Salut les lecteurs voici un nouveau point de vue assez inattendu sur ce qui se passe au Mur. Rien de très plaisant, comme vous allez le voir tout de suite...
Satin
Au-dessus de sa tête, le ciel virait au gris alors que les nuages d'orage cendrés arrivaient à toute vitesse. Sous ses pieds, le Mur lui-même semblait frémit alors que les traîneaux chargés de pierres étaient tirés à travers la cour, et que les ciseaux découpaient des morceaux de glace aussi vieille que des barrals. Il y avait aussi des débris résultant de la bataille Satin pensa voir une des tortues de Mance, le grand appareil de bois et d'osier conçu pour protéger le bélier afin que les sauvages puissent le frapper contre la porte. Elle avait été transformée en petit bois à présent, fourrée dans le passage, où elle serait gelée avec le reste, scellant le tunnel pour l'éternité.
Folie. Folie et stupidité. Ce n'était pas la chance qui avait choisi le perchoir de Satin tout là-haut, avec les restes des sentinelles de paille et le vent qui le secouait si fort qu'il se sentait en déséquilibre, prêt à s'envoler ou à tomber. Il dormait avec une dague à présent, et n'osait même pas coucher dans les baraquements pendant la nuit, choisissant un cellier abandonné ou une pièce dans une tour croulante. Il en changeait à chaque fois.
Je suis le prochain. Ils veulent ma mort, et ils savent que je le sais.
Petite surprise. Château-Noir avait presque atteint le point d'ébullition. La nouvelle élection avait eu lieu quelques jours plus tôt, et puisqu'il n'y a personne d'autre ne fût-ce qu'à demi-qualifié pour le boulot, la Garde de Nuit avait fini avec Bowen Dumarais comme commandant permanent.
Tous les sept réunis, et la femme rouge, pourraient ne pas suffire à nous sauver de ça.
Les marteaux résonnaient comme des épées.
Ça te rendrait malade si tu étais là pour voir ça, Jon.
Satin frotta sa main sur ses yeux. Il avait demandé s'il pouvait récupérer le corps du Lord Commandant, pour l'emmener au-delà du Mur et l'enterrer dans le bosquet de barrals, comme il savait que Jon l'aurait souhaité, mais c'était avant que le nouveau Lord Commandant ne conçût son plan de sceller les portes Dumarais avait, avec réticence, accepté qu'il serait en fait totalement stupide de vouloir forcer les sauvages à retraverser. De plus, personne ne semblait capable de dire à Satin ce qui était exactement arrivé au cadavre de Jon. Ser Alliser voudrait pisser dessus, sans doute. Mais Ser Alliser avait disparu, et Grenn et Pyp et Edd la Douleur et Fer Emmett et tout le monde, envoyés au loin par la volonté de Jon avant que son amitié pour eux (à l'exception notable de Ser Alliser) ne brouillât sa capacité à les commander. Personne n'avait vu non plus Fantôme, le loup géant de Jon. Était-il mort, lui aussi ?
Les sauvages exigeant toujours les châteaux promis par Jon, et Dumarais les refusant toujours, il paraissait que ce n'était plus une question de jours mais d'heures avant que les épées ne ressortent pour de bon. En fait, peu importait la gêne que la présence de l'ost Baratheon et des hommes de la reine avait engendrée, ils étaient les seuls à maintenir un peu la paix. Et maintenant que les derniers d'entre eux étaient partis secourir le roi de Ramsay Bolton, ne laissant qu'une garnison minimale pour garder la reine, la princesse Shireen et la femme rouge, la tension était pire que jamais.
De même, certains sauvages qui avaient juré de suivre Jon à Winterfell avaient décidé de s'embarquer dans le voyage de leur propre chef. A leur façon, ils semblaient sincèrement enclins à le venger. Mais ils refusaient tout net de marcher avec un ost d'agenouillé, et ils n'avaient aucune amitié pour Stannis ; c'était lui qui était venu briser leur grande attaque contre le Mur, après tout. Aussi c'était un enjeu de pari que de savoir s'ils atteindraient vraiment Winterfell, ou seraient distraits en route et s'occuperaient gaiement à quelque pillage, vol et viol improvisés.
Au mieux, nous avons envoyé une armée farouche qui fera de la vie un enfer pour le Bâtard de Bolton. Aupire, nous avons lâché une meute de loups affamés.
Satin soupira, fixant sans la voir la voie royale, qui si haut dans le nord n'était qu'une simple piste boueuse qui serpentait entre les arbres. Elle n'avait pas été utilisée depuis de nombreux mois, excepté pour le fier départ des hommes de Stannis pour leur mission de sauvetage. Satin espérait qu'ils seraient assez sages pour la quitter avant d'atteindre le Don. Si les Baratheon voulaient claironner leur présence à tous les guetteurs dans les arbres, ils n'avaient qu'à avancer tout droit et -
Une minute. Satin fronça les sourcils et sauta sur ses pieds, jetant un regard par-dessus le merlon encroûté de neige. Ses yeux avaient pu le tromper il se trouvait à sept cents pieds, après tout, et il ne s'agissait que de petits points qui se déplaçaient. Mais il pensait avoir vu trois chevaux. Non, quatre assurément, et puis ce qui ressemblait à une demi-douzaine d'autres derrière. Une escorte, des gardes ?
Ils arrivent vite.
A ce moment, Satin décida qu'il ne faisait rien de bon à se planquer là-haut.
Le Mur est seulement aussi fort que les hommes qui le défendent.
Et peu importait ce qu'on disait, il en était un. C'était pourquoi il s'était manifesté pour eux face à Melisandre, les hommes de la reine et les sauvages et ses propres frères jurés, avec le sang de Jon encore rouge sur la neige.
Satin courut presque sur le chemin glissant vers la cage du treuil, s'enferma dedans et tira un coup sec sur la corde. Il s'écoula un moment, puis il commença à descendre par à-coups.
Son cœur battait la chamade quand la cage toucha le fond, et le garde du treuil suant vit alors au profit de qui il avait travaillé si dur. Il émit un bruit dégoûté et marmonna :
- Dame Snow, n'est-ce pas ? Si seulement c'était pas toi.
Satin ne lui prêta pas attention. Il ouvrit brutalement la cage et fila à travers la cour, juste à temps pour voir les cavaliers – il y en avait en fait dix – trottant dans la cour. Le meneur, un chevalier bien nourri aux longs cheveux d'or blanc, tira sur les rênes de sa monture.
- Ho, appela-t-il. Je veux parler au Lord Commandant.
Satin s'avança.
- Massey ?
Surpris, le chevalier se retourna pour le regarder, et cligna des yeux.
- Ah, oui. Le petit... écuyer de Snow. Oui. Va le chercher, tu veux ?
- Je ne peux pas.
Satin ignora les regards peu amicaux de la part des frères noirs, qui travaillaient dur pour sceller la porte et grognaient qu'il avait esquivé sa port du travail.
- Jon Snow est mort. C'est Bowen Dumarais qui porte maintenant le manteau de Lord Commandant.
Massey resta sans voix, puis le regarda fixement.
- Sept enfers, dit-elle, oubliant complètement le dieu rouge dans son ahurissement. Sept putains d'enfers. Snow est mort ? Comment ?
- Assassiné.
Le murmure hargneux augmenta quand Satin prononça ce mot, mais il refusait de déguiser la vérité.
- Par ses propres frères jurés, dans cette cour même.
- Pourquoi tu lui dis pas ce que faisait Snow ! aboya un des bâtisseurs. Cette bête sauvage qu'il gardait enfermée sous la tour de Hardin – l'a arraché les jambes à ce Ser Patrek, putain, Snow essayait de défendre ce maudit truc, et c'était l'moindre de ses crimes. On aurait buté l'géant aussi si ce foutu sauvage s'était pas mêlé -
- Bout d'Cuir est votre frère maintenant, dit sèchement Satin. Et combattre Wun Wun vous aurait laissé aussi mort que Ser Patrek.
Le bâtisseur lui envoya un regard meurtrier juste comme il fallait. Ser Justin Massey paraissait toujours pris de court.
- Où est la reine ? Je dois lui parler, au moins.
- Dans ses appartements, dit Satin. Elle a peur de sortir.
- Je me demande bien pourquoi, marmonna quelqu'un, pas très bas.
- Je ne la blâme pas. Pour ça, au moins. Ser, je crains que ce ne soit pas tout ce que nous avons à vous dire. On a reçu une lettre du Bâtard de Bolton. Le roi Stannis est…
- … capturé ?
Pour quelque raison inimaginable, Massey souriait, bordel.
- Oui, dit Satin, déconfit. Ce qui reste des hommes du roi a déjà marché au sud, avec l'idée de mettre la tête de Ramsay sur une pique. Mais vous ne le saviez pas, sans doute, et donc…
- Jon Snow est mort ?
Une petite voix triste s'éleva de la droite de Ser Justin. Une fille à l'allure de fantôme était enveloppée dans un manteau trois fois trop grand pour elle, des yeux marron apeurés le fixant depuis un visage maigre. Le bout de son nez était noir d'engelure et elle s'affaissait sur sa selle comme si rester assise bien droite était trop douloureux.
- Vraiment ?
Satin s'avança vers elle, mais l'un des gardes l'arrêta vicieusement.
- T'approche pas de la dame, sodomite.
- La dame est notre invitée.
Satin lui passa sous le nez et présenta sa main à la fille. Elle le fixa, apparemment ahurie.
- Quel est votre nom ? demanda-t-il doucement.
- Ceci, dit Massey, est la raison de notre venue. En partie, au moins. Voici la Dame Arya Stark, sœur du feu Lord Commander, récemment secourue des mains du Bâtard par nul autre que Theon Tourne-Casaque lui-même. Je vous la remets, ainsi que celle-ci – il désigna de la tête le cavalier à ses côtés, qui semblait être une autre femme, petite, robuste et enveloppée dans plusieurs fourrures – à garder sous votre protection, avant de poursuivre vers Guet de l'Est.
Quoi ? Arya ?
L'ironie étrangla presque Satin. Son angoisse pour sa petite sœur était ce qui avait conduit Jon à certaines des extrémités en tout premier lieu, pourquoi il comptait quitter le Mur et partir au sud à Winterfell lui-même. Melisandre avait qu'elle avait vu dans ses flammes une fille grise sur un cheval mourant, et Jon avait cru que cela voulait dire Arya, mais ce la s'était révélé être Alys Karstark.
Qu'est-ce que ça signifie ?
La femme rouge avait-elle eu raison après tout ? Et si Arya venait juste d'arriver ici, sauvée d'un cauchemar pour tomber dans un autre -
Nous pouvons la mettre avec Val, peut-être songea Satin.
La princesse sauvageonne devenait plus agitée et anxieuse chaque jour, et avait récemment été appréhendée alors qu'elle tentait de voler un cheval et de s'échapper. A présent sa garde avait été doublée, autant d'hommes que les frères noirs pouvaient fournir.
Juste alors, le quatrième cavalier poussa son cheval en avant, et Satin le reconnut également. Tycho Nestoris, le banquier braavosi.
- Mes excuses, Ser Justin, mais tant que nous sommes ici, il y a un autre problème. Je suis navré d'apprendre la fin prématurée de Jon Snow, mais je requiers de parler au nouveau Lord Commandant à la place, concernant le statut d'un prêt contracté par la Garde de Nuit auprès de la Banque de Fer.
Marsh ne va pas aimer ça. Peut-être que lui et Nestoris pourront faire leurs comptes jusqu'à la mort.
- Quelqu'un aurait-il l'amabilité d'aller chercher la Vieille Grenade ?
- Fais-le, pute. T'es un écuyer, tu cours et tu vas le chercher.
Glacial, Satin pivota sur les talons.
Ça ne vaut pas la peine de se battre.
Aussi grimpa-t-il vers les appartements qui avaient si récemment été ceux de Jon, et frappa sèchement à la porte avant de l'ouvrir.
- Mon seigneur, vous devez venir. Ser Justin Massey est revenu, et amène avec lui Arya Stark et Tycho Nestoris.
Bowen Marsh le dévisagea avec une inimitié nauséeuse et mal déguisée.
- Qui ?
- L'envoyé de la Banque de Fer. Il veut connaître le prêt que Lord Snow a obtenu.
Cela rendait Satin presque malade de rage de s'asseoir là et parler de ces choses si calmement, à l'assassin de Jon.
Dumarais émit un bruit désobligeant.
- Même depuis la tombe il nous empoisonne, marmonna-t-il, juste assez bas pour que Satin pût prétendre n'avoir pas entendu.
Plus fort il dit :
- Très bien. Je descendrai dans un moment.
- Maintenant, mon seigneur.
- Très bien, dit à nouveau Dumarais, piqué.
Il enfila sa cape et suivit Satin dans l'escalier en spirale, jusque dans la cour où le groupe de cavaliers attendait toujours. Quelqu'un avait eu pitié de Dame Arya et l'avait fait descendre de son cheval ; elle regardait dans le vague comme si elle n'était pas totalement sûre de qui elle était ni de l'endroit où elle se trouvait.
- Ser Justin, dit Dumarais avec raideur.
- Lord Commandant.
Massey inclina la tête, avec juste une touche de moquerie.
- Je vous que nous vous avons interrompu au beau milieu de quelque grand chantier, aussi je serai bref. Mais mes amis voudraient un mot.
- En effet.
Tycho Nestoris s'avança au petit trot.
- Peut-être mon seigneur se souviendra-t-il que la Garde de Nuit a requis un prêt de mon ordre, et de belle taille. Comptez-vous toujours honorer les termes du remboursement ?
Bowen Dumarais était toujours un intendant avant tout, et donc marchander son argent était une des choses qu'il faisait le mieux. Il s'enfla.
- Cette folie était du fait de Jon Snow, non du mien, lâcha-t-il. Nous aurions eu assez d'argent et de provisions si la moitié des sauvages d'au-delà du Mur n'avait pas été invitée à s'installer ici.
Halder, un autre des bâtisseurs et un qui avait connu Jon en tant que recrue, abattit violemment son marteau.
Dumarais lui jeta un coup d'œil.
- Oui ?
- J'appelle ça presque aussi stupide que votre dernière idée, dit Halder avec emportement. Dernières idées, plutôt, d'abord de tuer Jon et ensuite de nous dire de sceller le passage sous le Mur. Ouais, on avait p'têt' c'qui nous fallait, mais on l'a pas maintenant. Et vous allez vous mett' sur la liste noire de la Banque de Fer, là ? Vraiment, mon seigneur ? Vraiment ?
Ser Justin regarda la Vieille Grenade bouche bée.
- Vous avez tué Snow ?
Le visage rougeaud de Dumarais devint tout pâle.
- Si je dois répondre de mes actions à tout homme partout dans les Sept Couronnes, je le ferai, dit-il bravement. Je n'esquiverai pas mes responsabilités. Mais concernant votre question, mon seigneur, vous verrez que la Garde de Nuit est actuellement dans un état de… flottement. Je ne puis vous répondre.
Nestoris inclina la tête.
- Je comprends votre dilemme, Lord Commandant. Je reviendrai à une date ultérieure pour clarifier la situation.
Bowen Dumarais avait l'air affreusement soulagé.
Il ne sait même qu'il n'est pas tiré d'affaire.
- Merci, Nestoris, merci. Nous consentons à héberger Dame Arya et cette...
Il jeta un regard au compagnon prétendument féminin de Dame Arya, échoua apparemment à trouver un adjectif correct, et agita la main.
- Pour le moment. Et ce travail... la porte doit être scellée, je l'ai ordonné...
- Nous progressons autant que nous pouvons, dit Halder. P'têt' que si nous avons d'la veine, Cotter Pyke en bâtira une autre à Guet de l'Est.
- Surveille ta langue. Quel est l'intérêt d'envoyer des patrouilles à présent ? Lord Snow a aimablement autorisé les sauvages à franchir le Mur. Et si, les dieux nous gardent, nos hommes devaient tomber sur des spectres ou des Autres, ils seraient tous massacrés, de toute façon.
- Vous pensez pas que nous aimerions savoir où ils...
Dumarais lui coupa la parole.
- Écuyer, dit-il à Satin, emmène les femmes dans les appartements de la princesse. Massey, vous allez poursuivre votre route ?
- Dans peu de temps.
Massey descendit de cheval.
- Écuyer, mène-moi chez la reine tant que tu y es.
Satin opina. Tous les trois le suivant, il pressa le pas vers les appartements de la reine Selyse. Il entendit à peine les commentaires habituels de ses gardes la vue de Ser Justin était suffisante pour les faire taire assez vite. Mieux valait ne pas tenter de voir la reine par lui-même. Il savait ce qu'elle pensait de lui.
Ceci étant fait, il prit le bras de Dame Arya. Ses yeux étaient vitreux quand elle le regarda.
Dieux, qu'a fait le Bâtard ?
Jon n'avait pas beaucoup parlé de sa petite sœur le sujet avait dû être trop douloureux. Mais il avait été très clair sur sa peur de la voir combattre Ramsay Bolton comme un chat sauvage, et qu'il l'endommageât irréparablement par vengeance.
Il l'a fait, mais à l'intérieur, là où ça ne se voit pas.
- Quel est ton nom, écuyer ? demanda la suivante de Dame Arya.
Elle était carrée et robuste, pas une beauté, mais avait une allure rude et ravinée par le mauvais temps.
- Satin, ma dame.
- Satin ?
La femme émit un reniflement peu digne d'une dame.
- Je n'en ai jamais eu d'autre.
Pas son affaire à elle de savoir d'où il venait, qui il avait été. Un homme laissait tout derrière lui quand il prenait le noir.
- Je vous amène à Val, la princesse sauvageonne, qui vit avec son neveu et ses nourrices. Vous serez en sécurité là.
- Les sauvages n'ont pas de princesses, dit la suivante. Ni de serfs ni de seigneurs.
Satin lui jeta un regard plein de surprise amusée.
Elle est du Nord, celle-ci.
- Je crains de ne pas vous avoir montré de très bonnes manières, ma dame. Comment dois-je vous appeler ?
- Alysane Mormont.
Elle haussa ses lourdes épaules.
- Même s'il y en a qui m'appelle l'Ourse.
Une Mormont ? Satin avait connu Jeor Mormont, le prédécesseur de Jon au poste de Lord Commandant, très brièvement, mais avait entendu toutes les histoires sur le courage et le dévouement du Vieil Ours à son devoir.
Cela rend-il les choses plus faciles de savoir qu'Arya est gardée par l'une d'eux, Jon ? Où que tu sois parti.
Ils atteignirent les appartements de la Tour du Roi, et Satin frappa.
- Ma dame ? Je vous ai amené quelques compagnes. Nous espérons que vous...
- Entrez, appela une voix de femme.
Une voix profonde, un timbre riche. Pas la voix de Val.
Satin hésita, puis poussa la porte. Comme il s'en doutait, il vit Melisandre debout devant le feu, et Val acculée dans un coin comme un chat dans un arbre.
- Mes dames. Est-ce que je dérange ?
- Pas du tout.
Melisandre glissa vers eux et offrit une main gracieuse d'abord à Alysane Mormont, qui la dévisagea avec suspicion, et puis à Dame Arya, qui ne bougea pas.
- J'avais juste une brève discussion avec la princesse au sujet de cette évasion qu'elle a tentée, et pour voir à ce qu'elle comprenne bien. C'est le cas. Là-dessus, je vais me retirer.
Elle sourit, le rubis de son collier pulsant avec une brillance particulière, et s'en alla.
Val resta où elle se trouva, et le regard qu'elle jeta à Satin était à moitié fou.
- Prochains agenouillés qui posent le pied dans cette pièce sans ma permission, je leur tranche la gorge. Elle est toujours à renifler quelque chose, celle-là. A me poser des questions sur le bébé, le loup -
Un lent, étrange frisson parcourut l'échine de Satin.
- Quoi, le bébé ?
- Le monstre, marmonna Val. Elle sait ce que Jon a fait, je le jurerais. Mais c'était la seule façon... Dalla m'aurait jamais pardonné sinon…
Satin ne savait pas de quoi elle parlait, et il semblait qu'il lui revenait de faire les présentations, ce qui aurait pu difficilement être plus bizarre sur l'instant.
- Ma dame... voici Alysane Mormont et Dame Arya Stark. Elles partageront vos quartiers pour le moment.
L'ensemble de pièces était assez spacieux ; certainement suffisant pour que les trois femmes s'évitent, si elles le voulaient.
- Et voici Val, belle-sœur du Roi Au-Delà du Mur.
Une mauvaise blague, ça. Si Mance Rayder n'était pas mort dans sa cage à présent, il devait certainement souhaiter de tout cœur de l'être.
- M'dame, dit Alysane d'un ton bourru. Au plaisir.
Val fixa l'Ourse d'un regard vitreux et fiévreux quelque peu similaire à celui de Dame Arya.
- Vous n'êtes pas une espionne, n'est-ce pas ? Une espionne à elle ?
Qu'avait fait Melisandre ? Et il y avait autre chose qu'avait dit Val. Le bébé ? Le loup ? Qu'avait fait Jon ?
- Ma dame, commença prudemment Satin.
Il croisa le regard d'Alysane, et elle comprit ce qu'il voulait et commença à entraîner Dame Arya sans rencontrer de résistance.
- Je dois vous le demander. Le loup… voulez-vous dire Fantôme?
C'était un espoir creux et stupide.
Val ne répondit pas immédiatement. En fait, elle reste complètement silencieuse, et il commençait à se détourner, déçu, quand les doigts de Val saisirent son bras comme un bracelet de fer.
- Le loup, souffla la sauvage. Le loup blanc. Je l'ai vu avec elle la nuit dernière.
Cette fois, ce fut certainement la foudre qui le frappa.
- Où ?
- Par ma fenêtre. Qui traversaient la cour. Personne sauf eux. La bête boitait. Elle était blessée. Il y avait du sang sur sa fourrure. Je n'en ai pas vu plus. Elle l'aurait su. Dans ses flammes.
Melisandre, songea Satin. Elle savait où était Fantôme tout ce temps. Et je parierais une fortune qu'elle sait aussi où est Jon.
- Merci, ma dame.
Sa voix paraissait étrange : différente, rauque.
- Je ne vous dérangerai pas plus.
La tête de Satin lui tournait tandis qu'il descendait les marches.
J'aurais dû deviner.
Melisandre s'était particulièrement intéressée à Jon même avant sa mort. L'intérêt n'était pas réciproque, pour autant que Satin le sût en fait, Jon l'avait tenue à distance, curieux de ce qu'elle pourrait prophétiser du futur et s'en méfiant fermement dans le même mouvement. Mais il y avait bien des contes étranges au sujet des R'hllor, et Satin, comme tous les autres, avait appris à ne pas douter du pouvoir de la femme rouge.
Que fait-elle avec lui ? Que veut-elle ? Ne peut-elle même pas le laisser reposer en paix ?
Dans le bordel de Cité-Vieille où il était né et avait été élevée, Satin avait eu un certain nombre d'aspirants maistres comme clients ; nombre d'entre eux avaient choisir de rejoindre la Citadelle pour échapper à la pression de leurs familles au sujet du mariage, et ne pensaient pas avoir le tempérament pour devenir septons. Ou ils auraient pu rejoindre la Garde de Nuit. Mais tous, les acolytes aimaient parler – pour lui prouver, le joli prostitué aux cheveux sombres qu'ils avaient payé pour leur sucer la queue – le pouvoir qu'ils avaient, toutes les choses qu'ils savaient. Certains, il en était sûr, auraient dû surveiller leur langue avec plus de soin. Un en particulier, qui se forgeait un maillon pour sa chaîne de maistre en acier valyrien, un qui étudiait les hauts mystères. Satin avait entendu trop de choses étranges là-bas, et en avait trop vu ici, pour se montrer encore incrédule.
Je dois trouver la femme rouge et lui parler seul à seule.
La bouche de Satin se serra en une ligne sinistre.
Et je dois le faire vite. Je ne la laisserai pas avoir Jon. Jamais.
Le chemin sous le Mur fut scellé au crépuscule. La neige commença à tomber à la nuit.
