des questions, dis leur que je ne me sentais pas bien. C'est au bout du chemin.
À ces mots, la danseuse fit demi-tour et disparu rapidement sur le chemin, laissant la muette seule dans le noir. Elle resta une bonne vingtaine de minutes plantée au milieu du chemin, essayant d'avaler tout ce qu'elle lui avait dit. Mensonges. Lui, se préoccuper d'elle? C'était sûrement la plus mauvaise blague qu'elle n'avait jamais entendu. Elle ferma les yeux. «Si il se souciait vraiment de moi, pensa-t-elle, il serait derrière moi et...»
-Qu'est-ce que tu fais à attendre dans le noir? La coupa une voix familière.
Non. Impossible. C'était n'importe quoi, juste une coïncidence. Elle se mordit la lèvre et ouvrit les yeux. De la lumière venait de derrière elle. Elle se retourna et le vit là, attendant une réponse, une torche à la main.
-Où est-elle?
«Elle ne se sentait pas bien.»
-Et elle t'a laissé dans le noir.
«Je pouvais pas marcher, il fait trop sombre.»
-Je m'en doute. On y va.
Il se retourna et commença à marcher, la muette le suivant lentement. Pour la première fois depuis l'arrivée sur l'île, elle était contente de le voir. Elle se surprise à sourire. Devait-elle croire ce que la danseuse lui avait dit? Elle se rapprocha de lui et s'accrocha au bas de son t-shirt, baissant la tête.
-Je vais pas partir en te laissant là, si je suis là c'est pour venir te chercher tu sais.
Elle se sentit rougir. Heureusement qu'il ne la voyait pas.
«C'est pour la lumière abrutis. Tu marches trop vite alors je te retiens.»
-Fais attention à comment tu me parles si tu ne veux pas finir en morceaux.
Ah, les bonnes vielles habitudes étaient de retour.
Au bout du chemin, elle arriva derrière le capitaine et s'arrêta net, tandis que lui continuait. Elle était tout simplement émerveillée par ce qu'elle voyait. Une grande plaine illuminée de la lumière de la lune. L'herbe semblait être bleue et brillante d'humidité à cause de cette lumière. À l'écart, se trouvait une falaise qui donnait vue sur la mer, les vagues se cognant à la paroi et aux pierres du pied de la falaise, le bruit des vagues accompagnant la vue sur les étoiles. Au milieu de la plaine, les habitants et les pirates étaient allongés sur de grandes couvertures de multiples couleurs. Certains dormaient déjà ayant cédé à la fatigue, d'autres discutaient en chuchotant. En retrait, sur le côté de la plaine à la lisière des arbres géants, une couverture s'y trouvait seule avec le capitaine allongé dessus, les bras croisés sous la tête. Il lui fit signe de venir et elle alla s'asseoir à côté de lui.
-Puisqu'on est là, dit-il, il n'y a pas assez de couverture pour tout le monde. On est plusieurs à devoir partager et je préfère te garder ici plutôt que de te lâcher avec les primates qui me servent d'hommes.
Elle lui tendit un papier avec un air narquois.
«Tu te préoccupe de mon innocence?»
Il avait appris une chose: elle n'avait encore jamais rien fait. Il pris le même air narquois qu'elle, voire lubrique.
-Disons que je me garde des privilèges en tant que capitaine.
Il aurait pu lui tirer la langue, ça aurait eu le même effet. Elle se sentit rougir de honte et changea vite de sujet.
«Tu es encore en retrait.»
-Je n'aime pas vraiment ce genre de chose, je te l'ai déjà dit.
«Moi non plus je n'aime pas ça. J'y suis pas habituée.»
-Personne ne t'a jamais fait participer à ça?
-...
-Ah, oui. Je le saurais encore le moment venu.
Elle observa la plaine et se reconcentra sur lui. Une légère brise balayait l'herbe ainsi que les cheveux de chacun, faisant flotter légèrement le voile de ses épaules dans l'air.
«Ils sont tous endormis. Et tu t'endors aussi. C'est tellement calme que ça en est presque étrange comparé au caractère fêtard des gens de cette île.»
-C'est vrai.
Elle ne répondit pas et regarda les étoiles. Il avait fermé les yeux et s'était tourné sur le côté. En y pensant, c'était la première fois qu'elle allait le voir dormir: il paraissait tellement plus apaisé qu'habituellement. Peut-être était-ce la fatigue qui le rendait ainsi. Elle regarda de nouveau ses bras: il avait encore la chaire de poule. Pas étonnant avec l'air frais qu'il y avait. Elle détacha le voile qui lui couvrait les épaules et lui couvrit les bras avec. Au bout de deux heures d'attente, elle n'arrivait pas à dormir. Elle était trop pensive. Elle se leva le plus silencieusement possible et alla au bord de la falaise. Debout, les cheveux bercés par la brise et la peau blanche plus pâle que jamais avec la lumière de la lune, elle observait l'horizon qui s'offrait à elle. La lune se reflétait dans la mer qui s'étendait à perte de vue, fusionnée avec le ciel parsemé d'étoile. Une voix derrière elle la fit sursauter.
-On aurait dû retourner au navire et les laisser là, on est tous les deux pas à notre aise ici.
Elle écarquilla les yeux. On? Venait-il de la prendre en compte? Elle baissa les yeux, retournant à ses pensées. Durant le long silence qui s'ensuivit, il resta en retrait derrière elle et l'observa. Elle avait l'air triste. Elle était immobile, bercée de la brise marine et lumineuse sous la lumière. Quelque chose émanait d'elle mais il ne savait pas quoi. Il se rendit compte qu'il ne l'avait jamais vraiment observé comme il était en train de le faire et quelque chose lui frappa l'esprit. Elle avait les courbes et la finesse d'un ange fragile délaissé par le monde. Douce, attentionnée malgré son mauvais caractère par moment, elle avait toujours cherché à savoir comment il se sentait et à l'aider. Il ne savait rien d'elle. Mais du peu qu'il connaissait, il pouvait l'affirmer. Elle était belle. Que ce soit physiquement ou mentalement, il le sentait. C'était bien ce qu'il pensait: belle. Mais elle ne souriait jamais. Belle, mais malheureuse.
-Je me disais bien que quelque chose n'allait pas, dit-il.
Il avança et vint se mettre à côté d'elle les mains dans les poches, sous le regard de la muette. Il observa à son tour l'horizon, pour ne pas la fixer davantage.
-Tu n'arrives pas à dormir parce que quelque chose te tracasse, je me trompe?
«Tu n'arrives pas à dormir non plus?»
-Non, je te l'ai dit. Je ne me sens pas à l'aise pour.
«... Cette vue est magnifique tu ne trouves pas?»
-Je te l'accorde.
-...
-Dis moi à quoi tu penses.
Elle hésita un moment avant d'écrire sur le papier et de lui tendre. Lorsqu'il l'attrapa, elle commença à partir. Il regarda le papier, intrigué par le fait qu'elle le laisse avant même d'avoir eu une réponse.
«Tu ne te souviens vraiment pas, Law? Le héros d'Aldia?»
Il se retourna brusquement, les yeux écarquillés et cru être aspiré dans le regard de la jeune fille qui attendait. Elle se retourna et partit lentement, lui montrant son dos et lui laissant donc voir sa marque. À la vue de cette dernière, il fut pris de maux de tête soudains et manqua de perdre l'équilibre. Un flot d'images et de paroles lui vint en mémoire, comme si une partie effacée avait refait surface. Il leva la main vers la silhouette floue qui partait doucement, se tenant la tête de l'autre.
-Tu es...
Son imagination le fit entendre une voix dans l'air autour de lui, voix qu'il avait déjà entendu auparavant. Une voix aigu mais pas stridente, douce.
«Tu le sauras le moment venu, Law.»
