Manga : Bleach

Auteurs : Jimi et Loli

Genre : révolution, jalousie et rock n' roll. AR léger (notamment au niveau de la chronologie)

Rating : M (autant prévoir)

Statut : en cours

Pairing : olala, quel suspens...

Spoil : léger spoil pour les capitaine des divisions 3, 5 et 9, pour ceux qui ne suivent pas les scan.

Disclaimer : Tite Kubo est le maître et possesseur unique et absolu de Bleach (mais vu ce qu'il en fait ces derniers temps, on pourrait aussi bien s'en emparer et le transformer en manga yaoi, ça serait pas du gâchis). Et en plus on est pauvres, même si on écrit de belles conneries sur nos shinigamis chéris.

NA : et pour tous ceux qui trouvent cette histoire de migration des âmes incohérente, adressez-vous à maître Kubo !

Warning : ce chapitre contient de la violence et des histoires tristes à la Dickens, et il n'a pas été relu et corrigé (parce que Loli est une fainéante)

LA THEORIE DE L'EQUILIBRE GENERAL


III

La mobilité des facteurs

La Justice est [...] le respect, spontanément éprouvé et réciproquement garanti, de la dignité humaine en quelque personne et dans quelque circonstance qu'elle se trouve compromise et à quelque risque que nous expose sa défense.

Proudhon


Les décisions s'étaient prises à la vitesse grand « v » après leur retour du monde des humains, surtout en regard du décalage temporel entre les deux dimensions. Les trois shinigamis restés chez les Mʻntşn devaient trouver le temps long, très long.

Ils avaient débarqué au Seireitei en fin d'après-midi, le soleil faisait blanchir les murs de chaux du Seireitei, et la chaleur accablante causait une apathie généralisée que l'équipe de shinigami rompit sans le moindre état d'âme. Et moins d'une heure après être revenus, le rapport du capitaine Kuchiki avait été lu, décortiqué et analysé par les instances concernées, l'ordre d'enquête à l'encontre de Renji avait été donné, et la division de recherche scientifique avait été entièrement mobilisée pour trouver des moyens de mener une synchronisation cohérente entre les deux mondes. Deux heures après leur retour, les membres de la mission étaient débriefés individuellement par des enquêteurs de la treizième et la neuvième division. Et à la fin de la troisième heure, Kurotsuchi annonça qu'il avait découvert les raisons du décalage temporel entre les deux dimensions.

« Nous vous écoutons capitaine, fit Unohana, dont tout le monde se demandait ce qu'elle foutait dans une réunion de ce type, mais à qui personne n'osa faire la moindre remarque. On ne fait pas de remarque à Retsu Unohana, surtout si on aime la vie.

- En fait il ne s'agit pas d'un décalage temporel à proprement parler. Disons simplement que la nature de cette dimension ne lui permet pas de conserver un ancrage temporel, elle est instable.

- Est-ce qu'il existe un moyen de stabiliser cette dimension ? Attaqua Kyoraku sans ambages.

Les autres capitaines et les chercheurs de la douzième division présents évitèrent de le regarder. Le bruit s'était répandu comme une traînée de poudre, que le capitaine Kyoraku était entré dans une rage folle en apprenant que le capitaine Ukitake était resté dans cette dimension où une journée s'écoulait comme une heure du Seireitei.

- La solution la plus simple, la plus rapide et certainement la plus provisoire serait de l'adosser à une autre dimension à la structure spirituelle assez proche pour que son rythme temporel se calque dessus.

- C'est possible sans qu'ils s'en rendent compte ?

Le capitaine le moins fréquentable du Seireitei eut un rictus de fou.

- Lorsqu'ils s'en rendront compte, il sera déjà trop tard. De plus, d'après les informations récoltés sur leur société, je doute qu'ils aient les moyens de remédier à une telle opération par leur propres moyens.»

Tous hochèrent la tête. Il n'y avait pas eu de débat à ce sujet. Tous étaient d'accord sur la nécessité d'aligner les chronologies entre les deux dimensions. D'abord, pour négocier, pour tisser des liens et pour essayer de connaître leur civilisation, il fallait pouvoir rencontrer régulièrement les gens. Impossible à faire si les chronologies sont si différentes. Ensuite, et plus dramatiquement, si le temps passait plus vite dans leur dimension, alors ils évoluaient plus vite, ils se fortifiaient plus vite, ils réagissaient plus vite. Il fallait mettre les deux dimensions sur un pied d'égalité, et cela passait par un alignement temporel.

« Quelle dimension pourrait servir de base pour cette modification ?

- Le Hueco Mondo me semble tout indiqué. En cas de dommages, le Seireitei ne sera pas touché, pas plus que le monde des humains, la trame temporelle du Hueco Mondo est plus ou moins semblable à la nôtre, et il n'y aura pas grand monde pour remarquer ce que nous y faisons ou pour nous en empêcher.

- Comment voyez-vous les choses ?

- Il faut deux équipes, une dans chaque dimension, qui établissent un lien au même moment. L'énergie spirituelle catalysée sera énorme, mais nous avons des procédés pour faire de genre de choses.

- Très bien, mettez sur pied une équipe immédiatement. Trois shinigamis, pas plus, iront officiellement relever les officiers Kotetsu et Akon. Qu'ils partent sans délai. Chaque heure qui passe ici est une journée là-bas.

Kurotsuchi s'inclina légèrement et eut à nouveau un sourire flippant. Faire mumuse avec des dimensions, c'était comme disséquer des humains vivants : un des rares plaisirs de son boulot.

- A vos ordres. »


Byakuya, quant à lui, avait d'autres chats à fouetter. À vrai dire, il avait un chat à fouetter, et encore, ce chat-là tenait plus du chien errant que du félin, et il n'allait pas le fouetter littéralement (hé oui, nous aussi on est déçus, il ne manquait qu'une scène SM pour faire de cette fic un chef d'œuvre). Cette enquête qui avait été ordonnée sur Renji, et que personne n'avait été assez fou pour lui dissimuler, n'augurait rien de bon. Il devait savoir avant tout le monde quels en seraient les résultats, et pour cela, il devait tout connaître avant les autres. Un avantage c'est qu'il était en charge des archives de la Soul Society et que si quelque chose concernant Renji avait eu lieu dans le passé, il pouvait le retrouver avant qui que ce soit d'autre. L'autre avantage, c'est qu'il avait sous la main une des personnes qui connaissait le mieux Renji. L'un dans l'autre, le capitaine réalisa qu'il était particulièrement bien placé pour tout apprendre son vice-capitaine. Et cela, pour une raison obscure, l'agaça.

Il lança un des serviteurs attachés au service des archives dont le clan Kuchiki a la charge à la recherche de toute indication concernant Renji dans les formidables volumes qui consignaient la mémoire du Seireitei. Et le soir-même, en partageant le repas avec sa sœur, il entreprit de lui tirer les vers du nez. Avec la subtilité d'un Byakuya Kuchiki, c'est-à-dire, à peu près aucune... non, absolument aucune.

« Rukia, j'aimerais que tu me parles du passé de Renji lorsque vous avez vécu au Rukongai.

La jeune femme en lâcha sa cuillère dans son bol de soupe, faisant gicler le liquide bouillant de partout, et s'étrangla avec la gorgée de soupe chaude qu'elle était en train d'avaler.

- Je... est-ce que je...

Est-ce que j'ai bien compris ce que vous venez de me demander ?

- Vous voulez dire... ?

Rarement Rukia avait été aussi surprise de la conduite de son frère, et l'entendre formuler ce genre de demande sans sourciller était à la limite de la science-fiction.

- Vous voulez que je vous parle de Renji ? »

Byakuya hocha la tête lentement. Sa sœur n'étant pas sourde, il en conclut qu'elle avait du mal à appréhender l'idée qu'il pouvait s'intéresser réellement à ses hommes, et à son vice-capitaine en particulier. Au plus profond de lui, il aurait bien aimé pouvoir se justifier et expliquer qu'il y avait une enquête et qu'il devait en apprendre le plus possible sur son crétin d'officier pour savoir exactement ce qui pourrait lui être reproché. Seulement, Rukia était le vice-capitaine d'une autre division, et il ne se sentait pas le droit de l'impliquer là-dedans. Et puis c'était sa sœur, et aussi longtemps qu'il pouvait la préserver des ennuis, aussi bien ce serait.

« C'est exact. Plus précisément de la période que vous avez passé ensemble au Rukongai.

La jeune femme se passa la main à l'arrière de la nuque, dans un geste que Byakuya reconnu comme calqué sur celui de Renji lorsqu'il se trouvait dans l'embarras, et elle finit par hocher la tête timidement.

- Je ne sais pas trop par où commencer. On s'est rencontrés dans une des rues du 78eme quartier, lui et sa bande venaient de voler un épicier ambulant et je les ai aidé à s'enfuir de la rue commerçante pour se réfugier dans le ghetto.

Byakuya se retint de lâcher le commentaire qu'il avait sur le bout de la langue. Pour l'instant, il devait simplement laisser Rukia parler.

- Je crois qu'il est arrivé au Rukongai à l'âge de deux ans. Je me souviens qu'il en avait parlé. Quand je l'ai connu, il avait une petite bande et ils traînaient dans le ghetto du 78eme quartier, ils vivaient de petits larcins, parfois faisaient des coups un peu plus gros, braquaient des commerçants du quartier, mais en gros, c'était du menu frettin.

La jeune femme eut un sourire nostalgique.

- Au ghetto, j'ai fini par vivre avec eux. Ils squattaient l'arrière boutique d'un apothicaire. D'après ce que j'ai compris à l'époque, c'est plus ou moins lui qui avait élevé Renji.

Elle redressa la tête et surpris le regard inquisiteur de son frère, et puis rabaissa les yeux immédiatement.

- On vivait pas trop mal encore. On récupérait de la nourriture chez les gens du quartier, on volait dans le 77eme et le 76eme en essayant de pas se faire choper par les gardes entre les quartiers. On faisait la cuisine à tour de rôle, on s'occupait de la chambre qu'on partageait. On s'occupait les uns des autres.

Elle soupira, comme perdue dans ses souvenirs.

- Peut-être que j'idéalise un peu. Sur le moment, on ne savait jamais vraiment ce qu'on allait manger chaque jour. Et puis il y avait des périodes entières où ça allait mal. Une fois, Shiro s'est fait prendre par les gardes entre les quartiers, ils l'ont passé à tabac pendant deux heures au moins, et puis ils l'ont pendu par les pieds à l'entrée du quartier, pour l'exemple. Et quand Renji a voulu aller le décrocher, il s'est fait tabasser aussi. Ils sont rentrés en rampant, et on n'a rien eu à manger pendant trois jours après, que de la bouillie qu'on allongeait à l'eau chaque jour un peu plus pour qu'elle dure. Toute la bouffe allait pour eux, pour qu'ils se remettent.

- Ça a duré longtemps ?

Rukia comprit parfaitement de quoi parlait son frère et hocha la tête.

- Un peu moins d'une dizaine d'années. Quand l'apothicaire est mort, les gangs ont décidé à qui la boutique reviendrait. Il a fallu négocier pour obtenir de garder la petite pièce où on vivait. Makoto, qui était le plus âgé d'entre nous, est allé bosser pour le gang. Et il est mort.

- Le gang ? S'enquit Byakuya.

Rukia hocha la tête, étonnée de l'ignorance de son frère adoptif. Pour elle cela coulait de source.

- Les gangs qui se partagent les quartiers les plus chauds du Rukongai. Dans notre quartier, il y en avait trois principaux, dont l'un était la branche cadette d'une des plus grosses organisations du Rukongai. Dans le ghetto, ils contrôlaient tout, à commencer par les logements. Chaque habitant devait leur payer un loyer, au pro rata du nombre de personnes hébergées et de l'espace occupé. On payait presque rien pour dormir dans la rue, et une fortune pour une maison en bordure du ghetto avec une porte qui ferme à clé.

- Comment payiez-vous ?

Rukia hocha la tête.

- Renji avait un accord avec l'apothicaire je crois. On n'a jamais eu à se priver pour payer tant qu'il était en vie.

- Quel genre d'accord ? Insista Byakuya.

Instinctivement, il avait senti la faiblesse dans le récit de Rukia. Quelque chose d'important qu'elle ignorait où bien qu'elle occultait. Elle s'agita sur son coussin, mal à l'aise.

- Je ne sais pas exactement. Je pense que ça a un rapport avec ses tatouages.

Elle tenta un regard implorant vers son aîné qui lui renvoya une expression indéchiffrable.

- Il lui arrivait de disparaître pour plusieurs jours, rien qui soit vraiment exceptionnel, parce qu'on avait tous parfois des coups à faire sans les autres, mais lui il revenait toujours les mains vides et dans un sale état.

Elle soupira, baissant la voix, comme si elle s'apprêtait à trahir un secret.

- Et il refusait qu'on s'occupe de lui. Ou du moins, il s'arrangeait pour rentrer tard dans la nuit quand on dormait. Makoto l'avait remarqué, et une nuit, je l'ai surpris en train d'espionner Renji se faire soigner par l'apothicaire.

- Et alors ?

Elle se racla la gorge. Toute trace de nostalgie avait disparu de sa voix.
- Je ne sais pas ce que Makoto a vu cette nuit, mais il n'a jamais plus parlé à Renji de la même manière.

Elle se tut, incapable d'aller plus loin. Ce n'était pas le genre de choses qu'elle voulait dire à son frère. Elle avait vu Makoto écarquiller les yeux, serrer les poings et puis passer une main devant sa bouche, avant de détourner le regard, l'air effaré. Elle se souvenait des seuls mots qu'elle avait entendu distinctement, venant de l'arrière boutique de l'apothicaire, la voix de Renji sur un ton désespéré «maintenant vous savez combien coûte le prix fort pour héberger quatre personnes ! ».

- Tu disais que cela avait un rapport avec les tatouages ?

Elle hocha la tête.

- Oui, de temps en temps, quand il revenait, il avait un nouveau tatouage. Il n'a jamais voulu nous dire ce que ça signifiait. Quand on lui demandait, il nous racontait des histoires à dormir debout, on a fini par arrêter de s'y intéresser.

Elle prit une gorgée de thé avant de continuer.

- Je ne sais pas ce qu'il magouillait, mais Renji n'aurait jamais rien fait de malhonnête si ce n'est pour nous protéger. Quoi qu'il en soit, à la mort de l'apothicaire les choses se sont compliquées. Et puis on a perdu Makoto chez les Takenaka.

- Les Takenaka ?

- Le nom du gang qui dominait le 78eme à l'époque. Et puis il y a eu une guerre des gangs dans le ghetto, c'est à ce moment-là qu'on est parti vers le quartier. Là pour le coup, ce n'est pas un secret, Renji a travaillé pour les Takenaka pour payer notre sortie du ghetto.

Byakuya encaissa la nouvelle avec placidité. Survivre aussi longtemps dans un monde aussi dur que le Rukongai ne pouvait pas se faire sans sacrifice. Généralement, les shinigamis qui provenaient des quartiers les moins bien famés du Rukongai était des criminels.

- Et puis Shin est mort de maladie. On a essayé de le faire soigner, mais les médicaments coûtaient trop cher pour nous.

Elle soupira profondément. Ça avait été la période la plus dure, Shin était resté malade pendant près d'un an, Shiro et elle-même se débattaient pour trouver de la nourriture et des médicaments, et Renji disparaissait presque tous les dix jours, il revenait épuisé et irritable, et, cela était pire que tout le reste, il ne lui parlait presque plus. Ça avait été une année pendant laquelle Renji l'avait systématiquement évitée, et ne lui adressait la parole que lorsqu'il ne pouvait pas faire autrement. Rukia se souvint s'être emportée à de nombreuses reprises contre lui. Elle se souvint des larmes, des coups, de la tension continuelle, des reproches de Shiro.

- Quand il est mort, Renji nous a annoncé qu'il fallait qu'on essaye de quitter le quartier, qu'on ne s'en sortirait jamais vivant. Mais pour ça, il fallait payer des passeurs, et c'était compliqué. Et puis je n'étais pas d'accord.

Byakuya s'arracha au tableau déprimant que Rukia dessinait sous ses yeux pour remarquer.

- Pourquoi cela ?

Elle haussa les épaules.

- À l'époque je pensais que, pour des gens comme nous, qu'importe le quartier, on serait toujours des moins que rien. J'imagine que la situation était plus dure pour Renji qui devait travailler pour les mafieux. On s'est pas mal disputés cette année-là. Entre la mort de Shin et cette idée de quitter le quartier... Shiro était d'accord avec moi, il avait décidé de travailler pour les Takenaka lui aussi, Renji a essayé de l'en empêcher, ça aurait pu très mal tourner.

- Que s'est-il passé ?

- En fin de compte, le gang n'a pas voulu de Shiro, ils ont...

Rukia s'interrompit. Il n'était peut-être pas opportun de révéler que les mafieux avaient voulu l'embaucher elle, à la place de Shiro, et certainement pas pour servir d'homme de main.

- Oui ?

- Et puis a peu près à ce moment-là, il y a eu une nouvelle guerre des gangs dans le quartier. Ça a été très violent, meurtrier. Mais pour nous c'était une bonne chose, ils ne s'intéressaient plus à nous pendant ce temps-là.

Byakuya haussa un sourcil.

- Renji travaillait toujours pour eux pendant cette guerre des gangs ?

- Je le pense, oui. Enfin, il nous quittait toujours pour plusieurs jours à chaque fois. Mais je ne me souviens pas l'avoir vu dans la rue pendant les affrontements, ni de l'avoir vu revenir blessé.

Le capitaine hocha la tête lentement. Les vols, les fraudes, des menus larcins sans conséquences. La mafia, c'était déjà plus grave, mais rien de vraiment compromettant vu l'environnement dans lequel ils avaient grandis. Mais il soupçonnait quelque chose en plus, quelque chose de moins avouable et de plus problématique.

- Quel genre de travail faisait-il pour ces Takenaka ?

Rukia secoua la tête.

- Il n'a jamais voulu me le dire, jamais précisément.

- Mais tu as ton idée sur la question, insinua le capitaine.

Rukia haussa les épaules en baissant les yeux.

- Oui, bien sûr. J'ai toujours soupçonné qu'ils utilisaient ses capacités de shinigamis. C'est rare de maîtriser son reiatsu dans ce genre de quartier, et ceux qui y parviennent sont très souvent employés par des groupes puissants. Ils ont du voir le potentiel de Renji.

Elle releva la tête.

- Je dis ça parce que ça m'a toujours étonné qu'ils n'aient pas embauché Shiro alors qu'ils étaient intéressés par moi. Et puis c'est bien connu que les gangs ont intérêt à contrôler les personnes les plus puissantes d'un quartier.

Byakuya remua pensivement sa soupe. Si c'était bien le cas, il y aurait toujours un doute sur la loyauté de Renji, surtout s'il avait encore des liens avec ce gang. Or son vice-capitaine était connu pour effectuer de fréquentes visites au Rukongai.

- Comment avez-vous décidé d'entrer à l'académie ?

Rukia reprit son récit, toujours aussi sombre.

- Un jour Renji et Shiro se sont violemment disputés, une fois de plus, toujours sur cette idée de quitter le 78eme quartier. Renji est parti furieux en claquant la porte. Moi j'étais juste passée entre deux livraisons, à l'époque je travaillais pour une prêteuse sur gage, c'était pas trop mal payé et elle me fournissait les repas. J'ai juste vu Renji partir et Shiro lui gueuler dessus. Le soir-même, quand je suis rentrée, l'immeuble où on logeait était ravagé par un incendie. Tout le monde était paniqué, c'était le chaos total. L'incendie s'est propagé à d'autres maisons et n'a pu être éteint que tard dans la nuit.

Elle fit une pause et avala une nouvelle gorgée de thé.

- J'ai retrouvé Renji au petit matin, il était dans un sale état, et on a découvert que Shiro n'avait pas pu fuir l'immeuble et qu'il était mort dans l'incendie.

Elle inspira profondément avant de continuer.

- Tout ça, ça nous a dévasté. Le jour même, on a enterré Shiro à côté de Shin et Makoto et puis je suis partie me renseigner pour intégrer l'académie.

- Et Renji ?

- Je ne sais pas ce qu'il a fait de sa journée, il m'a rejoint au bureau d'inscription de l'académie au milieu de la nuit.

Elle avait voulu garder un ton neutre, mais c'était difficile après avoir passé en revue les pires années de son enfance comme s'il s'agissait de la vie de quelqu'un d'autre.

- Mais tu as une idée de ce qu'il a fait ce jour-là ? Insista encore une fois Byakuya qui commençait à entrevoir la profondeur du lien qui unissait ces deux-là.

Elle hocha la tête.

- Le lendemain matin, j'ai appris que le quartier général de Takenaka avait été ravagé par un incendie dans la soirée. Je ne lui ai pas demandé, et il ne m'a rien dit, mais c'est... c'est un non-dit entre nous, je sais juste que c'est lui.

Byakuya hocha la tête. Un incendie criminel contre un repaire de mafieux, sans aucune preuve, vieux de plusieurs décennies. Là non plus, rien qui ne puisse être imputé au vice-capitaine. Et puis, sans prévenir, Rukia se redressa à demi, les deux mains sur la table et un regard fier dardé sur son frère.

- Vous n'allez pas reprocher quoi que ce soit à Renji n'est-ce pas ? Tout ça, c'était au Rukongai, c'était il y a des années, et c'était pour nous protéger !

Surpris par une telle fougue, Byakuya eut un léger mouvement de recul.

- Je n'ai rien à reprocher à Renji, au contraire.

Sceptique, Rukia se remit à picorer dans son bol de riz en lançant un regard dubitatif à son frère.

- Il y a d'autres personnes au courant de ce...

Il chercha ses mots laborieusement. Quand on est né avec une cuillère en argent dans la bouche et qu'on grandit dans le soyeux cocon de la haute noblesse, on connaît des moments difficiles, mais pas à ce point.

- De votre passé ? De votre enfance ?

Rukia haussa les épaules.

- Nous étions tous les deux. Peut-être qu'à ses amis les plus proches...

Elle soupira.

- Renji ne se cache pas des conditions dans lesquelles nous avons vécu. Il a pu raconter des choses à Ikkaku, Kira... ou Shuhei.

- Shuhei Hisagi ? La coupa le capitaine.

- Heu... oui. Ils s'entendent bien.

Byakuya rumina cette information quelques longues secondes. Hisagi étant le vice-capitaine de la division en charge de la police interne du Seireitei, il serait forcément au courant de l'enquête, et il serait fort bien placé pour y apporter ce genre d'éléments.

- Penses-tu qu'il ait pu admettre être coupable de cet incendie à d'autres personnes ?

La jeune femme baissa la tête, incertaine.

- Il ne m'a rien dit, alors j'ai la faiblesse de croire qu'il ne dira rien à personne d'autre. Cela dit, je ne sais pas... il est très proche d'Ikkaku, entre autre. Je l'imagine parfaitement lui confier ce genre de choses.

Et puis elle eut un sourire en coin.

- On ne dirait pas comme ça, mais Renji est très sentimental.

Byakuya s'abstint de tout commentaire. Entre sentimental et idiot, la limite était parfois ténue. Au lieu de cela, il fixa sa sœur d'un regard indéchiffrable.

- Tu n'as pas eu la vie facile. »

Il ne pouvait s'empêcher de voir Hisana, et il ne pouvait s'empêcher de comprendre, voire d'approuver Renji, de s'être compromis pour protéger cette jeune femme. Lorsqu'il avait vu pour la première fois Hisana au Rukongai, il avait pensé que même au beau milieu du fumier, la rose pouvait fleurir et s'épanouir, pure et parfaite. Et il avait vu son devoir : protéger cette fragile beauté qui avait survécu à l'enfer, l'arracher de la fosse et lui donner le jardin qui seul sied à cette éphémère perfection.

« Oui, heureusement qu'on était en bande. A plusieurs, on est plus forts.

Et Byakuya hocha la tête. C'était peut-être bien là la différence. Hisana avait toujours été seule, et même durant le temps de leur vie commune, il avait devinée son indéfinissable solitude. Et c'est lorsqu'elle lui avait avoué avoir abandonné sa sœur à son arrivée dans le Rukongai qu'il avait compris. Hisana avait porté la solitude pour deux, la sienne et celle de sa sœur, le prix de l'abandon, comme un fardeau. Elle n'avait jamais voulu quitter cette solitude, par peur de trahir la mémoire de sa cadette. Rukia, au contraire, n'avait jamais connu cette culpabilité, sa solitude était devenue courage, et son courage avait anéanti la solitude.

Et puis le capitaine revint à son objet premier et bien plus problématique. Renji et sa vie dissolue.

- Il retourne souvent au Rukongai...

- Renji ?

- Non, le pape ! (Nan, on déconne, il aurait jamais dit ça le Byakuya. C'était juste pour dire Viva il papa ! Viva Francisco !) Bref, le capitaine se contenta de hocher la tête. Et Rukia eut un regard timide.

- Oui, au moins trois fois par an.

Il haussa un sourcil.

- Pour l'anniversaire de la mort de Shin, Shiro et Makoto.

Et Kuchiki sentit une brutale vague d'estime pour son bon à rien de vice-capitaine, un mouvement qui lui donnait envie de dire « voilà un homme d'honneur », mais qu'on se rassure, jamais ces mots ne franchiraient ses nobles et désirables lèvres... (on a dit désirables ? Ah oui tiens).

- Je le savais pas. Enfin, je ne savais pas qu'il le faisait encore. La dernière fois il m'a proposé de l'accompagner.

- Que fait-il là-bas lors de ses visites ?

- Il va boire un verre au resto où on volait du riz autrefois, il achète de quoi faire ses libations. Et puis il va à l'endroit où il y avait l'apothicaire autrefois. Et il y reste la journée.

- Qu'est-ce qu'il y a maintenant à la place de cette échoppe.

La jeune femme adopta un air pensif qui ne trompa pas son frère une seconde.

- Je ne sais plus très bien ce que...

- Rukia.

- Hem. Un bordel il me semble.

Et voyant son frère froncer les sourcils, elle rectifia rapidement.

- Une maison de tolérance. Mais Renji y va juste par... par nostalgie. C'est de notoriété publique qu'il n'a jamais été client de cette maison.

- De notoriété publique ?

Elle haussa les épaules.

- Ben oui, le petit voyou devenu shinigami, c'est pas courant dans le quartier, alors il ne passe pas inaperçu.

- Et que fait-il après ?

- Et bien, le soir venu, il se rend sur les tombes de nos amis et leur rend honore. La dernière fois, quand je l'ai accompagné, il est resté deux bonnes heures. On a pique niqué sur les tombes. Et puis on est rentré. Pour avoir discuté de ça avec la tenancière de la maison de passe, il me semble qu'il fait toujours cela.

Byakuya hocha la tête, presque satisfait.

- Il n'a jamais repris contact avec le gang Takenaka ?

- Pas que je sache.

Byakuya hocha la tête et puis, réalisant que sa sœur n'avait rien avalé durant toute la durée de son récit, il lui indiqua son bol encore plein.

- Merci Rukia, je suis conscient que me révéler cela a dû te coûter. Mange je te prie.

Elle hocha la tête et puis avala une bouchée de riz avant de demander.

- Renji a des ennuis ?

Le capitaine eut un instant d'hésitation et puis il hocha la tête.

- Je m'emploie à les lui éviter.

- Hem...

- Oui ?

- Je pense que, quoi que vous cherchiez dans son passé, vous pouvez interroger directement Renji.

Byakuya eut l'air pris au dépourvu.

- Il ne se cache pas de son passé. Et je ne pense pas qu'il vous mente si vous lui demandez.

- Ah oui ?

Byakuya n'avait pas voulu avoir l'air ironique, mais c'est pourtant ainsi que la jeune femme le perçu.

- Il ne vous mentirait pas. Pas à vous. Il vous respecte bien trop pour cela. »

Le capitaine hocha la tête et termina son repas en silence, méditant les informations qu'il venait de recevoir. En soi, rien qui ne puisse porter atteinte à son vice-capitaine. Cela dit, mis bout à bout, la participation aux activités du gang, les incendies criminels, et les nombreuses visites à son quartier d'origine. Ces liens avec un gang du Rukongai jetaient une ombre sur les états de service de Renji Abarai.

Une fois leur repas terminé, Byakuya souhaita une bonne nuit à Rukia et partit s'enfermer dans les vastes salles des archives, où l'attendait l'un des secrétaires qui assistaient la famille Kuchiki dans la gestion de la mémoire et du patrimoine du Seireitei, vaste tâche s'il en est.

Ce dernier lui présenta les trois volumes qui devaient contenir des informations sur son vice-capitaine. Sans surprise, le premier était consacré aux états de services des shinigamis par ordre alphabétique, le second concernait les archives de l'académie shinigami, et le troisième, était relatif aux affaires du Rukongai.

D'un geste de la main, il congédia le shinigami. Ce dernier s'effaça avec une discrétion propre aux larbins des grandes maisons, qui sont toujours là mais qu'on ne voit jamais.

Et Byakuya s'installa à sa table, pour compulser le dernier volume, l'ouvrant à la page marquée d'un signet. Sans surprise, il contenait des rapports de police concernant le 78eme quartier, et un de ses habitants du nom de Renji Abarai. Une arrestation pour vol à l'étalage. Byakuya haussa le sourcil, il s'y attendait, ça ne le surprenait pas, c'était encore plus subtil que ça : ça l'attristait de voir que Renji avait gâché ses talents si longtemps. Seconde arrestation, rixe. Troisième arrestation, rixe... avec les forces de l'ordre. Quatrième arrestation, rixe... ayant entraîné la mort d'un des voyous. Cinquième arrestation, rixe en bande organisée. Ça y est, il en arrivait à sa période « gang Takenaka ». Plus d'arrestations pendant trois ans. Soit le gang avait le bras très long, soit Renji s'était tenu à carreau. Sixième arrestation.

Byakuya eut un mouvement de recul. Il ignorait qu'on pouvait être arrêté pour ça au Rukongai. Il ignorait même que cela constituait un délit. Et il n'aurait jamais pensé voir le nom de son vice-capitaine accolé à ce délit.

Sixième arrestation : violation des termes du contrat de protection.

Il ne lui fallut pas plus de quelques minutes pour trouver un code du droit en vigueur au Rukongai. Depuis le temps, il connaissait ses archives par cœur.

Toute organisation légalement formée offrant toutes les garanties de respect de l'ordre public peut prétendre à la protection de résidents d'un immeuble, d'une rue, d'un quartier contre rémunération proportionnelle à la nature de la protection exercée. L'acceptation de cette protection tient lieu de contrat tacite.

Byakuya Kuchiki eut une moue dégoûtée. Le racket organisé légalement. Oui, il y avait de quoi fuir cet endroit.

En cas de violation des termes du contrat de protection, celui-ci est considéré comme nul et non avenu.

Il examina plus en détail le procès-verbal. Le nom du requérant lui sauta aux yeux. Takenaka Keiichi. Vue la date, ça devait correspondre à la période où ils avaient quitté le Rukongai. Il ne fallait pas être un génie pour comprendre, et Byakuya n'étant pas un génie, il comprit. Renji s'était rebellé contre le gang pour Dieu sait quelle raison. Et ils avaient mis le feu à l'immeuble où il habitait, probablement en sachant sciemment qu'il ne serait pas dedans. S'ils tenaient à ses services, ils avaient dû faire le maximum pour le garder. Il avait dû se sentir terriblement coupable de la mort de leur ami dans l'incendie, c'était peut-être ce qui l'avait décidé à partir, ou tout simplement une fois qu'il ne restait que lui et Rukia, ils avaient un refuge tout indiqué.

Il ouvrit un autre volume et chercha un nom, suivant du doigt l'écriture minuscule du clerc qui avait couché tout cela par écrit.

Et finalement il y parvint : Takenaka. Clan sévissant dans les 75, 76, 77 et 78eme quartiers. Branche cadette de la famille Kazura, qui domine les vingt quartiers les moins bien famés du Rukongai. Activités : racket, prostitution, trafic d'esclaves.

Le capitaine fronça les sourcils. Il ne savait pas quelle branche de cette activité nauséabonde le décevrait le moins. La prostitution était la plus avilissante, mais au moins elle n'impliquait pas une participation active de la victime ; le trafic d'esclave était, à ses yeux, l'activité la plus dégradante dont on pouvait se rendre coupable, les commerçants de vie humaine méritaient à peine la qualification d'humain eux-même. Mais selon toute probabilité, Renji avait dû être employé au racket. Les jeunes membres de gang étaient rarement assez matures et maître d'eux-même pour servir de maquereaux, et pas assez expérimentés pour faire de bons marchands d'esclaves. Homme de main, destiné à de menus larcins, des procédés intimidation, peut-être quelques passages à tabac. Rien de très grave.

Poursuivant sa lecture du triste portrait de ce clan, Byakuya eut un moment d'incrédulité. Parmi les chefs de la famille Takenaka, Keiichi avait été le huitième, et il n'avait été en poste que deux ans. En comparant la date de sa mort avec celle de l'arrestation de Renji, il constata que les deux avaient eu lieu à deux semaines d'intervalle. La biographie du chef de gang se terminait « cause du décès : incendie criminel » puis « coupable présumé : non identifié ». S'il en croyait le récit des événements, cela avait eu lien en pleine période de guerre des gangs, et l'incendie avait des airs de représailles contre Keiichi Takenaka uniquement, ce qui semblait accuser soit un lieutenant trop ambitieux, soit un ennemi. Ou bien encore un jeune homme lassé de se faire exploiter par les mafieux, vengeant son ami mort dans un incendie similaire. À l'heure actuelle, le chef du clan Takenaka était Keijiro, le frère cadet de Keiichi, il était son second au moment des faits.

Un instant Byakuya tritura une idée incongrue dans son esprit, et puis il la mit à distance et la contempla. Il l'observa sous toutes les coutures, il la tourna, retourna, renversa, il l'examina comme s'il s'agissait d'un objet qu'on sait très dangereux mais dont on ignore d'où viendra le danger. Et puis l'idée lui fit un petit signe de la main, avec un sourire encourageant. Le capitaine se rapprocha de son idée incongru et dut bien admettre qu'elle était plutôt intelligente dans le fond, presque raisonnable. Il ne lui en fallut pas plus pour céder à cette excellente idée complètement incongrue. Ce qui fait que moins d'une demi-heure après, le capitaine Kuchiki était aux portes du quartier général du clan Katenaka, au cœur du 78eme quartier du Rukongai.


Hisagi buvait. Pour oublier la honte. La honte qui le submergeait à l'idée de saouler son ami pour lui soutirer des informations. Et plus il buvait, plus il délirait, plus il délirait, plus il culpabilisait, et plus il culpabilisait, plus il buvait. Il était pris dans un véritable cercle vicieux, et ce n'était pas seulement parce qu'il était coincé entre Renji, Ikkaku et Yumichika.

Lorsque son capitaine avait lancé l'idée d'aller questionner en douce Renji, Hisagi avait accepté l'idée avec entrain, en ajoutant inconsidérément un truc du genre « j'arriverai bien à lui faire dire des trucs sur les ennemis, au pire ce sera des confidences sur l'oreiller, depuis le temps qu'il rêve de me sauter ». Bon, concrètement, ce n'était pas dit ainsi, mais c'est ainsi que le capitaine Kensei l'avait entendu. Ce à quoi il avait répondu que c'était bien d'être à fond dans son boulot, mais qu'il y avait des limites à tout. Et Hisagi avait haussé les épaules. « Vous en faites pas capitaine, je vais plutôt lui bourrer la gueule, il n'aura pas l'occasion de poser le petit doigt sur moi ». Ce que le vice-capitaine avait oblitéré, c'est la capacité absorption d'alcool de son collègue, largement supérieure à la sienne.

Il avait vainement cherché Renji dans sa capitainerie, jusqu'à ce qu'un officier qui devait avoir pitié de lui, lui indiqua gentiment qu'à cette heure du soir, si Renji n'était pas dans ses quartiers, c'est qu'il était au Zanpakuto émoussé en train de se murger. Et Hisagi avait trouvé cette perspective tout à fait réjouissante.

Et voilà comment le brave Hisagi Shuhei se trouvait à près d'une heure du matin, attablé dans un bouge rien moins que mal famé avec trois officiers tout aussi ivre que lui, dont l'un avait entonné une chanson paillarde à la plus grande joie de l'ensemble de la clientèle de l'établissement, qui ressemblait plus à ce qu'on s'attend à trouver en prison que dans un bar. Et tout ça, par pure conscience professionnelle.

Il contempla la bouteille à moitié vide, ou à moitié pleine, selon le point de vue, avant se servir une nouvelle rasade. De toute façon, tant que Renji chantait à tue-tête que la « fille du tavernier avait vu tous les sabres du régiment », il ne pouvait pas l'interroger.

« Hisagi, tu tires la tronche, t'es chiant, qu'est-ce que t'as encore ?

Le vice-capitaine haussa les épaules.

- Il est obligé de faire ça ? Grogna-t-il en désignant Renji de l'index.

- Quoi ? Se mettre debout sur la table et chanter ?

- Ça et tout le reste.

Ikkaku repoussa la main baladeuse que Yumichika baladait sur lui et haussa les épaules.

- Ben il est comme ça, on le changera pas. C'est pour ça que tu tires la gueule ?

Le vice-capitaine haussa à nouveau les épaules, faisant ainsi comprendre avec tact et délicatesse qu'il n'avait aucune occasion de répondre à cette question.

- Et puis pourquoi vous êtes revenus vous ?

Yumichika s'incrusta dans la conversation, à moitié sur les genoux de son « collègue ».

- L'équipe d'intellectuels de la douze a préféré emmener Sasakibe et un autre crétin de la dixième...

- ... Wakatabe, indiqua Ikkaku.

- Ouais, Wakatabe, en prétextant qu'on était trop...

- Cons ?

- Nan, c'est pas le mot mais l'idée y est.

- Trop imprévisibles. Et puis c'est on ne peut plus logique, ces tarlouzes de la douze ne peuvent pas nous piffer à la onze.

Hisagi examina le contenu de son verre, retira un moucheron qui faisait trempette dans l'alcool, et puis daigna enfin commenter l'information.

- Vous êtes quand même super mal placés pour les traiter de tarlouzes, vous deux.

Ikkaku eut l'air surpris.

- Je vois pas en quoi.

- Ben...

Le vice-capitaine haussa à nouveau les épaules. Il pouvait pas tout expliquer non plus. Il jeta juste un regard désespéré aux deux gars en face de lui.

- Il vous a parlé de ce qui s'est passé là-bas ?

Ikkaku hocha la tête.

- Ouais. Il est resté deux mois en vacances à boire et baiser, c'est une civilisation de bouseux déjantés, et il serait bien resté là-bas si on lui avait demandé son avis.

Yumichika ajouta d'un ton lourd de sous-entendus.

- Et il s'est fait plein d'amis là-bas.

- Ouais, j'avais compris l'idée générale.

Hisagi se prit la tête entre les mains, renversant au passage son verre, provoquant une double expression atterrée chez ses interlocuteurs.

- Pourquoi est-ce qu'il est comme ça ?

Les deux hommes se dévisagèrent, s'accordant muettement sur le fait que l'état de santé mentale de leur compagnon de beuverie ne s'arrangeait pas. Finalement Ikkaku reprit, d'un ton docte.

- Les gens sont comme ils sont, on les change pas sous prétexte qu'ils nous plaisent pas.

Son compagnon ajouta son grain de sel au sermon.

- Et on supporte ça justement parce que c'est un pote, et parce qu'on sait que lui en fait de même pour nous.

Hisagi dessinait des petits cercles sur la table avec l'alcool renversé.

- Ouais mais...

- Regarde, on te supporte alors que tu es dépressif et chiant comme la lune, fit Ikkaku dans le but évident de remonter le moral de Shuhei.

- Et en plus tu as un goût totalement vulgaire pour les grosses poitrines, ajouta Yumichika, qui, en matière de goût vulgaire est plutôt bien placé pour parler.

- Les grosses poitrines, c'est le Bien, protesta faiblement le grand dépressif.

- Il est vachement atteint, décréta le Maître incontesté du bon goût et des sourcils extravagants.

- Les mecs... qu'est-ce que vous feriez si un de vos potes avec des emmerdes... et que vous deviez décider entre lui filer un coup de main ou faire votre boulot ?

Cette fois-ci les deux larrons se tinrent coi. Ils attendirent et observèrent. Hisagi ne semblait pas déconner, ni les mener en bateau.

- Pourquoi tu nous demandes ça à nous ?

- Ben... parce que Renji je sais déjà ce qu'il fait quand ça arrive.

- Ah ouais ?

Le ton était plus que dubitatif.

- Ouais... il fait semblant de faire son boulot et puis dès que l'occasion se présente, il vol à la rescousse des potes.

Preuve que les deux brutasses ont un cœur, ils échangèrent un demi sourire.

- C'est pas pareil, Rukia il était amoureux.

- Il est amoureux de tout le monde de toute façon.

- C'est pas tout à fait vrai, mais c'est pas complètement faux non plus.

La conversation allait donc devenir vachement philosophique, mais heureusement que Renji choisit pile ce moment pour se prendre les pieds dans la vaisselle posée sur la table et s'écraser comme un sac entre les trois shinigamis.

- Cool. On parlait de toi justement.

- En mal j'espère ? Marmonna le vice-capitaine en essayant d'extraire la moitié gauche de son visage du bois de la table.

- T'as pas idée, susurra Yumichika.

- Allé, sors-toi de là, tu nous fous la honte.

Tout en glissant de la table pour prendre place sur le banc à côté de Hisagi, Renji ne manqua pas de protester.

- Ils m'ont applaudis ! Les gens m'ont applaudis !

- Ils sont tous bien plus ivres que nous. Et y'en a deux-trois qui ont cru que c'était un numéro comique.

Renji, tout en rajustant son hakama qui remontait un tout petit peu, fila un coup d'une brutalité toute fraternelle dans le dos de Hisagi, qui faisait toujours une tête de déterré.

- Bon, qu'est-ce que t'as encore toi ?

- Franchement, j'y crois pas. On te laisse deux mois dans une dimension inconnue et toi tu ce que tu trouves à faire, c'est baiser et faire la fête.

- Fallait bien que je m'intègre.

- Y'a d'autres moyens.

- Lesquels ? Demanda Renji, sincèrement intéressé.

- Ben je sais pas... discuter, échanger sur la culture... visiter la ville.

- Ah ouais, mais ça c'est de l'intégration de jour. Moi je fais aussi l'intégration de nuit.

- Tu peux dire ce que tu veux, dans le fond t'es qu'un gros queutard.

Un silence méditatif salua la déclaration de Hisagi, jusqu'à ce que Yumichika revienne au sujet d'origine sans prévenir.

- Si tu veux vraiment savoir, Hisagi, il y a un moment où faire son devoir est en exacte opposition avec sa conscience. Et c'est à ce moment-là qu'on choisit entre les deux. Généralement, on choisit sa conscience, à quelques exceptions près.

Renji en laissa échapper son verre, rattrapé d'extrême justesse par Ikkaku qui a non seulement d'excellents réflexes, mais également le sens des priorités.

- Wouah... vous parliez de quoi exactement ?

Hisagi, qui décidément était le plus saoul des quatre, résuma le tout en moins de deux phrases.

- De pourquoi t'as pensé à sauver Rukia que après que Ichigo t'ait latté.

- Ah.

Renji se resservit un verre, l'avala d'un trait, et reprit.

- Ouais, dans ce cas je suis d'accord avec toi Yumi.

- Ah ouais ?

- Ben disons qu'il y a un moment, un seuil... une limite. Quand elle est franchie, alors on sait que ce qu'on est censé faire est en contradiction avec sa conscience. C'est un peu ça ?

- Ouais totalement.

Ils se tournèrent vers Hisagi, qui avait la mâchoire inférieure tombée au sol et la bave lui dégoulinant des lèvres.

- Gné ?

Les trois autres shinigamis se regardèrent.

- Il tient pas l'alcool, hein ?

- Ouais.

- C'est le moins qu'on puisse dire.

- Oh me prenez pas pour un con.

- On n'a jamais dit ça, juste que tu tenais pas le vin.

- Continues Renji, faut que je comprennes.

- Et bien c'est simple. En principe, c'est mon devoir qui passe avant tout. Mais quand mon devoir vient heurter ma conscience, je dois choisir de suivre ma conscience.

- C'est là que je décroche. Pourquoi ta conscience ne pourrait-elle pas te tromper ?

Le vice-capitaine eut une mimique amusée.

- Mais c'est que ça deviendrait presque élevé cette conversation. D'abord je parle de ma conscience, pas de ma volonté. Exemple : si mon capitaine me dit de venir bosser au lieu de glander, ça heurte ma volonté, mais pas ma conscience. Maintenant s'il me dit de participer à l'exécution d'une peine disproportionnée, qui condamne ma meilleure amie à mort, ça heurte ma conscience.

- Okay. Mais là encore, pourquoi ta conscience vaudrait mieux que ton devoir ?

- Parce qu'elle est basée sur des principes qui ne changent pas, comme la justice, la liberté, l'amitié... Alors que mon devoir est basé sur des ordres, qui eux peuvent dire blanc un jour, et noir le lendemain. En plus si je suis ma conscience, je demeure le seule responsable de mes actes, et je devrais en rendre compte, en bien comme en mal. Mais si je suis des ordres, si je me réfugie derrière mon devoir, alors je substitue une autre responsabilité à la mienne. »

Hisagi en était comme deux ronds de flan, la langue pendante, le regard vitreux.

« On l'a perdu, fit remarquer Yumichika.

Et Ikkaku lui fila un coup de tatane dans les mollets pour vérifier s'il vivait toujours.

- Mais comment t'en es venu à penser à tout ça ?

Renji haussa les épaules, comme si c'était évident.

- Tu crois que j'ai pas pris le temps de réfléchir avant d'aller provoquer mon capitaine en duel ? »


Il n'eut pas besoin de frapper le moindre coup à la porte, celle-ci s'ouvrit dès qu'il s'immobilisa. Une silhouette longiligne se découpa dans l'embrasure de la porte, et Kuchiki eut un instant d'hésitation pour finalement décider que c'était une jeune femme qui venait de lui ouvrir, tant l'androgynie de la jeune personne était parfaite.

Elle s'inclina avec respect et, les yeux toujours baissés, elle fit signe à Byakuya d'entrer dans un vaste vestibule qui aurait pu être un restaurant de luxe, vu la qualité du mobilier et la profusion de fauteuils et de tables.

D'un geste de la main, elle lui indiqua l'un des fauteuils, éclairé par la faible lueur d'une liseuse éclairée juste au dessus de la table attenante.

Le capitaine hocha la tête et resta debout, regardant la jeune femme s'éloigner, presque flottant au dessus du sol tant sa démarche était aérienne.

Trafic d'esclaves, prostitution, furent les mots qui lui vinrent à l'esprit. Qui sait à quoi elle a été confrontée pour en arriver à ce rôle d'hôtesse d'accueil.

La salle était bien chauffée, et Byakuya écarta les pans de son manteau. Dehors, une pluie fine avait commencé à tomber dès le crépuscule et, sans mouiller, elle gelait la peau plus sûrement que de la neige. Il n'eut pas à attendre longtemps, bientôt la jeune femme revint, précédée d'une autre, au style bien moins ambigu. Grande et forte, ses cheveux noirs tirant sur le gris retenus en arrière dans un chignon sévère, vêtue d'un kimono tout aussi strict, gris foncé, elle avançait d'un pas assuré, sans aucune timidité, d'un pas de maîtresse de maison.

« Bonsoir, je suis Sorou, l'intendante de cette maison.

Kuchiki répondit d'un simple hochement de tête, ce qui ne sembla pas perturber outre mesure l'intendante.

- Nous ne nous attendions pas à la visite d'une personne de votre rang ce soir, veuillez excuser la modestie de notre accueil.

À nouveau Byakuya ne répondit pas, mais secoua brièvement la tête. Il ne venait pas pour la chaleur de l'accueil. S'il avait pris soin de ne pas venir en uniforme, il ne pouvait pas cacher la facture précieuse de ses vêtements, le tissu raffiné de son manteau et il ne pouvait non plus se départir de cette attitude de supériorité, d'aisance, qui l'identifiait inévitablement comme un noble qui n'a pas l'habitude de se voir manquer de respect.

- Que pouvons-nous faire pour vous, messire ?

Le capitaine se pencha légèrement, l'intendante Sorou était plus petite que lui de deux têtes.

- Je veux rencontrer Keiijiro Takenaka.

Sorou eut un mouvement de recul et un réflexe qui forma sur ses lèvres le mot « non », mais le regard noir de Kuchiki l'empêcha de le prononcer.

- Certainement, puis-je savoir pour quelle raison ?

Cette fois ce fut Byakuya qui faillit dire « non ». Mais lui aussi se retint.

- Affaire personnelle.

Sorou se racla la gorge en lançant un regard surpris aux habits de Byakuya. D'ordinaire lorsqu'un client « de la haute » se sentait offensé par les services de la maison, ou par quoi que ce soit imputable au clan, satisfaction lui était donnée le plus rapidement. Les clients mécontents étaient rares.

- Il ne s'agit pas d'une vengeance, si c'est ce que vous craignez, intendante. Je suis à la recherche d'informations, et je suis pressé.

Le message sous-jacent fut on ne peut plus clairement entendu.

- Je vais voir, fit Sorou avec une nouvelle courbette. Yuki vous servira de quoi patienter, ajouta-t-elle en faisant signe à la jeune femme de s'avancer. »

Tandis que l'intendante quittait le vaste hall, Yuki s'était avancée et attendait que Byakuya demande quelque chose.

Ce dernier, tout en demeurant debout, raide comme la justice, toisa la jeune femme avec prudence. Et puis il secoua la tête et indiqua un des fauteuil à l'hôtesse qui s'installa dedans après quelques secondes d'hésitation.

« Je ne désire rien. Depuis combien de temps es-tu au service des Takenaka ?

La voix qui lui répondit était basse et rauque.

- Six ans.

Trop basse, trop rauque, et à nouveau le doute s'installa, mais Byakuya ne voulut pas demander cela.

- Quel âge as-tu ?

- Seize ans.

Trop jeune pour avoir pu connaître Renji lorsqu'il avait travaillé pour le gang.

- Tu viens du 78eme quartier ?

- Oui.

- Que faisais-tu avant ?

Yuki releva la tête, l'air incertain.

- Avant... ?

- Avant de travailler pour le clan.

- J'étais dans la rue.

- Et avant d'ouvrir la porte aux visiteurs, que faisais-tu pour le clan ?

La réponse vint sans aucune hésitation.

- J'étais dans une maison.

Byakuya hocha la tête. Pas besoin d'en demander plus.

- Maintenant j'ai dépassé l'âge alors je sers ici.

Le capitaine resta parfaitement calme, la même expression figée sur son visage tandis qu'il examinait toujours la petite créature qui, assise, lui semblait encore plus menue, plus faible, plus vulnérable. Mais intérieurement, c'était toujours la même colère lorsqu'il venait au Rukongai. Chaque fois qu'il mettait les pieds ici, il se trouvait face à une petite femme malmenée par la vie, et à chaque fois, il n'avait qu'une envie : faire cesser cela. C'était probablement pour cela qu'il n'allait jamais au Rukongai.

Les mots sortirent plus rapidement qu'il ne le voulut.

- Tu appartiens aux Takenaka ou bien tu es sous contrat ?

Elle secoua la tête.

- J'appartiens à Keiijiro-sama. »

Byakuya hocha la tête et passa les dix minutes suivants à méditer sombrement sur le genre de choses qu'il allait apprendre dans cet endroit. Au début, il était simplement venu pour savoir si qui que ce soit avait des raisons de soupçonner Renji, ou si quelqu'un se souvenait de l'avoir vu le jour de l'incendie qui avait causé la mort du précédent chef de famille. Mais après avoir entendu la réponse résignée de Yuki, et croisé son regard terne, il voulait savoir. Il voulait savoir ce que Renji avait fait pour les Takenaka, et dans quelle mesure ce qu'il avait fait s'opposait à l'éthique qu'il attendait de son vice-capitaine.

L'intendante revint pour les trouver l'un et l'autre prostrés dans le silence.

« Keiijiro-sama va vous recevoir, suivez-moi.

Byakuya emboîta le pas à la femme le long des couloirs de la vaste maison. Ils gravirent un étage, avant de suivre un long couloir sans fenêtre.

- Pardonnez l'attente. Nous n'avons pas pour coutume de recevoir au milieu de la nuit, sans préavis. Mais pour une personne de votre rang...

Byakuya la coupa avant qu'elle ne devienne trop obséquieuse.

- Je n'ai pas non plus pour coutume de rendre visite à un chef de clan mafieux au milieu de la nuit.

Sorou ralentit le rythme et soupira.

- C'est évident. »

Byakuya garda le silence. Ce n'était pas difficile de voir qu'il était issu d'une famille de la haute noblesse, et la plupart des âmes de la Soul Society pouvait sentir la pression spirituelle qu'il exerçait, et repérer ainsi qu'il s'agissait probablement d'un shinigami. Avec ça, pas étonnant qu'ils se plient en quatre pour satisfaire ses moindre désirs. Les shinigamis sont l'espèce dominante dans leur monde.

Ils parvinrent à une porte à deux battants, richement décorée, à laquelle Sorou frappa trois coups brefs. Elle attendit quelques secondes avant d'entrer avant de s'effacer devant Byakuya.

« Votre visiteur Keiijiro-sama.

- Merci Sorou, tu peux disposer. »

La vaste pièce était surchargée de meubles, de bibelots, de tableaux accrochés au mur, dans une débauche de textures et de couleurs disparates. Cela aurait pu s'apparenter à du mauvais goût s'il n'y avait pas eu cette espèce de constance dans l'accumulation de richesses. Assez ostentatoire pour impressionner n'importe qui au Rukongai, assez insolent pour mettre en garde quiconque de plus riche ou plus cultivé contre un jugement hâtif.

« Vous êtes Keiijiro Takenaka ?

- C'est exact, fit l'homme face à Byakuya. »

Il était de taille moyenne, les cheveux d'un noir profond, mi longs, retenus par un ruban serré, le regard tout aussi sombre, la peau particulièrement pâle, et un mince sourire ironique skotché sur ses lèvres. Il ne portait qu'un yukata et un kosode négligemment jeté sur ses épaules, les deux fait d'une étoffe aussi précieuse que ce que portait Byakuya.

« Vous savez qui je suis, et moi en revanche j'ignore toujours votre nom. La courtoisie veut qu'au moins on se présente lorsqu'on a la prétention de réveiller les braves gens en pleine nuit.

Byakuya ignora délibérément le ton menaçant et s'avança jusqu'à la table derrière laquelle était avachi le chef de clan.

- Vous n'êtes pas le premier à venir nous voir. Et tous attendent de nous la plus grande discrétion, ce qui est bien entendu garanti par...

- Je ne suis pas client, articula Byakuya qui réalisa qu'il aurait bien du mal à poursuivre cet entretien en conservant un calme olympien.

- Oh.

- Comme je l'ai indiqué, je suis à la recherche d'informations.

Takenaka replia les bras sous son buste penché par dessus la table vers Byakuya.

- Quel genre d'information ?

- Avant de devenir le neuvième chef du clan Takenaka, vous étiez le bras droit de votre frère aîné Keiichi Takenaka.

- Oui.

- Et celui-ci est décédé lors de l'incendie du précédent quartier général du clan Takenaka.

Keiijiro fronça les sourcils.

- Oui, mais c'était il y a des années de cela.

Le capitaine s'avança de quelques pas.

- Avez-vous jamais eu des soupçons sur l'identité du criminel à l'origine de l'incendie ?

Le sourire ironique vacilla une seconde avant de revenir, chargé d'amertume.

- À l'époque, j'étais en bonne position sur la liste des suspects. Mais je n'aurais jamais été assez stupide pour détruire la maison de notre famille.

- Qui alors ? Insista Byakuya.

Le chef de gang haussa les épaules.

- On n'a jamais su l'identité du coupable.

- Mais vous devez bien avoir votre idée.

- En quoi cela vous concerne-t-il ?

Le capitaine s'avança à nouveau, jusqu'à se trouver face au bureau, et il déploya son aura, plus intimidante que jamais, ce qui envoya directement le mafieux dans le fond de son fauteuil.

Shinigami. Byakuya hocha la tête en silence.

- Vous n'avez pas à savoir pourquoi je vous pose ces questions. Contentez-vous de répondre.

Écrasé par la présence de son visiteur, Takenaka hocha la tête.

- C'est bon, c'est bon.

Byakuya relâcha un tout petit peu la pression et le mafieux se remit d'aplomb, les bras croisés sur sa poitrine.

- On n'a jamais su. La branche aînée du clan m'a soupçonné. La police a conclu à un règlement de compte entre gangs, et officiellement, on a décrété qu'il s'agissait d'un accident, il ne fallait froisser personne, on était en plein redécoupage des territoires.

Il déglutit.

- Personnellement, je n'ai pas d'idée. Ou plutôt, j'en ai trop. Depuis l'ex-femme de mon frère qui nourrissait une haine sans égal à son égard, jusqu'au chef de clan Fuuma, qui allait pâtir de la nouvelle répartition des territoires... Mon frère n'était pas un diplomate, il s'est fait plus d'ennemis que d'amis durant son règne. Même vous autres nobles du Gotei 13, aviez des raisons de vous débarrasser de lui.

Byakuya eut une expression dubitative qui arracha un ricanement à Keiijiro.

- Vous ne me croyez pas ? Et pourtant les huiles de la noblesse dorée ne sont pas les derniers à venir s'encanailler dans nos établissements. C'est eux qui maintiennent notre commerce à flot : ils achètent nos esclaves, ils consomment nos prostitués.

- Cela suffit.

Le ton sec du capitaine provoqua un nouveau rire de la part du mafieux.

- Désolé, excellence, je ne voulais pas briser vos belles illusions sur votre monde.

- Il n'y a personne, pas un nom, pas un visage... pas un client mécontent ou un de vos hommes insatisfait qui aurait pu causer cela ?

Keiijiro secoua la tête.

- Non, si c'était le cas, ça se serait réglé de manière plus frontale, ils s'en seraient pris directement à lui. Mettre le feu au quartier général, c'était s'attaquer au clan dans son ensemble. »

Le capitaine acquiesça réfléchit rapidement à ce qu'il devait dire ensuite. Apparemment son interlocuteur considérait le sujet comme clos et attendait qu'il passe à la question suivante ou s'en aille. Il hésita un dixième de seconde. Les mots de Rukia lui revinrent en mémoire : si vous voulez savoir, demandez-lui, Renji ne vous mentira pas. Bien sûr, il n'allait pas mentir. Mais est-ce qu'il dirait la vérité pour autant ? Toute la vérité, d'une manière objective ? C'était moins certain. Cela dit, il devait présenter le questionnement comme totalement indépendant de sa première question, il devait tout apprendre sans avoir l'air de le vouloir.

Il s'installa dans le fauteuil libre devant la table, notant au passage que malgré son apparence baroque, le meuble était d'une excellente facture et particulièrement confortable.

« Nous enquêtons aussi sur des jeunes issus du Rukongai qui contrôlent leur énergie spirituelle. Selon certaines informations, vous en avez compté dans vos rangs.

S'il fut étonné de la question, le mafieux n'en laissa rien paraître.

- Vous arrivez un peu tard. Cela fait une paye qu'il est parti. Un peu avant la mort de frère d'ailleurs.

- Et depuis ?

Keiijiro secoua la tête.

- Tous nos hommes maîtrisant l'énergie spirituelle sont aussi âgés que moi. Et je ne pense pas que leur capacité soit de nature à vous intéresser.

Il eut une expression empreinte de nostalgie.

- Non, rien d'intéressant depuis ce petit salaud.

Byakuya haussa un sourcil.

- Il est parti en tuant un de nos meilleurs clients, un ami de la famille, un connaisseur.

- Qu'est-il devenu ? Fit Byakuya, l'air concerné. Il devait parvenir à lui faire dire son nom, au moins pour être sûr, à défaut d'en apprendre plus.

- Aucune idée. Il se trimbalait toujours une petite gamine famélique avec lui, elle aussi elle maîtrisait son énergie spirituelle. Ils ont dû crever dans un coin. Une belle perte, autant pour nous que pour vous.

Presque plus besoin de nom à ce point-là, et pour Byakuya, la douloureuse réalisation qu'il s'en était fallu de peu pour que Rukia connaisse le même sort que Renji.

- Ouais, un vrai petit enfoiré.

Et Byakuya eut la brusque idée de ce qu'il devait dire.

- Il se peut qu'il corresponde à un de nos postulants à l'académie, commença-t-il. Je pourrais faire en sorte que quelques informations sur son passé au service de votre clan soient... profitables à tous.

Le ton lourd de sous-entendu sembla convaincre Keiijiro qui retrouva son sourire ironique. Il savait ne pas risquer grand chose : les mafias étaient trop indispensables aux divertissements amoraux de nombreux nobles pour être menacées, et l'idée de nuire à la réputation de Renji lui parut particulièrement attrayante.

- Alors accrochez-vous, car c'est délicieusement infect. »


« Pourquoi tu demandais ça en fait ? S'enquit Yumichika, qui, une fois de plus, revint au sujet d'origine alors que ça faisait bien deux heures qu'ils avaient dérivés vers des thèmes aussi variés que la probabilité qu'il pleuve le lendemain, l'inquiétude que suscitait l'attitude de la patronne du bar qui semblait prête à mettre tout le monde hors, et le caractère opportun d'une nouvelle tournée générale.

- Keuwa ?

- S'il fallait d'abord respecter ton devoir ou ta conscience. Pourquoi ça t'intéresse ?

Le vice-capitaine haussa les épaules et articula, à travers la brume alcoolisée.

- C't'akozd'Renji.

- Keskegéfê ?

Hisagi se tourna vers son ami, complètement ivre, et l'attrapa par le col, avec la ferme intention de le secouer comme un prunier.

(pour plus de lisibilité, les dialogues bourrés seront désormais traduit instantanément).

- T'as fricoté avec l'ennemi et voilà !

- L'ennemi ?

- Les mecs de l'autre dimension, qu'est-ce que tu crois... qu'on va faire ami-ami avec des mecs qui niquent l'intégrité spirituelle du monde.

- La quoi du monde ?

Ikkaku, qui était moins bourré que les deux autres, se pencha en avant, l'air très sérieux (ce que ni Renji, ni Hisagi ne perçurent).

- C'est quoi le problème, Renji couche avec tout le monde.

- Ouais mais là c'est l'ennemi.

- Et alors ? Il aurait couché avec les espadas s'il l'avait pu.

À ces mots, Renij leva la main et sourit avec fierté.

- Mais je l'ai fait ! (oui, on racontera ça une autre fois)

- Tu vois, insista Ikkaku.

- Ouais mais cette fois... » Hisagi chercha ses mots tandis que Yumichika filait un coup de coude à son comparse, ce qui provoqua un conciliabule à voix basse.

« Tu réalises qu'il est certainement pas autorisé à parler de ça.

- Il a qu'à pas boire.

- Et Renij dans tout ça ?

Ils jetèrent un coup d'œil au vice-capitaine qui tentait de faire tenir deux verres l'un sur l'autre sans renverser la bière qu'ils contenaient.

- Il aura oublié demain.

- C'est quand même glauque ce genre d'enquête.

- Le monde est glauque.

- L'officier le plus coquet de tout le Seireitei eut un reniflement méprisant.

- Le monde est moche, c'est pas pour ça qu'il faut l'imiter. »

Ikkaku acquiesça diplomatiquement. Comme on dit « qui veut baiser bien, ménage sa monture ».

« Cette fois... il les aime en plus.

- Je proteste, Renji aime tout le monde.

- Baiser et aimer c'est pas la même chose. »

Sentant que ça allait encore atteindre des sommets, Renji délaissa ses deux verres qui tinrent une seconde et demie avant d'aller rouler sur la table, déversant une rivière de bière, et passa un bras possessif autour des épaules de son collègue, qui hoqueta violemment.

« Si justement, pour moi c'est la même chose. Je ne baise que si j'aime, et je n'aime que si je baise.

Yumichika eut un sourire mesquin.

- Et concernant Rukia Kuchiki ?

- C'était platonique.

- Tu vois, t'as quand même niqué.

- Platonique, ivrogne, platonique. »

Hisagi cessa de se demander pourquoi ils utilisaient que des mots qu'il ne comprenait pas dès que la conversation devenait intelligente.

« Nan mais en gros, si on devait se battre, tu serais contre eux ou avec eux ?

Renji approcha son visage jusqu'à ce que leur haleine chargée de relents d'alcool se mêlent l'une à l'autre.

- Pourquoi on devrait se battre contre eux ?

- Parce que, quand on croise d'autres zigs comme nous, on finit tôt ou tard par se foutre sur la gueule.

- Pas faux.

- Alors, c'est quoi ta réponse, avec eux... avec nous ?

Renji marqua une pause... une longue pause. Et puis...
- Tu pues la bière.

- Toi aussi. »

Ikkaku intervint, parce que c'était ridicule de voir ces deux adultes en phase de pré-bisous ou pré-coup de boule en train de humer chacun l'haleine de l'autre.

- En gros, Hisagi, tu dois déterminer si Renji est loyal au Gotei 13 ?

- Gné ?

- Aaaah beugla Renji. Si c'est que ça, c'est facile, je peux te le dire.

L'autre vice-capitaine eut une expression béate, malgré une difficulté manifeste à l'exprimer autrement que par une « hhhaareee » hilare.

Renji attrapa une pinte qui passait par là et en vida le contenu d'une traite, avant de laisser partir le contenant.

- Je suis pas du tout loyal au Gotei 13.

Ikkaku se frotta douloureusement les yeux. La nuit allait être encore longue, très longue. Yumichika émit un ricanement en s'installant carrément sur les genoux de son camarade (oui, camarade, c'est si beau une telle amitié). Et Hisagi ouvrit la bouche en grand, comme un mérou hors de l'eau.

- Je bosse pour les armées de la cours. Je fais bien mon boulot. Mais je suis loyal à mes potes, à ma frangine et à mon capitaine.

- T'as une sœur ? S'étonna Hisagi qui n'en avait jamais entendu parler.

- Il parle de Rukia, l'informa Yumichika, qui avait de plus en plus pitié de lui.

Hisagi hocha la tête, et reprit.

- Ouais mais si on se bat contre les autres, tu choisi qui ?

Renji contempla son ami avec une lueur de tristesse dans le regard.

- Ben ça dépend.

- De quoi ?

- De la raison pour laquelle on se bat. »

Hisagi fronça les sourcils et s'apprêtait à formuler une réponse bien sentie (bien sentie pour un mec bourré, tout est relatif) quand Ikkaku interrompit l'échange.

« Retiens bien ça, Shuhei, la loyauté fondée sur la contrainte hiérarchique n'existe pas. La loyauté, on l'accorde librement, pas sous la menace. »

Et ça suffit à achever définitivement le pauvre Hisagi qui en avait vu et entendu de belles ce jour-là, trop pour un seul homme. Il s'écroula comme une masse, dans un bruit sourd, la face contre le bois de la table.

Renji se pencha pour déterminer le degré de conscience de son ami et puis il lança un regard accusateur à Ikkaku.

« Pour une fois que j'avais une chance de. »

Une chance de quoi, les deux officiers ne le demandèrent pas, ils avaient assez d'imagination pour cela. Maintenant, le défi de la nuit allait être de ramener Renji et Hisagi sain et sauf. Ikkaku soupira d'exaspération, car il savait où et comment ça allait se terminer. Yumichika sourit de satisfaction, exactement pour la même raison.


Byakuya s'efforçait d'adopter une attitude détendue en écoutant son interlocuteur parler, il empêchait sa mâchoire de se crisper, ses poings de se serrer, et sa colère de déferler en lui. Il écoutait attentif, retenant chaque détail, chaque sourire aux commissures des lèvres, chaque blague de mauvais goût. Chaque fois où le souvenir d'un traitement particulièrement dégradant arrachait un sourire nostalgique au mafieux. Il notait et retenait tout cela, certain qu'il aurait à lui faire payer tout cela un jour.

« Maintenant qu'on en parle, je me souviens de son nom. Renji. C'était le petit Renji, une tignasse rouge, un caractère de cochon, plus buté qu'un rocher, grossier, et pas bien gracieux. Mais vif, incroyablement agile, souple. Et ce caractère bouillant. Il avait toujours l'air d'être sur le point d'éclater. »

« Il a fait du racket pour nous pendant quelques temps, ça foutait la trouille aux commerçants d'avoir un gamin qui peut les assommer par sa seule volonté. Et puis quand il a fallu le faire changer de poste, il a refusé de devenir rabatteur, paraît-il. C'était dommage, il plaisait pas mal aux filles, et puis il avait le chic pour les mettre en confiance. Il aurait fait un bon rabatteur, et là au moins il aurait évité des ennuis. Alors on l'a assigné à la surveillance d'une maison. Ça allait plutôt pas mal, jusqu'à ce qu'il finisse pas tomber amoureux d'une des putes. C'est pas étonnant, ça leur arrive tous un jour ou l'autre, autant que ce soit le plus tôt possible, après ils sont vaccinés, c'est fascinant de les voir se languir pour une pute. »

Tout en parlant, Keiijiro avait sorti une bouteille et avait servi des verres, il sirotait son alcool par petite gorgée et Byakuya n'avait pas touché son verre.

« Sauf que ce petit con a été jusqu'à agresser un des clients pour protéger sa belle. Difficile de laisser passer ça, sinon ça aurait été l'anarchie. La fille a été envoyée dans un autre bordel, un peu moins... accueillant. Et lui, il s'est pris le nombre de coup de trique réglementaire pour ce genre de conneries. »

Une lueur perverse anima un instant son regard et il reprit son récit.

« Savez ce qui arrive lorsqu'on inflige une douleur vive prolongée à quelqu'un qui ne maîtrise pas bien son énergie spirituelle ? »

Byakuya secoua la tête.

« L'énergie s'échappe du corps de manière anarchique. À un niveau plus élevé, ça aurait pu être plus grave, il y aurait pu avoir des blessés. Mais vu son niveau, les dégâts ont été mineurs. Et ça a été... pour le moins... inspirant pour tous ceux qui y ont participé. »

Le capitaine émit un son interrogatif. Les sous-entendus du mafieux étaient de trop.

« Avez-vous déjà vu ce garçon nu ?

Byakuya secoua la tête.

- Son corps doit être couvert de tatouage, et même une partie du visage. Je ne serai pas surpris si j'apprenais qu'il a continué même après nous avoir quitté.

- Pourquoi des tatouages ?

Keiijiro sourit de toutes ses dents.

- Appliquer une douleur vive et continue sans endommager le corps. Il devait contenir son énergie spirituelle et ne la laisser sortir qu'à la fin de la séance. Il a parfois tenu plusieurs heures avant de ne plus pouvoir retenir son énergie. C'était... touchant de voir cette manière qu'il avait de pleurer à moitié au moment où il cédait, surtout lorsque l'artiste était encore sur lui.

- L'artiste ?

- Le tatoueur. Les plus doués parvenaient sans peine à terminer leur dessin avant que Renji ne les tue, les autres étaient trop lents ou trop brusques. Les paris allaient bon train, pour savoir si le tatoueur s'en sortirait vivant. Une seule séance pouvait rapporter autant qu'une semaine de racket.

Byakuya avait eu envie de demander pourquoi. Il avait voulu qu'on lui donner une raison satisfaisante pour son intelligence. Mais c'était vain. L'argent, la cruauté gratuite, l'excitation, le voyeurisme... tout ce que les plus bas instinct d'un être pouvait attiser.

- C'est aussi Machida qui a eu l'idée de rajouter du sexe. Qui aurait pu prédire que ce gamin moche et maigrichon allait être transformé en véritable pute par quelques heures de sexe.

Cette fois-ci, il ne put empêcher ses poings de se serrer douloureusement, jusqu'à faire blanchir la peau sur la jointure de ses phalanges.

- Le plaisir de se faire baiser et la douleur de l'aiguille sous sa peau. Le cocktail était explosif, et pourtant il y avait toujours des volontaires pour se le taper alors qu'il se faisait tatouer. Machida le premier. C'est lui qui a entrepris d'organiser cette attraction, il était là lors de la punition du gamin, et il a le chic pour voir le moindre potentiel même chez le môme le plus insignifiant. On peut dire qu'il a réussi quelque chose avec celui-ci. Je ne serai pas étonné d'apprendre qu'il est incapable de libérer son énergie correctement désormais.

Le mafieux adressa un clin d'œil au capitaine.

- Pas de chance, pour un shinigami. Mais bon, il doit avoir d'autres atouts, s'il est toujours aussi hargneux et grande gueule.

Il avala une nouvelle rasade.

- Et puis s'il échoue comme shinigami, il pourra toujours vendre son cul. Ça aussi, ça ne m'étonnerait pas qu'il ne puisse plus prendre de plaisir sans douleur. On le voit tous les jours dans nos bordels : les premières expériences marquent pour la vie.

Byakuya parvint à lâcher une dernière question entre ses dents.

- Que s'est-il passé ensuite ?

- Un jour, on ne l'a pas vu venir. Machida était avec lui, je ne sais pas ce qu'il lui faisait, mais ça a dû être trop. Ou alors le gamin n'a pas su se contrôler. Mais je pense plutôt qu'il l'a fait exprès, il savait parfaitement tenir des heures quand il le fallait. Ce pauvre vieux Machida a eut la moitié du corps brûlée, et il est défiguré et borgne maintenant. Le gamin a pris ses jambes à son cou, et il a disparu. Au bout d'une journée sans nouvelle, on a déposé une plainte pour rupture de contrat de protection et on est allé l'attendre chez lui. Personne, à part un gosse qui disait ne pas savoir où était Renji. Il me semble que la maison a été incendiée ; c'est l'avertissement classique. S'il ne revient pas après ça, on le traque ; on ne dirait pas comme ça, mais c'est relativement facile de retrouver un gamin dans le 78eme quartier, surtout avec des signes aussi distinctifs que les siens. C'est le lendemain, ou le surlendemain que le QG a été incendié. On a eu d'autres chats à fouetter. Et lui il a pris la poudre d'escampette. »

Il se releva et alla ouvrir une armoire au fond de la pièce tout en continuant son monologue.

« C'est ironique qu'il ait fini par s'en sortir et qu'il veuille devenir shinigami, je me demande ce qu'il a fait entre temps.

Du placard il sortit ce que Byakuya prit d'abord pour un livre, avant de voir qu'il s'agissait d'un paquet de cartons encrés. Le mafieux défit le ruban qui tenait les cartons entre eux et commença à en chercher un en particulier. Finalement, il en sortit un avec une expression satisfaite.

- C'était un artiste ami de Machida, qui a immortalisé la scène, expliqua-t-il. Il faisait souvent cela. Voyez-vous, nous avons beau vivre dans un endroit répugnant, nous sommes des esthètes dans l'âme, Machida plus que tout autre, il faisait souvent peindre de telles scènes. Il m'a offerte celles-ci, mais il en a bien d'autres.

Il tendit le carton à Kuchiki, qui le saisit avec une réticence qu'il ne tentait même plus de dissimuler.

- Regardez-moi ça. »

Objectivement, l'objet était un chef d'œuvre de délicatesse. L'illusion du mouvement, la luminosité tamisé, la tension des muscles de l'enfant, son cri silencieux, tout était non pas plus vrai que nature, mais plus beau que nature. C'est une forme raffinée de perversion, que de représenter la souffrance sous les traits de la beauté la plus délicate, car ainsi, on réduit la souffrance à ce qu'elle de plus irréel, de moins humain, on la réduit à une représentation alors qu'elle est vivante.

« Ce môme avait le diable au corps. »

Byakuya força son regard à se poser sur le dessin comme s'il s'agissait d'une page blanche, comme si la beauté dégradante qu'il voyait n'était pas celle de Renji.

« Franchement, est-ce que c'est pas le visage de la dépravation même ? Commenta Keiijiro avec un sourire extatique. »

Byakuya scruta l'homme du regard. Le plaisir qu'il prenait à exhiber un tel objet était évident, et il ne faisait aucun doute qu'il avait pris part aux sévices subis par cet enfant. Par ces enfants, si Byakuya pouvait en juger par l'épaisseur du tas de cartons pareillement peints. Il garda le silence quelques longues secondes avant de hocher la tête. Le chef de clan avait apparemment voulu le choquer délibérément, et essayait de le faire sortir de ses gonds. Ce qui est tout de même rudement déconseillé quand on à affaire à Byakuya Kuchiki.

« C'est bien la même personne.

- Bien sûr. Il a toujours les tatouages ?

Involontairement, Byakuya jeta un coup d'œil au dessin. Renji avait déjà des tatouages au dessus des sourcils, sur le torse et le ventre, les cuisses. Pas encore les bras, pas encore tous les motifs sur le front.

Il secoua la tête en éloignant le regard du dessin.

- Il a dû continuer. C'est addictif, une fois qu'on a commencé.

Lentement, infiniment lentement, comme s'il avait été frappé par le choc de ce qu'il venait de voir, Byakuya se leva du fauteuil pour faire face à son hôte. Ce dernier, le sourire toujours accroché aux lèvres, tendit le bras pour récupérer le carton, toujours dans la main du capitaine.

- Vous n'avez plus de questions apparemment... ironisa-t-il. Quand vous le verrez, dites-lui que Keiijiro Takenaka pense bien à lui.

Byakuya fit mine de tendre le carton avant de baisser la main, et de passer l'objet dans son autre main. Sa main libre se dirigea lentement vers sa taille, à gauche. Et le capitaine laissa la colère affluer en lui, la rage froide de l'indignation la plus pure.

- Je n'y manquerai pas, murmura-t-il en serrant sa main autour de la garde de son zanpakuto.

Et face au sourire imbu de lui-même du boss Takenaka, le capitaine brandit lentement son sabre.

- Shire... »

A SUIVRE...


Et si vous aussi vous voulez écrire, y'a un petit carré là, en-dessous, qui est fait pour.