Kimberley jetait au fur-et-à mesure les ingrédients dans le chaudron en cuivre suspendu à la cheminée. D'abord la patte de lapin et le trèfle à quatre feuilles – pour une évolution positive –, puis l'anis et les boules de gui.
Voilà...
Laisser bouillir maintenant.
Bon, il n'y avait plus qu'à laisser infuser tout ça pendant une heure.
Elle vérifia que personne n'était entré dans la pièce pendant sa période de concentration intensive.

Non, elle était toujours seule avec Evangelynn.

Elle sortit la fiole de sang de basilic, l'observa quelques secondes le liquide noir et se l'enfila d'une traite en grimaçant. C'était vraiment désagréable, cet arrière goût de mort qui lui restait à chaque fois au fond de la gorge. Il faudrait qu'elle songe à bidouiller un sort pour paralyser le goût.
Kim tordit la bouche et attendit sagement les effets voulus. Doucement, tout doucement, elle commença à se sentir toute légère et guillerette, comme une gamine. Elle se mit à rire bêtement, à voir des éléphants roses voler dans la pièce et la fée Clochette lui proposa un joint, que Kim refusa.
Elle n'était pas défoncée au point d'accepter la drogue offerte par une inconnue, quand même ! Elle abattit son postérieur sur la seule chaise de la pièce, qui commençait à tourner d'ailleurs. Et encore plus doucement, elle glissa dans un sommeil de junkie.

.

.

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- Docteur Kimberley ? Vous allez bien ?

Elle fronça les sourcils, émergeant difficilement.

« Qu'est-che que ch'est ? »

Puis elle remarqua quelque chose.

- Vous m'avez appelé docteur, Jasper ? articula-t-elle en se redressant sur son siège. C'est bien la première fois !

Il haussa les épaules.

- Après tout, vous-en-êtes peut-être un, lui accorda-t-il. Vous sembliez bien connaître votre sujet lors de l'examen et dans le labo.

Kim fit la moue, agitant la main.

- La plupart du temps, c'était du bluff. D'ailleurs, le basilic qui se mets à mordre, c'était pas prévu hier...

Il eut l'air confus et s'éloigna d'un pas.

- Vraiment ?

- Je plaisantais voyons, lâcha-t-elle, se penchant vers sa patiente.

Evangelynn semblait si paisible qu'elle se senti presque coupable de devoir la tirer de son sommeil.
Presque.
Tant qu'il y avait assez d'argent à la clef, elle ferait ce qu'on lui demande.

- Bon, je crois que c'est l'heure de réveiller la Belle au bois dormant ! Allez chercher son prince, ça serait mieux qu'il soit là lorsqu'elle se réveillera. Je sais pas si elle appréciera que la première personne qu'elle voit soit moi.

Il hocha la tête et sortit de la pièce tandis que Kimberley versait la potion dans une pipette. À peine quelques secondes plus tard, toute la compagnie débarqua dans la pièce et observa ses moindres gestes.
Jack l'approcha alors qu'elle se préparait à administrée la potion à Evangelynn.

- Docteur Kimberley ?

- Oui... Non attendez, depuis quand suis-je devenue le docteur Kimberley ? Je n'étais pas juste Mlle Smith, il y a deux jours ?

Il sembla surpris par la réaction de la jeune fille, mais elle se rattrapa de justesse.

- Ce n'est pas déplaisant, dit-elle en souriant. Vous vouliez me parler ?

- Oui. Vous-êtes sûr qu'il n'y a aucun risque pour elle ?

Kim sourit.

- M. O'Connor, ce n'est pas une opération à cœur ouvert. C'est juste comme un médicament, le rassura-t-elle, gentiment.

Il parut gargarisé par ces paroles et laissa le '' docteur Kimberley '' donner son '' médicament '' à la jeune fille. Lorsque la dernière goutte fut ingurgitée, Jack et les Cullen attendirent , impatients.
De son côté, Kim rangeait ses affaires.
Elle en avait fini avec ce cas et avait hâte de rentrer au manoir. Et puis, Kim devait appeler Maximilien pour s'excuser de ce qu'elle lui avait dit au téléphone la semaine dernière.

Elle mit son manteau, attrapa son sac et attendit juste le temps d'entendre une voix faible dire :

- Papa ?

Et elle s'en alla, fière d'elle.

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.

.

Cela faisait cinq jours que Kimberley Smith avait quitté la maison des Cullen. Evangelynn était sur pieds et avait reprit du poil de la bête. Edward lui avait avoué qu'il était un vampire et elle le prit – chose inattendue – bien. Elle lui avoua qu'elle se doutait qu'il y avait anguille sous roche.

Mais personne ne lui dit pour son... passé.

Jack les avaient pratiquement suppliés de ne rien lui avouer. Jasper comprenait vaguement qu'il essaye de protéger sa fille, mais elle l'apprendrait tôt ou tard de toutes façons.
Toujours est-il que cela faisait cinq jours qu'il n'avait aucune nouvelle de Kim. En même temps, il n'était guère surpris. Les deux ne s'étaient jamais vraiment encadrés et durant la semaine où elle avait '' habitée '' là, il n'avait cessé de la chercher lorsqu'ils étaient seuls.

C'était sûrement pour ça, qu'elle n'appelait pas.

De plus, elle n'avait pas leur numéro - ce qui n'arrangeait rien -, les chances étaient donc considérablement réduites qu'ils se parlent de nouveau un jour malgré le fait qu'ils habitent dans la même ville.
Qui plus est, Alice avait remarqué que quelque chose clochait dans le comportement de Jasper, qu'il était comme distrait.
Comme si il redevenait humain, et c'était très étrange. Puis, il n'y tint plus : il voulait savoir ce qui clochait chez Kimberley.
Ça l'obsédait.
Il demanda à Jack de le suivre et ils s'enfoncèrent dans la forêt. Jasper ne voulait pas que l'un de ses frères et sœurs entende leur conversation par accident, car les connaissant ils jaseraient.

- Que voulais-tu, Jasper ?

Jack s'adossa à un arbre et regarda le jeune - ? - homme.

- Je voulais-vous posez des questions sur le docteur Kimberley.

- Vas-y, dit-il, souriant. Mais, je pense que tu sais tout ce qu'i savoir sur elle.

Depuis que sa fille allait mieux, il semblait revivre et ne ressemblez plus du tout à l'homme rongé des semaines passées.

- Qui est-elle ?

Il parut surpris et croisa les bras.

- C'est-à-dire ?

- Qui est vraiment Kimberley Smith ?

- Je ne compre...

- Vous comprenez très bien où je veux en venir, le coupa-t-il.

Jasper attendit que Jack dise quelque chose, car il s'était figé.

- Tu as remarqué ? demanda-t-il soudain.

- Ce n'était pas difficile à voir.

- Hum... Eh bien, j'imagine qu'il vaut mieux te mettre au courant que de te laisser imaginer n'importe quoi.

Il hocha la tête.

- Ça serait mieux, effectivement.

- Bien. Par où commencez ?