* * * Voix-off Gossip Girl * * *
Repéré: Eric Van Der Woodsen au sortir de l'avion le ramenant de Charlotte. Bienvenue au nid jeune oisillon, mais prends garde: durant ta période de migration, beaucoup de choses se sont déroulées. Alors, ta famille, la trouveras-tu recomposée ou décomposée?
* * * Scène 1 * * *
Se retrouver en tête à tête avec Daniel ne s'était pas révélé aussi facile qu'elle l'avait escompté. Heureusement, grâce à un coup du hasard providentiel, Rufus avait dû les laisser seul à seul et elle allait enfin pouvoir passer à la deuxième partie de son plan.
Lily jeta un coup d'œil à la dérobée à son futur beau-fils. Menton pointé vers le haut, celui-ci cherchait des yeux Serena et Carter dans la foule qui commençait à sortir de la passerelle.
Elle n'avait plus beaucoup de temps... Mais comment mettre le sujet « Scott » sur le tapis de manière suffisamment naturelle pour que Daniel n'ait pas la puce à l'oreille?
- Daniel...
Le jeune homme tourna la tête vers elle.
- Je me demandais... Est-ce que tout est prêt pour ce soir?
- Il reste encore quelques petits détails à régler, mais rien de bien méchant.
- Ah... Très bien, très bien... Vous avez eu suffisamment d'aide pour tout mettre en place?
- Oh que oui, plus qu'il n'en faut même! Entre Jenny, Nate, Vanessa, Chuck, moi et tous les employés du Victrola, il n'y a eu aucun problème!
Le visage de Lily se fendit en un sourire. Ca y est, la transition était toute trouvée: il ne lui restait plus qu'à demander si ce garçon qu'elle avait rencontré à la galerie, Scott, les avait également aidés.
Naturel. Indétectable. Parfait.
Elle ouvrit la bouche, sure de sa victoire, mais Daniel la prit de court en passant un bras autour de ses épaules:
- Lily... Tu es suffisamment stressée à cause des préparatifs du mariage, tu ne vas quand même pas commencer à t'inquiéter également pour ton enterrement de vie de jeune fille? Fais-moi plaisir et pense à autre chose!
Lily eut un petit sourire contrit qui disparut bien vite: raté... Daniel avait déjà repris son étude de la foule.
- Mais... J'espère que ces préparatifs ne vous auront pas pris trop de temps? reprit la jeune femme. Ce sont tes vacances annuelles après tout, en profites-tu correctement? As-tu le temps de t'amuser et de voir tes autres amis?
- Bien sûr! Je bouquine, je me balade... Mais tu sais, organiser cette fête c'est vraiment sympa. On est tous ensemble, on se marre bien. Le seul truc c'est que...
- Oui?
Inconsciemment, tout son corps s'était tendu vers la nouvelle. Qu'avait pu faire Scott pour gêner les préparatifs?
Daniel haussa un sourcil face à cette réaction enflammée mais poursuivit néanmoins:
- C'est que je m'étais fixé comme objectif d'écrire mon premier roman cet été. Et, très sincèrement, j'ai beau me torturer les neurones, je n'ai aucun sujet qui me vienne en tête...
Les épaules de Lily s'affaissèrent un peu. Alors ce n'était que ça?
- Hé! Ce n'est pas Serena que je vois là-bas?
Lily releva la tête. Daniel pointait du doigt une tignasse blonde. Mettant ses mains en porte-voix, il cria:
- Serena!
La jeune fille tourna la tête vers eux. Il s'agissait bien de Serena. Daniel secoua les bras en l'air pour lui souhaiter la bienvenue et entreprit d'aller à sa rencontre lorsqu'une main agrippa fermement son bras.
Il se retourna, surpris, et découvrit Lily, le visage fermé, plus tendue que jamais.
- Daniel... Le jeune garçon que tu m'as présenté la semaine dernière à la galerie...
Le jeune homme cligna des yeux, surpris.
- Scott?
- Oui. Depuis quand le connais-tu?
Daniel regarda un instant sa future belle-mère, abasourdi par son attitude. Mais très vite sa surprise et sa légèreté s'évaporèrent et c'est très calme qu'il répondit:
- Depuis un mois seulement, c'est un habitué de la galerie. Mais ça fait une semaine qu'il n'est pas venu.
Lily garda le silence un instant, ses prunelles plantées dans celles de Daniel.
- Et... Est-ce qu'il t'a dit quelque chose de … particulier?
- « Particulier » comme quoi Lily?
La jeune femme ouvrit la bouche, atterrée par sa propre bêtise. En voyant Serena s'approcher et en sentant la possibilité de parler avec Daniel s'éloigner, elle en avait oublié toute forme de prudence.
- Et alors? On ne dit plus bonjour à son fils?
Lily pivota sur ses talons et découvrit derrière elle une silhouette trapue et bronzée.
- Eric! s'exclama-t-elle, tout en le prenant tendrement dans ses bras.
Le fils prodigue était enfin revenu … et l'avait miraculeusement sauvée des soupçons de Daniel.
* * * Scène 2 * * *
- Où es-tu? susurra la voix rauque à l'autre bout du téléphone.
Blair s'empara d'une paire de spartiates dorées à semelles compensées et l'observa sous toutes les coutures tout en répondant nonchalamment:
- Chez Macy's. En recevant mon costume ce matin, je me suis rendue compte que je n'avais aucune paire de chaussures qui allait avec.
- Ce n'est guère étonnant... sourit Chuck.
Blair marqua un temps d'arrêt dans le magasin.
- Tu as vu mon costume?
- Non, la rassura son petit-ami, Jenny n'a pas voulu. Elle a dit que tu voulais me faire la surprise.
- Gentille fille... ironisa Blair.
- Oui. Très gentille... confirma Chuck d'une voix plus que jamais sensuelle.
Blair s'arrêta dans le magasin, le souffle coupé. Elle prit une bouffée d'air frais et, après avoir doucement expiré entre ses lèvres, préféra changer de sujet:
- Les préparatifs se passent bien? demanda-t-elle en reprenant sa marche.
- Tout est quasiment réglé. Jenny gère la situation de main de maître. Comme tout ce qu'elle entreprend d'ailleurs... Une vraie reine.
Blair s'arrêta à nouveau dans une des allées du magasin, sonnée.
- J'en suis ravie. Bon eh bien, je...
- Quand vas-tu me demander ce qui s'est passé entre Jenny et moi hier? l'interrompit Chuck.
Blair ouvrit légèrement la bouche et, le regard fuyant, bredouilla un instant:
- Qu... Pardon?
- Hier, tu nous as surpris Jenny et moi dans un moment qui a dû te paraître intime. Et pourtant tu ne m'as demandé aucun compte.
L'effet de surprise passé, Blair reprit ses esprits:
- Ai-je une raison de m'inquiéter?
- Aucunement.
- Dans ce cas, pourquoi veux-tu que je m'inquiète?
- Parce que c'est ce que tu avais fait la dernière fois, avec Anita.
- Oui. Et la dernière fois, avec ta masseuse, je me suis inventée des films et j'ai eu mal pour rien. J'ai retenu la leçon, merci.
Elle ne reçut qu'un silence pour toute réponse.
- Mais bon, reprit-elle, si tu as vraiment envie que ta petite-amie soit non seulement incapable d'évoluer mais qu'en plus elle souffre pour rien, je peux très bien agir de manière aussi infantile que la dernière fois, puisque, apparemment mon attitude te dérange...
- Ce n'est pas ce que...
- Si, l'interrompit-elle d'une voix froide. C'est exactement de ça dont il s'agit. Tu essaies de m'enfermer dans la petite case que tu as dessinée pour moi et tu refuses que je sois une personne autre que celle que tu imagines. Madonna se réinvente tous les mois, pourquoi ne pourrais-je pas moi aussi évoluer?
A l'autre bout de la ligne, Chuck réfléchit un instant.
- Donc, si tu ne me demandes rien, c'est parce que désormais tu as … confiance en moi?
- Exactement. Et aussi parce que je sais à quel point tu as envie d'avoir une famille autour de toi. Or, dans quelques heures, Jenny fera partie de cette famille. Il n'y a donc rien d'étonnant ou de déplacé dans le fait que tu te rapproches d'elle. Ai-je tort?
- Non.
- A la bonne heure! s'exclama Blair. Maintenant, si tu veux bien, j'ai une paire de chaussures affreuses à dénicher avant ce soir. Rendez-vous chez moi à 18 heures pour la séance d'habillage?
- Disons plutôt 17h30, murmura Chuck d'un air coquin. Histoire de prendre notre temps pour nous déshabiller...
