Chapitre 8 : Dans les profondeurs de la nuit
Déposée au fond ma tombe, les grains de terre s'écrasent sur mon cercueil comme une pluie de briques. Les bruits s'affaiblissent et le rythme de la vie s'éloigne. Tout devient alors plus qu'un bourdonnent lointain alors que leurs pelles martèlent le sol. Ils restent encore, une heure, deux heures, je ne sais pas, puis ils partent, me laissant là, au milieu de l'obscurité...
Puis c'est le silence complet, une fois de plus...
J'ai cru que ça serait effrayant, et ça l'était. J'ai l'impression que les morts reposant déjà sous terre m'appellent à eux, m'attirant dans leur royaume d'où nul ne revient.
Au fil des heures, mon organisme recommence à fonctionner. La torture ! Tous les muscles me font mal à un point pas possible. Les os de mon cou remis en place par le croque-mort, ils guérissent plus vite, mais ma nuque est raide ! Ah ! Quelle horreur ! Dans mon dos, la partie où j'ai atterris contre le sol me transperce comme la lame d'un sabre. Les doigts commencent à bouger, mes paumes me picotent et j'ai des fourmis dans les jambes. Enfin, j'ouvre les yeux. Sauf que ça ne fait grande différence : ouverts ou fermés, il fait noir comme dans un four. Mon cœur se mis à battre si vite que tout mon corps s'emballe. Mes poumons, de nouveau opérationnelles, réclament de l'air. Ma poitrine de soulève frénétiquement, ma respiration saccadée, entrecoupée, gaspillant l'oxygène dans mon cercueil.
M. Crespely m'a prévenu que je pouvais tenir une semaine sans manger, ni boire ni même besoin d'aller aux toilettes mais en revanche, je devais rester vigilante sur la quantité d'air. Je crois que beaucoup penseront que j'aurais normalement dû paniquée, mais non. Paniquée m'est totalement inutile et nuisible.
Calme-toi et respire doucement, me souffle la voix qui se voulait confiante de Steve. C'est ce que je fais. Tout en répétant mon processus, je repense à ce qui c'est passé ces dernières semaines... Le billet pour le Théâtre de la Lune, le spectacle, Steve et Crepsley... Tant de choses qui auraient pu être évitée...
En y repensant, à pleins de moments, j'aurais pu les éviter, dont un en particulier. Oui, ainsi je ne serais pas là. Je ne serais pas là si je n'avais pas saisie le billet lors du jeu avec Steve et les gars. Je ne serais pas là si je n'étais pas aller au spectacle. Je ne serais pas là si je n'étais aller voir sur le balcon pour chercher Steve. Je ne serais surtout pas là si je n'avais pas volé Mme Octa. Je ne serais pas là si j'avais refusé la proposition de M. Crepsley.
Tellement de "si", de suppositions et d'hypothèses dont jamais je n'obtiendrais de réponses. Il est trop tard pour faire machine arrière de toute façon. Je dois arrêter de regarder derrière moi et de vivre dans le passé. Maintenant, je dois me concentrer sur mon présent et aller de l'avant. La blague de Maman et Papa à propos de Steve et moi me revient en tête. Lui et moi ? Ensemble ? J'essaye d'imaginer nous deux, formant une vie de couple. Je ferme les yeux et vois alors des rivages blancs... Quatre silhouettes... Des rires joyeux et tendres... Sous un ciel bleu azur... Baigné dans la lumière du soleil...
Je rouvre les yeux et la vision paradisiaque disparaît, s'évaporant comme un mirage. Pour laisser place à la noirceur des ténèbres de la nuit. Je suis morte, à présent. Steve va avoir mal au début, mais il va s'en remettre. Darren, Tommy et Pierre seront là pour le soutenir, je le sais. Darren... Je n'ai même pas eu le temps de lui dire adieux. Peut-être c'est mieux ainsi... En tout cas, lui ne laissera pas tomber Steve. Puis, même si ça me fais mal au fond de moi, j'espère qu'il rencontrera une personne qui lui apportera beaucoup de bien et qui le rendra heureux. C'est tout ce que je souhaite... Qu'il vive et qu'il soit heureux... Car il le mérite...
Tout à coup, des coups de pelle dans la terre au-dessus de moi parviennent à les oreilles. C'est Crepsley ! À une vitesse record, il creuse plus vite que ne le ferait plusieurs humains et en un quart d'heure, il sort mon cercueil de la tombe. Il toque trois fois sur le couvercle avant de le dévisser et de me libérer de ma boîte étouffante. Lorsque le ciel étoilé se présente à mes yeux, il me paraît être le plus magnifique de tous ceux que j'ai vu dans ma vie. C'est une nuit sombre mais pour moi c'est comme en plein jour après avoir passer des heures dans ce cercueil obscure. Je me redresse brusquement, aspirant une énorme bouffée d'air frais. Je suis prise d'une toux secouante.
- Tu vas bien ? me demande Crepsley, posant une main sur mon dos.
- Je pète la forme, j'ironise, souriant sarcastiquement.
Il sourit à son tour face à mon humour noir et à ce moment, cela me fait plaisir, tandis que je sens une petite bulle éclore dans ma poitrine.
- Lève-toi que je puisse t'examiner, me dit-il me prenant la main pour m'aider à me relever.
Je chancelle, manque de tomber quand il me retient pendant que je m'écrase contre sa large poitrine. Je rougis légèrement. Il l'ignore et passe en quelques secondes sa main le long de mon dos. Puis il fait pareil pour mon front. C'est un peu gênant et je ne suis pas tout à fait à l'aise mais je ne me plains pas.
- Tu as été très chanceuse, dit mon créateur, satisfait. Rien de cassé, juste des ecchymoses dans le dos qui vont partir d'ici deux jours.
Il me soulève de ma tombe et me dépose sur le sol. S'emparant de la pelle il commence à reboucher le trou.
- Je me sens comme une pelote écrasée, je me plains finalement, faisant la moue.
- Tu es un peu sonnée, la potion fait encore ses effets. C'est normal que tu ne te sentes pas au mieux de ta forme. Les effets disparaîtront à peu près en même temps que tes ecchymoses. Ne t'inquiète pas, tu es en bonne santé. Heureusement qu'ils t'ont enterré aujourd'hui. Un jour de plus et ton état aurait été beaucoup plus pire.
Je hoche la tête, avant de regarder autour de moi.
- Vous avez apporté mon sac ? je demande, me frottant les bras.
Pourquoi m'ont-ils habillé en robe ? Je baisse mon regard sur ma tenue. Elle est assez jolie, noire, le jupon volant, satinée, s'arrêtant à mes genoux, avec un décolleté en v sur ma poitrine plate et les bras à l'air. Par contre ce n'est pas bien partique contre le froid.
- Il est à côté de la tombe, juste là, m'indique-t-il avec un signe de tête.
Je me dirige vers la direction désignée et m'accroche à tout ce qu'il me restait de mon ancienne vie. Je regarde à l'intérieur, vérifiant qu'il n'a rien fouillé.
- Vous n'avez pas regardez, j'espère.
- En quoi le journal intime d'une gamine m'intéresserait-il ?
- Alors, comment savez-vous qu'il y avait un journal dans mon sac ?
Il tire une tête de trois pieds de long, genre :"Ah merde, elle m'a eu...". Mais bon, en même temps, il m'a vu quand j'ai rassemblée mes affaires donc, je veux bien croire sa parole qu'il n'a pas regarder plus loin. D'ailleurs, tout m'a l'air en ordre. En plus au point où j'en suis, ça n'a plus vraiment d'importance.
- Vous voulez que je vous aide ?
- Non, décide le vampire. Tu ne ferais que me ralentir. Le poison va prendre du temps avant de disparaître. Il est assez puissant pour stopper le cœur d'un vampire. Va faire un tour pour te dégourdir les jambes. Je t'appellerais dès que je serais prêt.
Je ne bouge pas tout de suite, serrant mon sac contre moi. Je l'ignore pourquoi, mais j'éprouve ce besoin de me confier :
- Pendant mon coma... J'ai tout entendu... Et j'ai découvert quelque chose...de bouleversant...
- J'ai entendu ça, me coupe Creplsey. Ce ne sont que tes parents adoptives, pas vrai ?
Je le regarde, choquée. Comment ? Oh... Il a dû être dans le placard. Pourquoi cela ne m'étonne plus maintenant ? Les larmes me montent aux yeux.
- Je les ai entendu... Ils criaient... Ils disaient qu'ils m'aimaient... Que j'étais leur fille... Leur fille... Et... Et... Et tout ça c'est de votre faute !
La colère reprend le dessus, je l'agrippe par le dos, collant mon front contre lui.
- Vous les avez fait pleurer ! Vous avez fait pleurer tout le monde !
Je sanglote, inconsolable. Je le déteste ! Je le déteste pour avoir fait de moi un monstre !
Crepsley ne dit toujours rien. Enragée, je continue avec violence :
- Vous savez quoi ! Mes parents biologiques étaient des assassins ! Mais ils m'ont aimé comme leur propre fille ! Ils ont voulus me protéger de cette cruelle vérité pour que je puisses vivre heureuse ! Et quoi que les gens en disent, je suis et je serais pour toujours Lily Shan !
Il reste de marbre face à ma détresse.
- Pourquoi a-t-il fallut que je fasses la morte ? Ils sont si malheureux maintenant !
Alors, doucement, il me dit :
- En faisant cela, tu les épargne d'une souffrance lente et horrible. Imagine un peu ce qui se serait passé si tu avais tout simplement disparu... Ils auraient été coincés dans le cycle sans fin de l'espoir... Ils auraient été malheureux toute leur vie... En te croyant morte, cela leur fera mal, mais ils guériront. Maintenant va marcher un peu. Je vais finir de reboucher ta tombe.
Séchant mes larmes, je passe entre les tombes après avoir enfilé ma sacoche autour de mon épaule. Ma vue s'est renforcée au point que je peux lire sur les pierres tombales. Quoi de plus étonnant ? Je suis une semi-vampire, après tout. Les vampires ne sont-ils pas des êtres de la nuit ? Alors que je pense à toutes ces nouvelles facultés que me procure le sang vampirique qui coule dans les veines, je n'aperçois pas l'ombre se glisser derrière moi, silencieuse. Tout à coup, une main surgit depuis un tombeau, s'enroulant autour de mon poignet et me traîne au sol, me faisant disparaître de la vue de Creplsey. J'essaye de lutter contre mon agresseur qui déjà me chevauche sans difficulté. Je tente de crier pour avertir M. Creplsey, mais la main se plaque contre ma bouche, m'empêchant tous hurlements. Je me débats avec l'énergie du désespoir, cherchant une échappatoire. Non ! Je suis trop faible ! Le poison fait encore effet ! Je continue de m'agiter quand je me fige, cessant immédiatement toutes formes de luttes.
Mon agresseur tient au-dessus de mon cœur la pointe d'un pieu en bois.
- Fais encore un geste et je n'hésiterais pas à te transpercer le cœur, grince-t-il rauque, libérant ma bouche pour serrer mon cou.
La menace de ces mots me choquent moins que la voix qui les a prononcé. Brillante, la lumière de la lune révèle son visage au sourire diabolique.
Mon sang ne fait qu'un tour.
- Steve ?
Je le fixe, les yeux écarquillés, tiraillée entre la joie de le voir et l'horreur de ce qu'il fait. Je n'en reviens pas. Mais qu'est-ce qui lui prend ? Tout s'embrouille dans ma tête. Sa prise autour de ma gorge n'est pas forte pour m'empêcher de parler.
- Steve ? Pourquoi fais... ?
Je ne peux terminer ma question qu'il enfonce un peu plus la pointe dans ma peau, m'arrachant un faible gémissement.
- Tais-toi ! crache-t-il plaquant de nouveau sa main contre mes lèvres, se penchant vers mon visage. Je ne voudrais pas que ton ami nous entende.
Mon ami ? Il parle de qui, là?
- Tu parles de M. Crepsley ? je comprends, me dégageant.
- Larten Creplsey, Vur Horston..., ricane celui que je croyais être mon ami, me procurant des frissons glacés. Appelle le comme il te plaît : c'est un vampire et c'est ce que je chasse !
Je faillis lâcher un rire nerveux. Il n'est tout même pas sérieux, là ! Punaise ! Et Crepsley qui n'est pas loin ! Qui sait ce qui se passera s'il découvre Steve ici !
- Steve, je chuchote à voix basse afin que lui seul m'entende. Tu ne dois pas être ici !
C'est extrêmement con à dire (désolé pour le terme employé mais c'est vrai), je ne sais même pas si c'est plus pour ma sécurité que pour la sienne que je dis ça. Mais ce sont les seuls mots qui me sont passés par la tête. Faut croire que je n'ai pas une très grande imagination. Le sourire fou de Steve s'élargit.
- Si. J'ai tout intérêt à être ici. Chasser les vampires est un excellent travail. Et regarde un peu là, j'ai trouvé une belle paire.
- Non mais dites-moi que je rêve, je souffle à demi, n'en croyant pas mes oreilles. Où es-tu allé chercher une idée pareille, s'te plaît ? Qu'est-ce que tu fais ? Depuis combien de temps es-tu là ?
Son sourire s'évanouit, ses sourcils se froncent. Il relâche légèrement la pression du pieu, me fixant quelques instants. Je me redresse sur mes coudes, plongeant mon regard dans le sien.
- Sincèrement, Steve, je dis doucement. Qu'est-ce que tu fais là ?
- Je t'ai suivis ces derniers temps, admet-il. Depuis ce que tu as fais à Pierre. Tous les jours. Et j'ai tout vu ! J'ai vu Crepsley rentrer chez toi ! Je l'ai vu te jeter par la fenêtre !
Il marque une pause. Je vois sa mâchoire se contracter.
- J'ai d'abord cru qu'il t'avais tué.
Ses mots sont chargés de colère et haine. Mais très vite, il se ressaisit reportant son attention sur moi :
- Les médecins ont été très rapides à prononcer leur verdict sur ton certificat. J'ai voulu vérifier par moi-même. C'est pour ça que la veille de ton enterrement, je me suis glissé dans ton salon...
- Comme si c'était la chose la plus naturelle à faire..., je ne peux m'empêcher de faire remarquer, mon humour noir revenant à la charge (c'est plus fort que moi).
Il roule les yeux au ciel, et pendant une milliseconde, c'est comme avant. Mais cela ne dure pas.
- T'imagine pas le choc que j'ai eu quand j'ai retiré le papier de tournesol de ta bouche, raye mon ami.
- Le papier de tournesol ?
- Qui change de couleur au contact d'un organisme vivant, m'explique-t-il. Sans oublier les cicatrices sur tes doigts qui m'ont mis la puce à l'oreille. J'ai lu un truc là-dessus dans un vieux bouquin.
D'accord, mais ça n'explique pas quelles sont ses intentions. J'ai dû mal à comprendre.
- Steve, pourquoi es-tu là ?
Il me dévisage longuement avant de répondre. Mais lorsqu'il prononce ces mots, il n'a même pas le courage de me regarder en face.
- Pour te tuer.
C'est pire qu'un pieu dans le cœur. Le plus neutrement possible, je lui demande :
- Et je peux savoir pourquoi ?
Ses lèvres se retroussent tristement.
- Tu es une vampire, je crois que c'est une raison suffisante.
Je ne sais pourquoi, mais j'ai l'impression d'avoir déjà cette scène quelque part... Mais quoiqu'il en soit, ça fait mal. Très mal. Mais je ne crois pas qu'il va me tuer. Steve n'est pas un imbécile. S'il voulait me tuer, il l'aurait fait depuis longtemps. Je hausse un sourcil, secoue la tête.
- Tu n'as rien contre les vampires. Toi-même, tu as voulu en devenir un ! je lui rappelle, furieuse, de l'amertume se mêlant à ma colère.
- Oui ! grogne-t-il férocement, me faisant tomber à la renverse. C'est moi qui voulais devenir un vampire et pourtant il t'a choisit toi ! Si j'avais su que tu voulais devenir une vampire... Je m'en veux de ne pas l'avoir deviné. Tu as raconté à Crepsley que j'étais diabolique ! Pour qu'il me rejette ! Depuis combien de temps tu manigançais ça ?
- Tu dis n'importe quoi ! je rétorque, pouvant à peine croire ce que j'entends. Jamais je n'ai voulus être une vampire ! Si j'ai accepté de devenir son assistante, c'est uniquement pour te sauver !
- Mais bien sûr ! reniffle-t-il, haineux. Quand je pense que je t'...
Il se coupe, un regard orageux lui traversant ses yeux bleus glaces. Il baisse la tête, des larmes amères coulant sur ses joues.
- Tu as tout pour toi, Lily..., prononce-t-il, la voix enroulée. Une maman gentille, un papa, une sœur... Des amis... Des parents...
Ma gorge se noue. Je le savais dans une situation dure, mais j'ignorais à quel point il se sent seul.
- Mais moi ? Qu'est-ce que j'ai moi ? RIEN ! RIEN QUE TOI !
Il tremble, le pieu qu'il maintient au-dessus de moi bougeant sans arrêt. Les perles de ses larmes tombent sur mes joues, se mêlant aux miennes.
- Pourquoi ne suis-je pas assez bon ? me demande Steve, brisé. Tu m'as trahie... Tu m'a pris tout ce que j'avais, Lily... Tout... Je...je te prenais pour mon amie, Lily...
- Steve..., je sanglote, anéantie par le fait qu'il croit que je l'ai trahie. Je suis ton amie ! Jamais je ne te trahirais ! Comment peux-tu croire une chose pareille ? Tu ne vois donc pas ? Je...
- Épargne-moi tes pleurnicheries, me coupe-t-il, insensible, se terrant dans son idée toute faite. Réponds à ma question ! Depuis combien de temps tu manigançais ça ? C'est Crepsley qui t'a offert son araignée en échange d'être son assistante !
Je voudrais fermer les yeux et ne plus les rouvrir. Je ne peux pas supporter son regard plein de haine. Pour lui, je l'ai trahie et rien d'autre. J'ai enduré des épreuves très difficiles, les pires que je n'ai jamais connus jusqu'ici, mais celle-là était l'une des plus horribles de toutes.
- C'est faux, Steve ! je nie en secouant obstinément la tête, essayant de ne pas pleurer. C'est faux ! Tu te trompes !
- Lily ? Où es-tu ?
M. Crepsley... Il vient par ici !
Steve relève la tête, effrayé. Il n'a pas prévu ça. Il regarde successivement entre moi et face à lui. Il ne sait pas quoi faire et il ne sait pas comment je vais réagir.
- Lily ? Est-ce que tout va bien ?
- T... Tout va bien ! je lance, me levant doucement, veillant à cacher Steve derrière moi alors que celui-ci tente de me faire taire, mais je le repousse. Mes jambes sont encore faibles ! Je me assise un peu pour me reposer ! Appelez-moi des que vous êtes prêt !
Cela paraît le satisfaire. Je me retourne pour découvrir que Steve commence à s'éloigner.
- Tu crois que tu vas m'avoir avec ton petit manège ? se moque-t-il. Non... Tu m'as trahie... Crepsley... Il t'as choisit... Il t'a volé à moi ! Mais... Tu as choisis ton camp, Shan... Maintenant tu vas en payer le prix...
Mais est-il donc aveugle à ce point ? Pourquoi refuse-t-il de m'écouter ? Pourquoi est-il comme ça ? Je ne l'ai jamais vu ainsi ! Que s'est-il passé, Bon Dieu ?! Je veux lui hurler mon amour. Je veux qu'il sache. Mais celui que j'aime ne m'en laisse pas la chance.
- Je croyais pouvoir te tuer ce soir, continue Steve, un sourire pervers se dessinant sur ses lèvres. Je me suis trompé. Je ne suis pas encore prêt.
Il se retourne pour me faire face, ses yeux plus durs que jamais.
- Je me mesure à un monstre de légende après tout... Oui... Je veux que tu puisses voir de quoi je suis capable !
C'est alors que je vois, tétanisée, qu'il sort un couteau sa poche et s'entaille la paume de la main gauche, y formant une croix. Il la tendit vers moi, que je puisses bien la voir. Des rubis s'en écoulent, tous si alléchants... Pourquoi Crepsley dit qu'il est mauvais, ce sang ? N'importe quoi ! Ce parfum... Aaah... J'en ai le vertige... Plus extase que celui d'Annie ! Pierre, ce n'est rien comparé à Steve ! Je veux me précipiter sur lui, lécher sa peau jusqu'à ce qu'il n'y est plus gouttes ! Le plus sublime de tous les parfums que je connaisses ! Je le veux ! Seulement, la voix de mon ex-meilleur ami me ramène à la réalité.
- Sur ce sang, je jure de devenir le plus redoutable chasseur de vampires de tous les temps ! fait-il serment. Écoute-moi bien, Lily Shan... Où que tu seras, là où tu iras, je te retrouverais, toi et ton maître, Larten Crepsley ! Je reviendrais te chercher ! Jusqu'au bout du monde, je vous poursuivrai ! Et je vous tuerai ! Mais avant, je te promets que tu souffriras ! Je te ferai connaître le vrai sens du terme Enfer ! Tu sauras quelle est la souffrance que tu m'as infligé ! Je le jure ! Un jour, je te tuerai ! Je le jure !
Et avant que je puisses lui démentir quoique se soit, il disparaît à travers les ombres de la nuit. Je ne peux ni hurler, ni le rappeller, au risque de signer son arrêt de mort. Je m'effondre au pied de la pierre tombale, enfouit mon visage dans mes mains et étouffe mes pleurs incontrôlables à l'intérieur de mon corps.
Si j'avais appelé M. Crepsley, nous aurions pu mettre un terme à la menace que représente Steve Leonard. Oui. Ça aurait été beaucoup plus sage. Mais je ne l'ai pas fait... Je ne pouvais pas...
Parce que je l'aime...
- Ne t'éloigne pas trop, me recommande Crepsley, terminant de reboucher ma tombe. Il en faut surtout pas qu'on te voie. Tu es officiellement morte à présent. Alors, ce n'est pas le moment qu'on te voit en train de te promener.
Je me suis remise de ma crise de larmes et une fois présentable, je suis revenue vers mon créateur, le regardant soulever cette énorme et lourde pelle comme si elle était aussi légère que du papier.
- Es-tu certaine que ça va ? m'observe le vampire. Tu es toute pâle...
Il semble inquiet, mais je doutes que ce soit ça. Je ne sais pas quoi faire. Dois-je tout raconter à M. Crepsley ? Si je ne dis rien, plus tard, Steve nous poursuivra... Et il reviendra me tuer.
J'ouvre la bouche, puis la referme. Non... Crepsley pourrait bien me faire du chantage avec cette histoire. Je suis certaine qu'il n'hésiterait pas à tuer Steve s'il le faut. Alors mon sacrifice aurait été inutile ? Quelle ironie... Se faire tuer par celui dont vous avez sauvé la vie. La personne que vous aimez, qui plus est.
- Non... Tout va bien..., je réponds tranquillement, détourant le regard.
Crepsley paraît s'en contenter. Je dois sur-estimer un peu trop les paroles de Steve. Il oublira avec le temps. Puis soudain, sans crier gars, Crepsley casse la pelle en plusieurs petits morceaux avant de les jeter au loin, sous mon regard ahuri.
- Bien, il est grand temps de partir, annonce-t-il.
- Déjà ?
- Les vampires passent leur temps à faire leurs au revoir, dit-t-il en souriant, replaçant son chapeau sur la tête. On ne restera jamais longtemps au même endroit. Toujours à préparer notre baluchon pour partir vers de nouveaux horizons. C'est comme ça !
Je trouve tout ça tellement triste. Je sens comme un vide me creuser la poitrine. Je me sens...seule...
- C'est la première fois le plus dure ? je demande levant mon visage vers lui.
- Oui. Pour autant, cela ne devient jamais facile.
Je hoche la tête, baissant les yeux. Puis je me retourne en direction de la ville. Le cimetière est sur la colline et domine toute la commune. Voulant m'imprégner une dernière fois de la vue de ma ville natale, je grimpe sur ma pierre tombale et la regarde, ses lumières brillants comme de douces étoiles, donnant une atmosphère plus rassurante de la nuit. Je n'ai jamais remarqué à quel point ma ville est belle. Là-bas, ma maison et celles de mes amis. Plus loin, l'école. Et là, le stade. Les rues, les avenues, le pont. Tout, oui, tout cela était chez moi...
Crepsley se tient à mes côtés, contemplant le paysage avec moi.
- Nous voilà seuls dans les profondeurs de la nuit, murmuré-je. Et la solitude ?
Il me regarde un court instant. On dirait qu'il est nostalgique.
- Elle est terrible, soupire-t-il, le regard perdu au loin.
Le vent, doux, gentil, nous caresse, faisant flotter ma robe, sa cape et mes cheveux. Tout à coup, mon estomac gargouille. Sortie de ma trompeur, je saute de mon perchoir, m'étirant avec un petit sourire aux lèvres :
- Je suis affamée ! Je n'ai rien mangé depuis que je suis morte !
- Moi aussi j'ai une faim de loup !
Il sourit, se frottant les mains.
- En route ! Allons manger un petit bout ! se lèche-t-il les babines.
Il me prend la main, la serre délicatement, me regardant d'une façon que je trouve très tendre. Une petite flamme chaude réchauffe alors mon cœur.
J'ai serré son immense main, froide au toucher. La lune éclairant notre chemin, côte à côte, vampire et assistante, nous nous sommes enfoncés dans les profondeurs de la nuit...
Fin du tome 1
Dans le prochain tome : Lily a dit adieu à sa vie d'humaine pour se joindre à Crepsley dans le Royaume des Ténèbres. De nombreux épreuves l'y attendent, dont certaines plus redoutables que tout ce qu'elle pu imaginer...
Zvezda95 : Voilà le premier tome terminé. Je tiens juste à faire une petite précision, l'image de la couverture de la fiction, c'est moi qui l'ai dessiné ^^. Allez gros bisous !
