Lorsque le trio quitta le compartiment et descendit sur le quai 9 avec tout leurs bagages, le chat les suivit nonchalamment, restant toujours deux ou trois mètres derrière eux. Sur le parking de la gare, les trois amis discutèrent quelques minutes puis ils se séparèrent, les deux garçons dirent au revoir à Hermione, puis elle alla s'asseoir sur le banc de l'abribus.
Elle savait que le chat n'était pas loin, mais elle craignait qu'il prenne la fuite à l'arrivée du bus.
- Les animaux ne sont pas autorisés dans les transports en commun moldus... Mais si tu te cache là-dedans, personne n'en saura rien, dit-elle en ouvrant sa valise de vêtements.
Elle sortit discrètement sa baguette et jeta un sortilège de ratatinage sur ses affaires afin de faire de la place pour le chat.
- C'est toi qui vois mon Minet, dit-elle avec un petit sourire. Mais il faut te décider maintenant car il va bientôt y avoir plein de gens ici... Et si ça peut te rassurer, le trajet ne durera qu'une dizaine de minutes.
Le chat semblait indécis, mais lorsqu'une horde de moldus sortit de la gare et se dirigea droit vers l'abribus, il s'engouffra dans l'ouverture de la valise. Hermione la referma, prenant soin de laisser une toute petite ouverture.
Arrivée à son arrêt, elle descendit du bus et un charmant jeune homme l'aida à extirper sa malle de la soute. Elle le remercia timidement et il répondit par un sourire enjôleur en lui tendant un petit papier, puis il remonta dans le bus en lui envoyant un petit clin d'oeil. Un large sourire s'imprima sur le visage d'Hermione lorsqu'elle lut le petit message du bel inconnu, et de jolies rougeurs agrémentèrent son teint. Elle fourra le papier dans sa poche en secouant la tête, prit ses affaire et entra dans une minuscule auberge toute miteuse, du moins, c'était ainsi que les moldus percevaient l'établissement de Tom, quand toute fois ils remarquaient la porte. Cette auberge ne payait pas de mine, même à l'intérieur (surtout à l'intérieur!), mais c'était le seul endroit qu'elle pouvait se payer pour le moment. Et puis elle était déjà venue plusieurs fois et savait qu'elle y serait en sécurité.
Sitôt entrée dans la salle à manger, elle ouvrit sa valise et délivra le chat blanc qui en sortit comme une flèche.
- Tu devrais aller en cuisine, suggéra-t-elle en pointant son doigt en direction d'une porte battante. Le commis à toujours des petites choses en réserve pour les animaux des voyageurs. Moi je vais voir Tom pour réserver une chambre...
L'aubergiste bossu reconnut tout de suite Hermione et était visiblement ravi de la revoir, il lui attribua donc la chambre la plus propre – la propreté étant un concept plutôt relatif au Chaudron Baveur – et parce qu'il appréciait beaucoup la jeune femme, il lui offrit tous ses futurs repas. La générosité de Tom la mit légèrement mal à l'aise mais lui fit vraiment plaisir.
Après le dîner, Hermione ruminait toute seule dans sa chambre, elle était inquiète pour ce chat qu'elle n'avait pas revu depuis leur arrivée à l'auberge. Ce n'était pas SON chat, mais cela ne l'empêchait pas de se faire du souci pour lui.
Où était-il? Préférait-il la compagnie de quelqu'un d'autre, ou bien était-il simplement partivadrouiller comme faisaient tous les chats ?
Elle se posait des tas de questions sur cet animal, et ceci n'était pas normal. Quelqu'un de sensé ne serait pas obnubilé à ce point par un simple chat errant. Alors d'où venait cette étrange impression de sécuritéqu'elle ressentait lorsqu'il était là? Et pourquoi avait-elle l'impression qu'il comprenait absolument tout? Et lorsqu'ils patientaient à l'abribus, il regardait intensément le tableau d'affichage et elle aurait juré qu'il était en train d'analyser le plan de la ville. Elle s'était ressaisie en se disant que c'était impossible, mais après mûre réflexion, était-ce vraiment si insensé que cela? Il pourrait s'agir d'un chat particulier, doué d'une intelligence semblable à celle des humains?
Elle passa alors en revue tous les animaux extraordinaires et fantastiques qu'elle avait pu étudier – et même rencontrer – depuis qu'elle avait mis les pieds dans le monde sorcier. Et faire la rencontre d'un chat un peu différent des autres ne lui paraissait plus si bizarre que ça finalement.
Elle commençait à peine à s'endormir quand un petit bruit lui fit ouvrir les yeux... Elle se leva et fit le tour de la chambre pour en trouver la provenance...
Elle réalisa que le bruit venait du couloir, alors elle ouvrit la porte et vit alors ce chat blanc assis sur le seuil, il leva les yeux et miaula doucement.
- J'ai bien cru que tu m'avais laissée, grimaça-t-elle.
Mais sa moue fut aussitôt remplacée par une sourire lumineux, elle était tellement soulagée et heureuse qu'il soit revenu!
- Viens-là mon Minet, dit-elle en l'attrapant dans ses bras. Tu m'as manqué tu sais, lui murmura-t-elle en le serrant délicatement contre elle.
Elle referma la porte et alla s'asseoir au milieu de son grand lit, le chat toujours jalousement emprisonné dans ses bras. Elle réalisa alors qu'il ne s'était pas débattu, il n'avait même pas eu de mouvement de recul quand elle s'était penchée sur lui pour le saisir.
Elle s'allongea sous les draps en enlaçant toujours cette boule de poils, s'abstenant néanmoins de couvrir sa petite tête pelucheuse de bisous, se disant qu'il n'apprécierait certainement pas.
- Je sais bien que j'ai dit à Ron que je ne comptais pas t'adopter mais... pour être honnête, je... je préfère quand tu es là... avec moi, dit-elle tout bas.
Drago avait l'impression de rêver. Un rêve vraiment très bizarre, d'ailleurs! Granger qui s'attachait à lui, qui le câlinait et lui faisait des papouilles en lui confiant ce qu'elle ressentait. Elle lui ouvrait son coeur comme s'ils étaient les meilleurs amis du monde... C'en serait presque comique si ce n'était pas aussi déstabilisant!
À vrai dire, il était un peu déboussolé depuis que la Gryffondor l'avait soulevé de terre sans prévenir, et porté dans ses bras, contre sa poitrine... Non seulement il avait senti les battements du coeur de la jeune femme résonner dans son petit corps de félin, mais en plus il pouvait les entendre comme si l'on jouait du tam-tam dans la pièce voisine.
Il s'était alors demandé s'il était normal que le coeur de Granger batte aussi fort, puis il se rappela que c'était tout simplement dû à son ouïe de chat. Mais rapidement il fut incapable de réfléchir à quoique ce soit... Elle le tenait si fermement contre elle que toute pensée avait quitté son esprit pour laisser place à un profond bien-être... Il avait naturellement calé sa petite tête dans le cou parfumé d'Hermione, enfouissant son museau sous cette masse de cheveux qui lui serait désormais impossible de dénigrer tellement il s'y sentait bien.
Et voilà qu'à présent il était dans le lit de Granger, vautré sur l'oreiller juste à coté du sien. Elle lui parlait d'une voix douce et tranquille, tout en caressant sa douce fourrure... Sa main délicate se posait avec légèreté sur sa tête puis glissait lentement sur son corps, c'était si agréable!
Drago ne put s'empêcher d'imaginer ces mêmes caresses sur son corps d'humain. Ce serait alors un tout autre délice... Mais jamais une fille comme Granger ne ferait ce genre de choses avec un type comme lui, il le savait bien. Il n'oubliait pas quel pestiféré il était devenu depuis la guerre. Et même sans cette foutue guerre, elle n'aurait jamais eu de tels gestes pour lui. Ce qui lui donna une raison supplémentaire pour profiter de l'instant présent et savourer les attentions de la Gryffondor avant qu'elle ne le rejette. Car tôt ou tard, il le savait, Granger apprendrait la vérité sur lui, et alors c'en serait fini des sourires et des caresses. Définitivement terminé...
oOo
Un bruit régulier et agréablement familier réveilla Hermione. Elle ouvrit les yeux et pouffa de rire en découvrant le chat étendu à plat ventre sur elle. Ses pattes pendaient sur les flancs de la jeune femme, et sa petite tête blanche reposait sur le haut de son sternum, là où les clavicules se rejoignent. Il ronronnait légèrement et Hermione percevait le souffle du chat sur sa gorge. Mais le soubresaut provoqué par son petit rire venait de réveiller l'animal qui entrouvrit ses lourdes paupières.
- Oh pardon, je ne voulais pas te réveiller, dit-elle en souriant. Tu as bien dormi on dirait, dit-elle d'une voix mal réveillée en lui grattouillant doucement autour des oreilles. Moi en tout cas, ça faisait une éternité que je n'avais pas si bien dormi. Ce doit être grâce à toi, enfin je suppose... murmura-t-elle avant de lui faire un petit bisou sur le haut du crâne.
Hermione poussa doucement le matou encore affalé sur elle, puis elle étira ses jambes et ses bras. Elle se leva, prit quelques affaires dans son sac et fila dans la petite salle d'eau adjacente.
Drago s'étira à son tour, jouant des griffes sur le matelas encore tout chaud. Il n'avait pas envie de bouger, il se sentait trop bien dans ce lit, mais sans Granger, la sieste avait perdu de son intérêt.
Il avait peine à réaliser qu'il avait passé la nuit avec elle, dans son lit. Non, il avait passé la nuit SUR elle, étalé sur son corps, épousant les courbes de sa poitrine. Il n'avait pas mis longtemps à s'endormir malgré tout ce qui lui passait par la tête, bercé par les soulèvements réguliers de cette poitrine. Elle respirait tranquillement et son coeur résonnait comme le tic-tac d'une horloge. Des mots inintelligibles brisaient parfois le silence de la chambre, puis elle remuait un peu, chassant le chat sans s'en rendre compte. Mais à chaque fois Drago revenait se blottir contre elle, profitant de cette douce chaleur qui émanait d'elle.
À présent qu'il était bien réveillé, il ressentait le besoin de bouger, de sortir, de vadrouiller. Il ne put s'empêcher de griffer les montants en bois sculpté du lit à baldaquin, c'était plus fort que lui. Il entendit alors le bruit de la douche. Il tourna la tête vers la salle d'eau et constata que la porte n'était pas complètement fermée. Drago eut soudain l'irrésistible envie d'aller y jeter un oeil...
