Late again... Je crois que je vais annoncer mes chapitres pour "dans la nuit du tant au tant" maintenant.
Ce chapitre est plus court que ce que je fais d'habitude, mais plus loin que je ce que je craignais (je n'avais pas beaucoup d'indications pour cette partie de l'histoire, mais j'ai réussi à m'en tirer, plus ou moins bien)., donc je compte ça comme une victoire !
Bonne lecture, et merci à tous !


Dean se sentait à l'aise pour la première fois depuis longtemps. Son bras ne le démangeait pas, et un poids sur son estomac dont il n'avait pas réalisé l'existence jusqu'à maintenant avait disparu. Il pensait que refaire le chemin en sens inverse, retourner là où il avait été piégé, l'inquiéterait. Combien de fois avait-il cauchemardé à propos de ces galeries ? Mais une chose radicale avait changé depuis la dernière fois : il maîtrisait la situation. Il savait où aller, il avait le matériel, il avait des personnes au courant de ce qu'il faisait, et surtout, il savait à quoi s'attendre. Plus ou moins en tout cas.

Il avait abrégé les explications de Samandriel, sachant qu'il retournerait là-bas quoi qu'il arrive. Il avait besoin d'une forme de closure, ou quel que soit le nom qu'un psy donnerait à ça. Il avait besoin de savoir ce qu'il s'était passé après sa fuite précipitée et il avait besoin de revoir les amis qu'il s'était fait là-bas, et à qui il n'avait pas pu dire au revoir.

Quand il arriva dans l'immense caverne qui abritait la ruche, il était plutôt de bonne humeur. La spéléologie lui avait manqué. Le calme, la pression des roches au-dessus de lui… c'était de nouveau devenu une sensation rassurante. Ce qu'il vit sur place le renvoya pourtant assez rapidement à son humeur précédente. Il était encore trop loin de la cité à proprement parlé, mais il y avait de tout évidence eu de la violence dans les environs. Il n'avait pas vraiment réfléchi en revenant ici, tout ce qu'il savait, c'est qu'il avait besoin de revenir, quel qu'en soit le prix. Il savait que Castiel était vivant, mais il savait qu'il était également en danger. A cause de lui, évidemment. Il lui devait des excuses, des remerciements, des explications, n'importe quoi.

Il s'approcha de la ruche sans croiser personne, à son grand étonnement. Son premier réflexe fut d'aller dans la caverne de Pamela. Elle était abandonnée. Rien n'avait été dérangé, les lits étaient parfaitement faits, et ça le rassura, parce qu'au moins, ça voulait dire qu'il n'y avait pas eu de combat. Du moins pas à l'intérieur, mais il avait passé suffisamment de temps dans l'infirmerie pour savoir qu'il manquait beaucoup de matériel, et ça ne pouvait vouloir dire qu'une chose, ça ne pouvait que vouloir dire qu'ils étaient partis pour longtemps, et qu'ils allaient avoir besoin de médicaments. Rien de cela n'était bon signe. Il parcourut les pièces à la recherche d'un indice quelconque, tout en sachant que c'était stupide. Samandriel lui avait parlé d'une guerre, et si Pamela et Jess s'étaient enfuies, ça voulait dire qu'elles se cachaient, et quand on voulait disparaître, on ne laissait pas d'indications derrière soi qui permettraient d'être pisté. Il ressortit en tentant de se convaincre que le fait qu'aucun corps ne soit en vue soit un élément de rassurant.

Il ne trouva rien dans les cavités voisines ni dans les environs et commença à s'inquiéter. Il n'avait presque aucune idée de ce qu'il s'était passé. Samandriel lui avait uniquement dit que Castiel s'était opposé à une décision du la Cène juste après son départ, que deux camps s'étaient formés et que les choses s'étaient empirées jusqu'au point où il y avait eu des morts. Dean savait pourquoi le garçon avait l'air aussi horrifié. Les Enkelis ne tuaient pas, pas directement du moins, surtout avec leur population limitée. La question devait être grave pour qu'ils en arrivent à de telles extrémités. Il aurait dû demander des précisions à Alfie, demander quels étaient les camps, où il pouvait trouver Castiel et les autres, au lieu de foncer tête baissée.

Mais maintenant qu'il était là, hors de question qu'il fasse demi-tour, il n'avait pas d'autres choix que de chercher. Son premier réflexe fut de se diriger vers la cascade, évidemment. S'il y avait des ennuis, ça s'était forcément passé là-bas, puisque c'était le lieu de prise de décision. Il arriva près de l'eau et se figea. Trop de mauvais souvenirs. L'idée de retirer sa combinaison encore une fois et de plonger dans l'eau glacée alors qu'il était en plein milieu du territoire des Enkelis lui donnait mal au cœur. Il ne voulait pas se séparer de son équipement, parce qu'il ne voulait pas risquer de se retrouver une nouvelle fois prisonnier des souterrains et des ténèbres.

Il sentit soudain une présence derrière lui et, d'un geste souple, saisit sa machette et se retourna pour menacer le nouvel arrivant.

« Bonjour Dean. Que fais-tu là ? »

Castiel. Le spéléologue l'ausculta du regard, réalisant seulement maintenant à quel point il s'était inquiété pour l'autre homme. Visiblement, il n'était pas blessé. Seules les longues taches de terre sur ses vêtements habituellement immaculés révélaient que quelque chose n'allait pas. Malgré son rôle dans la Garnison et le fait qu'il vive sous terre, il était pourtant toujours impeccable. Le voir dans cet état inquiétait presque plus Dean que si l'Enkeli était arrivé avec une cicatrice en travers du visage. Une blessure signifierait qu'il y avait eu un problème. Des vêtements abimés signifiaient qu'il y avait un problème sur le long terme, et ces problèmes-là étaient toujours les pires.

« Hey Cas ! Juste venu voir si tu étais toujours en vie. Content de voir que c'est le cas. »

« En effet. Mais tu ne devrais pas rester par ici. La situation est… tendue. »

« Tendue ? D'après ce qu'Alfie m'a dit, elle est plus que tendue. Il m'a parlé d'une putain d'espèce de guerre civile. »

Les yeux de l'Enkeli s'agrandir de surprise.

« Alfie ? Samandriel ? Il est vivant ? Où est-il ? Il est blessé ? »

Dean haussa les sourcils. Il avait supposé que c'était les Enkelis qui avaient envoyé le garçon à sa recherche, mais visiblement, Alfie était venu de sa propre initiative, et visiblement sans prendre la peine de prévenir personne.

« Il va bien oui. La dernière fois que je l'ai vu, il était effondré sur mon canapé. Il est à l'abri, ne t'inquiète pas, Sam est avec lui, et même s'il vous en veut pour tout le… truc autour du kidnapping, il ne laissera personne s'en prendre à un enfant. »

« Samandriel n'est plus un enfant. »

« Hum… selon nos standards, si. D'ailleurs, comment il m'a retrouvé ? Ce n'est pas comme si j'avais laissé une carte de visite ou quoi, au contraire. »

Castiel secoua la tête.

« Il faudra lui demander. Il est doué pour… trouver les choses. » Il marqua une longue pause. « Je suis heureux de savoir qu'il est toujours en vie. Les autres seront soulagés aussi. Si seulement nous avions appris la nouvelle plus tôt… »

« Cas ? »

« Anna. Elle a cru que Samandriel s'était fait capturer, alors elle s'est rendue. Je ne sais pas ce qu'elle est devenue après ça. »

« Tu es en train de dire que tu as peur qu'elle ait été tuée ? Je croyais que les Enkelis ne tuaient pas. »

Castiel eut un sourire fatigué.

« Je croyais aussi. »

« Il va falloir que tu m'expliques toute cette situation, j'ai pas réellement laissé le temps au gosse de m'expliquer ce qu'il se passait. »

« Ce n'est pas nécessaire, tu dois rentrer, tu n'as rien à faire ici, c'est dangereux. »

« Aucune chance que je te laisse, Cas. Tu m'as probablement sauvé la vie en m'aidant à m'enfuir, et le timing de votre guerre me dit que je ne suis pas pour rien dans tout ce bazar. Tu ne vas pas te débarrasser de moi comme ça. Donc maintenant, tu m'expliques, et je vois ce que je peux faire pour t'aider. »

« Entendu. Mais pas ici, c'est trop risqué. »

Le spéléologue hocha la tête et suivit l'Enkeli. Ils empruntèrent un réseau de galeries qu'il n'avait jamais vu avant, et dont plusieurs branches avaient indéniablement été creusées récemment. Perdre ses repères de nouveau fit reprendre vie à la vague d'inconfort qui logeait dans son estomac. Il s'était déjà retrouvé piégé une fois en suivant Castiel, il ne voulait pas que cela se reproduise. Mais étrangement, quand il leva les yeux vers l'Enkeli, il ne sentit que du soulagement. Certes Castiel l'avait trainé en premier lieu, mais il l'avait aussi aidé à sortir. Et s'il était de retour maintenant, c'était en partie à cause de Castiel, après tout. Parce qu'il était inquiet. Et il ne doutait pas qu'une fois encore, le brun lui permettrait de trouver la sortie. Il était le lien vers ce monde étrange souterrain. Tant qu'il serait là, il trouverait la sortie.

Après avoir navigué à travers les galeries, ils débouchèrent dans une large grotte. Beaucoup moins vaste que la gigantesque cavité qui abritait la ruche, mais suffisamment grande pour qu'un certain nombre d'Enkelis s'y tiennent à l'aise. L'endroit ressemblait à un camp de réfugié. Des draps étaient étendus dans un coin de la salle, dans le but évident de servir de couche pour toutes les personnes présentes, trois faibles récipients probablement remplis de pétrole éclairaient la salle avec difficulté et tout le monde était armés d'objets dont le brut premier n'avait jamais été ni la défense ni l'attaque. Ils semblèrent soulagés en voyant arriver Castiel, mais beaucoup moins quand ils aperçurent Dean. Néanmoins, personne ne fit la moindre remarque et Castiel l'entraina dans un coin.

« Ne t'inquiète pas. Certains t'en veulent parce qu'ils pensent que tu es responsable de toute la situation, mais tous les gens ici sont plus ou moins de ton côté. De votre côté. »

« Alfie m'a dit qu'il y avait eu des hum… pertes. Donc pour commencer, qui est avec nous ? Figurativement et au sens propre. Est-ce que Pam et… »

« Pamela et Jessica vont bien. Elles s'occupent du ravitaillement. Comme tu peux le voir, la situation est compliquée. »

« Ezekiel ? »

« Avec nous, aussi. Uriel est du côté de la Cène, tout comme Hester. Rachel est restée à mes côtés. »

Castiel commença à dresser la liste de toutes les personnes présentes, mais Dean le coupa.

« Tu cherches à gagner du temps. Explique-moi la situation. D'après ce que j'ai compris tout est de ma faute non ? »

« Non, pas exactement. Disons que ton évasion s'est produite au mauvais moment. Mais c'est ce qui t'a permis de t'en sortir, je suppose. La Cène allait nous lancer à ta poursuite, mais des gardes qui surveillaient la zone où votre compagnie exécute des travaux sont arrivés pour nous dire qu'une nouvelle galerie venait d'être condamnée. L'un de mes soldats est mort dans le processus. Il y a eu une réunion d'urgence, les membres de la Cène se sont entendus pour dire qu'on ne pouvait plus se permettre de rester sans rien faire. Il ne nous reste plus que trois sorties Dean, trois. Les apôtres ont décidés de vous déclarer la guerre. »

« Nous déclarer la guerre ? A nous ? Tu veux dire aux humains ? Vous êtes stupides ? Vous savez combien on est là-haut ? Mec, on a des armes à feu. Je sais pas si vous connaissez, mais c'est plutôt efficace pour envoyer les gens dans l'autre monde. Vous ne tiendriez pas deux minutes, aussi surnaturels que vous soyez. »

« C'est ce que j'ai dit, oui. Mais nous pouvons tuer un homme normal juste en criant, beaucoup restent persuadés que ça suffira. »

« On a des armées. On a des putains de bombardiers. Vous êtes combien sous terre, mille ? Mille cinq cents ? Une seule attaque suffirait, vous seriez morts avant même de comprendre. »

« Je sais. Et toutes les autres personnes ici le savent aussi. Mais les autres sont désespérés. Ils pensent que fragiles comme vos organes sont, nous n'aurons aucune difficulté à vous battre. Ils sont prêts à faire n'importe quoi, et puis ils écoutent la Cène. C'est ce qu'on a toujours fait, écouter la Cène. La plus grosse partie des membres de notre Famille sont de leur côté, ils veulent une guerre. Nous n'avons jamais fait de guerre dans toute notre histoire. J'ai proposé d'envoyer un éclaireur pour tenter de négocier avec vous, mais ils savent que c'est moi qui t'ai aidé à fuir, donc ils m'ont rappelé… »

« Ils lui ont rappelé que s'il tenait tant que ça à parlementer, peut-être qu'il n'aurait pas dû relâcher la seule personne réellement capable deparlementer avec les humains. »

Dean ne connaissait pas l'homme qui avait parlé, mais comme Castiel ne lui prêta pas attention, il fit de même.

« Mais… Jess et Pam, elles peuvent presque parler comme nous non ? Elles auraient pu mener les négociations. »

Castiel secoua la tête.

« Leur "accent" est trop évident. Dans la mesure du possible nous aurions voulu éviter d'avoir à nous dévoiler. Et votre voix, sans parler des bruits extérieurs, est toujours… douloureuse pour nous. Mais nous y avons pensé oui, c'est pour ça qu'elles sont avec nous, elles voulaient aller à la surface. Mais maintenant, ce n'est peut-être plus nécessaire. »

La voix de Castiel était aussi neutre que d'habitude, mais il y avait comme une étincelle d'espoir dans ses yeux. Il avait visiblement monté un plan qu'il n'appréciait pas, et avoir Dean de retour semblait le soulager immensément. Le cerveau du spéléologue se mit à tourner à plein régime. Il ne se considérait pas comme intelligent. Du moins, pas intelligent comme son biologiste de frère. Mais mettre au point des stratégies, ça, il savait faire. Et puis surtout, il voulait le faire. Il était là pour aider, n'est-ce pas ? Et maintenant qu'il n'était plus un prisonnier et que personne ne menaçait son frère, il était tout à fait motivé pour aider. Après avoir expliqué cela à Castiel, il entama une longue discussion pour avoir tous les éléments en main.

« Qu'est-ce que vous savez de la compagnie ? Elle est connue, mais je dois reconnaitre que je suis pas vraiment calé sur le sujet, ça fait pas exactement partie de mes centres d'intérêt. »

« Pas grand-chose. Celui des nôtres qui vit à la surface, le berger, il surveillait la situation, mais nous avons perdu contact avec lui après l'altercation avec la Cène. Il n'était pas exactement fiable de toute façon. Votre environnement n'est pas très… sain pour nous. Il nous corrompt. »

« Altercation ? Doucement, ne dramatise pas trop la situation surtout ! » ironisa Dean. Il respectait tout à fait les gens capables de garder leur calme en toutes circonstances, mais il y avait des moments où on était en droit de s'affoler. Se retrouver en guerre contre son propre peuple alors qu'on allait se faire enterrer vivant était l'une de ces situations. « Il va falloir que je retourne à la surface. Sammy en saura probablement plus. Ce gosse est intelligent, il pourra vous aider. Et il faudra que je vous rapporte Alfie, pas envie qu'il devienne dingue à cause de la voix aigüe de mon frère ou des grésillements de la télévision.

« Le fils d'Anna sera probablement plus en sécurité dehors non ? Il est mignon mais il est bien trop jeune pour se retrouver pris dans toute cette histoire. »

« Pamela ! »

« Hello gorgeous, je t'ai manqué ? »

Pamela se tenait debout avec sa fille, plusieurs sacs du même tissu qui constituaient leurs habits posés à leurs pieds. Probablement la nourriture dont Castiel avait parlé.

« Qu'est-ce que tu fais là Dean ? Je croyais que… qu'une personne de bonne volonté t'avait permis de rentrer chez toi. »

« Quoi Jess, tu n'es pas contente de me revoir ? Dire que j'étais venu spécialement pour te retrouver ! »

La jeune fille lui présenta un bitchface qui pourrait faire concurrence aux grimaces de son frère, pourtant maitre dans cette catégorie.

« Il se trouve que vous élevez bien vos gosses ici. Alfie est venu me trouver pour me signaler que vous aviez quelques problèmes, donc je suis venu magiquement tout régler. Sincèrement, je disparais quelques jours et vous organisez une guerre civile ? On ne peut vraiment pas vous laisser sans surveillance. »

« Ne plaisante pas Dean, c'est une affaire sérieuse. »

« Justement Cas, raison de plus pour plaisanter. »

L'Enkeli fronça les sourcils mais ne répondit pas.

« On ne peut pas laisser Samandriel à la surface. » déclara-t-il, reprenant le sujet de la conversation précédente. « Il est encore jeune, l'environnement risque de le blesser encore plus rapidement. »

Pamela se tourna vers Dean.

« Vous n'avez pas un endroit sécurisé et hermétique pour qu'il s'y abrite ? »

« Hum… Bobby, mon oncle, il a un abri antiatomique dans sa cave. »

Dean n'avait jamais pensé avoir un jour à dire cette phrase tout haut, et ça sonnait aussi bizarre que ça lui avait semblé la première fois que Bobby lui avait parlé de ça. Heureusement, les Enkelis étaient tout à fait étrangers à la notion d'abri antiatomique ce qui lui évité les remarques désobligeantes auxquelles il s'attendait. La seule chose qui préoccupait les Enkelis était de savoir si Samandriel serait à l'abri de tout bruit trop aigu, et après que Dean leur ait assuré que le bunker était absolument hermétique à tout, il fut décidé que Samandriel resterait là jusqu'à l'amélioration de la situation.

Dean resta vingt-quatre heures dans la caverne occupée par Castiel et les autres « pacifistes » comme il avait décidé de les appeler pour pouvoir s'y retrouver plus facilement. Il utilisa ce temps pour discuter avec les rares Enkelis avec lesquels il avait tissé de vagues liens lors de sa capture, plus dans un but de renseignement que dans un souci de se montrer amical. Il conclut de ces conversations que la situation était problématique. Deux catégories de personnes avaient pris le parti de Castiel : ceux qui avaient toujours suivi Castiel et faisaient ça par habitude, majoritairement des membres de la Garnison, et ceux qui n'aimaient pas la Cène et avaient sauté sur la première occasion de leur tenir tête. Aucune de ces deux motivations n'étaient suffisante pour se tirer d'une telle situation de crise. Aux yeux de Dean, il n'y avait que deux motivations respectables : l'instinct de survie et la volonté de protéger sa famille. Castiel semblait marché à cette dernière, et Dean s'en trouva étrangement satisfait. L'Enkeli n'agissait pas par habitude ou par haine, il faisait ça parce qu'il pensait que c'était le mieux à faire pour protéger les personnes auxquelles il tenait. Bien, pensa le spéléologue.

Il ne pouvait pas faire grand-chose de là où il était, et il mit au point avec les autres le plan qu'il aurait à suivre une fois à la surface, histoire d'éviter des aller-retour inutiles. Vu le manque d'informations et le côté vaguement, totalement surréaliste de la situation, le plan était très sommaire, et consistait principalement à surveiller la compagnie H&H. Dean expliqua que le mieux qu'il puisse faire pour l'instant, c'était de détourner l'attention pour ralentir les travaux. Mettre au point une manifestation de spéléologues pour la conservation des sites serait totalement inutile sur le long terme, mais ça pourrait aider un minimum, le temps de trouver quelque chose. Et puis, on ne savait jamais hein, miracle ? Un homme pouvait rêver.

A sa grande surprise, Dean n'eut pas d'attaque de panique. Il y a deux mois, il était un homme parfaitement normal, plus ou moins, avec un boulot, un frère, un appartement… Et maintenant, il se retrouvait à diriger la rébellion d'une race inconnue en s'attaquant à une des plus grandes entreprises de l'état pour éviter leur extinction. Aucun aspect de la situation ne semblait le moins du monde logique, et la moindre partie de cette histoire l'enverrait directement dans l'hôpital psychiatrique le plus proche. Ah, et puis il était un quart de cette race, aussi, comme si le reste ne suffisait pas. La situation était totalement surréaliste. Il avait tous les droits de piquer une crise et d'aller se cacher dans un coin en hyperventilant pour les douze prochaines années. Au lieu de ça, il se sentait étrangement… à l'aise. Il était au commande, et même s'il ne savait absolument pas ce qu'il était en train de faire, il se sentait… à sa place. Sauvez des gens, chassez des ennemis de leurs terres, ça lui semblait la chose juste à faire, et il se sentait bien en sachant qu'il faisait quelque chose de juste et d'utile. Pour une fois, lui souffla la voix de John.

Il fût décidé qu'il remonterait avec Pamela et Jess en guise de soutien. En tant que leader temporaire, Castiel se devait de rester sur place, et même s'il détestait l'idée de laisser l'Enkeli dans cette situation, Dean n'avait trouvé aucun argument objectif pour le convaincre de venir. Les deux femmes connaissaient les souterrains suffisamment bien pour qu'elles puissent rentrer si jamais d'une des issues était bloquée, et elles avaient l'avantage de pouvoir parler. Jess resterait avec Samandriel dans le bunker de Bobby, ce qui conduisit Dean à faire diverses remarques sur le fait que si toute cette histoire finissait mal, ils seraient en charge de reconstruire la population enkelienne à eux deux.

Aucune des deux femmes ne semblait particulièrement excitée d'aller à la surface, et Dean réalisa seulement maintenant que tout cela pouvait être dangereux pour elles. En plus de tous les dangers auxquels elles étaient exposées en ce moment, elles allaient se retrouver dans un environnement qui pouvait facilement leur faire perdre la tête, pour ce que Dean avait compris. C'était sérieux. Ce n'était pas seulement une aventure où Dean devait sauver des gens, c'était une histoire sérieuse où des gens étaient réellement en danger, et où l'erreur et l'hésitation n'avait pas leur place. Le spéléologue se programma quelques futures minutes pour paniquer dès qu'il serait en sécurité isolé dans sa chambre. On pouvait parfaitement être un héros et se cacher sous sa couette en respirant erratiquement de temps en temps. Tout héros a le droit d'avoir ses moments, juste pour prouver qu'ils sont humains. Même Batman avait dû affronter ce genre de situations, n'est-ce pas ?

Castiel insista pour les accompagner jusqu'à la surface, et une fois dehors, Dean ne savait toujours pas s'il était heureux ou non que l'Enkeli ait pris cette décision. D'un côté, c'était probablement grâce à ça que le spéléologue et les deux filles étaient arrivés en vie à l'extérieur, d'un autre, c'était à cause de ça que Castiel se retrouvait en très mauvaise, et potentiellement mortelle, posture.

Au début, tout c'était bien passé. Ils avaient rejoint la caverne abritant la ruche sans encombre, et s'apprêtaient à traverser la rivière. Mais évidemment, les choses ne pouvaient pas se passer sans accro, parce que c'était une loi naturelle que si quelque chose avait la possibilité de mal se passer, alors ça se passerait mal. Actuellement, il était presque sûr que cette loi était réelle, qu'elle s'appelait la loi de Murphy, et qu'elle avait été prouvée par des scientifiques plus ou moins fiables, mais des scientifiques quand même, ce qui lui accordait la crédibilité suffisante pour qu'elle s'applique à la réalité et gâche la vie des honnêtes gens. La loi en question se matérialisa sous la forme d'un membre du clan ennemi, et plus particulièrement d'une membre, une membre particulièrement récente.

« ANNA STOP ! » cria une voix, probablement Jess, alors qu'une forme se jettait en direction de Dean. La voix féminine envoya un élancement douloureux dans le cerveau de Dean qui tomba, évitant de justesse de se faire percuter par la femme rousse.

« C'EST TA FAUTE, TOUT EST DE TA FAUTE ! TU L'AS TUE EN T'ECHAPPANT ! TU NOUS AS TOUS TUER ! RENDS MOI MON FILS ASSASSIN ! »

« Anna, calme toi, Samandriel n'est pas mort. Il est en sécurité, chez Dean. »

« N'ESSAIE PAS DE ME MENTIR, IL N'A AUCUNE RAISON D'ÊTRE LA-BAS ! »

La jeune femme continua à essayer d'atteindre Dean, recroquevillé au sol, rendu incapable d'agir par les tisons brulants qui lui perçaient le cerveau à chaque syllabe criée.

« Je te jure qu'il va bien, écoute nous juste quelques minutes. Anna, laisse-le, Dean est là pour aider ! »

« AIDER ? TU L'AVAIS CAPTURER POUR AIDER CASTIEL, C'EST POUR CA QU'IL ÉTAIT LA, MAIS TU L'AS AIDE A FUIR, TU AS LAISSER FUIR NOTRE SEUL ESPOIR DE NOUS EN SORTIR, IL EST PARTI SANS SE RETOURNER. ET MAINTENANT VOUS VOULEZ ME FAIRE CROIRE QU'IL EST LA POUR AIDER ? JE NE SUIS PAS STUPIDE ! JE SAIS QUE RAPHAËLLE A RAISON, IL EST LA POUR NOUS ÉLIMINER, IL FAUT LE TUER AVANT QU'IL NE RÉVÈLE TOUT A SES CONGÉNÈRES, CASTIEL, RÉFLÉCHIS. »

« Je ne te laisserais pas le blesser Anna. Tu es ma sœur et je tiens à toi, mais tu as perdu la raison. Je sais que la disparition de Samandriel a été un choc, mais il va bien, c'est lui qui est allé chercher Dean. Pour qu'il nous aide. Et c'est ce qu'il va faire. Tu ne peux pas écouter Raphaëlle. Tu n'as jamais fait confiance à la Cène, pourquoi maintenant ? »

« ET TOI ALORS ? TU AS TOUJOURS ECOUTE LA CÈNE, TOUJOURS ÉTÉ UN PARFAIS PETIT SOLDAT CASTIEL, PARFAITEMENT OBÉISSANT. ALORS POURQUOI MAINTENANT CASTIEL ? ES-TU SÛR ETRE PARFAITEMENT OBJECTIF DANS CETTE HISTOIRE ? PEUT-ÊTRE QUE SI TU REFUSES TANT QUE CA DE FAIRE LA GUERRE AUX HUMAINS QUI NOUS ATTAQUENT, C'EST QUE TU ES TOMBE POUR L'UN D'ENTRE EUX ? RAPHAËLLE M'A DEMANDE DE LE TUER PARCE QU'IL REPRÉSENTE UN RISQUE ET C"EST EXACTEMENT CE QUE JE VAIS FAIRE. »

« Je suis désolée ma sœur. » murmura Castiel.

Il fit brièvement signe à ses deux camarades de conduire Dean jusqu'à la sortie et se jeta sur Anna.

Les hurlements de la jeune femme avaient été bien trop puissants pour le cerveau de Dean, et il avait l'impression que tout son corps était en miette. Son pouls raisonnait bruyamment dans son cerveau, et il était absolument sûr qu'il s'était au moins évanoui deux fois durant la discussion, le cerveau de toute façon trop douloureux pour être capable de comprendre ce qu'il se passait autour de lui. Il tenta pourtant de résister quand Pamela passa un bras autour de ses épaules pour l'aider à se relever, comprenant qu'ils allaient laisser Castiel. Il allait laisser Castiel dans une situation critique. Encore. Mais il était bien trop secoué pour que ses protestations soient d'une quelconque utilité et se retrouva rapidement dans la rivière, l'eau glacée et le silence absolu qui régnait sous la surface chassant la douleur.

Une fois suffisamment éloignés de l'altercation, Pamela assit Dean et procéda à un rapide examen.

« Tu as de la chance sweety, rien de cassé. Ce n'était pas des cris d'attaque, alors tu auras juste l'impression d'avoir reçu une stalactite sur la tête pendant les deux trois prochaines heures. »

« J'ai vécu des cuites plus violentes que ça, je survivrais. Mais Castiel, cette fille est folle, on ne peut pas le… »

« Castiel est un grand garçon, il s'en sortira. Il n'est pas devenu chef de la Garnison grâce à ses beaux yeux, même si je soupçonne que ça a beaucoup aidé. Il sait se défendre, il va s'en sortir. Maintenant en route, on a du travail à faire. »

Et elle avait raison, après tout, il n'était pas là pour sauver Castiel, il était là pour sauver tout le monde. Alors ils se mirent en route.


Merci d'être parvenu jusqu'ici, j'espère que vous appréciez toujours et que je vous retrouverais au prochain chapitre qui devrait être... la nuit du premier décembre ?

EDIT : pour cause d'exam, le chapitre sera posté vers le 16 décembre (au plus tard)