P'tit mot de l'auteure : Bon, niveau mots, on revient au régime des premiers chapitres. C'est sûr qu'il semble maigrichon par rapport au précédent, mais le laps de temps que met un humain pour mourir d'hypothermie est vraiment court...

Allez, j'arrête là les propos horribles ! Parlons d'autre chose... Vous vous demandez sûrement : mais qu'est-ce que c'est que cette vague d'inspiration ? Eh bien il s'avère que ce chapitre-ci et le suivant (qui sera d'ailleurs le prologue) étaient à moitié rédigés depuis longtemps. En fait, c'est surtout le chapitre sept qui m'a causé pas mal de soucis. Ça vous arrive que les personnages prennent en otage le scénario ? Ben moi, c'est ce qui s'est passé, je... Comment ça, je ferme ma goule ? Oui, bon, bon, je me tais ! Bonne lecture quand même ! Et pensez aux pierres pointues à me jeter !


CHAPITRE VIII

Une prière dans la nuit

Quand il refit surface, Arthur crut mourir de panique. Les cris de détresse envahirent ses tympans alors même que ses poumons se remplirent d'air glacial. S'il n'avait pas eu un gilet de sauvetage pour le maintenir à la surface, l'anglais savait parfaitement qu'il aurait d'ores et déjà coulé comme une pierre. Il ne savait pas nager et détestait quand il n'avait pas pied dans l'eau, cela constituait sa plus grande frayeur.

Mais le pire était qu'il n'y avait que de l'eau dans ses mains.

- Fran... Francis ! Francis !

Il appela plusieurs fois le nom du français, mais sa voix se noyait dans le concert lugubre de cris et d'appels au secours.


Tout d'abord, Antonio crut à un mirage. Il y avait trop de bruit autour de lui pour distinguer un son précis et son esprit encore sous le choc lui avait peut-être joué un tour. Après tout, il avait échappé à la mort de justesse, la cheminée ne l'envoyant sous l'eau que pour le renvoyer à la surface un peu plus loin. Il avait réussi à monter un instant dans un canot avant que celui-ci ne chavire à cause des vagues provoquées par l'immersion totale du Titanic. La petite embarcation s'était retournée et il avait su que c'était peine perdue d'essayer d'y remonter, surtout que les survivant se battaient pour avoir une place.

Il ne savait pas combien de temps s'était passé avant que tous les naufragés à l'eau ne se mettent à flotter autour de lui, hurlant et paniquant. Il avait l'impression que d'innombrables coups de poignard lui étaient infligés dans tout le corps à cause du froid qui engourdissait de plus en plus ses sens. Mais lorsqu'il entendit le prénom de Francis crié plusieurs fois non loin de lui, il sut qui en était l'auteur.


Malgré la cohue qui régnait alentours, Arthur parvint à distinguer son prénom appelé. Ce fut la dernière chose qu'il entendit avant d'être immergé de force dans l'eau glacée. Il ne se laissa pas faire sans lutter et parvint à maintenir sa tête à la surface le temps de crier deux fois le nom de son amant, mais il fut à nouveau repoussé sous l'eau. Incapable de voir et manquant d'oxygène, il crut que son heure était venue lorsque le poids au-dessus de lui se volatilisa, lui permettant de remonter à la surface où il inspira un grand coup.

Une fois ses esprits repris, il se rendit compte que l'homme qui lui faisait face n'était pas celui qu'il espérait.

- Hé, toi ! Ça va ? lui demanda Antonio.

L'anglais acquiesça avant de jeter un œil au corps inconscient qui flottait à côté d'eux. Comprenant qu'il s'agissait du poids qui avait manqué de le noyer, il n'eut pas le temps de remercier l'espagnol de l'en avoir débarrassé que le brun s'éloignait.

- Nage ! Faut que tu nages ! Viens !

Arthur s'exécuta et suivit l'espagnol du mieux qu'il le put. Ils finirent par s'éloigner à une distance raisonnable du plus gros de la foule en proie à la panique la plus totale et trouvèrent le pan d'un porte flottant à la surface.

- Monte ! fit Antonio.

L'anglais obtempéra et le brun tenta de le rejoindre mais voyant que le panneau de bois ne supportait pas leur poids à eux deux, il se rabattit sur une chaise qui dérivait pas loin. Ils reprirent leur souffle le temps de quelques secondes, et leurs respirations se firent saccadées alors que tout leur corps se mit à trembler.

- T-tu as v-vu... Francis ? demanda alors le blond.

- N-non...

Arthur reporta son regard sur l'endroit où se concentrait une bonne partie des naufragés.

- Il f-faut y r-retourner ! Il est p-peut-être l-là-b-b-as...

- Non ! L-les c-canots vont v-venir n-nous chercher... F-faut t-tenir un p-peu... I-ils ont d-dû s'éloigner p-pour ne p-pas être aspirés m-mais ils v-vont revenir m-maintenant... Et j-je suis s-sûr que Francis est s-sauf...

Non loin d'eux, le bruit strident d'un sifflet se fit entendre. Son propriétaire semblait être un membre d'équipage et criait aux canots de revenir.


- Ça d-devient silencieux...

- V-va falloir s-sûrement q-quelques m-minutes pour q-que les b-bateaux s'organisent... Je s-sais pas t-toi mais j-je v-vais écrire une l-lettre bien s-sentie à l-la White Star à p-propos de t-tout ça.

En d'autres circonstances, Arthur aurait souri. Mais il se trouvait au beau milieu de l'Atlantique nord, perdu, les lèvres tremblantes et bleuies de froid, du gel cristallisé sur ses cheveux et sans Francis. D'autant plus qu'il savait parfaitement que le silence environnant était synonyme de la mort de centaines de personnes tombées à l'eau comme lui.

Quant à Antonio, toutes ses pensées étaient tournées vers l'amour de sa vie qu'il espérait être saine et sauve sur un canot.

« C'est une première classe, et une femme. Elle a dû embarquer en priorité. »

- J'espère q-qu'elle est s-saine et s-sauve, murmura-t-il sans s'en rendre compte.

À ses côtés, Arthur avait commencé à compter les étoiles, allongé sur le dos sur sa planche. L'espagnol décida de faire pareil : après tout, ils ne pouvaient plus rien faire à part attendre. Attendre et espérer.


- Mille six cent cinq... mille six cent six... mille six cent sept... mille six cent huit...

Des nombres qui sortaient de sa bouche en même temps que la fumée de son souffle, Arthur n'y comprenait plus rien. Il ne se rappelait plus si c'étaient les secondes écoulées depuis le naufrage, ou bien le nombre d'étoiles qu'il comptait depuis. Il ignorait si c'était le bon nombre, s'il avait perdu le compte, si le fait qu'il n'entende plus la voix d'Antonio voulait dire qu'il n'était plus de ce monde. L'océan était calme, il n'y avait pas un bruit. Il était entouré de tant de gens, et pourtant il n'avait jamais entendu un tel silence. Silence uniquement troublé par le mince filet de voix qui lui restait.

Mais il s'en fichait. Il se fichait de tout. Tout ce qui comptait, c'était le froid. Seul le froid comptait, le froid qu'il ne sentait même plus tant il était gelé. Il avait froid au point d'avoir l'impression d'avoir chaud si bien qu'il arrivait à imaginer les mains de Francis sur son corps, sa peau contre la sienne, comme lorsqu'ils se trouvaient encore dans la Renault.

Sauf que Francis n'était pas là. Il ne l'était pas plus que l'esprit de l'espagnol à ses côtés. Plus jamais il ne le toucherait, ne le ferait rire, danser, ne l'embrasserait. L'idée d'une vie sans le français lui était insupportable, douloureusement insupportable, et encore plus mordante que le froid qui s'était emparé de son être tout entier. Le passé était plus doux. Les souvenirs étaient plus doux. Alors il laissa les souvenirs l'envahir.

Il lui sembla partir loin dans ses souvenirs, loin de la réalité quand une soudaine lueur jaillit dans l'obscurité et le ramena à l'instant présent.

- ... est-ce... un... tend...

Ignore-les. Ils finiront par partir.

Francis.

- ... sonne... vant... ci...

Ignore-les. Ne les écoute pas.

Francis.

- ... hooo... qu'un... m'entend...

Ne leur répond pas.

Francis.

- ... a-t-il quelqu'un... vivant...

Si tu leur répond, tu vis.

Francis.

- ... vous... entendez...

Si tu vis, tu souffriras.

Francis.

- ... reste quelqu'un en vie... ?

Mais tu vivras.

Francis.

« Vis ! »

- ... Répondez !

Répond.

« Vous n'allez pas sauter, hein ? »

Répond.

« Je m'appelle Francis Bonnefoy. »

Répond.

« J'aime beaucoup le « vrai » vous. »

Répond.

« Vous êtes quelqu'un de formidable. »

Répond.

« Je t'aime. »

Répond !


La lumière était passée, le canot était parti. Mais Arthur avait la rage de vivre.

Rassemblant le peu de forces épargné par le froid, il quitta son radeau de fortune et plongea à nouveau dans l'eau glacée qui lui arracha un faible cri. Son gilet le maintenant à la surface, il batailla pour se diriger vers l'homme au sifflet. Le petit instrument était dans la bouche du corps dorénavant sans vie. Arthur tendit la main, s'en empara et le porta à ses lèvres. Puis il souffla de toutes ses forces.

Le bruit strident et répété guida le canot dans la nuit jusqu'à lui. Il usa de ses toutes dernières forces pour se hisser dans l'embarcation, aidé par les rescapés qui l'occupaient. Le reste, il le vécut plongé dans un état second. Il ne se rappelait pas avoir été emmitouflé dans des couvertures, ni de s'être allongé. Il n'eut plus aucune notion du temps, aussi il ne sut dire combien de temps s'était écoulé avant que l'on allonge un autre repêché juste à côté de lui. Les yeux mi-clos, il les rouvrit complètement lorsqu'il vit qui lui faisait face.

Aussi pâle que les visages des autres morts encore dans l'eau, ses cheveux, ses cils et ses sourcils blonds couverts de gel, c'était à peine si assez de fumée s'échappait de ses lèvres blanches presque bleues et entrouvertes. Et ses yeux étaient clos. Arthur voulut l'appeler, mais le froid lui avait volé sa voix. Il voulut bouger, le toucher, mais le froid lui avait aussi volé son corps. Ne restait que son esprit pour prier de revoir le ciel azur qu'il aimait tant.

My God, I beg You, please, please...


My God, I beg You, please, please : mon Dieu, je t'en prie, pitié, pitié (anglais)