Message de Jeremiah : Pardon pour l'écart grandissant entre les chapitres ! J'ai un mal de chien à travailler sur mes fics ET sur mon premier roman ! Ayant une date limite pour le roman, je passe plus de temps à travailler dessus... Je suis désoléééééeeee ! Gomenasai ! En plus j'ai un projet de fic sur l'enfance de Mello... Gaaaahhhh ! C'est horrible ! Dur à tenir (il est bon de savoir que jusqu'à maintenant je n'ai encore JAMAIS fini une fic longue ! Mais je ne suis jamais non plus allé aussi loin...). J'ai écrit ce chapitre en écoutant « Lyudi Invalidy » de t.A.T.u. Je trouve que ça retranscrit bien l'ambiance (surtout que pour moi Mello est russe ^^). Bref, bonne lecture ! Enjoy !

Quelques mois plus tard, New-York, dans le South Bronx, bar du « Black Biker »...

Une chambre aménagée dans l'arrière-boutique du « Black Biker ». Sur le vieux canapé abîmé, le garçon soleil dort. Ce n'est pas un sommeil doux et paisible rien à voir avec les nuits qu'il passait à l'orphelinat. En trois jours, il a à peine dormi quelques heures. Entre les exigences, les caprices de Rod Ross et ses autres clients au bar, il a à peine le temps de fermer l'œil de la nuit. Et quand enfin il s'endort c'est d'un sommeil lourd, mais agité de rêves étranges dans lesquels s'emmêlent vieux souvenirs, cathédrales et visages oubliés. Au pied du canapé traînent des dizaines de dossiers éparpillés. Il y en a d'autres sur la table basse bancale, près de l'ordinateur portable encore allumé que Mello a pu récupérer. Une demi douzaine de tasses aux bords noircis de traces de café trop serré se battent en duel juste à côté.

Le blond, à l'image de la pièce, semble avoir subi le passage d'une tornade. De grosses cernes noires pèsent sous ses yeux, ses joues sont devenues creuses, ses rondeurs enfantines, quoiqu'encore présentes, disparaissent lentement. Le manque de sommeil et de nourriture saine – il a à peine le temps d'avaler quelque chose d'autre que du chocolat et des sachets de sucre en poudre pour lutter contre l'hypoglycémie qui menace de lui faire perdre connaissance dès qu'il fait un effort trop important. Il a l'impression d'être un drogué, vivant au jour le jour, luttant contre tout, sans possibilité de se laisser aller. Il donnerait cher pour rentrer à la Wammy's House, pour redevenir un enfant innocent. Et dire qu'il y a quelques temps il jouait au foot sous le vieux saule de l'orphelinat ! Aujourd'hui il planifie la mort de personnes gênantes, organise les ventes de divers produits illicites et pense pour des malfrats de la pire espèce.

Parfois, il pense à se droguer, à prendre un peu de cette poudre blanche qu'il fait vendre partout aux USA et faire baisser un peu la pression. Mais non : tant qu'il se bat contre Kira, tant qu'il affronte Near, il doit rester en possession de toutes ses capacités mentales.

Bip ! Bip ! Bip !

Un grognement Mello se retourne dans son sommeil.

Bip ! Bip ! Bip !

Le blond entrouvre ses yeux embrumés de rêves oubliés.

Bip ! Bip ! Bip !

-Ouais... j'arrive... » râle-t-il dans un bâillement.

Mello attrape le téléphone à l'aveuglette, décroche et le porte à son oreille.

-Mmmallô ? »articule-t-il difficilement, tiré trop vite d'un sommeil trop court.

-Bordel t'en mets du temps à répondre Mello ! Qu'est-ce que tu fous ?

La voix de Rod Ross résonne dans le combiné au point que le blond l'éloigne de son oreille avec une grimace. Il hésite à raccrocher et à se rendormir.

-Rien... Qu'est-ce qui se passe ?

-On t'attend depuis plus de vingt minutes à l'entrepôt ! Ramène ton cul tout de suite, t'as dix minutes !

Le Boss raccroche, laissant un Mello embrouillé à l'autre bout du fil.

« L'entrepôt ? Attend mais c'est quoi cette hist... OH MERDE ! »

Le blond se lève d'un bond du canapé où il s'était assoupi deux heures plus tôt. Trop rapide pour son corps pas assez réveillé, il chancelle et tombe sur le plancher. Il a oublié, complètement oublié le rendez-vous que le Boss lui avait donné. Et il s'était endormi.

Péniblement, il se relève, tremblant. Il fouille dans sa poche, y prend deux sachets de sucre, les ouvre et les avale. Trop vite. Il tousse, s'étouffe, puis se calme et, pour aider, boit un reste de café dans une tasse. Il se sent un peu mieux, un peu plus stable sur ses jambes encore engourdies.

Un coup d'œil à sa montre et il est parti. Ça fait bien longtemps qu'il ne se déshabille plus pour dormir. Il doit toujours être rapide dès qu'on a besoin de lui. S'habiller est devenu une perte de temps précieux, surtout que ce qu'il porte est très difficile à enfiler et à retirer. Ses vêtements de cuir le serrent horriblement, mais être agréable à regarder est important : c'est une raison en plus pour les mafieux de le garder.

Enfin agréable à regarder... c'est devenu relatif.

-Tu pars déjà Mel' ?

Mello se tourne Ralf, le barman et propriétaire du Black Biker est encore derrière le bar, même si il n'y a plus beaucoup de clients. Si le terme « amis » pour décrire la relation entre Mello et lui serait erroné, on peut dire qu' une confiance mutuelle s'est installée entre eux. Et peut-être aussi un peu de pitié de la part de Ralf pour ce gamin encore rayonnant d'assurance et de force de caractère qui tient à peine sur ses jambes, exploité par des mafieux. Un soleil qui a perdu sa lumière.

-Ouais, je suis attendu » répond le garçon-soleil.

-Tu devrais penser à dormir de temps en temps. A côté de toi, un zombie a l'air d'un coureur de marathon en pleine santé.

-Merci c'est gentil j'y penserai » répond hargneusement le blond. Oui il le sait qu'il a une mine de déterré, pas la peine de le lui rappeler sans arrêt !

D'un pas aussi sûr que possible, il avance vers la porte du bar, ignorant les regards étranges des clients, la pousse violemment et sort.

Le vent frais de cette fin novembre le heurte de plein fouet. L'air glacial lui fait mal quand il respire. Au moins, ça a le mérite de le réveiller presque complètement. Il a toujours l'impression que ses membres sont en coton, mais rien de bien grave.

Devant ses yeux rougis par le manque de sommeil, la ville semble un vague film flou, défilant à la lumières crue des réverbères, rythmé par le clignement de ses paupières lourdes. Il a l'impression de marcher dans un rêve éveillé. Le point de rendez-vous n'est pas loin : à peu près un quart d'heure de marche.

Les mains dans les poches de son blouson noir, il marche aussi vite que son état lui permet. Et il réfléchit, comme toujours. Il réfléchit à ce qu'il va dire, ce qu'il va faire, à l'attitude qu'il va adopter, aux conséquences que cela va entraîner, à ce qu'il fera après, à comment ça l'amènera à plus de pouvoir, à comment il pourrait récupérer le cahier... Oui, récupérer le cahier de la mort lui permettrai de prendre une avance considérable sur Near.

Mello n'a jamais été homme à tergiverser longtemps sur ses objectifs. Il avait toujours pris celui qui lui permettrait d'être le meilleur sans trop se poser de questions. Ça changeait de l'éternel « survivre » de la rue. Que c'est bon d'avoir un vrai objectif, un vrai rêve pour lequel on peut travailler dur, surtout quand on l'obtient à la fin.

Ça y est.

Il se tient debout devant l'entrepôt où Rod Ross lui a donné rendez-vous. Ce n'est pas le même que celui où il a rencontré le mafieux pour la première fois mais presque. Tous les entrepôts se ressemblent aux yeux pleins de fatigue du jeune soleil. A l'intérieur : Rod Ross, bien sûr, deux de ses hommes de mains les plus loyaux et un malheureux que Mello ne connaît pas, bâillonné et attaché à une chaise.

-Te voilà ! Putain mais qu'est-ce que tu foutais ? » lâche le Boss.

-Je dormais » répond calmement Mello.

-C'est vrai que t'as l'air d'en avoir besoin. T'as la gueule du mec que j'ai fais torturer trois mois avant de le faire buter il y a deux semaines » s'esclaffe Ross.

Les deux hommes de mains – deux gros gorilles à l'air stupides, plus conçus pour cogner que pour penser – laissent échapper un rire gras.

-Bon assez rit » finit par déclarer le Boss. « Manuel est mort ».

Le blond met quelques secondes à comprendre et à réagir.

-Putain... Qu'est-ce qu'il a foutu ? Il s'est prit une balle ?

Nouveaux rires gras.

-On peut dire ça comme ça : il s'est fait buter par une pute. Elle a dû être payée par des mecs pour faire ça.

-Et on sait si il a dévoilé des informations confidentielles ?

-T'inquiète pas pour ça : il n'y avait pas plus loyal que Manuel.

-Et tu veux que je trouve un nouveau bras droit c'est ça ? Il faut que je teste la loyauté de quelqu'un.

-Non.

Mello lève un regard agacé vers son supérieur – il ne l'a quand même pas fait venir pour rien, si ?

-Alors qu'est-ce que tu veux que je fasse ?

-Que tu prouves ta valeur.

En disant cela, le Boss tend au jeune soleil une arme, un Beretta 92.

Le regard impassible de Mello passe de l'arme à l'homme attaché à la chaise, dont les yeux s'agrandissent de terreur quand il comprend ce qui l'attend.

Un meurtre.

Rod Ross veut que le blond commette un meurtre.

-Et qu'est-ce que ce type à fait pour mériter la mort ? » demande Mello.

-Absolument rien. Il vend un peu de came pour nous mais il ne s'est jamais fais prendre par les flics ni ne nous a trahis. Il a une femme et trois enfants qui l'attendent chez lui depuis quelques heures. Et je te demande de buter ce type pour moi. Ou tu l'abats comme un chien et tu deviens officiellement mon bras droit, ou c'est toi qui meurs à sa place.

« Je n'aurais pas dû poser la question » regrette le garçon soleil.

D'un geste qui se veut détendu, Mello prend l'arme et le pointe vers l'homme terrifié sur sa chaise.

-Sur la tempe » intervient le Boss.

Parfaitement maître de lui-même, le blond appuie le canon de l'arme contre la tempe de sa victime.

Rod Ross fait un signe à un de ses hommes de main qui retire le bâillon.

-Je vous en prie, ne me tuez pas ! » implore alors le condamné. « Ma femme et mes enfants ont besoin de moi ! Je dois rentrer je vous en supplie... ».

-Ta gueule » crache alors Mello pour cacher son trouble.

La famille a toujours été son point faible. Détruire des vies, surtout sans aucune raison valable, le répugne. Pour l'instant, il ne peut que sauver les apparences devant Rod Ross – il n'a que trop besoin du poste qu'il lui propose – mais il n'a pas la moindre envie de tuer l'homme en face de lui.

Le condamné ne cesse pas pour autant de supplier. Fixant Mello avec des yeux terrorisés. De grands yeux d'un vert émeraude comme ceux que Matt pourrait avoir dans quelques années...

La main de Mello tremble.

Il se sent atrocement oppressé par les regards des mafieux, pesants sur sa nuque, par le discours condamné, par les yeux de Matt qui le supplient, par la fatigue qui brouille ses sens et son cerveau, par le manque de sucre qui commence à se faire sentir, par son estomac qui s'est mis à gronder, par les vertiges qui commencent à le prendre, par l'odeur acre qui règne dans l'entrepôt sale. Le sang résonne à ses tempes et il n'entend même pas sa conscience. Elle est là quelque part à crier dans le vide. Une boule se noue dans sa gorge, sans que les larmes ou les sanglots ne s'annoncent, il a l'impression d'avoir les oreilles bouchées tant sa respiration semble forte alors qu'elle n'a pas changé. Il veut que ça s'arrête. Il veut au moins faire taire ce type qui lui casse les oreilles. Si Mello n'était pas exténué, sa conscience l'aurait sans doute arrêté.

« TA GUEULE ! »

Le coup part tout seul.

Le garçon-soleil n'entend plus qu'un long sifflement.

Acouphènes.

Il l'a fait. Et volontairement.

Sous la force d'impact de la balle, la tête de l'homme a en partie explosé. Les yeux d'émeraude, vides, fixent un lointain inaccessible.

Mello range l'arme à sa ceinture, oubliant qu'elle ne lui appartient pas.

Il n'arrive pas à se rendre compte. C'est trop dur, trop inimaginable.

Il a tué un homme.

Il entend à peine Rod Ross le féliciter vaguement il sent juste la bourrade qu'il lui administre.

-Je peux rentrer maintenant ? J'ai besoin de dormir. » demande le blond, d'un ton ferme qu'il n'aurait pas pensé avoir dans de telles circonstances.

Il n'attend pas la réponse pour se diriger d'un pas décidé vers la porte.

Dehors il s'est mis à pleuvoir.

La pluie glacée le trempe en quelques minutes.

Il marche de plus en plus vite, au fur et à mesure qu'il réalise ce qu'il vient de faire, pour finir par se mettre à courir.

Il a tué un homme.

Il a tué un homme.

Il a tué un homme.

Les lumières de la villes l'agressent, tout lui semble rouge, il se sent sale, couvert de sang. Il s'essouffle vite, regarde partout, comme perdu. Il s'est perdu quelque part, mais où ? Il est sur le bon chemin physiquement, mais moralement... Où va-t-il ? Où est-ce qu'il va ? Du rouge, du rouge partout...

Sa respiration résonne à ses oreilles encore meurtries par la détonation.

La pluie lave le sang sur son visage.

Quand il arrive au Black Biker, il passe par la porte de derrière, celle qui mène directement à l'arrière boutique.

Perdu dans ses propres pensées couleur grenat, il s'effondre sur son canapé, avale quatre sachets de sucre avant de les vomir presque aussitôt.

Il a tué un homme.

Il a tué un homme.

Il a tué un homme.

Une fatigue violente l'emporte dans un sommeil-coma, profond comme les entrailles de la Terre, dans les ténèbres des cauchemars de nuit et de sang qui l'attendent.

Le lendemain matin...

Mello ouvre les yeux. Presque par réflexe, il attrape son téléphone pour regarder l'heure.

Midi moins le quart.

Le blond ouvre de grands yeux ronds. Quoi ? Il a donc dormi si longtemps sans qu'aucun coup de fil ne le réveille, sans que personne ne l'appelle ? Il se sent déjà beaucoup mieux. Alerte, il s'assoit sur le canapé et consulte ses messages. Non, il n'a manqué aucun appel, mais il a reçu un SMS.

« Rendez-vous ce soir à vingt heures trente au QG. PS : Bien joué pour hier soir. Signé : R ».

-Bien joué pour hier soir... » répète lentement le blond.

Les événement de la veille ne lui reviennent pas tout de suite. Tout est confus dans sa tête. C'est... flou et... rouge. Rouge sang.

La réalité le heurte de plein fouet. Son estomac se contracte il a à peine le temps de courir aux toilettes pour vomir une bile jaune, acide et immonde.

Il a tué un homme.

Quand enfin, les vomissements s'arrêtent, Mello se redresse et s'adosse au mur de brique, le souffle court. Il s'essuie la bouche d'un revers de main et ferme des yeux, les doigts crispés sur les perles de son tchotky*.

-J'ai tué un mec... Putain j'ai... J'ai tué quelqu'un...

Il ferme les yeux, incapable de réaliser, les doigts tremblants, la respiration erratique.

Soudain, il s'arrête de trembler et retrouve une respiration normale.

-Et puis merde. On s'en fout. J'ai plus important à penser. Il y a des centaines de personnes qui meurent tous les jours, je ne vais pas commencer à faire toute une histoire pour une seule.

D'un pas à nouveau sûr, le garçon soleil retourne dans l'arrière boutique.

Il a d'autres choses à faire, d'autres choses à penser. De toute façon, ce type méritait forcément la mort. Personne n'est innocent.

Loi de respect de la vie humaine.

tchotky* : chapelet orthodoxe