Deux chapitres ce soir. Le 8 est un chapitre que j'ai écrit fin juin et dont j'ai souvent parlé. N'hésitez pas à laisser vos impressions sur la suite et bonne lecture !


Immédiatement, il alla ouvrir les rideaux, afin de laisser entrer ne serait-ce qu'un peu de lumière dans la pièce, mais refermant cependant ceux qui séparaient son bureau et la salle de travail.

Pourtant, elle était vide… Mesures de prévention ? Oui, mais pourquoi ?

Il ne disait pas un mot, s'efforçait de ne penser à rien, en dépit des apparences. Son regard était lointain, pour ainsi dire vide…

# Effrayant et solennel à la fois. # pensa la jeune femme en l'observant.

Elle fit quelques pas vers lui, d'une démarche peu assurée, vacillant quelque peu à deux reprises. La seconde fois, elle se rattrapa maladroitement et heurta la vitre qui séparait les deux pièces adjacentes dans un bruit sourd ; bruit qui, pourtant, sembla ne pas le moins du monde perturber le diagnosticien.

# Je devrais peut-être le laisser un peu seul… # se dit l'immunologiste, pour la première fois depuis le début de la matinée.

Il avait vraisemblablement besoin de réfléchir, après tout, et elle pouvait être certaine que sa présence le dérangerait, persuadée, sans toutefois être paranoïaque, qu'elle incarnait la source de tous ses maux.

Cependant, elle s'approcha encore de lui, si près qu'il pourrait assurément percevoir le masque d'anxiété qui l'animait, s'il y prêtait ne serait-ce qu'un peu attention… Finalement, elle posait des hypothèses mais ne savait trop comment agir. Elle en revenait constamment au point de départ d'un raisonnement probablement infini et bien trop complexe pour qu'elle ne se penche véritablement dessus pour le moment…

Ça n'était pas le moment, du moins, pas encore, une fois de plus…

Elle entendit le clocher d'une Eglise sonner au loin les douze coups de midi. La matinée touchait à sa fin, et malgré cela, leurs esprits restaient ancrés dans ce passé pourtant si… déplaisant. Elle tourna les talons s'apprêtant à sortir…

Alors qu'elle avançait sa main sur la poignée, elle sentit une main se poser sur son épaule, la retenant. Un frisson lui parcourut l'échine. Elle regarda House du coin de l'œil. Qui d'autre sinon elle et lui se trouvaient dans ce bureau ? Soupirant, elle se retourna vers lui, tandis que sa main retombait le long de son corps. Il alla s'asseoir, elle se plaça face à lui, et pendant plusieurs secondes, ils ne se quittèrent pas des yeux, absorbés par l'idée de savoir ce que l'autre pouvait penser, bien qu'ils connaissaient déjà la réponse, sans même avoir à réfléchir. Une seule et même chose les omnubilait depuis ce matin. Cela continuerait ainsi ? Ça ne tenait qu'à eux, on ne sait jamais de quoi le futur sera fait… Surtout quand on sait qu'un unique évènement peut bouleverser une vie entière ; bien plus d'un humain a pu en faire l'expérience au cours de son existence…

À peut-être trop penser, Cameron en avait la tête qui tournait. Pour ainsi dire, la perception de l'espace lui faisait défaut… Elle ferma les yeux ; cela étant sûrement la meilleure manière de se débarrasser de cette inconfortable sensation. Peu à peu, elle percevait cette lourde impression d'épuisement, la fatigue qui tentait de l'emporter temporairement, hors de ce monde perverti, mais par quoi ? Les Hommes ? Allez savoir… Quoi qu'il en soit, elle se refusait à céder, car si son futur immédiat l'effrayait, elle n'en était pas moins oppressée. Et elle n'oubliait pas House… Il occupait toutes ses pensées, comme toujours…

Pourtant, elle songea à autre chose, une discussion qu'elle avait eue avec Wilson, mais rien qui n'eut de l'importance, ou de lien avec ce à quoi elle pensait quelques secondes auparavant… Tout cela la décida à rompre le pénible silence qui s'était installé depuis quelques minutes déjà.

« Dites… » débuta l'immunologiste.

« Quoi ? » fit House, visiblement dérangé par la jeune femme.

« Euh, eh bien, il est midi passé, je me disais que l'on pourrait aller manger… » expliqua timidement Cameron.

« Attendez, il est trop tôt pour que Wilson y soit. Il paraît que j'ai des intuitions avec ça. » lui lança-t-il sans un regard.

« Il m'a dit qu'il irait vers quinze, si on y va maintenant, on… »

« Il a dit ça parce qu'il savait que vous me le diriez. » l'interrompit-il, toujours concentré sur son jeu.

« Oui, mais il devait savoir que vous ne me croiriez pas » fit la jeune femme qui griffonnait quelques traits de crayon sur un papier administratif.

« Raison de plus pour ne pas y aller ! » lui répondit House, la regardant triomphalement.

« Hein ? » s'écria Cameron qui, sous l'effet de la surprise lâcha son crayon et le fixa d'un air interdit.

« Laissez tomber, on a le temps. » dit-il en prenant sa balle qu'il avait posée à l'instant. »

Cameron soupira. Elle ne le comprendrait décidément jamais totalement…

« Enfin, si vous insistez, on peut toujours aller voir ; il finira bien par venir de toute façon, et on verra bien qui a raison. » reprit House, persuadé de la véracité de ce qu'il avait affirmé plus tôt.

D'un commun accord, ils se levèrent, sans même échanger un regard. Peu à peu l'atmosphère s'allégeait, donnant ainsi aux deux médecins l'illusion que rien de « tout cela » ne s'était passé. Malgré tout, ils n'étaient pas dupes, et ne faisaient que profiter de l'instant présent. Leur perception du monde commençait à changer, non pas radicalement, mais tout de même…

Tous avaient pensé être indifférents à cette sorte de problèmes, comme enfermés dans une bulle de verre, à l'écart de toute chose. Enfin, après tout, peut-être que cela ne se reproduirait jamais et que cet « incident » serait unique. Rien n'était moins sûr… Un malheur n'arrive jamais seul.


Finalement, ils étaient rentrés. Il faisait probablement trop froid, si bien sûr, pour seulement vingt-trois degrés fahrenheit, on pouvait parler de fraîcheur… Ils étaient toujours préoccupés, mais néanmoins, eux aussi se sentaient peu à peu mieux.

« Que crois-tu qu'ils fassent en ce moment ? » se hasarda Wilson, tentant, sans toutefois y parvenir, de capter le regard de la directrice.

« En temps normal, Cameron serait sûrement en train de faire des analyses et House serait en train d'éviter ses consultations, mais là, je n'en ai pas la moindre idée… »

L'oncologue jeta un rapide coup d'œil à l'heure sur l'écran de son ordinateur ; il était midi passé de sept minutes.

« Vu l'heure, ils sont peut-être partis manger. J'avais suggéré à Cameron d'aller déjeuner à quinze. Je te parie qu'elle a demandé à House de venir avec elle. » lui lança-t-il.

« Je pense aussi, pas la peine de t'expliquer pourquoi. Tu veux qu'on aille les rejoindre ? De toute manière j'ai un dossier à récupérer à l'accueil, donc je viendrai avec toi. »

« C'est un prétexte ? »

« Oui et non. De toute façon, il faut que je sache si elle ne prend vraiment pas les quelques jours de congés que je lui ai proposés, au vu des réticences qu'elle éprouvait à rester chez elle...

« Ah ? Tu veux dire que… » commença Wilson.

« Oui, tu penses. Même en ne sachant pas précisément ce qui lui est arrivé, sa réaction n'est en rien surprenante. » l'interrompit Cuddy.

« Et House ? »

« Quoi House ? répliqua la directrice.

« Qu'a-t-il dit à ce propos ? » l'interrogea-t-il.

« Rien, mais si tu avais vu sa tête ! » s'exclama-t-elle en riant.

« Ce n'est pas le moment de plaisanter, Lisa ! » s'offusqua l'oncologue.

« Je sais, désolée. Alors, on y va ? » fit-elle, ayant soudainement regagné son sérieux.

« Ok, si tu veux. » lui répondit Wilson en se levant.


Ils s'étaient installés à une table, depuis quelques minutes déjà, face à face, sans toutefois avoir prononcé un seul mot après avoir quitté le bureau du néphrologue. Ils attendaient évidemment Wilson, et il leur semblait, du moins à House, que celui-ci se faisait attendre.

« Vous voyez, j'avais raison, il nous évite ! »

« Je suis sûre qu'il va finir par arriver ; il doit avoir un empêchement de dernière minute. »

« Vous êtes une utopiste, Cameron. »

« Et vous, vous êtes un abruti House. »

« Ah ça, non ! Je ne le suis pas, car je viens d'avoir une autre idée, et vous savez comme moi qu'il n'y a que les abrutis qui ne changent pas d'avis. »

« Et quelle est donc cette idée lumineuse ? » l'interrogea la jeune femme, d'un ton ironique.

« Puisque depuis tout à l'heure, vous insistez pour aller déjeuner, je connais un bon café, pas très loin d'ici. »

Incontestablement, cela sonnait comme une requête, et c'est sûrement ce détail qui, à la fois, interpela et intrigua l'immunologiste.

# Il faut que je change d'air, de toute façon… Cela ne pourra que me faire du bien d'aller là-bas avec lui. # pensa-t-elle.

« D'accord. » répondit-elle en se levant.


Cuddy était arrivée dans le hall, finalement seule. Immédiatement, elle trouva le dossier qui avait été déposé à son attention. L'endroit semblait avoir retrouvé son calme, aussi s'attarda-t-elle là pendant plusieurs dizaines de secondes… Elle allait rejoindre Wilson quand, du coin de l'œil, elle aperçut les deux médecins que tous deux cherchaient auparavant.

« Où allez-vous ? » les questionna-t-elle.

« Dans le centre-ville. En fin de compte, on ne déjeune pas ici. » expliqua l'immunologiste.

« D'accord, mais j'y pense, Cameron, vous ne voulez vraiment pas d'au moins un ou deux jours d'arrêt ? Je peux vous en donnez cinq, si vous le souhaitez, qu'en pensez-vous ? »

« J'ai encore besoin de réfléchir. Cela vous dérange si je ne vous donne ma réponse que tout à l'heure ? »

« Non, je n'y vois aucun inconvénient. À plus tard, alors. » fit la directrice.

« Merci, à plus tard. » souffla la jeune femme en souriant.

Ils sortirent tranquillement de l'hôpital. Cameron observait les alentours et House regardait Cameron. Un vent léger soufflait dans les branches des arbres et les faibles rayons du soleil faisaient fondre le givre apparut durant la nuit. Le calme régnait, mais ne dit-on pas du calme qu'il précède la tempête ?