Coucou tout le monde ! Dans la continuation du chapitre précédent, voici donc – tadam – les manticores. (Hermione se fera une joie de vous rappeler à quoi ressemblent ces sympathiques bestioles si vous l'interrogez, ainsi que leur type d'alimentation, la nature de leur habitat, et leur cycle de reproduction. On ne la changera pas.)
Bonne lecture !
III
Sarasva-Nalion (hahaha, j'ai trouvé la parade pour vous répondre, vu que ça devient impossible de vous séparer) : Merci à tous les deux, vous défendez bien votre titre x) Pour le POV, Sarasva, c'est surtout Hermione, mais je trouve ça sympa de glisser des passages externes. (J'anticipe la question; non, il n'y aura pas de POV Fenrir, d'une parce qu'il est bien trop complexe pour que je ne me plante pas, même avec mon ineffable talent, et de deux parce que ça plomberait toute l'histoire de savoir ce que notre loup-garou préféré pense. Hahaha.) Bien vu pour les fleurs ! Pour ce qui est de Sturgis, haha. Vous verrez, vous verrez... Le nom des brigades, oui, j'ai tâché de leur donner un peu de cohérence quand même, pour que ça ne tombe pas totalement comme un cheveu sur la soupe. Les Manticores... non, ce ne sont pas les Acromentules, je vous renvoie à ce chapitre-ci pour en savoir plus. Et concernant le passé des Phénix avec elles, hahahaha. Vous verrez (bis). Et Nalion, rooh, avant de critiquer, file donc lire. Non, elles ne clignotent pas. Enfin, pas vraiment. Tu verras (tris).
En ce qui concerne les trophées : vous êtes terrifiants, tous les deux. Le cornichon d'or, alors ? Ma foi, ça sonne bien, m'enfin... Et, oui, c'est bien vous qui m'en avez donné l'idée. Z'êtes fiers de vous, j'espère. x)
Padfoot-love-me (quelle chance tu as ! x) ) : Merci beaucoup ! J'espère que la suite te plaira autant, en tout cas ! :D
Umbris : Je suis ravie que tu t'ennuies pas ! Merci beaucoup, ça me fait très plaisir que les personnages, nouveaux et anciens, te convainquent comme ils sont ! Pour ce qui est de Fenrir... Hahaha.
Sarasva bis : Des inconvénients de prendre trop de temps pour rédiger le chapitre, voilà que je dois reprendre les RAR ! :O (Non, je rigole, hein). Je ne sais que dire, tellement ta review m'a fait plaisir. Pour ce qui est des cousins, OUF, ils sont partis, mais j'avoue avoir franchement eu la tentation de tirer Fenrir de mon écran pour qu'il s'en occupe (le major problem ayant dans ce cas été de le faire repartir pour que je puisse tranquillement le caser avec Hermione, outre la réaction de mes chères tantines rentrant du shopping en découvrant leurs « trésors adorés » en prise avec MON « trésor adoré » à moi. Oups, excuse-moi, je reviens, Fenrir me regarde avec un drôle d'air, j'ai vaguement dans l'idée qu'il n'aime pas trop qu'on l'appelle comme ça. Je prends note pour Hermione.
Trève de plaisanteries aussi :), ta review m'a littéralement regonflée. Merci, juste... merci. Des lecteurs comme toi, n'importe quel auteur (de fics ou pas) en rêverait. C'est aussi pour ça que je prends un temps fou pour écrire les chapitres, quitte à virer d'un coup trois pages écrites quand je pense qu'elles ne sont pas assez bonnes... J'espère VRAIMENT que la suite te plaira autant, vous me foutez la pression, tous, à être aussi gentils ! ;)
Nanajimi : Merci ! Oui, bizarre, c'est le moins qu'on puisse dire x) Je suis ravie d'avoir réussi à te convertir ! J'espère que la suite te plaira !
Bonne lecture ! Ah, et...
*dépose un gros tas de cailloux à l'usage du lectorat pour quand il aura lu la bande-annonce, et court s'abriter*
Et oui, Halen est attentionnée. Et prévoyante. Et perspicace, aussi.
III
-Plus haut ! Voilà ! Un poil plus à droite, maintenant ! Non, plus à gauche ! Au niveau de l'arête ! Et... c'est bon !
Hermione essuya d'un revers de main une goutte de sueur qui coulait sur sa tempe, son autre main crispée avec effort sur sa baguette. Le bois vibrait tant qu'elle commençait à avoir une crampe, et l'intensité des sortilèges dont ils usaient le faisait désagréablement chauffer.
Elle vit Harry pousser un soupir de soulagement, et lever le pouce en direction de Cooper, qui acquiesça en réponse.
Se retournant vers la plaine, elle sentit son estomac se contracter.
Ils étaient perchés sur une saillie d'une des falaises qui isolait le château, et à cette altitude, ils pouvaient distinctement voir les Manticores s'approcher, de cette démarche bondissante qu'ils avaient tristement appris à connaître.
En réalité, elles étaient encore trop loin pour qu'un oeil non averti distingue plus que des silhouettes étrangement lumineuses, mais la jeune femme gardait trop vivement en mémoire les créatures pour ne pas les deviner dans l'étrange luminosité de la scène. Elle voyait, d'un oeil qui mélangeait confusément les souvenirs de ses cours et de son expérience, les corps félins aux griffes tranchantes. Les queues carapaçonnées qui se balançaient au gré des bonds des créatures, semblables à des dards de scorpions. Et, pire que tout, les visages. Humains, trop humains.
Jusqu'au moment où les gueules s'ouvraient sur l'enfer.
Une partie d'elle-même s'interrogeait sur les lueurs qui émanaient du dos des créatures. Peut-être les Mangemorts les avaient-ils dotées de lampes frontales pour éviter qu'elles ne trébuchent, supposa t-elle avec un rire sans joie.
"Concentre-toi", s'intima-t-elle. "C'est la clé." Elle jeta un oeil à ses compagnons dans l'espoir de se rassurer; peine perdue.
Présentement, ils étaient occupés à placer d'énormes rochers en équilibre instable en divers points stratégiques de la paroi; si les créatures savaient grimper sans aucune difficulté, leur poids déclencherait en revanche les pièges avec certitude.
Cela ne faisait que quelques minutes qu'ils étaient descendus, le pas peu assuré et les yeux résolument fixés sur la roche, mais la jeune feme avait l'impression que cela faisait une éternité que les lueurs clignotantes s'approchaient, de plus en plus vives à mesure que la nuit tombait.
-OK, lança Emmeline Vance du promontoire où elle était juchée, agrippée si fort à la roche que ses jointures en blanchissaient. Harry, Ron, Hermione, remontez et allez surveiller leur avancée de là-haut. Cooper, tu restes avec moi, on s'occupe de ce surplomb-là, et après on dégage fissa !
-Ca va le faire, fit Ron, tandis que les trois amis regagnaient le monte-charge de fortune qu'ils avaient installés (un filet magique conjuré à la hâte par Emmeline). On va y arriver.
-Moldus en sécurité, sorciers aussi normalement, résuma Harry, bestioles canalisées vers nos pièges. Hermione, grand manitou de la guerre, tu vois quelque chose qui pourrait foirer, là-dedans ?
La jeune femme masqua un sourire amer tandis qu'elle passait mentalement en revue la liste de tous les aléas et de toutes les anicroches qui pouvaient causer leur perte. Les Moldus. Les Mangemorts. La porte principale. La falaise de droite. L'orage qui montait.
-Non, rien.
III
Les Phénix s'étaient regroupés au sommet du château, serrant contre eux les pans de leurs capes pour se protéger de l'humidité glaciale qui semblait imbiber l'air. Ils observaient avec une anxiété croissante les lueurs qui se massaient autour des murs de la forteresse. Hermione frissona, et sourit brièvement lorsqu'un bras protecteur s'enroula autour de ses épaules pour la réchauffer. Ron et ellle échangèrent un regard qui n'avait pas besoin de mots.
-Bien, bien, bien, fit Emmeline en s'emparant de la paire de Multiplettes qu'elle portait attachée autour de son cou. On va accueillir ces créatures du diable comme il se doit. Hermione, Ron, Cooper, mettez vous en place, j'ai l'impression que ça commence à barder du côté de Maugrey. Harry, file trouver Tonks en vitesse, je veux être sûre que les moldus soient tous cachés avant qu'on ne commence à balancer des sortilèges.
Harry acquiesca, puis dévala les escaliers cabossés qui menaient à la ville intérieure. Hermione le suivit du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse de son champ de vision, sans écouter le babillage nerveux d'Emmeline. Ses pensées étaient trop obnubilées par les souvenirs terrifiants de ses affrontements avec les créatures de cauchemars. Elle se serra plus fort contre son ami, tandis que ses pensées volaient vers ses condisciples en danger.
A la porte principale d'Edimbourg, les Phénix de la brigade Diurne n'en menaient pas large. Ils ignoraient si des Moldus pouvaient les voir, ils ignoraient quel était l'état des créatures qui fonçaient droit sur eux, et ils ignoraient si les barrières magiques de la ville fonctionneraient suffisamment.
Remus sentit ses jambes faiblir lorsque les créatures furent assez proches pour que son odorat de lycanthrope lui rapporte leur odeur de fauve et de mort. A l'aide de ses Multiplettes, il constata, horrifié, que les clignotements réguliers produits par les Manticores provenaient de parasites larvaires accrochés sur leur dos. Il reconnut, pour les avoir fait étudier à ses élèves une éternité auparavant, des Sangsurines des Marais. "La Sangsurine des Marais est une larve lumineuse qui s'accroche sur les créatures imprudentes, et se nourrit en dévorant leurs nerfs, causant une douleur telle ..."
-Cochons de Mangemorts, grogna t-il.
Malgré lui, il ne pouvait s'empêcher de compatir à la souffrance des créatures. Les Mangemorts les torturaient dans le but de décupler leur rage; ils ne leur laissaient aucune chance de capturer les animaux.
-Bon sang ! jura soudain Maugrey, son oeil magique fixé sur l'horizon, l'autre fermé. Il y a des Mangemorts qui sont restés pour disperser les bestioles ! Podmore, Lupin, Tonks, restez ici pour barricader la porte; les autres, avec moi, on s'envole pour regrouper les Manticores !
Sturgis et Tonks se regardèrent, avant de voir, impuissants, leurs camarades enfourcher leurs balais, et foncer droit vers le danger.
-Elles arrivent, fit Emmeline, les jumelles plaquées si fort sur les yeux qu'elle garderait probablement leur marque. Tenez-vous prêts... Oh, Minerva, faites attention, derrière vous ! Remontez vite, faites-moi remonter ce balai ! Ouf...
Hermione serra les mâchoires, tentant de remplacer la paralysie glaciale qui l'emplissait par l'énergie de l'adrénaline. En vain. Les souvenirs étaient trop présents. Trop intenses. Trop frais. Elle sentit une larme de peur couler sur sa pommette, rapidement séchée par le vent qui soufflait.
-On y va ! s'exclama Vance. Elles grimpent, ça y est ! Plus qu'une... Oui, c'est bon, je crois qu'elles sont toutes là !
Avec une sensation vertigineuse, Hermione suivit sa camarade vers le surplomb où ils avaient disposé les pièges. Il y avait une sorte de fascination morbide à observer les prédateurs grimper vers eux par bonds en laissant de profondes striures dans la roche là où leurs griffes assuraient leur prise.
Alléchées par le sang dont les Phénix avaient badigeonné les pierres branlantes, les Manticores poursuivirent leur ascension jusqu'à être si près des sorciers qu'ils pouvaient sentir leur haleine sanguinolente. Hermione crut défaillir lorsque Cooper fit tomber la première pierre d'un sortilège sonore. Elle mit plusieurs secondes à se ressaisir, puis elle se joignit à ses condisciples. Les unes après les autres, les créatures tombaient, dérapant dans les éboulis pour finir par s'écraser en contrebas. Hermione eut un haut-le-cœur lorsqu'elle aperçut les Sangsurines enfoncées dans le dos puissant des créatures, remplacé par un élan de haine. Elle transforma la roche en glace sous les pattes d'une des créatures, parvint à en stupéfixer une autre avec l'aide de Ron et de Cooper, puis... tomba.
Le promontoire s'était dérobé sous leurs pieds avec un craquement impressionnant; la chute des Phénix ne fut pas longue; ils atterrirent en effet sur la corniche d'où ils avaient posé les pièges. En plein milieu des créatures enragées. Ce fut une pagaille indescriptible. Hermione eut le réflexe de se jeter contre la paroi pour éviter une énorme Manticore; lorsque celle-ci revint à la charge, elle se trouva soudain happée par un filet conjuré par Ron et Emmeline. Cette dernière essuya une goutte de sueur ou de sang qui perlait sur son front, et fit un geste du menton envers Hermione, l'incitant à remonter. La jeune femme ne se fit pas prier, et grimpa en quatrième vitesse la paroi effondrée pour revenir au sommet du château. Ron la suivit un peu plus tard, puis Emmeline, qui maintenait avec difficulté les créatures dans son filet magique. Hermione attendit un instant, puis blêmit brusquement en réalisant que Cooper n'arrivait pas. Un affreux pressentiment lui fit tourner les yeux vers le filet où s'entassaient les bêtes rugissantes, et elle eut un coup au cœur en y apercevant un bras tordu dans un angle étrange.
Elle hurla.
Emmeline leva le sortilège en catastrophe, faisant chuter plusieurs des créatures dans le vide, et Cooper s'effondra sur les dalles.
-Oh, merde ! entendit Hermione derrière elle. Stupéfix ! Impedimenta ! Stupéfix !
Se retournant brièvement, elle aperçut Harry, suivi d'Hestia et Hatter, qui couraient à leur rencontre. Tous trois avaient un air paniqué, mais Hatter se reprit rapidement, et s'interposa entre Ron et une des créatures, dégainant son sabre. Sa cousine le suivit avec un cri de guerre féroce.
-Pas de Mangemorts en vue ? demanda t-elle en tournoyant.
-Et les moldus ? s'enquit Emmeline.
-Il ne devrait pas y avoir de problèmes, cria Harry, essayant de couvrir de sa voix le hurlement du vent. Tonks m'a dit que...
Ils ne surent jamais ce que Tonks avait dit au jeune Phénix, car à cet instant précis, une terrible explosion retentit dans la cité fortifiée.
Hestia jura.
-Ils sont là. J'y crois pas. Ces salopards nous attaquent sur tous les fronts !
Sturgis fut projeté en arrière lorsque la porte explosa. Sonné, il se releva en secouant la tête, et constata qu'à plusieurs mètres de là, Tonks gisait sur le sol, près de Lupin qui n'avait l'air guère plus en forme. Dans l'embrasure défoncée de la porte, trois silhouettes massives se tenaient.
Jurant, le Phénix dégaina sa baguette et engagea l'attaque, prêt à tout pour défendre ses camarades. Il se retrouva bientôt engagé dans un duel acharné contre Macnair, aisément reconnaissable aux tatouages qui ornaient ses épaules. Le Mangemort se fendit vicieusement en avant, et Sturgis perdit la notion de ce qui se passait autour de lui.
Remus reprit rapidement ses esprits, et il remercia brièvement ses sens de loup-garou lorsqu'il esquiva à l'instinct un sort mortel lancé par le Mangemort blond qui se tenait en face de lui. Réalisant que Tonks et le troisième Mangemort avaient disparu, il fut pris d'un vertige d'angoisse, puis d'une rage incontrôlable, et se rua à l'aveuglette sur son adversaire. Il ne vit que trop tard le sort électrique qui partait de la baguette.
-Arrête, imbécile ! Il est à moi ! hurla une voix familière.
Le Mangemort blond eut un instant d'hésitation lorsque Bellatrix fonça vers lui, puis le bouscula pour dégager Remus de son angle d'action.
C'était plus de temps qu'il n'en fallait.
Une ombre massive passa sur les pavés mouchetés de sang. Il y eut un craquement odieux, puis Thorfinn Rowle s'écroula dans un bruit sourd, la nuque brisée. La hyène roula sur le côté, et s'estompa pour laisser place à un Sturgis à l'air dégoûté.
-Berk, fit ce dernier.
Se raclant la gorge, il cracha un filet de sang par terre.
-Bon sang, je déteste mordre, grogna t-il.
Un sourire amusé passa sur les lèvres fines de la Mangemort, puis ses cheveux noirs et emmêlés se rétractèrent tandis que son nez se retroussait, et Bellatrix fut de nouveau Tonks.
Elle tendit la main au lycanthrope pour l'aider à se relever; il la saisit avec reconnaissance, un sourire franc sur le visage.
-Ca, c'est du travail d'équipe ! s'exclama la Métamorphomage, radieuse.
-On s'occupe des portes, maintenant ! fit Sturgis, dégainant sa baguette. Prêts ? Un, deux...
-Sigeleum ! déclamèrent les Phénix en choeur.
Trois gerbes d'étincelles jaillirent, puis s'entremêlèrent en l'air avant de frapper la grande porte avec force. Une multitude de crépitements se fit entendre tandis que leur magie combinée scellait la faille du bouclier qui protégeait l'entrée.
Remus passa une main dans ses cheveux hérissés de sueur, soudain accablé d'épuisement.
-C'est fini, entendit-il Tonks murmurer d'une voix douce.
Son autre main n'avait toujours pas lâché celle de sa camarade.
Elle ne le ferait pas avant un long moment.
Pendant ce temps, sur les murailles, Hermione commençait à songer que cette bataille-ci pourrait bien être celle qui verrait sa fin. Une dizaine de Manticores, plus futées ou plus chanceuses que leurs congénères, étaient remontées à l'assaut des Phénix qui gardaient la plate-forme. Hatter et Emmeline en avaient terrassé plusieurs, mais ils étaient aux prises avec un énorme spécimen, qui leur donnait trop de fil à retordre pour qu'ils puissent lui venir en aide. Harry et Ron essayaient désespérément de sauver Cooper des griffes des animaux, le visage tendu dans l'angoisse tandis qu'ils s'approchaient péniblement du corps inanimé de leur camarade.
Hermione était donc seule.
Seule face aux trois visages insupportablement humains qui chantonnaient face à elle.
Dans un mouvement vif comme l'éclair, la première bondit, sa longue queue décrivant un arc de cercle vicieux. La Phénix évita de justesse le dard mortel qui fusait, plongea à terre pour éviter les griffes tendues d'une seconde créature, et éclata d'un rire nerveux lorsqu'elle constata, allongée sur le sol, que les deux Manticores s'étaient entretuées dans cette attaque.
Puis une douleur affreuse lui déchira la jambe, et elle se sentit tirée vers l'avant.
Les griffes profondément plantées dans la cuisse de la jeune femme, la dernière Manticore approcha son visage de celui de sa proie.
Hermione pouvait voir, à l'extrémité de son champ de vision, une queue caparaçonnée se balancer de joie. Les yeux fixés sur ceux de la créature, paralysée par la terreur, elle eut l'impression de faire un bond en arrière.
-Hermione ! Aide-moi !
Elle avait blêmi d'un coup en le voyant écrasé au sol par le poids de la créature, ses pattes puissantes appuyées sur son torse.
Le souffle chaud de la bête émanait des relents de viande digérée. De sang. De mort.
Ses yeux écarquillés d'horreur s'étaient fermés au moment où les crocs de la créature se plantaient dans son visage, arrachant les chairs et l'os.
Au bord de l'inconscience, Hermione glissa sa main dans sa poche. Son poignard. Sa baguette. N'importe quoi.
Ses doigts rencontrèrent soudain un volume inhabituel. Une bourse.
Avec l'énergie du désespoir, la jeune femme la projeta sur la créature, consciente de la risibilité de son acte.
Elle fut prise de stupeur lorsque la Manticore fut projetée en arrière dans un panache blanc.
La bête poussa un glapissement strident lorsqu'elle s'écrasa sur le muret. Secouant la tête, elle tenta de se rétablir sur ses pattes, mais le choc l'avait visiblement sonnée.
Il y eut une gerbe de sang lorsque la lame d'Hatter fusa, mortelle.
Hermione lui adressa un regard de reconnaissance absolue.
De son côté, Emmeline acheva l'énorme Manticore d'un sortilège qui l'envoya sur les rochers en contrebas. Les trois Phénix s'entreregardèrent un instant, puis coururent au secours d'Harry et Ron, qui étaient parvenus à se mettre en sécurité avec Cooper dans une bulle magique d'un vert éclatant, mais qui étaient de ce fait bloqués par les créatures qui les harcelaient.
Les sortilèges d'Hermione et Emmeline, et l'épée d'Hatter pour les plus coriaces, eurent tôt fait de régler leur compte aux dernières Manticores.
Un silence étrange s'installa lorsque la dernière tomba des murailles.
L'éclatement de la bulle protectrice rompit le charme, et les Phénix se reprirent.
-Cooper est vivant, annonça Harry, essuyant un filet de sang qui perlait sur son front, à côté de sa cicatrice.
-Pas pour longtemps, si on reste là comme des potiches, fit Emmeline. Je vais chercher du secours au QG, essayez d'installer un camp ici. Hors de question qu'on le déplace, il perd beaucoup trop de sang. Et toi aussi, Hermione.
-Ça ira, marmonna la jeune femme, la bouche pâteuse.
« Ou pas », songea t-elle tandis que des points blancs commençaient à danser devant ses yeux.
Une claque sur sa joue la fit revenir sur terre.
-Hé, ne me claque pas dans les pattes, Granger, s'exclama Hatter, relevant la main.
-Non, ça va, t'inquiète, fit-elle avec un sourire, malgré la douleur cuisante sur sa joue.
Son chef de brigade n'y était pas allé de main morte.
Elle s'assit au côté de ses camarades, et laissa Harry lui placer avec force un linge sur la jambe, tandis que Ron et Hatter limitaient l'hémorragie de Cooper avec leurs mains- les blessures infligées par les Manticores se soignaient très mal par les moyens magiques.
Hermione observa un moment les mouvements de ses amis qui s'affairaient, puis la fatigue l'emporta, et elle sombra.
Lorsque la jeune femme reprit conscience, elle était allongée dans une obscurité rassurante, un bandage comprimant fermement sa blessure à la cuisse, et un autre immobilisant son poignet. Lentement, elle leva les mains au-dessus de sa tête, et les examina un moment. Elle devait s'être cassé le poignet à un moment, songea t-elle. Avec précautions, elle se redressa en s'appuyant sur ses coudes, et constata qu'elle se trouvait dans une des tentes de fortune que le QG utilisait comme postes de soin. Elle était seule, mais des voix lui parvenaient de l'extérieur, aussi sortit-elle de l'abri d'un pas chancelant.
Écartant le pan de toile de l'entrée, elle rejeta la tête vers l'arrière, éblouie par la soudaine luminosité.
-Hé, salut ! fit une voix enjouée qu'elle reconnut être celle de Tonks.
Plissant les yeux jusqu'à ce que la lumière redevienne supportable, Hermione lui adressa un signe de la main.
La Métamorphomage était assise près du reste d'un feu de camp, une tasse à la main et un sourire éclatant sur son joli visage; Sturgis et Hatter, qui siégeaient près d'elle, se levèrent d'un bond en apercevant Hermione, et se ruèrent sur elle.
-Bon sang, la trouille que tu nous a fichue ! s'exclama son chef de brigade.
-Comment tu te sens ? l'interrogea Sturgis.
-Vidée, répondit franchement Hermione. J'ai l'impression de sortir d'hibernation.
-Et Merlin sait que tu n'as jamais été du matin, même au milieu de l'après-midi, plaisanta Tonks.
La jeune femme éclata de rire avec sa condisciple, ce qui sembla rassurer les deux hommes.
Une main au-dessus des yeux, elle leva la tête vers le ciel, pour y découvrir un soleil éclatant, bien que pâle. Elle fronça les sourcils. Elle avait du mal à rassembler tous ses souvenirs, mais elle était certaine de s'être effondrée au coucher du soleil, et récupérer aussi vite ne lui ressemblait guère.
-Je n'ai dormi que... quinze heures ?
Tonks et Hatter se regardèrent.
-Pas vraiment. On est lundi, cocotte. L'attaque des Manticores, c'était samedi soir, répondit la Phénix.
Hermione eut la pensée stupide qu'elle avait des cours à rattraper, avant de se reprendre.
-Je me disais bien que j'avais faim.
-Il doit rester des trucs à manger au QG. Tu veux que je te ramène là-bas ? proposa Sturgis.
La jeune femme secoua la tête.
-Non, j'ai deux ou trois trucs à faire ici, j'achèterai à manger en passant.
-Vas-y mollo, la tempéra Hatter. T'as perdu près d'un litre de sang, damoiselle. On t'a rafistolée, mais c'est hors de question qu'on te laisse courir l'aventure tout juste réveillée.
Le mot « sang » rappela brusquement à Hermione l'attaque des créatures.
-Cooper ! Il va bien ?
-Mieux que toi, visiblement, fit une voix masculine derrière elle.
Se retournant, la sorcière découvrit de fait son camarade, sain et sauf, bien que légèrement pâle; elle se jeta à son cou et le serra contre elle.
-Honnêtement, j'ai cru que... tu allais y rester, cette fois, Branstone.
Le Phénix claqua de la langue.
-Dans une petite algarade de rien du tout de ce genre-là ? Ça me ferait mal, franchement. Je vaux mieux que ça.
-Vrai, des Manticores, il en mange trois au petit-déjeuner tous les matins, ironisa Sturgis, levant les yeux au ciel.
-Tu es jaloux parce que c'est moi qui ait les plus jolies filles, répliqua Cooper en jetant à Hermione un regard faussement concupiscent.
La jeune femme lui donna une bourrade amicale.
-Pervers. Tout le monde va bien, alors ?
-Chez nous, oui, fit Tonks en sirotant son thé. Mais nos cœurs pleurent tous ensemble la disparition de Thorfinn Rowle, Mangemort incompris de son état.
Hermione haussa les sourcils, surprise.
-Il y a des Mangemorts qui sont restés pendant l'attaque?
-Seulement les plus baraqués des plus cinglés, fit la Métamorphomage. Ce sont eux qui ont ouvert la grande porte. Forcément, Tête d'anguille n'allait pas envoyer les lavettes du genre de Rookwood, ils se seraient fait déchiqueter avant même d'avoir libéré les Manticores.
Hermione hocha lentement la tête.
-Ça aurait dû être un carnage sans nom, en fait... Il y a quand même quelque chose qui m'échappe, c'est qu'ils prennent le risque de dévoiler notre monde aux Moldus à chaque fois ! Ils ne sont quand même pas stupides au point de croire qu'on aurait la moindre chance contre eux si jamais ça venait à arriver !
Hatter grogna, un air méprisant sur le visage.
-Hermione, c'est des Mangemorts dont on parle. Ce qui m'échappe, à moi, c'est que tu veuilles trouver une limite à leur incurable stupidité.
Malgré elle, Hermione sourit.
-Qui sait, après tout ? fit-elle d'un ton philosophe en prenant une pose inspirée.
Sturgis s'esclaffa brièvement, puis secoua la tête.
-Je n'arrive pas à croire qu'on ait encore laissé Greyback s'échapper, cela dit, remarqua t-il d'un ton amer. Cette ordure nous glisse entre les doigts.
Hermione sentit son cœur se contracter.
-Il était là aussi ? demanda t-elle d'une voix qu'elle espérait détachée.
-Ouaip, répondit Hatter.
-Les plus baraqués des plus cinglés, j'ai dit, répéta Tonks, amusée. C'est quand même assez limité, comme formule, vu les chiffes molles qu'il emploie. Je me suis toujours demandée si ce n'était pas pour... limiter sa frustration, d'ailleurs.
-Frustration ? fit Sturgis, l'air perdu.
Tonks ricana.
-C'est un drôle de sac d'os, Tu-sais-qui. A sa place, vivre entouré de types du genre de Greyback ou Macnair, je trouverais ça intenable.
-Je suis largement aussi baraque que Macnair, râla Cooper.
Il y eut un silence éloquent.
-Presque, fit-il avec une moue dépitée.
-Tu es bien plus classe, l'assura Hermione, lui arrachant un sourire.
-C'est vrai que tu l'as rencontré, toi, fit soudain Hatter. Comment il était ?
La jeune femme fronça les sourcils.
-Quoi, Macnair ?
-Non, Greyback. Qu'est-ce que Macnair vient faire là-dedans ? demanda Hatter en fronçant les sourcils.
-T'es vraiment toujours en retard d'une guerre, toi, pas vrai ? railla Sturgis.
-Je réfléchissais à un truc, se défendit son condisciple. Hermione ?
La jeune femme sentait son cœur galoper à toute allure. « Calme-toi. » s'intima t-elle. « Calme-toi. »
-Il était assez... (« Déroutant ? Ambigu ? Intéressant ? » hésita t-elle) effrayant. C'est le mot.
-Il est cinglé, trancha Sturgis. A quoi tu t'attendais comme réponse, Hatter, franchement ? Amical ? C'est un animal enragé, c'est tout.
-Il est plus complexe que ça, laissa échapper Hermione.
Rouge de confusion, elle crut qu'elle allait sauter au cou de Tonks lorsque celle-ci alla dans son sens:
-Je suis plutôt d'accord. C'est un loup-garou, donc... c'est comme Remus, ça ne doit pas toujours être facile pour lui. C'est sans doute...
Hermione ne put s'empêcher de noter l'air pensif et légèrement timide de l'Auror à la mention de Remus. Une flèche d'acide se planta dans son ventre, et elle serra brusquement la mâchoire.
Une rivale ?
Cooper renifla, exprimant son scepticisme face aux théories de Tonks.
-Mouais, résuma Sturgis. A propos, Harry et Ron sont restés avec toi un bon moment, Hermione, tu devrais peut-être aller leur dire que tu es vivante, en fin de compte. Ils sont quelque part dans la ville basse.
La jeune femme hocha la tête, heureuse de trouver un prétexte pour quitter ses condisciples – elle commençait à se sentir réellement mal à l'aise, et avait l'impression qu'un néon affichant « Menteuse ! », était apparu au-dessus de sa tête.
Elle fit un signe de la main à ses camarades, puis s'éclipsa. Marcher lui fit du bien, malgré les picotements occasionnés dans sa cuisse; tout en descendant les escaliers, elle se morigéna une énième fois de s'être mise dans une situation aussi inconfortable vis-à-vis de l'Ordre. Elle ne pouvait se retenir d'imaginer des scénarios effroyables où ses condisciples l'accusaient de trahison, et toute la rationalité du monde ne calmait pas son angoisse. Elle dut s'asseoir sur une marche de pierre pour s'obliger à se calmer, tant ses genoux tremblaient.
Elle expira longuement, puis secoua la tête, comme pour chasser ces pensées déplaisantes. Elle avait des choses à faire.
Son estomac gronda.
« Mais d'abord, manger. »
III
-Albert Mantisse, expert arithmancien, lut Hermione à voix basse.
Elle se tenait devant un immeuble médiéval assez biscornu, bien qu'imposant. Elle tenta de rajuster une mèche rebelle derrière son oreille, puis frappa à la porte.
Une fraction de seconde plus tard, celle-ci s'ouvrait sur un jeune homme au teint basané, qui dévisagea la Phénix en silence durant quelques secondes, avant de baisser brusquement la tête.
-Euh, bonjour ? essaya Hermione. Je cherche le professeur Mantisse...
-Pas là, fit brusquement le garçon, sans la regarder. Mais ça ne l'intéresse pas. Au revoir.
-Hé, attendez ! s'exclama t-elle, l'empêchant de refermer la porte. Je viens pour l'Ordre !
Le jeune homme s'immobilisa, et lança un regard furtif derrière son épaule.
-C'est bon, Adra, fit une voix depuis l'intérieur, laisse donc entrer cette jeune personne.
Adra s'esquiva à la vitesse de l'éclair, laissant Hermione abasourdie sur le pas de la porte. Elle rentra d'un pas hésitant, et découvrit un homme d'âge mûr, aux longs cheveux blancs, qui l'observait par-dessus de petites lunettes carrées.
-Désolé pour l'accueil, lança celui-ci sans ambages en s'approchant de la jeune femme. Je suis harcelé par les démarcheurs à domicile, et ce crétin de Cauldwell me ferait pendre haut et court si je m'avisais de leur jeter un sort. Il m'a dans le nez depuis que je l'ai eu comme élève à Poudlard, ce petit con.
Levant les yeux au ciel à la mention du ministre, il tendit une main tachetée d'encre à la Phénix.
Hermione la serra, amusée par l'aura un brin loufoque du professeur.
-Pas de problème, l'assura t-elle. Les gens de l'Ordre m'ont dit que vous aviez fait des recherches sur les perturbations magiques ?
-Et ils n'ont rien compris. Surtout le petit maigrichon à l'air sournois. Une belle bande d'idiots que vous avez là, vous aussi, mademoiselle – mademoiselle... ?
-Hermione Granger.
-Bien, miss Granger, épargnez-nous à tous deux un douloureux entretien : vous y connaissez quelque chose en Arithmancie ?
-Assez pour m'intéresser énormément aux recherches d'un expert tel que vous.
Mantisse grogna, l'air radouci cependant.
-Que le diable emporte les flatteries. Bon, suivez-moi.
Il l'entraîna à sa suite vers un cabinet encombré de cartons, de classeurs, aux murs sur lesquels des dizaines de tableaux manuscrits étaient punaisés. Le regard d'Hermione tomba sur un volume posé sur son bureau : « La magie du nombre, par Albert Mantisse ». Le professeur suivit son regard, et son visage s'éclaira.
-Vous avez lu mon livre ?
La jeune femme hocha la tête, constatant, amusée, que des annotations ou des biffures rageuses constellaient le manuscrit. Le maître cherchait sans doute constamment à améliorer son œuvre...
-Le professeur Vector s'en est servi durant toute ma scolarité.
-Ah, vous avez eu ce sacré Vector. Un bon garçon, mais un peu cloche, dès qu'il ne s'agit plus de calcul. Bien. Adra, où sont barrés ces fichus...
Le garçon apparut soudainement dans le champ de vision d'Hermione, un paquet de feuilles à la main.
-Merci. Au fait, je n'ai pas fait les présentations; Hermione Granger, voici Adra Lem, mon disciple.
Adra hocha la tête tandis qu'Hermione le détaillait du regard. Un visage fin au teint de bronze, des cheveux très noirs qui tombaient devant ses yeux... Ils devaient probablement avoir le même âge, songea t-elle, mais elle ne se souvenait pas avoir jamais croisé ce garçon à Poudlard.
Quelque chose la perturbait, en outre; elle finit par comprendre que c'était son regard : oblique, presque torve. Malgré sa beauté certaine, il y avait une sournoiserie dans l'allure de l'apprenti qui la mettait mal à l'aise.
Elle se reprit.
-Enchantée.
-De même.
-Bon, miss Granger, commençons. Je suppose que vous vous souvenez de ce qu'est un gradient ?
-C'est l'indicateur de la puissance magique d'un endroit... il est compris entre 0 et 5, pour des raisons pratiques.
-Oui. Et bien regardez ça, fit l'arithmancien en lui tendant une feuille couverte d'une écriture serrée. A deux jours d'intervalle, dans le même lieu, j'ai relevé quatre fois le gradient. Je n'avais encore jamais vu ça.
Hermione déchiffra l'écriture du professeur : 1.0 – 4.3 – 0.3 – 3.9
-Ça oscille, ça oscille, ça oscille tant qu'on dirait qu'il le fait exprès pour m'énerver. Impossible de localiser l'origine du phénomène, j'anticipe votre question. Les variations sont beaucoup trop grandes, j'ai essayé de les placer sur une carte mais ça donne n'importe quoi. Deux points voient leur gradient monter en flèche, tandis qu'un point juste à côté du premier descend subitement. Je déteste les constantes qui ne veulent pas rester un peu constantes !
Hermione sourit. La remarque de Mantisse lui rappelait sa propre découverte de l'Arithmancie ; ô combien elle avait été joyeuse en découvrant que dans le chaos apparent du monde magique, il existait des lois naturelles aussi inflexibles que dans le monde moldu ! L'unique différence consistait en... l'inconstance des constantes qu'ils considéraient. Adolescente, elle avait été assez perturbée par le naturel avec lequel son professeur avait exposé ce fait, en le comparant à la physique moldue. Devenue plus mature, elle trouvait infiniment plus intéressant de prendre en compte le caractère changeant du monde.
Une pensée lui traversa soudain l'esprit.
-Professeur, je me demandais... est-il possible qu'on ait un gradient nul ?
Mantisse poussa un cri horrifié.
-Bon sang, miss Granger, je commençais à croire que vous aviez vraiment compris de quoi on parle ! Non, non et non, un gradient est compris entre 0 et 5, 0 exclus ! Vous avez dû le démontrer au tout début !
-Oui, oui, le tempéra Hermione, si on suppose un gradient égal à zéro, on finit par obtenir 0=1, je me souviens. Mais imaginons un gradient... si proche de zéro qu'utiliser physiquement la magie devient impossible...
Radouci, Mantisse se tut un instant.
-Ça, je veux bien. Mais vous vous souvenez de la règle première de la magie ?
-L'équilibre, firent Adra et Hermione en chœur.
-Exact. Un lieu avec un gradient proche de zéro sera obligatoirement proche d'un lieu avec un gradient élevé. Et la magie, contrairement à ce qu'on pourrait penser, n'aime pas l'asymétrie, donc il y aura transfert, et au final, les gradients s'équilibreront autour de leur moyenne.
Hermione se mordit la lèvre, contrariée.
-Et ça prendra... du temps ?
-Pourquoi diable voudriez-vous que ça prenne du temps ? Contrairement aux élèves, la magie ne remet pas les choses au lendemain, elle.
-Ce sera instantané, murmura la jeune femme.
-Je sens que je vous perturbe. Quel est le problème ? Vous connaissez un lieu où on ne peut pas utiliser la magie ?
-Et bien... j'ai lu quelque part que le triangle des Bermudes...
-Foutaises, répliqua tranquillement Mantisse. Conte de bonne femme. Mais ça reste un cas académique intéressant. Bon, j'ai du travail, je suis désolé mais il faut que je vous vire, miss Granger. Ce fut un plaisir. Et par pitié, la prochaine fois que l'Ordre a besoin de mes recherches, envoyez-moi tout de suite les gens qui s'y connaissent au lieu des imbéciles qui savent tout juste ce qu'est une équation.
Hermione se laissa docilement entraîner vers la sortie par Adra, qui lui jeta un regard insondable avant de refermer la porte sur elle.
Levant la tête, la jeune femme constata que l'éclaircie automnale n'avait pas duré bien longtemps; d'épais nuages de pluie s'amassaient dans le ciel, aussi se hâta t-elle de rejoindre le magasin d'instruments magiques qui était établi un peu plus bas dans la ruelle.
Après une brève attente, elle obtint d'un vendeur à la peau parcheminée un petit sac de cuir contenant plusieurs objets, dont elle examina la qualité. Une sphère de cristal contenant un tamis circulaire, une boîte carrée d'un métal sombre, et deux fioles s'y trouvaient; satisfaite, elle posa quelques Gallions sur le comptoir et sortit retrouver Harry et Ron. Elle erra un moment dans la ville basse, écumant les auberges, avant de tomber sur eux au détour d'une allée. Ses deux amis poussèrent un cri de surprise parfaitement synchronisé, avant de lui sauter dessus.
-Enfin ! s'exclama Ron.
-Bien dormi ? s'enquit Harry, l'œil pétillant sous ses lunettes rondes.
Feignant de bâiller, la jeune femme répondit :
-Non, on m'a réveillée en sursaut aux aurores. Encore. J'ai raté quoi ?
-Cinq repas, calcula Ron. J'espère que tu as mangé ?
La jeune femme acquiesça, et sortit d'une poche un sac de châtaignes entamé qu'elle proposa à ses amis. Harry accepta de bonne grâce, et piocha allègrement dans les baies brûlantes.
-On devrait rester ici un petit moment, expliqua Ron. Histoire de sécuriser la situation. Et puis, il y a eu un problème, des Moldus ont été tués, donc il y a une enquête. Kingsley et Diggle se sont fait passer pour des experts, ils doivent encore être en train de maquiller les corps, à mon avis.
Hermione pâlit.
-Des Moldus tués ? Comment ?
-Les Manticores, fit Harry avec une grimace. Une bande de crétins qui voulaient prendre des photos de la tempête pour crâner devant des copains. Foutus imbéciles !
Hermione acquiesça lourdement. Ce n'était pas la première fois que des Moldus étaient tués au cours de leurs opérations, et elle ressentait chaque fois un poids d'autant plus grand qu'elle savait que jamais leurs familles ne sauraient la vérité.
« Quand est-ce que tout ça finira ? » songea t-elle, amère.
III
Comme l'avait prédit Ron, les Phénix restèrent établis à Edimbourg durant une semaine encore, allant et venant entre le QG et le camp de fortune qu'ils avaient établi au sommet du château, certains réparant les dégâts causés par les Manticores, d'autres planifiant leurs prochaines opérations.
Et d'autres encore suant sang et eau sous le soleil pâle de novembre.
Après une énième tentative pour désarçonner John Goldstein, Hermione laissa échapper un juron sonore. Son condisciple fit mine d'être choqué, puis la saisit à bras le corps et la renversa contre le sol.
-Gagné !
La jeune femme se tortilla pour échapper à l'étreinte puissante du Phénix, et se replaça en position de garde, agacée. Au cours de leurs derniers entraînements, Hatter lui avait enseigné avec patience des mouvements qui correspondaient à son type de capacités. Esquives faussement maladroites masquant sa vitesse et sa souplesse, feintes vicieuses pour détourner la garde de ses adversaires, et coups concentrant en une seule frappe mortellement précise toute sa puissance, étaient devenus le quotidien de la jeune femme. Elle devait cultiver, lui avait expliqué son chef de brigade, ses capacités à tromper l'adversaire jusqu'à ce qu'il lui offre une ouverture, avec l'avantage supplémentaire qu'une jeune femme de sa corpulence serait amplement sous-estimée. Hermione s'était sentie un peu vexée lorsque Hatter avait fait ce constat, mais elle savait qu'il avait raison – et que cela pouvait devenir un atout.
Elle était assez fière des progrès qu'elle se sentait faire, mais elle ne pouvait que constater que face à certains types d'adversaire, elle ne pouvait pas grand-chose.
John était l'un d'eux. Au bout de trois longues et épuisantes séances d'enchaînement, le Phénix avait trouvé une posture d'équilibre satisfaisante, qui lui permettait de donner le maximum de sa force brute – ce qui n'avait étonné personne. Lui aussi avait fait des progrès remarquables, et Hermione se sentait vexée d'avoir l'impression d'être impuissante face à un homme qui possédait une force semblable.
Elle était bien consciente qu'elle ne pouvait rivaliser, même de loin, avec la puissance du Phénix, mais elle ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il devait exister un moyen – n'importe lequel...
Une idée lui vint, et, inspirée, elle relança l'assaut, attendant le moment propice.
Après quelques échanges, le poing de John fusa, droit vers elle. Au lieu d'esquiver le coup, elle vint à sa rencontre, s'enroula contre son adversaire, et tenta d'utiliser son poids pour le faire basculer par-dessus elle. Tous deux perdirent l'équilibre, et malgré une puissante poussée du pied sur le corps de l'homme, Hermione ne parvint pas à éviter la chute. Ils tombèrent ensemble, enchevêtrés dans une position étrange.
-Hermione, au nom de Merlin, c'était quoi cette horreur ? fit Hatter en se dirigeant vers eux à grandes enjambées.
Hermione se démêla de son camarade, et haussa les épaules.
-J'innove. Je voulais... le faire basculer.
-Ouais, j'ai bien vu, railla son chef de brigade, et on aurait dit un môme de douze ans en train d'essayer de pousser un tank. Théoriquement, ça marchait, mais en pratique, bon sang Hermione, tu crois vraiment que tu peux tenir en manquant autant de force ? John, va avec Cooper et ma cousine. Hermione, séance physique. Trente tractions pour commencer en échauffement, et ensuite on va travailler tous les deux sur de la force en exercice. Je ne peux pas te laisser continuer comme ça. Et on va poursuivre ça tous les jours jusqu'à ce que je sois satisfait.
La jeune femme ouvrit la bouche pour protester, mais Hatter plaça une main sur sa bouche avec force.
-Tu tu tut. J'ai dit. Tu veux que je t'attaches les mains à la barre ?
Réprimant un juron, Hermione déclina la proposition, et marcha jusqu'à une barre en lévitation avec l'impression d'aller à l'échafaud.
Hatter n'avait sans doute pas tort, songea t-elle pensivement, tout en enroulant ses doigts autour de la barre. Peut-être qu'elle ne s'entraînait pas assez dur; peut-être que c'était pour cela qu'elle s'était effondrée à Glasgow, effondrée contre Greyback...
Quinze minutes plus tard, elle vouait néanmoins son chef de brigade aux plus atroces gémonies dans toutes les langues qu'elle connaissait.
III
Prochain chapitre (enfin !) : Glasgow
Extrait (et là je vous renvoie au tas de cailloux supra) :
« Les yeux fixés sur ceux de son adversaire, Hermione serra les dents. Même à cette distance, l'aura de puissance inhabituelle forte qui émanait du loup-garou était aisément perceptible. La jeune femme n'eut pas besoin de lever les yeux pour deviner que l'astre lunaire approchait de son apogée.
Avec une sensation de vertige, elle prit sa décision. Sa baguette tomba sur le sol dans un bruit mat tandis qu'elle ramenait ses poings devant elle dans une posture de garde, le corps tendu dans l'attente.
La stupeur qui passa sur le visage de l'homme fut rapidement remplacée par un rictus amusé, et avec un geste d'une lenteur délibérée, il imita la Phénix. »
(Hihi.)
