Et voilà, chapitre 8 (peut-être un peu court, mais bon...)
Chapitre 8 : Un faible espoir
Le jeune homme étendu sur le lit eut un faible sursaut.
La jeune femme assoupie dans un fauteuil redressa la tête, retenant son souffle.
Après tant de jours passés dans la crainte et l'incertitude, elle entrapercevait enfin un faible espoir.
-Theodred ?
Il allait mieux, elle en était sûre. Elle le veillait, le soignait, lui parlait longuement, lui confiant ses pensées les plus secrètes. Il ne pouvait pas mourir.
Elle s'approcha du blessé.
S'il se réveillait, elle aurait enfin un allié. Ensemble, ils réussiraient à ramener l'ordre au château, ils trouveraient un moyen d'améliorer la santé du roi...Et ils bouteraient cet infâme sorcier hors de leurs terres.
Depuis que son frère avait été banni, elle rasait les murs, évitant autant que possible la proximité de Grima. Le seul endroit où elle se sentait à l'abri de ses regards était ici, au chevet de son cousin.
-Theodred ?
Elle ne comprenait pas pourquoi les plaies du jeune homme refusaient de cicatriser. Elle ne pouvait parler à personne de ce problème, pas même à son oncle.
Elle posa ses doigts sur la joue pâle du jeune homme.
Tous les jours, elle parlait à celui qui était si vite devenu un vieillard. Elle lui donnait des nouvelles de son fils, l'informait des menus événements qui avaient eu lieu dans la cité,...Elle tentait par tous les moyens de faire naître sur le visage du monarque un signe, un signe qui lui aurait indiqué qu'il comprenait ce qu'elle lui disait. Qu'il la reconnaissait...
Elle frémit en sentant la peau de son cousin si froide contre la sienne.
Elle souffrait de ce manque de reconnaissance, de ce sentiment d'abandon. L'hypothèse de la guérison de Theodred était une des rares choses qui l'empêchaient de sombrer dans un abîme de détresse.
Le jeune homme eut un nouveau sursaut, comme s'il tentait de respirer.
-Bats-toi, Theodred...Sors-toi de là...
Son corps se détendit, perdant peu à peu ses couleurs et sa chaleur.
C'était fini.
Elle se mordit les lèvres pour contenir le flot de larmes qu'elle sentait, prêt à déferler, derrière ses paupières.
Son dernier espoir venait de s'éteindre.
Il n'y avait plus rien à faire.
Dans l'obscurité, Eowyn renversa la tête en arrière et déchira la nuit d'un cri de désespoir.
Aylea sentit quelque chose contre son flanc. Elle se tourna sur le ventre et la pression disparut.
Une poignée de secondes plus tard, la chose revint à l'attaque, sur sa nuque cette fois. L'elfe bougea d'un grand coup sur le dos, provoquant un nouveau retrait, accompagné d'une espèce de reniflement.
À la tentative suivante, la texture de ce qui se promenait sur son visage était devenue plus douce et un peu poilue. Là, l'elfe commençait à en avoir assez. Elle fit ce qui lui semblait le plus sensé : elle ouvrit les yeux.
Et se trouva nez à nez (c'est le cas de le dire) avec un museau grisâtre pourvu de vibrisses et de lèvres roses.
Elle eut un sursaut en reconnaissant le propriétaire de cette bouche :
-Aeal ! Est-ce que c'est une façon de réveiller les gens le matin ?
Pour toute réponse, la jument lança un hennissement joyeux et trotta sur quelques mètres, la queue en trompette.
La jeune elfe se leva, bousculant Legolas blotti contre elle, et marcha dans la prairie, respirant à pleins poumons l'air frais du matin. Les yeux fermés, elle leva son visage vers le soleil, se laissant doucement réchauffer.
Elle ne bougea pas pendant un long moment, cherchant à percevoir tout ce qui se passait autour d'elle. Une multitude petites bêtes bougeaient dans les herbes à ses pieds, dans un bosquet d'arbres, un oiseau faisait des vocalises, le vent soufflait doucement, agitant les herbes hautes. Sur les côtés, elle entendait les renaclements et les respirations mêlées des chevaux qui broutaient. Derrière elle, un feu crépitait et de l'eau bouillait.
Une belle journée s'annonçait.
Aylea songea amèrement que, si la guerre n'avait pas lieu, elle aurait utilisé les vingt-quatre heures suivantes à chevaucher dans la forêt, se percher dans un arbre pour bouquiner, s'entraîner au tir à l'arc, rire avec sa sœur, aider son père à préparer des remèdes, regarder le soleil se coucher...
Mais elle ne pouvait pas changer le présent. Personne ne le pouvait.
Elle resta là jusqu'à ce que les gargouillements de son ventre la convainquent d'aller rejoindre Aragorn près du feu.
-Salut...le salua-t-elle en s'asseyant.
-Thé ? proposa le Rôdeur en levant un bol.
-Merci...dit-elle en s'emparant de l'ustensile en terre cuite.
Elle porta le liquide bouillant à ses lèvres, savourant la chaleur du thé coulant dans sa gorge.
-Bien dormi ? demanda-t-elle à son ami.
-Pas assez...Mais je commence à avoir l'habitude. Et toi ? Tu as passé une bonne nuit ?
-Oui, répondit Aylea, intriguée par le sourire malicieux accroché aux lèvres d'Aragorn. Pourquoi ?
-Pour rien...
Ils contemplèrent le paysage en silence.
-Bonjour.
Ils se tournèrent de concert vers Gandalf qui arrivait d'un bosquet d'arbres.
-Vous cachez quelque chose sous votre cape ? l'interrogea Aylea.
-Ma blancheur, jeune dame, répondit le Magicien avant de s'asseoir aux côtés des deux autres.
-Et, peut-on savoir pourquoi ? demanda doucement Aragorn.
-Le Roi Theoden est sous l'emprise de Saroumane.
L'elfe et le Rôdeur hochèrent la tête.
-L'esprit du Roi a été trop longtemps asservi, et je me dois de le libérer. Mais il y a un grain de sable qui grippe la machine. Saroumane est aidé par un magicien du Rohan, un homme vil et corrompu, à la langue de serpent, qui contribue à l'empoisonnement de son monarque. Il me connait, et ne m'apprécie guère. Tant qu'il ne me considère que comme « Gandalf le Gris », je ne représente pas une menace difficile à éradiquer. Mais s'il apprend mon nouvel état, il cherchera un moyen de me détruire avant que j'ai pu voir Theoden...Ce qui explique la cape (grise bien entendu). Cela satisfait-il votre insatiable curiosité, Wen Aylea ?
-Votre réponse me comble, Mithrandir, répondit Aylea avec un sourire en coin.
-Où sont Gimli et Legolas ? s'enquit alors le Magicien.
-Aux dernières nouvelles, ils troublaient le calme matinal par leurs ronflements, l'informa l'héritier d'Isildur.
Gandalf eut une moue de contentement et partit, armé de son redoutable bâton, réveiller les deux traînards.
Sept minutes, trente-huit secondes et neufs centièmes plus tard, très exactement, ce qui restait de la Communauté finissait son petit-déjeuner (que les Hobbits auraient sûrement qualifié de frugal). Gandalf éteignit les cendres du feu d'un coup de bâton magique et lumineux et la petite troupe, sacs sur le dos et armes au côté, remonta vaillamment en selle, prêts à affronter une nouvelle journée de chevauchée à travers les plaines du Rohan.
-Vous avez bien dormi ? demanda innocemment Gimli à Aylea après une demi-heure de route.
-Oui, et vous ?
Bizarre, cette manie de me demander si j'ai passé une bonne nuit, pensa la fille d'Elrond.
-J'aurais pu mieux profiter de mes rêves, commença le nain, songeur. Si deux elfes de ma connaissance n'avaient pas ponctué mon sommeil de bruits en tous genres...
Aylea et Legolas, aussi rouges l'un que l'autre, se lancèrent un regard inquiet.
-C'est vrai, renchérit Aragorn, vous auriez pu être plus discrets.
-Mais de quoi parlez-vous ? demanda Legolas, qui avait du mal à jouer les innocents.
-Ne faites pas semblant, le taquina Gimli. Remarquez, je vous comprends, si j'avais une amie aussi ravissante que la vôtre...
Et il lorgna Aylea avec un sourire mesquin tout en triturant les tresses de sa barbe.
-Mais...Je ne vous permets pas d'insinuer...
-C'est bon, Legolas, dit Aragorn en posant sa main sur l'épaule de l'elfe, arrêtez. On sait tous très bien à quoi vous jouez, tous les deux.
-Pourquoi dites-vous cela ? intervint Aylea.
-Et bien, expliqua le Rôdeur, tu as encore des brins d'herbe dans les cheveux et la chemise de Legolas est un peu de travers.
La jeune elfe passa instinctivement la main dans ses boucles.
« Qu'est-ce qu'on fait ? demanda-t-elle à son compagnon. On les liquide sur place ou on tente une échappée digne ?
« Pour ce qui nous reste de dignité...
Gimli éclata d'un rire gras, déclenché par une plaisanterie grivoise qui lui était subitement revenue en mémoire.
Vexés, les deux elfes lancèrent leurs chevaux au galop, bien décidés à mettre le maximum de distance entre ces hurluberlus et eux.
-Je suis toujours là, chuchota Gimli.
Il regretta ces paroles dès que ses fesses touchèrent un peu violemment l'herbe du Rohan.
La plaine défilait sous les pieds des quatre chevaux.
Gimli avait changé de registre et se plaignait maintenant de la distance (trop grande à son goût) qui les séparaient encore de la ville.
-En plus, ajouta-t-il, cette chevauchée me brise les reins...
-Je peux m'arranger pour que vous continuez à pied, si ça peut vous faire plaisir, répondit Legolas.
Gimli marmonna quelque chose dans sa barbe avant de se taire.
Une grande colline perça bientôt l'horizon.
-Edoras, annonça Gandalf, et le château d'or de Meduseld. C'est là que réside Theoden, Roi du Rohan, dont l'esprit a été vaincu. L'emprise de Saroumane sur le Roi Theoden est désormais très forte...
Aylea étudia du regard la colline qui surplombait la plaine.
Un caillou plus gros que les autres, entouré d'une haute palissade de bois, avec des maisons accrochées à ses flancs. Le genre de cité qui paraît invincible au premier coup d'œil mais dont les faiblesses sont flagrantes dès qu'on y regarde un peu mieux.
Des bâtiments en bois, tout d'abord. Le feu les réduirait en cendres. La palissade ne semblait pas bien épaisse. Une cohorte d'Uruks lancés à pleine vitesse la perceraient facilement.
Les seuls avantages que l'elfe voyait étaient la position de la ville, isolée au beau milieu d'une immense étendue déserte, et le chemin qui serpentait jusqu'au château, rendant son accès plus chaotique.
Enfin...Edoras avait tenu bon jusqu'ici, il n'y avait aucune raison pour que ça change...
-Faites attention à ce que vous dites, les mit en garde Gandalf. Nous ne sommes pas les bienvenus.
Il pressa ses talons contre les flancs de Gripoil, qui partit au grand galop, suivi par les trois autres chevaux.
La jeune femme ne pouvait plus contenir ses larmes.
À genoux devant le lit où gisait son cousin, elle laissait libre cours à sa peine.
Son oncle ne voulait rien entendre. Elle lui avait annoncé la mort de son fils, espérant une réaction. Mais rien ne s'était produit. Le visage de Theoden gardait toujours cette expression de vieillesse sénile, comme si toute sa force s'en était allée.
Perdue dans ses sombres pensées, elle n'entendit pas le frottement d'étoffe qui se rapprochait.
-Ah, il a dû mourir au beau milieu de la nuit...
La voix dans son dos lui donna envie de crier. Grima. L'homme qu'elle haïssait le plus au monde, l'homme qui avait banni son frère, l'homme qui la désirait et était prêt à tout pour parvenir ses fins.
Elle avait cru qu'il se donnerait au moins la peine de feindre de la tristesse. Mais il n'en était rien. Son ton n'aurait pas été autre s'il lui avait donné des nouvelles du temps qu'il faisait.
-Quelle tragédie pour le Roi de perdre son fils et unique héritier.
Le sorcier à la langue de serpent s'approcha d'elle et s'assit sur le lit.
-Je comprends que son trépas soit difficile à accepter, continua-t-il d'une voix plus empreinte de compassion.
Eowyn, le visage baigné de larmes, regarda avec un mélange d'appréhension et de tristesse la main se poser sur elle.
-D'autant plus maintenant que votre frère vous a abandonnée...
Cette phrase révolta la Rohirrim. Comment osait-il ? C'était lui qui avait forcé son frère à partir. Si cette conspiration n'avait pas abouti, Eomer serait encore là pour la protéger.
-Laissez-moi seule, serpent, cracha-t-elle en s'écartant vivement.
-Mais vous êtes seule, répondit Grima, ses yeux la transperçant et lui glaçant les os. Qui sait ce que vous avez dit aux ténèbres (il se leva et commença à tourner autour d'elle, comme un fauve guettant le meilleur moment pour sauter sur sa proie) dans les moments les plus amers de la nuit, où toute votre vie semble se rétrécir...les murs de votre boudoir se refermant sur vous...clapier pour entraver un être sauvage...
Ses yeux d'un bleu iréellement pâle étaient braqués sur les siens. Sous le poids de ce regard, elle se sentait si faible, si lasse, prête à s'abandonner...
-Si belle...Si froide...
La main de Grima passa doucement sur la joue d'Eowyn, dégageant une de ses longues boucles blondes.
-Comme un pâle matin de printemps qui frissonne encore d'un hiver tenace...
Les yeux fermés, elle se laissait emporter par le pouvoir de ces mots, si doux et incisifs à la fois. À quoi bon lutter ? Elle avait déjà perdu cette bataille...
La main s'aventura plus avant, profitant du moment de faiblesse de la jeune femme. Ses yeux exprimaient sa soumission proche. Elle était presque en son pouvoir.
Mais son regard changea soudain, comme si le charme n'avait plus d'effet. Le doute étreignit le cœur de Grima.
-Vos paroles sont du poison, cracha Eowyn avant de quitter la chambre d'un pas décidé, tourbillon blanc et or, laissant le sorcier seul devant son échec.
Elle passa à grand pas la porte principale mais s'arrêta presque aussitôt.
Ses yeux parcourent l'immensité d'herbe jaunâtre. Rien. Il n'y avait rien...
Elle fit quelques pas jusqu'au brasero qui brûlait dans un coin de la terrasse de pierre. Les montagnes aux hauts sommets enneigés enclosaient la vallée. Une prison, voilà ce qu'était devenue la ville où elle avait grandi. Elle refoula péniblement une nouvelle vague de larmes.
Un mouvement dans l'horizon attira son attention. Quatre cavaliers galopaient à vive allure vers la cité. Qu'ils viennent seulement, ça lui était bien égal.
Le drapeau accroché à la lance plantée à côté d'elle se détacha soudain et s'envola vers les mystérieux arrivants.
Eowyn, petite silhouette blanche perdue devant l'imposante masse du château d'or, suivit des yeux le morceau de tissu aux couleurs de son peuple.
