8 EPILOGUE

Rencontrer la famille de Castiel dans ces circonstances était à la fois gênant et effrayant. Après tout, Dean ne pouvait pas réellement arriver dans la chambre d'hôpital et tendre la main en souriant avant d'annoncer : « Bonjour, je suis Dean et si votre fils est dans ce lit c'est ma faute. Mais regardez, il sourit donc il est content de me voir donc s'il vous plaît ne me dépecez pas ! ». Non. Définitivement il ne pouvait pas s'annoncer comme ça.

Ce fut donc une chance qu'il n'y ait que Castiel et sa petite sœur dans la chambre quand il y entra ce jour là. Même en chemise d'hôpital, il était beau à regarder. Bon sang le bleu gris hideux de la tunique faisait même ressortir ses yeux ce qui de l'avis de Dean était un signe qu'il avait du vendre son âme au diable. Assise sur le lit se tenait une rouquine aux grands yeux verts et à la peau très pâle qui lui tenait la main. Elle le regarda une demi seconde avant d'interroger Castiel.

« C'est lui Dean ? »

Le jeune homme hocha la tête en souriant et elle se remit à regarder Dean qui mit les mains dans ses poches , un peu mal à l'aise.

« Je comprends ce que tu voulais dire... Il est vraiment mignon au point qu'on ne peut pas lui en vouloir ! »

« Anna! »

« Mignon ? » S'amusa Dean en s'asseyant sur la chaise.

« J'ai dit beau ! Le mot que j'ai employé était beau. Et j'ai mentionné les yeux et les taches de rousseur aussi. » Se défendit Castiel en serrant les doigts de sa sœur. Dean sourit et lui prit l'autre main.

C'est ainsi que les parents de Castiel les trouvèrent, Castiel dans son lit, souriant alternativement à sa sœur et son ami. Ils ignoraient presque tout de Dean, à part que c'était un garçon qui avait tellement compté pour leur fils que son absence l'avait changé. Mais en le voyant, en les voyant tout les deux, ils comprirent l'attachement de leur fils pour le jeune homme aux yeux verts.

Il avait l'air sain et fort. Et à coté de lui, Castiel semblait plus heureux qu'ils ne l'avaient vu depuis des mois, comme si Dean, son sourire et son bronzage avait un effet positif sur lui. Et ils ne purent pas lui en vouloir malgré l'envie qu'ils en avaient. On ne pouvait pas en vouloir à quelqu'un qui rend heureux son propre enfant, même si cette personne lui a aussi causé son plus grand malheur.

« Dean... Pourquoi êtes vous parti ? » Demanda la mère de Castiel doucement. Elle avait le visage sérieux, des cheveux blonds retenus en un chignon strict et pourtant elle ne semblait ni sévère ni accusatrice, juste sincèrement curieuse. Anna tourna vers lui un regard plein de questions, mais ce fut le visage de Castiel le plus important.

Castiel et ses yeux bleus soudain tristes.

« Maman... »

« Je veux savoir. Et toi aussi tu veux savoir, tu n'oses juste pas demander. »Répondit sa mère.

« S'il ne veut pas en parler... »

« Je veux en parler. » Le coupa Dean en pressant sa main. « J'ai besoin d'en parler, et que tu comprennes. » Dit il doucement.

Alors il raconta. Tout. Depuis le début, d'aussi loin qu'il s'en souvienne. Des choses qu'il n'avait jamais dites à personne même pas à Sam.

Il raconta le feu qui avait tué sa mère. Et l'impression depuis, qu'il ne trouvait sa place nulle part, qu'il finirait comme sa mère, emprisonné dans sa propre vie.

Castiel lui pressa la main mais ne dit rien, il le laissa continuer. Dean raconta la vie sur les route avec son père et Sam, jamais plus d'un ou deux ans au même endroit. Il avait adoré ça. Ne jamais savoir où ils iraient, être toujours à l'aventure avec leur héros de père.

« Et Sammy... Sammy me regardait comme si j'étais son héros personnel. » Il sourit à lui même et regarda Castiel. « Et tu me regardais comme ça, au début. Quand je te racontais le Texas, le Wyoming et Monument Valley... Tu me regardais comme si j'étais Steeve Mc Queen... Et j'ai eut peur. J'ai eut peur parce que Sammy me regardait comme ça, et que c'est lui que j'ai le plus laissé tomber. »

Castiel se redressa dans le lit sans quitter Dean des yeux. Dean raconta la mort de John. Il avait vingt ans, Sam seize. Cette nuit là, il était allé dans un bar après s'être violemment disputé avec son père au sujet du comportement de Dean que John réprouvait. Il désapprouvait la façon inconsciente dont son fils se comportait avec ses conquêtes, d'état en état ( «Si personne ne te surveille, tu vas laisser une traînée de bâtards dans tout le pays ! »). Il avait finit au poste et John avait du venir le chercher. John aussi avait bu.

« On s'est encore disputés sur le chemin du retour, très violemment. Et on a percuté un arbre. Je me suis réveillé dans l'ambulance et mon père était toujours inconscient. Il est mort dans la nuit. Après ça... je ne me souviens plus réellement... J'ai un peu perdu le contact avec la réalité et Sam... Sam a complètement pété les plombs. Il était drogué jusqu'aux yeux, je l'ai retrouvé dans des endroits... les fois où je le récupérais chez les flics c'était plutôt un bon jour. Et il me regardait quand même comme si j'étais son héros personnel... Et j'ai quasiment rien pu faire... Il s'est sorti de là quasiment tout seul quand c'est moi qui ai pété les plombs tellement j'étais impuissant... J'ai rien pu faire. Comme pour ma mère et mon père... Alors... Quand tu t'es mis à me regarder comme ça... comme si j'étais le truc le plus important de l'univers...J'ai eut peur... tu comprends ? J'ai eut peur ! »

Castiel hocha la tête, les larmes aux yeux.

« Ce n'était pas ta faute. » Dit il en caressant la joue de Dean. « Pour ta mère, ce n'était pas ta faute. Pour Sam non plus, et ton père, c'était un accident, personne n'aurait pu l'empêcher »

« Je sais... »

« Non... tu ne sais pas... Tu l'as sauvé, Dean... Tu as sauvé Sam quand il était bébé. Et ton père le savait, il te l'a caché pour ne pas te faire porter ce poids mais il a eut tort ! »

« De quoi tu parles ? »

« Elle était dépressive. Le feu, c'était un suicide. »

Dean secoua la tête nerveusement. « Impossible. Elle n'aurait pas … elle n'aurait pas mis Sam en danger. »

« Si. Certaines formes de dépression persuadent le malade qu'il rendrait service aux gens qu'il aime en les soustrayant au monde. On appelle ça du suicide altruiste. Elle aimait tellement Sam qu'elle a voulut l'emporter avec elle. Ton père et toi vous l'avez sauvé mais vous n'auriez rien pu faire pour elle. Et c'est génétique... un peu. Je pense que tu lui ressembles, qu'elle se sentait … emprisonnée dans sa propre vie, elle a voulut s'en échapper... Mais tu avais quatre ans à l'époque, elle t'avait déjà appris la mélancolie. Et ensuite, elle s'est développée, à chaque départ, à chaque nouvelle route. »

« Et Sam ? »

« Il n'a pas eut de maman. Il n'a eut que ton père et toi. Et il n'a jamais rien dit, parce que vous n'avez jamais rien dit, mais il était seul et malheureux. Tu sais pourquoi il a regardé Jess la première fois ? Pas parce que c'était la plus jolie fille du campus. Mais parce que c'était la plus seule. Il a comblé sa solitude avec la drogue après la mort de John, parce qu'il n'a jamais connu aucun autre moyen d'exprimer sa souffrance. Toi et ton père vous lui avez tout appris, mais pas à gérer une douleur pareille. Et quand tu es parti... C'est elle qui l'a sauvé. Il a comblé sa solitude avec elle... En un sens, te perdre a été sa libération. »

Dean pleurait, il serrait la main de Castiel tellement fort qu'ils en tremblaient tout les deux et leurs fronts étaient si proches, si proches l'un de l'autre qu'il n'existait presque plus qu'eux dans la chambre.

« Ce n'était pas de ta faute, tu as fait de ton mieux, on a tous fait de notre mieux ! »

…...

Quelque mois plus tôt.

« Est ce que j'ai ta permission pour faire un truc stupide ? » Demanda Charlie en remontant ses lunettes sur son nez. Elle leva les yeux de son écran d'ordinateur pour interroger du regard sa petite amie allongée sur le canapé, en train de potasser ce qui ressemblait fortement à un cours pas passionnant.

« Tu fais ce que tu veux tant que tu ne t'approches pas de la cafetière ! »

« Tu vas me lâcher avec cette histoire ? » Ronchonna Charlie.

« Nope. Tu as fait exploser notre cafetière Punky, je ne te laisserai jamais l'oublier! » Meg reposa son livre et s'extirpa du canapé pour venir voir par dessus l'épaule de la rouquine ce qu'elle faisait. Elle ne vit que des lignes de code sur l'écran à part un petit carré dans le coin supérieur gauche dans lequel était ouvert un onglet internet qui lui était curieusement familier.

« Est ce que tu es en train de pirater le site de mon père ? »

Charlie hocha la tête. « Ça te dérange ? »

Meg lui tapa gentiment sur l'épaule. « Fais ce que tu veux, tu as ma bénédiction. »

Une heure plus tard, au lieu d'afficher ses vidéos habituelles, le site renvoyait automatiquement à un discours de femme connues pour leurs prises de position politiques et féministes où que l'on clique.

Ce genre de sabotage était courant et Meg savait que la société de son père employait des gens pour régler ces problèmes presque avant qu'ils ne se produisent. Elle s'assit donc sur le coin de la table avec une tasse de thé et attendit avec Charlie que la page revienne à la normale. Rien ne se produisit pendant plus d'un quart d'heure. Meg posa sa tasse vide dans l'évier.

« Le plus long piratage du serveur a duré dix minutes... Comment tu fais ça ? »

« Je suis bonne. » Répondit Charlie avec un petit sourire.

« Plus que bonne... Est ce que tu te rends compte que tu es en train de faire perdre leur boulot à des mecs que mon père paye cent mille dollars par an pour éviter les gens comme toi ? »

« S'ils ne sont pas capable de m'arrêter, ils ne méritent pas d'être payés cent mille à l'année. » Déclara Charlie. « Mais ne te prive pas de dire que je suis la meilleure, j'adore ça. »

Meg se percha à nouveau sur la table.

« Punky ? »

« Hum ? »

« Ça te dirait de dominer le monde avec moi ? »

Charlie sourit et détourna les yeux de son écran. « Pourquoi aurais je envie de dominer le monde ? »

« Parce que c'est bon d'être reine. » Répondit Meg.

Charlie retira ses lunettes et se leva pour l'embrasser doucement. « Et comment on va réussir cet exploit ? » Demanda-t-elle.

« Je vais trouver un plan. » Promit Meg avant de la prendre dans ses bras pour approfondir le baiser. Il faisait assez chaud dans l'appartement pour que Charlie ne porte pas de collants sous sa mini jupe et Meg était chaque fois reconnaissante des choix vestimentaires de sa petite amie. Ainsi, elle pouvait la presser contre le bord de la table, passer une main fraîche sous son t-shirt et sentir son ventre se crisper sous ses doigts. Tandis que les mains de Charlie agrippaient ses cheveux, ses épaules, sa taille ou peu importe quelle partie d'elle, Meg pouvait glisser un genou entre les jambes de sa compagne et sa main libre sous sa jupe où elle resterait jusqu'à ce qu'elles se déplacent vers quelque chose de plus confortable. Le canapé, un de leurs lits, la douche... Peu leur importait.

Le corps de Charlie avait des courbes à l'endroit des creux de Meg, leurs esprits regardaient dans la même direction à défaut de penser pareil et il leur arrivait de rire quand la situation ne s'y prêtait pas. Comme en ce moment, la main de Meg chatouillait les côtes de Charlie qui se mit à gigoter pour lui échapper et trébucha contre la table basse avant de tomber sur le canapé, suivie plus ou moins volontairement par sa petite amie.

Elles riaient toujours quand Charlie écarta les cheveux du visage de Meg.

« Je t'aime tu sais. »

La brune eut un sourire sarcastique. « Tu dis ça parce que j'ai ma main au bon endroit Punky. »

Charlie secoua la tête. « Non. Je t'aime vraiment. Parce que tu es la personne la plus courageuse que je connaisse, parce que tu as l'honnêteté de reconnaître quand tu as tort. Parce que tu es généreuse et ambitieuse. Et parce que tu sais exactement qui tu es et qui tu veux être... C'est rare de nos jours... les gens qui savent qui ils sont. »

Meg eut un petit rire et se recala plus confortablement entre les jambes de Charlie pour pouvoir poser sa tête sur sa poitrine. « Tu vas me faire rougir. » Grinça -t-elle. Charlie ne répondit pas, sa main caressait paresseusement les cheveux de Meg jusqu'à ce qu'un tintement venu de l'ordinateur lui fasse lever les yeux.

« Ils ont réussit à m'éjecter du serveur. » Fit elle remarquer.

« Moi aussi je t'aime. » Dit Meg sans tenir compte de son intervention. Charlie reporta son attention sur elle. « Je t'aime parce que tu es la personne la plus retorse que je connaisse. Et en même temps la plus gentille. Je t'aime parce que tu me rappelles que les gens sont beaucoup plus que ce qu'ils paraissent de prime abord. Je t'aime parce que tu es différente. » Elle s'était redressée sur les coudes pour regarder Charlie. C'était une longue déclaration pour Meg mais c'était des mots et des sentiments qui devaient bien s'exprimer au moins une fois de temps en temps. Quel meilleur moment y avait il qu'un câlin sur le canapé pour dire ces choses là ? Charlie souriait.

« Je crois que ça va me plaire de dominer le monde avec toi. » Dit la rousse avant de poser un nouveau baiser sur ses lèvres, puis son menton, son cou. Meg ferma les yeux, se laissa allonger sur le canapé, puis laissa à Charlie tout le loisir de lui faire ce qu'elle voulait. Pendant longtemps cet après midi là, les choses ne furent qu'un flou de membres embrouillés et d baisers. Pour la première fois depuis longtemps, elles étaient toutes les deux dans un environnement confortable et familier. Elles étaient exactement là où elles devaient être. Ensemble.

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Ils n'étaient plus jamais seuls, aucun d'eux. Bien sur leurs cours les séparaient dans la journée, et encore ! Leurs emplois du temps leur permettait de se voir une partie de la journée. C'était étrange, de l'avis de Castiel. Pendant des mois ils s'étaient à peine vus, comme si leur simple présence aux uns et aux autres leur était insupportable. Comme si se fréquenter aurait juste ravivé la peine du départ de Dean. Ils avaient eut tort. Castiel ne s'était pas senti aussi bien depuis longtemps.

C'était comme d'émerger d'une longue maladie un matin de printemps pour découvrir qu'autour de nous tout le monde était malade également. Charlie lui avait rendu la clef USB contenant la vidéo, Castiel l'avait regardé plusieurs semaines plus tard en se demandant quel étranger avait réalisé ce film ?

Il n'arrivait pas à se sentir mal ou coupable. Peu lui importait en réalité. Il n'avait rien fait d'illégal, il n'avait rien fait de mal. Il avait juste fait une confiance aveugle à Charlie et à Meg sans réfléchir.

Mais il avait eut le temps de réfléchir par la suite. Repenser à la réaction de Meg, repenser à la disparition subite d'Adam d'Ocean Avenue, raccrocher un certain nombre d'éléments entre eux et il avait une vision assez claire du tableau à force.

Il y songeait , assis à la table du RoadHouse l'après midi du 2 Mai tandis que Jo apportait avec précaution un gâteau énorme pour Sam. Meg lui donna un coup de coude dans les côtes.

« T'es avec nous Clarence ? »

Il hocha la tête en souriant. Meg ne le quittait presque plus d'une semelle depuis qu'elle l'avait réveillé plusieurs mois plus tôt et l'avait forcé à mettre à la porte la personne avec qui il avait passé la nuit. Il se serait sans doute braqué si elle l'avait jugé ou regardé avec mépris ou condescendance. Elle ne l'avait pas fait. Aucun d'eux ne l'avait fait. Ce soir là, Charlie l'avait laissé choisir le film et l'avait gavé de pâtisseries. Plus tard, une Jess aux yeux fatigués et plus tristes que d'habitude l'avait serré contre elle avec soulagement. Derrière elle il avait vu Sam et d'un coup il s'était rendu compte à quel point ils s'étaient tous éloignés les uns des autres depuis le départ de Dean. Sam avait maigri, ses mains tremblaient, et il avait des cernes violets sous les yeux. Castiel se souvenait avoir interrogé Jess du regard et elle avait secoué la tête lentement.

Charlie avait du lui expliquer la situation.

« Je ne savais pas que c'était si grave. »

« Nous non plus »

Ils ne s'étaient plus lâchés depuis. Ils s'étaient épaulés et soutenus, avaient soulagé Jess du poids de la désintoxication de Sam (comment avaient ils pu ne pas le voir s'enfoncer?), avaient filtré les appels du père de Meg jusqu'à ce que Charlie réponde à sa place un soir. Castiel n'avait pas écouté toute la conversation, il se souvenait juste de la fin.

« Et votre fille est magnifique et parfaite, et si vous n'êtes pas capable de voir ça, tant pis pour vous ! »

Ils avaient travaillé, joué aux jeux vidéos, sans doute mangé leur poids en pizza et bu un peu trop. Ils s'étaient réunis presque chaque soir chez les uns ou les autre, s'entassant parfois à cinq dans la petite chambre de Jess. Et peu à peu, les choses s'étaient améliorées à mesure que le froid de l'hiver reculait.

Ils étaient là maintenant, à fêter l'anniversaire de Sam. Il avait repris du poids, retrouvé ses fossettes et Castiel savait qu'il tenait la main de Jess entre ses genoux sous la table.

Les choses allaient beaucoup mieux et l'été ne leur semblait plus si inquiétant à présent. Meg, Charlie et Castiel restaient à Ocean Avenue, Sam et Jess allaient dans le wisconsin. Castiel entama sa part de gâteau avec la certitude que le pire était derrière eux. C'était extrêmement réconfortant.

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L'été touchait à sa fin mais la plage d'Ocean Avenue était encore fréquentée. Sam avait l'impression de respirer l'air marin par son propre nez pour la première fois. Il avait oublié, depuis le temps, à quel point une désintoxication était affreuse. Il avait oublié les nausées perpétuelles, la perte de poids puisqu'il ne pouvait rien avaler sans le vomir tout de suite après, les nuits sans sommeil puis les cauchemars. Il avait oublié la colère permanente et l'impression que des souris lui rongeaient les dents en permanence.

Il respirait pour la première fois en serrant la main de Jess. Il savait depuis longtemps qu'elle était douce et patiente. Et jusqu'ici il avait eut l'impression d'avoir prit la mesure de son amour. Il ne réalisait que maintenant à quel point il s'était trompé. En regardant d'autres couples les dépasser il se demandait lesquels avaient vécu la même chose qu'eux ? Y avait il parmi tout ces gens des hommes qui pouvait se vanter d'avoir une femme aussi merveilleuse que Jessica Moore à leurs cotés ?

Y avait il sur cette plage une autre fille capable de faire ce qu'elle avait fait pour lui ? Capable d'ignorer ses mouvements d'humeur et de le remettre en place à chaque fois que le manque lui donnait envie de l'insulter. Capable de rester avec lui à toute heure du jour ou de la nuit pour s'assurer qu'il ne craquerait pas ? Capable de le bercer aussi longtemps qu'il le faudrait jusqu'à ce que les crises de tremblement soient passées.

Existait il une autre fille aussi bien qu'elle ?

Il n'avait pas la réponse à ses questions et il ne la cherchait pas. Il respirait l'air marin et l'odeur de la crème solaire dont Jess s'était couverte. Elle était magnifique et, depuis quelque temps, un sourire avait peu à peu remplacé les cernes qu'il avait creusé sous ses yeux. Il s'en voulait, il le lui répétait sans cesse et elle le faisait taire à chaque fois.

« Tu es ce qui compte le plus pour moi Sam. On n'abandonne pas les gens qu'on aime quand les temps sont durs. Sinon c'est qu'on ne les aime pas. » Disait elle.

Il n'aurait sans doute pas assez de toute sa vie pour la remercier. Il n'aurait sans doute jamais les mots et personne ne saurait jamais à quel point il l'aimait et l'admirait. Il en venait presque à souhaiter que les temps deviennent dur pour elle pour pouvoir lui rendre la pareille, pour être la personne sur laquelle elle se reposerait quand les épreuves seraient trop lourdes à porter pour elle.

Mais il doutait que ce jour vienne jamais. Parce qu'elle était forte et qu'elle ne méritait pas plus d'épreuve que ce qu'il lui avait fait subir cette année là.

Il avait prévu quelque chose de romantique, quelque chose de chic et un peu guindé pour lui faire sa demande. Quelque chose de digne d'elle. Mais il lui posa la question la plus importante qui ait jamais franchit ses lèvres, avec leurs doigts légèrement entrelacés, pieds nus dans le sable humide, les cheveux emmêlés par le vent et les lui semblait qu'il respirait pour la première fois, les yeux posés sur l'horizon, à l'endroit exact où elle l'avait traîné des mois auparavant, presque mort.

« Épouse moi. »

C'était sorti abruptement, n'importe comment et il ne pouvait qu'être reconnaissant de ne pas avoir bafouillé. Elle tourna la tête vers lui, perplexe.

« Pardon ? »

« Épouse moi... S'il te plaît. »

Pendant un horrible instant, il se dit qu'elle allait refuser, partir en courant, et elle aurait eut raison. Puis elle sourit et ce fut comme si son cœur recommençait à battre, pour la première fois depuis des mois. Elle le prit par les cheveux pour l'embrasser.

« C'est un oui ? »

«OUI ! » Elle riait en passant ses bras autour de son cou. « Oui oui oui ! »

Ça manquait de bougies, de violons, de fleurs et d'une bague.

Mais ça n'avait aucune forme d'importance.

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PRESENT

Castiel cligna des yeux quand l'air froid de Décembre les piqua en sortant du milieu confiné de l'hôpital. Il serra la main de Dean dans la sienne et boitilla jusqu'à l'Impala dont il voyait la silhouette massive sur le parking .

« Où on va ? » Demanda Dean après s'être installé au volant.

Castiel détourna ses yeux de la porte de l'hôpital pour le regarder. Il avait l'air grave. « Là où tout a commencé. » Répondit il. Dean hocha la tête et prit la direction du RoadHouse.

L'odeur du café leur sauta au nez, un changement bienvenu avec celui de l'antiseptique hospitalier. Et Jo se précipita vers Castiel avec un cri de joie pour le serrer dans ses bras, manquant de le faire tomber contre la porte battante. Il la serra contre lui avec un sourire et l'embrassa sur la joue.

« Tu n'as pas fait de bêtise en mon absence ? »

« Je suis toujours sage ! » Répondit elle avec un grand sourire. Dean roula des yeux et elle lui fit un doigt d'honneur avant de leur désigner une table. Castiel ne sut jamais si elle avait fait exprès de choisir celle près de la fenêtre où il s'était installé avec Dean lors de leur tout premier rendez vous. Cela semblait remonter à une éternité.

Ils commandèrent la même chose que ce jour là et ne dirent rien pendant un instant.

« Je crois que tu me dois une longue explication. » Dit finalement Castiel.

Dean hocha la tête. « Est ce que tu es prêt à l'écouter cette fois ? »

Castiel cligna des yeux en signe d'assentiment. Les mots eurent du mal à sortir de la bouche de Dean. Il se souvenait de leur première discussion, de la facilité avec laquelle ils avaient échangé. Mais à l'époque, ils ne parlaient pas des chose importantes et sérieuses. A l'époque ce n'était pas si difficile. Il n'y avait eut aucun mal de fait, aucun abandon, aucune trahison.

« Bats toi un peu pour lui »

La voix de Bobby résonnait dans la tête de Dean. Il prit une profonde inspiration et dut fermer les yeux pour se plonger dans ses souvenirs et réussir à raconter, les mains enroulées autour de sa tasse de café. Raconter la sensation d'étouffement qu'il avait eut un an auparavant et sa peur viscérale d'être coincé au même endroit toute sa vie à cause des gens qui comptaient sur lui. Comme sa mère.

Il raconta son errance en bus tout d'abord, jusqu'à la Floride. Puis le coup de tête qui l'avait fait monter sur un bateau à destination de Cuba. Il raconta la première fois qu'il avait mis les pieds dans le sable de l'île et de s'être souvenu de la phrase de Castiel sur le sable et la mer.

Il raconta l'association et l'orphelinat, l'impression qu'enfin, enfin ses mains servaient à quelque chose, que son existence n'était pas vide de sens. Pour une fois.

« Je n'arrêtais pas de me dire que toi, un jour, tu feras une différence dans la vie des gens. Tu soigneras leurs âmes. Moi je serai encore là à … je sais même pas ce que je ferai. Je voulais me sentir digne de toi. »

Castiel hocha la tête. « Et ça ? » Demanda-t-il en prenant la main de Dean sur la table pour remonter la manche de sa veste, juste assez pour dévoiler le tatouage sur ton poignet.

« Tu te souviens, le jour où on est partis en voiture tout les deux ? Tu m'as demandé ce que je te trouvais ? »

« Je m'en souviens. »

« Je n'ai pas su répondre parce que c'était évident pour moi. » Dit Dean en regardant pensivement les deux ailes qui se frôlaient sur le dos de sa main. « C'était évident que je ne pouvais qu'être fasciné par toi. Parce que tu menais une vie dont j'avais horreur, et quand même, tu me donnais envie d'aimer ça. Il faut un sacré pouvoir pour donner à quelqu'un l'impression que l'enfer c'est le paradis. »

Castiel sourit et cessa du bout du pouce les plumes en légère surimpression sur la peau.

« J'ai fait ça le jour où j'ai réalisé que tu me manquais. J'étais tellement loin, tellement fatigué. Il n'y avait personne pour partager le soleil avec moi. Je croyais que c'était ce que je voulais, être seul et être libre. Et un jour je me suis rendu compte que j'avais tort. Alors j'ai fait ça. »

Les mots qui avaient été si durs à prononcer au début semblaient maintenant couler de la bouche de Dean tous en même temps, comme s'ils avaient peur de ne pas pouvoir tous s'exprimer. Cela fit sourire encore Castiel. Il avait les yeux baissés sur le tatouage.

« Je le préférerais si les plumes se touchaient. C'est triste deux choses si semblables qui ne pour ont jamais avoir aucun contact. » Dit il en passant l'ongle de son pouce entre les deux plumes les plus proches l'une de l'autre.

« Je peux en rajouter. Ce n'est pas un problème. »

La seconde main de Dean vint couvrir la sienne. « Ce n'est pas un problème. » Répéta-t-il.

Castiel leva les yeux vers lui. Dean avait perdu son bronzage, il avait moins de tache de rousseur et les jours passés à veiller sur Castiel à l'hôpital lui avaient rougi les yeux. Il avait les cheveux un peu trop longs désormais, une barbe de deux jours et l'air fatigué et anxieux.

Castiel ne l'avait jamais trouvé plus beau, plus touchant qu'en cet instant.

« Pourquoi tu es revenu ? » Demanda-t-il doucement. « Pourquoi tu es revenu quand j'avais presque réussit à tourner la page ? »

« Parce que mon Paradis, c'est toi en fait. »

C'était revenu, la sensation familière et pourtant oubliée d'avoir de nouveau quatorze ans et d'être amoureux pour la première fois. Tout revint à Castiel d'un coup, comme le premier jour dans la boutique de disques, la confiance évidente, la simplicité de leurs échanges.

« Tu es vraiment comme l'océan. » Dit il doucement. « Infini, profond, et plein de mystères. C'est pour ça que je suis tombé amoureux de toi la première fois. Parce que tu était fascinant avec tes envies de liberté. Et c'est pour ça que je n'ai pas pu cesser de t'aimer. Mais l'océan ne reste jamais en place. Je ne veux pas revivre une année comme celle là. Je ne veux pas retomber pour toi si c'est pour souffrir à nouveau. » Il planta ses yeux dans ceux de Dean. « Je veux être avec toi, mais je veux que tu me reviennes toujours. »

Dean hocha lentement la tête. « Je le ferai. J'ai passé toute une année à regarder la mer revenir vers la plage. Quoi qu'on fasse, on ne peut pas les garder séparés. »

« Ça me plaît. » Dit Castiel doucement.

Ils s'embrassèrent pour la première fois, lentement et doucement au dessus de la table du RoadHouse. Là où tout avait commencé. Là où rien ne finirait.

Charlie aurait été ravie de savoir qu'à cet instant, la seule chose à laquelle Castiel pensait c'était les derniers mots de Harry Potter. Tout était bien.

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PRESENT -NOEL

« Bacon service ! » Clama Sam en poussant la porte d'entrée les bras chargés de sacs de course. C'était la veille de Noël et chez les Winchester un Noël sans bacon n'existait pas. Dans le salon, Dean tentait de convaincre Charlie qu'elle ne pouvait pas assister au réveillon de noël sans porter au moins un truc rouge. Le sapin clignotait de toutes ses couleurs à coté de la télé et, depuis la cuisine il pouvait entendre Meg qui lisait une recette à Castiel.

« Fourrer la dinde c'est ton domaine Park Avenue ! » Brailla Dean en se tournant vers la porte de la cuisine. Charlie protesta en le frappant du poing. Sam sourit et déposa ses courses sur la table de la cuisine entre un paquet de farine ouvert et une barquette d'œufs.

« Vous avez besoin d'aide ? » Demanda -t-il à ses amis. Meg, perchée sur le comptoir, enroulée dans un pull rouge orné de petits rennes et de flocons de neige secoua la tête. Elle avait le livre de recettes ouvert sur les genoux et en suivait les instructions d'un doigt tout en piochant dans un saladier plein de chocolats de l'autre main.

« Elle ordonne, j'exécute. » Dit Castiel en agitant le couteau avec lequel il était en train d'émincer des champignons.

« L'ordre normal des choses. » Commenta la brunette en engouffrant un nouveau chocolat.

« Arrête de t'empiffrer, tu n'auras plus faim après ! » Commenta Sam en lui prenant le bol des mains. Un glapissement indigné lui répondit tandis qu'elle lâchait son livre pour s'accrocher des deux bras au bol. Sam réussit à en voler une poignée avant de lui abandonner sa proie. Il se réfugia sur le canapé où il se ligua avec Dean contre les vêtements noirs et déchirés de Charlie.

« Tu peux être punk même en rose ! » Déclara-t-il.

« Qui veut mettre du rose à une rousse ? » Hurla Castiel depuis la cuisine. « Personne n'a vu la petite sirène dans cette maison ? »

« Si, toi. » Se moqua Dean.

« J'ai une sœur rousse ! Personne ne fera porter du rose à Charlie tant que j'aurai mon mot à dire ! »

« Merci ! » Approuva bruyamment la jeune fille en s'agenouillant sur le canapé pour ouvrir les bras à Castiel. Celui ci sortit de la cuisine une spatule pleine de sauce à la main et lui ébouriffa les cheveux avant de lui tendre la cuillère pour lui faire goûter.

« J'y ai pas droit moi ? » Se plaignit Dean. Charlie leva le pouce en l'air et se lécha les lèvres avant de subtiliser la spatule à Castiel pour faire goûter la sauce à Sam.

« Pas tant que tu seras un grossier personnage ! »

« Mais j'ai rien dit ! »

« J'ai entendu parler de fourrer une dinde. » Rétorqua Castiel en souriant.

« Terme culinaire ! »

Sam sourit et entraîna Charlie vers la cuisine pour ne pas s'infliger le spectacle de Castiel embrassant Dean par dessus le dossier du canapé.

Contre toute probabilité, à eux cinq ils réussirent à préparer dans les temps un festin de noël que Sam prit en photo pour l'envoyer à Jess qui passait les fêtes dans sa famille. Elle lui manquait même s'il ne le mentionnait pas, mais le sourire gigantesque qu'elle avait quand il l'avait déposée à l'aéroport la veille valait le coup de se priver de sa présence à Noël. Elle l'appela, tard dans la nuit pour lui souhaiter un joyeux Noël, il entendait des chants derrière elle malgré le bruit que faisaient Meg et Charlie en train de s'assassiner mutuellement à un jeu de guerre.

Castiel et Dean s'étaient retranchés dans la chambre de ce dernier et s'embrassaient paresseusement, vautrés l'un sur l'autre sur le lit. Ils n'auraient probablement rien fait de plus que s'endormir dans les bras l'un de l'autre si Castiel n'avait pas guidé la main de Dean sous la ceinture de son pantalon. Ils n'auraient probablement pas été beaucoup plus loin si Dean n'avait pas senti sous ses doigts une texture peu familière. Il se redressa, un genou de part et d'autre des cuisses de Castiel pour déboutonner son jean et un grand sourire éclaira son visage.

« Est ce que c'est mon cadeau de Noël à l'avance ? »

Castiel roula des yeux. « Toujours très classe Winchester ! ». Dean se pencha pour l'embrasser.

« C'est pas moi qui ai passé la journée dans une culotte en dentelle rouge ! »

« Occupe toi de la retirer, ça gratte ce truc. » Castiel se souvint trop tard que c'était exactement ce qu'il ne fallait pas dire à Dean. Quelle que soit la situation il ne fallait jamais donner à cet homme le moindre moyen de le torturer.

« Non. » Murmura Dean en frottant son menton râpeux au creux du cou de son amant. « Je crois que je vais la laisser là et même... » D'un geste rapide il remonta le pull de Castiel au dessus de sa tête ne laissant que ses bras coincés dans les manches retournées avant de le nouer sur lui même pour s'assurer que l'autre ne puisse pas se dégager. « Ça ne se fait pas d'ouvrir ses cadeaux avant le passage du père Noël. »

Castiel se mordit les lèvres à mi chemin entre l'excitation et l'envie de rire. « C'est toi qui y perd. » Dit il doucement en soulevant les hanches pour se frotter contre Dean. A vrai dire personne ne fut perdant cette nuit là et quand Dean secoua Castiel plusieurs heures plus tard pour le réveiller, l'autre lui balança son oreiller à la figure avant d'entreprendre de s'enterrer sous la couette jusqu'à nouvel ordre.

«Réveille toi marmotte sinon je vais chercher le cadeau de Sam tout seul ! »

Castiel grogna et enfouit sa tête sous les couvertures pas du tout mentalement prêt à affronter le froid extérieur. Dean lui jeta ses vêtements à la tête en s'habillant à la hâte.

« T'as intérêt à me procurer du café ! » Grogna l'autre en rapatriant son jean sous les couvertures pour le réchauffer avant de l'enfiler.

« Tout ce que tu veux, allez debout on va être en retard ! »

Ils se faufilèrent à l'extérieur de la maison en faisant le moins de bruit possible et Dean manœuvra l'Impala hors de l'allée sans mettre le moteur en marche. Il ne démarra qu'à quelques mètres de la maison et prit le chemin de l'aéroport. Ils arrivèrent peu de temps avant Jess et la jeune fille leur sauta au cou, ayant manifestement eut sa dose de café dans l'avion contrairement à Castiel, toujours ronchon.

Sur le chemin du retour, ils s'installèrent tout les deux à l'arrière de la voiture et Castiel aida Jessica à s'attacher des rubans rouges partout où c'était imaginable. Dans les cheveux, autour du cou, des poignets, des chevilles, de la taille...

Quand ils entrèrent dans la maison, une odeur de bacon et de beurre fondu les accueillit en même temps que trois voix qui chantaient (faux) une chanson de Katy Perry. Dans la cuisine, Charlie, en chaussettes PacMan et pyjama Wonder Woman se déhanchait avec Meg, chantant toutes deux dans une spatule tandis que Sam surveillait le bacon tournant le dos à la porte.

"Joyeux noël!" S'exclama Jess en entrant dan la cuisine. Meg poussa un cri de joie et se précipita vers son amie pour la serrer contre elle, les cheveux froids de Jess la firent frissonner avant que Sam la repousse pour se jeter sur sa petite amie.
"Qu'est ce que tu fais là je croyais que tu était chez tes parents?"
Jess sourit. "J'y étais jusqu'à ce matin." Elle ouvrit les bras pour qu'il puisse voir les rubans. "Dean a pensé que ce serait un bon cadeau que je sois là aujourd'hui."
Sam sourit et lui prit la main pour l'entraîner hors de la cuisine. La jeune fille protesta en le suivant malgré elle vers l'escalier. "Et le petit déjeuner?"
Sam lui adressa un sourire qui indiquait clairement qu'elle était son petit déjeuner.
"On mange sans vous !" Prévint Castiel depuis la cuisine.
"Attendez nous pour les cadeaux!" Cria Jess avant que la porte de la chambre de Sam ne se referme sur eux, plongeant la maison dans le silence en dehors de l'émission musicale en fond sonore et le bruit du bacon qui grésillait encore dans sa poêle jusqu'à ce que Dean coupe le feu.
Castiel leur servit à tous du café. Noir et sucré pour Dean, sans sucre mais avec du lait pour Meg et lait et miel pour Charlie et lui ( elle l'avait converti). Il petit déjeunèrent sans signe de Sam et Jess et Castiel s'assura de leur garder du bacon et des saucisses ( Dean fit un commentaire peu flatteur qui lui valut un coup de poing de Meg).
"Hé, il neige !" S'exclama Meg en posant son assiette et sa tasse dans l'évier, elle se pencha pour tirer sur le voilage qui masquait la fenêtre.
"Raconte pas n'importe quoi Park avenue, il ne neige pas en Californie!"
"Non mais je déconne pas il neige vraiment !" Protesta Meg en s'écartant pour que ses amis puissent voir. De petits flocons voletaient de l'autre coté de la fenêtre , Charlie et Castiel furent dehors presque instantanément, la bouche ouverte vers le ciel, jouant au premier qui avalerait un flocon. La neige fondait presque avant d'avoir atteint leur visage et ne tenait pas au sol trop chaud.
Meg, toujours en pyjama s'enveloppa dans une des couvertures qui couvraient le canapé et se planta sur le perron, la porte entrebâillée derrière elle. Le froid lui piqueta les joues et ses jambes qui dépassaient de la couverture, pas assez couvertes par son pyjama de soie. Mais c'était agréable. Son souffle formait de petits nuages devant sa bouche, lui cachant la vision de Meg et Castiel toujours en train d'essayer d'attraper les flocons. Elle sentit l'aspiration de la porte qui s'ouvrait derrière elle et Dean lui tendit une seconde tasse de café qu'elle eut du mal à prendre sans lâcher sa couverture. Le jeune homme la lui tint sur les épaules le temps qu'elle passe sa main dans l'anse de la tasse.

« Je voulais te remercier. » Dit Dean en se plaçant à coté d'elle, les mains enfoncées dans les poches de son sweat shirt. « D'avoir pris soin de lui. » Il désigna Castiel du menton.

« Je l'ai pas fait pour toi Mac Queen. » Rétorqua-t-elle d'un ton revêche.n

« Je sais. Mais je voulais quand même te remercier. Sans vous je ne sais pas comment il aurait finit. »

Meg hocha la tête et prit une gorgée de son café, savourant la chaleur qui se répandait dans son corps. « Pourquoi t'es parti Mc Queen ? On avait tous besoin de toi ici. »

« Je sais. » Répondit Dean en s'asseyant sur le petit banc à coté de la porte. Il lui fit signe de la rejoindre. « C'est pour ça que j'ai eut la trouille et que je suis parti. Ça finit rarement bien quand des gens ont besoin de moi... en général. »

« Ça a faillit mal finir pour Sam et lui. » Dit Meg en s'asseyant à coté de lui. Le banc était un peu trop petit et elle dut se presser contre lui , elle sentait sa chaleur irradier à travers la couverture qui la couvrait.

« Je sais. Je m'en veux. »

Il restèrent silencieux un moment. Puis Meg reprit la parole.

« J'ai une proposition à te faire. »

« Une malhonnête j'espère ! »

« Rêve pas ! »

Dean sourit et passa un bras autour de ses épaules, lassés de jouer avec la neige qui ne tenait définitivement pas au sol, Charlie et Castiel revenaient vers la maison.

« Quand on était dans les Hampton, Charlie a dit que si elle était aussi riche que moi, elle ouvrirait un orphelinat où les gosses seraient vraiment heureux... »

Charlie hocha vigoureusement la tête en l'entendant.

« C'est exactement ce que je vais faire. » Dit Meg en souriant à sa petite amie. « Je peux investir mon fond de pension dedans. »

«En quoi ça me concerne ? » Demanda Dean.

« J'ai besoin que tu sois le gérant officiel de l'orphelinat. La fille du roi du porno ne peut décemment pas gérer un lieu qui accueille des enfants. »

Castiel étouffa un gloussement en faisant semblant de tousser.

« Pourquoi pas Charlie ? » Demanda Dean. « c'est son idée ! »

« Mais c'est toi qui a construit un orphelinat à Cuba. » Dit Charlie gentiment. « Et de toute façon , Meg et moi sommes d'accord que ce serait dommage de gâcher mes capacités à seulement gérer un orphelinat. C'est pas comme ça qu'elle et moi on dominera le monde. »

Castiel roula des yeux. « Vous y tenez réellement ! » Grogna-t-il.

Les deux filles hochèrent la tête.

« Alors, qu'est ce que tu en dis Mc Queen ? Sam a déjà donné son accord pour être notre conseiller juridique quand il sera diplômé, et Clarence a accepté d'être le soutien psychologique des gamins d'ici deux siècles quand il aura finit sa spécialisation. »

Dean était un peu dépassé par les événements et il se sentait idiot. Ses amis avaient manifestement monté sans lui tout un plan de vie. Castiel s'approcha de lui assez près pour que Dean puisse passer un bras autour de ses jambes et poser sa tête sur la hanche de son compagnon. Il avait une image mentale de la scène qu'il trouvait mièvre et ridicule mais pour l'instant le contact du jean un peu rêche de Castiel contre sa joue était un point de focus idéal le temps qu'il mette ses idées au clair. Et ça lui tenait un peu chaud, tout comme la main que l'autre posa doucement sur sa tête, lui massant le crane presque sans s'en rendre compte.

La porte s'ouvrit sur Sam et Jess, les cheveux encore humides. Jess souffla un long nuage et serra ses bras autour d'elle.

« Pourquoi vous vous gelez dehors ? » Demanda -t-elle en serrant son pull autour d'elle.

« Pour prendre une décision avec la tête froide. » Répondit Meg en souriant. « Alors McQueen ? Tu veux sauver le monde, un môme à la fois avec nous ? Ou tu préfères retourner vivre tes aventures tout seul ? »

Dean sourit à son tour en faisant racler l'ongle de son pouce contre le jean de Castiel.

« Je crois que je suis prêt pour un nouveau genre d'aventures. » Dit il en tendant sa main libre à Meg pour qu'elle la serre. « Je serais honoré de faire partie de ce projet. »

Ce fut une journée joyeuse et confortable, ils avaient de nouveau glissé dans leurs habitudes d'avant mais il y avait entre eux six quelque chose de plus. Un lien plus solide fait d'épreuves et de chemin parcouru. Tard dans l'après midi, quand Charlie et Sam furent fatigués de jouer au jeux vidéos, ils réunirent plusieurs matelas au pied du canapé et se vautrèrent dessus, qui avec sa tasse de thé, qui avec son lait de poule en grignotant des gâteaux jusqu'à ce qu'ils n'aient plus faim, et Dean leur raconta son année à Cuba. Meg fit des commentaires désagréables et Dean baissa la tête, honteux.

« Je suis désolé, je sais que ça a été dur pour vous... j'aurais du m'expliquer avant mais... »

« Mais rien du tout. » Dit Charlie en lui posant une main sur le genou. « C'est pas ta faute si on a cru que notre monde allait s'arrêter sans toi. Et c'est pas ta faute si Meg est une peste. »

«Tu m'aimes Punky ne cherche pas à nier ! » Rétorqua la brune. Charlie sourit et s'étira sur le matelas pour embrasser sa petite amie.

« Prenez une chambre ! » Grogna Castiel en leur jetant un bout de biscuit.

Ils se regardèrent tous un instant, sans vraiment savoir si le sujet méritait d'être exploré plus avant.

« Tu es là maintenant, et moi j'en suis très contente. » Finit par dire Jess en se redressant sur les genoux pour serrer Dean dans ses bras. Elle avait l'odeur du gel douche de Sam, Dean sourit.

« Merci Blondie. »

« Juste... la prochaine fois, préviens. » Dit Sam en levant sa tasse.

Dean hocha la tête. Castiel s'allongea, roulé en boule comme un chat et posa sa tête sur les cuisses de Dean, adossé au canapé sur lequel Meg et Charlie s'étaient vautrées. « Ça vaut pour chacun d'entre nous. La prochaine fois que quelqu'un a un problème, juste, prévenez les autres plutôt que de s'enfoncer. J'imagine qu'à nous tous on peut s'aider quoi qu'il arrive. »

Il avait les yeux mi clos mais il put quand même voir ses amis hocher solennellement la tête. Il sourit en se disant que les choses ne pouvaient pas être beaucoup mieux qu'en cet instant. Dean s'allongea à son tour et ferma les yeux, ses mains toujours emmêlées dans les cheveux de Castiel, écoutant la conversation paisible entre les quatre autres. Il s'endormit sans s'en rendre compte.

Le pépiement de Charlie le réveilla au milieu d'un rêve qu'il oublia aussitôt.

« Dean ! » Couinait elle d'une voix de petite fille en le secouant. « Dean, j'ai faim ! »

Il grogna et leva un bras hors de la couette sans ouvrir les yeux pour la ceinturer par ce qu'il espérait être sa taille et la faire s'allonger près de lui. «Que dalle Chaton, c'est l'heure de dormir ! »

« Mais c'est le matin et j'ai faim ! »

« Moi aussi . » Commenta Jess d'une voix endormie.

«Toi t'as toujours faim. » Grogna Sam en enfouissant sa tête entre l'oreiller et les cheveux de sa fiancée.

« Mais vos gueules y en a qui dorment ici ! » Ronchonna Meg en lançant un coussin dans la direction approximative des voix dans le salon. Castiel, réveillé en sursaut se frottait les yeux et reçut le coussin en pleine figure.

« Mais j'avais rien fait moi ! » Se plaignit il.

Meg se leva du canapé où elle avait passé la nuit et tituba jusqu'à eux, repoussant Charlie déjà roulée en boule dans les bras de Dean et se nicha contre elle. La rouquine remonta la couverture sur eux et Castiel se recoucha le torse pressé contre le dos de Dean qui soupira d'aise.

« On mange pas ? » Demanda Jess.

« Dors ! » Répondirent les trois garçons d'une même voix.

Curieusement, par la suite, l'échange « on mange pas ? » « DORS ! » revint régulièrement dans la bouche de l'un ou l'autre.

Même aujourd'hui, des années plus tard, ils continuent d'avoir cette réponse automatique dès qu'il s'agit de manger et les gens autour d'eux ne comprennent pas la référence parce qu'elle n'appartient qu'à eux. Des années plus tard certaines choses n'ont pas changé. Ils ne sont plus étudiants, et Dean ne vends plus de disques, il gère la fondation Winchester de son mieux et quelque part, chaque môme qui revient le voir pour le remercier de l'aide qu'il lui a apporté le convainc qu'il fait autre chose de sa vie que de s'enfermer dans une routine et les attentes de quelqu'un d'autre. C'est presque confortable. Castiel ne change pas, sa vie est calme et simple et tout deux continuent de vivre dans une admiration l'un de l'autre qui ne les empêche pas de se disputer un peu trop souvent à leur goût. Charlie et Meg continuent à vivre dans une bienheureuse incompréhension mutuelle faite de moments partagés et d'une complicité qui échappe à tout ceux qui ne les connaissent pas. Elles ne dominent pas le monde, mais Sam a parié avec Meg que dans moins de cinq ans, Charlie sera à la une de Forbes Magazine comme femme la plus influente de l'année. Meg a parié sur trois ans.

Dean a encore du mal à s'ajuster cette vie, et ça ne s'arrangera peut être jamais. Mais ils ont trouvé un équilibre. Castiel sait qu'une fois l'an environ, il entendra le ronronnement de l'Impala, au milieu de la nuit et quand il s'éveillera tout à fait, Dean sera parti.

Quelque part, bien en évidence il aura laissé un mot de trois lignes. Toujours les mêmes.

« J'ai besoin d'air.

Je t'aime.

Je reviens. »

Il affichera le mot griffonné à la hâte sur la porte du placard de l'entrée et sourira chaque matin et chaque soir en le voyant jusqu'au retour de Dean. Peut être qu'il appellera ou lui écrira durant son absence, et quand Castiel lui demandera où il est, Dean répondra en riant qu'il n'en a aucune idée.

« Tant que tu es sain et sauf. » Soufflera Castiel dans le combiné et ils raccrocheront peu de temps après.

Dean revient toujours.

Peut être que la prochaine fois que l'envie de prendre le large le démangera, Castiel viendra avec lui. Peut être qu'il prendra un mois de congés, ou deux, ou dix, et qu'ils voyageront ensemble vers nulle part. Dean pense que le voyage est la destination et Castiel pense que Dean est sa destination et son voyage préféré. Mais il ne le lui dit pas, c'est trop mièvre à son goût. Il se contentera de le penser tandis qu'il sentira le vent s'engouffrer par la vitre baissée et l'odeur de l'air changer un kilomètre après l'autre.

Il ne sait pas où ils iront mais il sait qu'ils ont un endroit ou revenir. Alors partir ne lui fait pas peur.

Dean sait qu'un jour il posera définitivement son sac, en sortira les chemises et les pantalons et les rangera proprement dans une vie confortable. Un jour. Quand il sera vieux et qu'il aura plus de souvenirs que de projets. Mais pas encore.

De temps à autres il s'accorde une escapade plus ou moins longue, plus ou moins lointaine. Pour ne pas étouffer, pour ne pas se sentir piégé dans un monde où il a du mal à trouver sa place. Mais toujours il a dans son sac une photo de ceux vers qui il revient, et chaque jour de ses voyages il la regarde avec tendresse.

A mesure que les années passent, il peut les voir tous changer par rapport à la photo. Sam et Jess ont toujours l'air idiots quand ils se regardent, comme s'ils venaient de tomber amoureux. Charlie n'a jamais remplacé ses blousons de cuir mais ses collants ne sont plus troués ( elle a passé l'âge) et ses bottes ne sont plus ferrées. Meg a très légèrement atténué son sarcasme et reprit les rennes des productions Marsters à la mort d'Alistair. Elle en a fait une unité de production de films d'horreur indépendants.

Sur les photos de Dean, on peut généralement les voir tout les six dans diverses poses plus ou moins sérieuses avec toujours ce petit quelque chose qui lui rappelle les enfants fragiles qu'ils avaient été avant de s'aider à devenir des adultes presque épanouis. Tout n'est pas parfait, mais ça pourrait être mille fois pire et dans l'ensemble, chaque jour est plus heureux que le précédent.

Castiel continue de lui prouver chaque jour que la vie qu'il mène n'est pas une antichambre de l'Enfer. Ils sont heureux. Castiel est calme, posé et un jour Dean sait qu'il trouvera un moyen de lier leurs deux histoires jusqu'à la fin.

Cette perspective lui plaît de plus en plus à chaque année qui passe, à chaque voyage sans lui. Et l'avenir lui semble plus serein à chaque fois qu'il tourne la poignée de la porte et crie « Cas ? Je suis revenu ! ».