"L'usage veut que le sadique reconnaisse le meurtre, pas le plaisir qu'il y a pris"
Lorsque Hermione se leva, elle eut besoin d'un bon quart d'heure pour se convaincre qu'elle était bien en Russie avec Malefoy. Dit comme ça, c'est légèrement flippant mais pas autant que l'affaire sur laquelle il planchait. Ils n'auraient pas dû en parler hier: les images des blessures de Maritza étaient encore gravés dans sa mémoire et elles doutaient fortement que ce soit les seules durant les prochains jours. Alors vers deux heures du matin comme tout personne normale, elle se leva pour lire le dossier qu'avait constitué Malefoy pour elle. Il était complet à partir du moment où tout ce que l'on souhaitait, c'était relaté les faits et non trouver le coupable comme ils en avaient l'ambition. Quand elle y repensait, elle se sentait inquiète: la mort et les blessés, Hermione connaissait bien. Mais les enquêtes et le suspens qui va avec: non merci mais ce n'était pas pour elle! Les informations qui venaient jusqu'à elle, c'était son mode opératoire. Qu'elle aille les chercher, intégrait une certaine part de danger. Beaucoup de danger dans le cas présent.
Du coup, n'ayant dormi que la moitié de la nuit, c'est avec difficulté qu'elle se leva pour un rapide brin de toilette et pour prendre un petit-déjeuner bien consistant. Une fois l'étape douche et brossage de dents terminé, elle se dirigea vers la cuisine aménagé de façon américaine où un Drago Malefoy tout aussi fatigué qu'elle (elle aurait pu le jurer), l'attendait.
"Salut , le salua-t-elle avec un semblant de bonne humeur
- Bonjour Granger, lui répondit-il un peu plus froidement, dis, tu n'aurais pas une idée pour qu'on puisse manger dans cet hôtel sans risquer la dragoncelle?, lui demanda-t-il inquiet
- Aucune, et d'après ce que je vois, il n'y a que leur café qui est buvable, constata Hermione en regardant le mug que tenait Malefoy
- Faux! J'ai beau le boire, j'essaie à tout prix dans oublier le goût. Le thé en vaut peut-être la peine mais ça me ferait plus dormir qu'autre chose. J'ai besoin de ma dose de caféine pour être productif au maximum et si je dois me battre avec le standard téléphonique du Ministère, je n'aurais pas assez d'énergie.
- Si tu n'arrives même pas à passer l'obstacle du standard, on n'arrivera vraiment à rien!, se moqua-t-elle, je pensais que tu étais irrésistible! Ce ne sont pas de simples ondes de communication qui nuiront à ton prestige, non?
- Sauf si c'est un homme, rétorqua-t-il hargneusement
Hermione éclata franchement de rire. Imaginer Drago en train de draguer un homme? Merlin! Elle serait prête à vendre l'info à Skeeter juste pour voir sa tête à la une des journaux!
- Rigole Granger! En attendant, je doutes que tu fasses quoi que ce soit pour m'aider aujourd'hui, si?
- Là c'est toi qui as tort!, répliqua-t-elle en essuyant les dernières larmes de rire qui perlaient dans les coins de ses yeux, j'ai prévu d'aller au bureau des aurors aujourd'hui.
- Pour quoi faire? Ils ne savent même pas que ces meurtres sont dû à la magie!
- Ne regarde pas les choses sous cet angle. Je tiens à faire autre chose là-bas, je t'en dirais plus ce midi. Plusieurs rendez-vous m'attendent aujourd'hui, annonça-t-elle puis elle saisit un morceau de parchemin et y inscrivit quelque chose, tiens! voilà l'adresse d'un restaurant où on peut manger sans s'empoisonner! Attends-moi devant, je serais à l'heure!
- Tu as intérêt, je ne vais pas t'attendre durant cinq ans et maintenant file avant que tu sois en retard à tes fameux rendez-vous!, la rabroua-t-il
Hermione ne répondit pas, préférant jeter un coup d'œil au miroir pour vérifier qu'elle était présentable: parfait. Elle se saisit de son cabas gris anthracite et sortit au pas de course.
Le bureau des aurors se situaient quelques centaines de mètres plus loin dans un immeuble beige dont les portes étaient gardées par deux colosses qui avaient vraiment l'air de s'ennuyer ferme. Ils ne cherchèrent même pas à l'arrêter lorsqu'elle poussa l'énorme porte d'entrée.
A l'intérieur un interminable hall d'entrée où résonnait des bribes de conversation en tout genre et des cris. Beaucoup de cris. Ce hall ressemblait beaucoup à un tribunal. A croire qu'en y entrant, on n'avait même pas la présomption d'innocence: autant dire que la prison nous tendait les bras et qu'on hésitait pas à nous y pousser. Un commissariat moldu ferait moins peur. Les talons d'Hermione claquait sur le col marbré attirant ainsi les regards de tous.
Elle arriva à un bureau où une vieille femme. Elle lança discrètement un sort et lui débita dans un parfait russe:
"Bonjour, je suis une représentante du département de la justice magique anglaise, auriez-vous l'amabilité de me dire où se trouve le bureau des enquêtes criminelles?
La vieille femme semblait méfiante mais elle lui indiqua quand même la direction à prendre.
- Prenez l'ascenseur, montez au quatrième étage et allez au bureau de l'auror Blok, répondit-elle d'un ton condescendant tandis qu'Hermione lisait les inscriptions qui s'affichait devant elle.
Le sort de traduction était décidément indispensable dans sa situation. C'est d'ailleurs pour cela que désormais toutes paroles prononcées dans une langue étrangère était traduite devant ses yeux, de même qu'il lui suffisait d'ouvrir sa bouche et de parler pour que la personne la comprenne sans aucun problème. Elle suivit les indications sans broncher et se retrouva en un rien de temps devant le bureau de l'agent Blok et de ses collègues.
Sourire poli. On remonte bien le jean (au cas où, ce serait des pervers). On descend bien le pull (au cas où encore une fois, ce serait des pervers). Attitude professionnelle. Pensées professionnelles. Diplomatie avant tout. Objectif: soutirer des informations. Objectif indirecte: fermer le caquet de Malefoy.
Roger! On y va!
Ron Weasley était sûrement l'homme le plus désordonné que la vie lui a donné de rencontrer. Il n'y avait qu'à le voir au Terrier: aucun mot ne serait assez fort pour décrire son manque d'organisation. Évidemment, elle ne doutait pas une seule seconde qu'il avait sûrement dû déteindre sur Harry: l'était des dortoirs des garçons à Gryffondor ne lui était donc pas inconnu... Cependant, aujourd'hui elle avait trouvé plus bordélique que lui: les aurors russes! Ginny ne la croirait pas mais pourtant si!
Une odeur empestait dans la pièce: un mélange de renfermé et de nourriture en décomposition. Le genre de truc nauséabond qui fait pensé à une benne à ordures chez les moldus. La pièce était pourtant très grande mais l'installation de bureau placé n'importe comment gênait les déplacement et accentuait l'impression que cette endroit n'allait pas tarder à s'effondrer sur vous. La pièce n'avait pas été entretenue depuis longtemps visiblement. Hermione hésitait entre courir ouvrir ses fichus fenêtres et s'occuper de sa mission en passant au second plan l'hygiène de vie de ces primates datant de la préhistoire. Elle essaya d'avancer mais Merlin merci! Elle se retint. Ses talons aiguilles avaient faillit rencontré "l'agréable" texture d'une part de pizza périmée. Des corbeilles jusqu'au bureau: il n'y avait que des bouteilles d'alcool. Pas le genre raffiné que l'on boit lors de fête en petit comité. Non, leur alcool ressemblait plus à celui que l'on consommait seulement pour se saouler la gueule. En clair, ils avaient l'air de s'ennuyer ferme dans ce bureau. Elle tenta de faire remarquer sa présence mais quelqu'un l'en empêcha.
"Hey! Au fait Erik! Pourquoi est-tu rentré si tôt chez toi hier? Tu voulais vérifier si ta femme te trompait réellement?, demanda gaiement un homme d'une trentaine d'année
- La ferme Markus! Si j'étais toi, je la bouclerai et vite!, menaça le dénommé Erik de l'autre côté de la pièce
- Sinon quoi? Ta femme nous frappera avec son sac à main?
- Ma femme n'est pas mon garde du corps, elle est mon épouse et rien d'autre! Si tu te crois aussi courageux mon cher Markus, pourquoi te sens-tu obligé de ramener sur table ce sujet? Jaloux de ne pas avoir taper dans son œil? Après tout, tout le monde sait qu'elle t'a largué devant l'autel..., le nargua-t-il une lueur sadique dans les yeux
- Voyez-vous ça Môsieur Erik se croit supérieur à tout le monde apparemment! On croirait entendre des anglais!, ricana Markus
Hermione tiqua. Ils pouvaient parler! Les anglais, eux, ne vivaient dans des porcheries!
- Excusez-moi messieurs, je crois que vous recevez de la visite, intervint Hermione agacé, est-ce ainsi qu'on accueille les femmes ici?! Je croyais que les russes étaient connus pour leur galanterie légendaire! Nul n'est mon intention de vous interrompre sur votre débat -qui je ne doute pas doit-être diablement intéressant- concernant la chère épouse d'Erik, mais j'aimerais faire vite avec mon affaire., finit-elle puis elle rajouta avant d'oublier, qui, parmi vous est l'agent Blok?
Les aurors la regardèrent comme si elle venait d'une autre planète. On aurait presque dit qu'ils n'avaient pas vu de femme depuis un bout de temps. Elle remercia mentalement son jean d'être un taille haute auquel cas, elle aurait pu avoir droit à des regards pas très innocents. Elle les consulta tous du regard mais ils semblaient tous perdu comme si parler de l'épouse d'Erik leur avait brusquement coupé la langue. Merlin! Pouvait-il répondre à la fin?!
Finalement pour réponse, les agents se tournèrent vers une porte dont l'entrée était obstruée par les cartons de pizzas. Ainsi donc, leur supérieur n'avait aucun contrôle sur eux. Elle enjamba le parcours semé d'embûches et parvint à ouvrir la porte.
"Prénom?
- Helga, répondit sans réfléchir Hermione
- Nom?
- Poufsouffle, fit Hermione en retenant un rire
Non, non, non, non, non! Ne la regardez surtout pas avec ce regard réprobateur. Arrêtez ça, je vous dis! C'est cruel, vous savez? Elle pourrait très bien porter plainte contre vous juste parce que vous affichez une mine de zombie chaque fois qu'elle sort une blague pourrie! Je sais clairement ce que vous pensez:"Oh non c'est pas vrai! Elle n'a pas osé dire un truc aussi débile, si? Non, vraiment, la serpillère qui lui sert de cheveux interfère avec son cerveau ou bien Malefoy a déteint sur elle en l'espace de quelques jours? A mois que ce ne soit Weasley? Potter, alors? Dire que cette fille a eu les meilleurs notes aux Aspics depuis cent ans... Pathétique! Et le pire, c'est qu'elle continue à être morte de rire, par Godric! Mais, arrête bon sang! Arrête!".
Sa conscience était en ce moment même en train de remplir une lettre de démission.
Elle se retenait encore -avec bien difficultés- de rire.
Rire qui mourut aussitôt dans sa gorge quand elle le vit noter sur le formulaire sa réponse. Sérieusement? Personne n'avait donc de culture ici ou quoi? Elle n'était pas la seule à avoir lu l'Histoire de Poudlard quand même! Ainsi, quand cet auror releva la tête, il vit Hermione Granger alias Helga Poufsouffle le fixer comme si il avait perdu la tête. Sans prendre en compte la réaction de son interlocutrice, il reprit:
- Âge?
- C'est malpoli monsieur!, s'offusqua Hermione ou plutôt Helga
- Je vais reposer ma question: âge?, répéta-t-il passablement agacé
- Je ne vous le dirais pas!, persista le jeune femme qui commençait sérieusement à douter de la crédibilité de cet homme
- Très bien, céda l'auror, passons au motif de votre venue!
- Je suis une avocate anglaise et voyez-vous, une de mes clientes était parente avec la victime d'un meurtre. Celui de Maritza Morkov, précisa-t-elle
- Et alors?, demanda-t-il en ne voyant pas où elle voulait en venir
- Maritza était sa filleul et elle voulait lui donner sa part d'héritage il y a quelques mois. Aujourd'hui, elle est décédée et ma cliente a deux possibilités: transférer cet argent à une oeuvre de bienfaisance ou bien la donner à un cousin germain. Seul les vrais circonstances de sa mort décideront de l'issue de ce problème, expliqua Hermione fière de son mensonge
- Il me semble que les journaux sorciers et moldus ont révélé les causes de sa mort. Auriez-vous oublié que les gouvernements magiques obligent les journaux à mentionner dans la rubrique nécrologie les décès moldus et sorciers pour éviter de perdre de vue des éventuelles parentés cracmols et ainsi soi-disant baisser le taux de racisme, débita-t-il en imitant des guillemets à partir de "soi-disant".
Evidemment qu'elle le savait! Pour avoir dû transmettre les noms des défunts elle-même à cette rubrique.
- Ecoutez, je n'ai vraiment pas le temps de discuter. J'ai besoin du rapport de son autopsie, des documents annexes à sa vie, des-
- Qui me dit que vous êtes vraiment une avocate?, la coupa-t-il
- Vous oseriez défier une représentante de la justice anglaise?, le défia Hermione
Il ne broncha pas. Le ministère anglais avait une place importante sur la scène politique: il ne se risquerait pas à la provoquer.
- J'ai une recommandation du chef des aurors anglais, argumenta la jeune femme en plaçant une lettre devant lui
Il lut le parchemin en diagonale et sa figure se décomposa au fur et à mesure de sa lecture.
