Castiel n'avait toujours pas trouvé son frère quand le soleil se coucha. Il fallait dire que ce dernier n'avait certainement pas envie d'être trouvé.Il n'était pas stupide, il devait se douter que Dean Winchester en avait triplement marre de ses farces. C'était même plus que ça : le chasseur ne pourrait pas en supporter une de plus. C'était tout de même curieux comme Gabriel semblait avoir changé de victime, mais peut-être était-il à court d'idées pour faire tourner la tête de Sam Winchester. Pourtant, ça ne lui ressemblait pas. Et puis Castiel était sûr que concernant Sam, l'archange illusionniste n'était jamais en manque d'imagination. Peut-être ne voulait-il pas limiter son œuvre à une seule personne ? Ou peut-être qu'il cherchait à se venger. Quelles que soient ses motivations, il fallait le retrouver et lui demander d'inverser les choses sans attendre. Ça ne pouvait plus durer. Baby pouvait être aussi adorable qu'elle voulait, ça ne changeait pas le fait qu'elle n'était pas faite pour ça. Elle était une voiture. Point. Il y avait des choses qu'on ne dérangeait pas. De la même façon que ce qui se passait au Purgatoire restait au Purgatoire, les voitures restaient des voitures, et au garage s'il vous plaît. Pas comme cette fois où Dean avait voulu ramener la Chevrolet à l'intérieur du bunker. Déjà ça, c'était de trop.
De son côté, l'Impala découvrait la joie d'être tout propre et de s'emmitoufler dans des draps tout aussi propres. Elle ressentait comme un sentiment de fraîcheur, de bien-être, et la douceur des couvertures avait fini de l'achever. Elle vivait dans un plaisir merveilleux et elle voulait qu'il dure longtemps, pour toujours même. Pourquoi donc les hommes se levaient tous les matins alors qu'ils pouvaient rester comme ça jusqu'à leurs cinquante-deux ans ? Ça n'avait pas de sens. En faisant ça, ils pourraient même vivre plus longtemps, elle en était certaine. A quoi bon convoquer un démon quand on avait déjà le bonheur à l'état pur ? Exactement : ça ne servait à rien. C'était un fait : tout le monde se porterait mieux, parce que c'était ça le secret de la vie : rester pelotonner dans deux couvertures en attendant qu'un faucheur nous conduise à notre paradis. C'était tout simple, pourquoi donc personne ne s'en était encore rendu compte ? Ah oui : les humains étaient cons. Elle avait tendance à l'oublier. Des cons auxquels on s'attachait, des cons qu'on avait envie de protéger, mes des cons quand même.
Cette activité qui demandait si peu de forces était en train de devenir son activité humaine favorite alors qu'elle sentait ses paupières tomber, et le sommeil la gagner. Quatre heures plus tard, elle était catégorique : c'était la pire chose qu'elle avait jamais faite. Qu'on la renverse par un camion conduit par un démon, maintenant, c'était un sort bien préférable. Ses yeux s'étaient ouverts subitement, et elle était plus horrifiée que jamais -moins qu'on découvrant le menstrue sur ses jambes, certes, mais presque. Ses mains tremblaient, et elle essayait tant bien que mal de les arrêter en les pressant contre son cœur. Elle avait froid, et elle pleurait. Dean remarqua aussitôt que quelque chose clochait, et il tourna la tête vers elle, prenant sur lui pour ne pas paniquer à son tour. La brune comprit son regard, et c'est en hoquetant qu'elle lui expliqua ce qu'il venait de passer.
« Il... Il y a... des trucs... il y a des trucs dans ma tê-ê-te. »
Et ses larmes reprirent de plus belle. Jusqu'alors, à chaque fois qu'elle avait dormi, c'était plutôt paisiblement. Elle s'endormait, se réveillait un peu plus tard et n'avait aucun souvenir de ce qu'il s'était passé. C'était comme si le temps avait décidé de faire un saut dans le futur car les heures à venir l'ennuyaient d'avance. Mais cette fois, elle se souvenait. Elle avait vu des choses, les avait presque vécues. En se réveillant elle avait même cru que tout ceci avait été réel. Mais ça ne collait pas, puis petit à petit, les souvenirs devenaient plus flous, plus oniriques. Bien qu'elle soit certaine de ne jamais pouvoir oublier ceux-ci. Elle se souvenait de l'atmosphère glaciale, des couleurs bleues qui avaient teintés tout ce qui se déroulait. Elle se souvenait comme tout avait bien commencé, comme elle était simplement allongée au bord de la mer avec Dean et Sam. Comme le ciel était aussi calme que l'eau salée, comme la plage était vide de toutes autres personnes. Ils étaient seuls au monde, sans personne à sauver, et ils s'accordaient une pause bien méritée. Et puis tout était devenu différent. Sans qu'elle ne puisse recréer le lien entre les deux tableaux, elle s'était retrouvée seule. Les vagues étaient fortes, hautes, et le ciel sombre. Et il n'y avait plus Dean, ni Sam, et lorsqu'elle avait tenté d'appeler Castiel, c'était Azazel qui était apparu. Elle avait reconnu les yeux jaunes, et juste avant qu'elle ne se réveille en sursaut, ce fut comme si les iris démoniaques lui avaient pris son âme. Il n'y avait en elle plus que du désespoir, une infinie tristesse qui l'envahissait et réveillait chacune de ses blessures. Et sur cette plage où il n'y avait plus personne, elle s'était sentie mourir.
« C'est rien, c'est pas réel, Baby. »
Ici, Dean était bien là, et il la prit dans ses bras, remit la couverture autour d'elle et essuya ses larmes avec sa manche. Et étrangement, ça suffit à calmer ses tremblements et la cascade d'eau salée. Elle n'était toujours pas remise du choc, mais ça allait clairement mieux. Sûrement car Dean n'était plus perdu dans les profondeurs de l'océan mais à ses côtés, et c'était ainsi que les choses devaient être. Qu'était-elle sans les Winchester ? Absolument rien.
« C'était un cauchemar. »
Alors, c'était ça ? Elle en avait entendu parler, des cauchemars, évidemment. Mais c'était autre chose que de le vivre. En fait, c'était encore plus immonde.
« Oh, Dean !
-Je sais. »
Et elle aussi, elle savait. Maintenant elle savait tout ce qu'il avait supporté, pourquoi certains soirs il était préférable de ne pas dormir. Pourquoi il venait la voir au milieu de la nuit. Pourquoi ça pouvait rendre fou.
« Ne t'en fait pas, tout va vite redevenir comme avant. »
Ces paroles se voulaient rassurantes, bienveillantes, mais ce n'était pas exactement l'effet qu'elles eurent sur la brune. Oui, tout redeviendrait comme avant. Elle redeviendrait un véhicule, et voilà tout. Fini les cauchemars, mais fini les conversations, les rencontres, les rires, les émotions. Elle savait que tout cela pouvait la quitter à tout instant, alors elle en profitait comme elle pouvait. Elle plongeait son regard dans les iris verts, intégrait chaque trait du visage dans sa mémoire, chacune des tâches de rousseur, savourait son cœur qui battait, parfois plus vite, encore plus vite et puis ses joues qui rosissaient, son corps qui s'enflammait. Elle ne voulait pas en perdre une miette, elle ne voulait rien oublier. Ce qu'elle exprima dans un murmure à peine audible.
« Je ne suis pas sûre de vouloir redevenir comme avant. »
Et alors que leurs yeux se dévoraient, elle savait que Dean non plus n'était pas convaincu. S'ils s'étaient regardés un peu plus longtemps, ils auraient concurrencés Dean et Castiel. Mais très vite ils se détournèrent, baissant le regard presque pudiquement à mesure que leurs visages se rapprochaient un peu plus, encore plus. Ils pouvaient déjà s'imaginer les lèvres de l'autre sur les leurs, la douceur, l'aigreur. Ils pouvaient déjà s'imaginer comme ce serait d'abord maladroit, puis tout à fait naturel. Ils pouvaient déjà s'imaginer le goût de l'autre, comme la tendresse deviendrait très vite passionnée. Un dernier coup d'œil, et ils allaient fermer les paupières, laisser leur corps prendre le contrôle. Et comme dans un claquement de doigts, Baby disparut.
« Cette histoire allait trop loin, je n'avais pas envie de voir ça. »
Si Dean restait sur le cul, il fut encore plus étonné en voyant apparaître, dans un coin de la chambre, celui qui semblait être le responsable de cette comédie.
« Chuck ?!
-Quoi ? Je m'ennuyais. »
Le blond n'avait pas d'attention à consacrer à la moue boudeuse du prophète qui venait de se justifier avec autant de flegme que possible. Pas de temps à perdre sur la façon dont celui-ci semblait satisfait, mais aussi déçu de devoir déjà mettre fin à sa distraction qui s'était révélée beaucoup plus intéressante que prévu. Dean quitta la pièce en trombe et dévala les couloirs comme si la Mort elle-même le pourchassait -alors qu'en vérité, même Dieu en avait rien à faire de son comportement. Il arriva très vite au garage et à la vue de la voiture la plus resplendissante du monde, il aurait pu se mettre à pleurer. Seulement il ne fallait pas exagérer, il restait Dean Winchester. Mais un Dean Winchester au bord du burn-out, si bien qu'il s'élança en avant, s'allongea sur le capot et prit la Chevrolet dans ses bras. La voir, là, bien présente, bien réelle, ça l'apaisa aussitôt. Bien sûr la tête brune lui manquerait, mais Chuck avait raison, et il savait que sa Baby approuvait aussi. Tout cela était allé trop loin.
VOILA ! Ceci clos cette petite fanfic.
C'est un peu beaucoup l'émotion, j'ai l'impression d'être arrivée au bout de ma vie.
Anyway. J'espère que ça vous a plu au moins autant que j'ai aimé l'écrire. Et puis sinon, bah tant pis, c'est dommage pour vous.
Merci à vous qui lisez ce message de fin, parce que ça veut dire que vous avez lu mes huit chapitres (ou alors vous êtes bizarres, je vous aime bien).
Le saviez-vous ? Si vous laissez une review je vous en serais encore plus reconnaissante et je vous ferais des câlins télépathiques, sauf si vous aimez pas ça, et ça illuminera ma vie.
Bisous bisous !
- Karten
