Chapitre 6 : L'androïde de Xion
Les yeux de la prénommée Ran s'écarquillèrent. Elle n'avait pas l'air de comprendre. Peut-être n'acceptait-elle pas le fait d'avoir été tuée, puis ressuscitée, mais ça, Vexen n'y pouvait rien. C'était un fait, scientifique qui plus est, et il fallait l'admettre. C'était tout.
- M-mais…, bégaya la jeune femme. Je… Je suis morte ?
Le Nobody hocha la tête.
- L'année dernière, tu as été renversée par un chauffard, dans une rue pas très loin d'ici.
La brune resta abasourdie quelques instants, puis observa avec étonnement ses bras, ses mains, puis ses cheveux et le reste de son corps.
- Alors…., hésita-t-elle, je…
- Tu es en vie, déclara tout à coup Vexen, grâce à une expérience que j'ai faite.
Sur ce, il commença à lui expliquer tous les détails de sa solution de résurrection, ainsi que les problèmes rencontrés durant l'expérience, et bien d'autres choses, toutes plus scientifiques et compliquées les unes que les autres. Et Ran, ébahie, s'abreuvait de ses paroles, tentant de comprendre ce qui lui était exactement arrivé.
* * *
Depuis peu, Ienzo et Xion étaient de nouveau assis côte à côte dans la salle de séjour, et attendaient les membres absents. Les autres étaient, pour la plupart, plongés dans de passionnants débats, mais eux deux se taisaient, l'une perdue dans ses pensées, l'autre à demi bouleversé par ce qu'il venait d'apprendre. Alors comme ça, Xion était tombée amoureuse d'un Somebody du nom de Sora, qui lui même semblait amoureux de la fille avec laquelle les deux camarades l'avaient aperçu, une adolescente portant le prénom de Kairi. Ledit Somebody ne soupçonnait même pas l'existence de la jeune fille, et cette dernière n'osait pas aller lui parler. Comme c'était compliqué !
Le romancier voulait aider sa nouvelle amie, mais il ne savait pas comment s'y prendre. Après tout, il était un homme, c'était différent. Et puis, il n'avait pas honte de l'avouer, jamais encore il n'était tombé amoureux – ou du moins, à ce qu'il pensait. D'ailleurs, cela lui paraissait étrange, de se dire que, somme toute, plusieurs No' de la bande d'Axel étaient plus jeunes que lui et avaient un petit ami ou une petite amie. Était-il coincé au point de n'entretenir plus qu'une seule relation, à savoir l'amitié avec Naminé ?
Soudain, la porte de la pièce s'ouvrit pour laisser entrer un Marluxia visiblement d'excellente humeur. Les membres de la bande ne le saluèrent pas, mais l'homme aux cheveux roses ne sembla pas s'en préoccuper et se contenta de pénétrer dans la salle. L'écrivain trouva cela impoli, d'entrer dans une pièce sans en saluer les occupants ; c'est pourquoi il se leva et s'approcha de Marluxia.
- Bonjour, dit-il simplement.
L'autre lui serra énergiquement la main, avant de se retourner vers la porte. Porte qui, d'ailleurs, fut immédiatement empruntée par Rei. Rei qui apparut au romancier comme une femme magnifique. Souriante, vêtue de sa robe blanche à paillettes, elle scintillait comme un soleil et, lors de ses déplacements, avait la grâce et l'agilité d'un félin. Sans perdre son sourire se voulant rassurant, elle prit la main de Marluxia, et ce dernier l'entraîna auprès des membres déjà assis.
- Les amis, appela-t-il d'une voix forte, je vous présente Rei !
Larxene haussa les sourcils, indifférente. Luxord salua la nouvelle venue, puis se replongea dans ses cartes. Xigbar leva à peine les yeux de son journal. Xion, rêveuse, ne prêta pas attention aux paroles de son ami. Ienzo sourit à la jeune femme, geste inutile étant donné qu'il se trouvait derrière elle. Et enfin, Demyx ouvrit de grands yeux sur l'amie de Marluxia. Qu'elle était belle !
Il lui semblait l'avoir déjà vue une fois, d'ailleurs.
* * *
Marluxia était peut-être arrivé, accompagné de Rei, mais Vexen et Axel manquaient toujours à l'appel, c'est pourquoi le petit groupe attendait encore, Larxene commençant à pester contre les retardataires. Elle en avait marre de patienter. Et Axel, où était-il encore passé, celui-là ? Il se vantait d'être le chef, mais il n'était même pas capable d'être à l'heure. Quel idiot. Il lui avait dit qu'il en avait « juste pour une petite minute ». Et là, sa petite amie commençait sérieusement à se demander s'il savait ce qu'était une minute. Déjà qu'elle ne le voyait pratiquement jamais, il fallait encore que ce crétin arrive en retard. A moins que… Arriverait-il ? Il avait intérêt à venir, ou elle entrerait dans une colère noire. Et une Larxene en colère, ce n'était jamais bon pour personne.
- Désolé, je suis en retard.
La blonde leva les yeux sur celui qui venait de prononcer ces mots. Ce n'était pas Axel, mais Vexen. Enfin, ce n'était pas trop tôt. Mais qu'est-ce qu'il avait fichu pendant tout ce temps ?
- Je dois vous présenter quelqu'un, déclara froidement le scientifique.
Galère. Deuxième idiot de la journée à « présenter quelqu'un ». Larxene espérait juste que ledit quelqu'un n'était pas une personne comme Rei, car celle-ci commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs, avec ses sourires qui sonnaient tellement faux. Il n'y avait pas à dire, elle était faite pour aller avec Marluxia.
Vexen, quant à lui, s'empressa de présenter Ran à ses amis, puis les deux arrivants prirent place à côté de Xion, avant de se joindre à la discussion générale.
Larxene était écœurée. L'imbécile qui lui servait de petit ami n'était toujours pas arrivé, même après un quart d'heure d'attente. Elle décréta donc qu'ils pouvaient commencer sans lui, et se promit de lui montrer de quel bois elle se chauffait, quand il reviendrait. S'il revenait…
* * *
L'air grave, Axel poussa la porte de la maisonnette. Comme cela faisait longtemps qu'il n'y était pas venu ! Enfin, non, juste une semaine, mais cela lui semblait déjà une éternité. Il respira profondément, puis pénétra à l'intérieur.
- Roxanne ! Appela-t-il. T'es là ?
Pas de réponse. Le Nobody se força à calmer ses nerfs et sa respiration précipitée. Peut-être était-elle seulement sortie se promener, ou faire des courses. Il n'avait pas forcément… Si ce type avait osé lui faire du mal, le rouquin ne savait pas ce qu'il lui ferait, mais à coup sûr ce serait terrible. Il avait juré de la protéger, et il tiendrait cette promesse, même si sa vie en dépendait. Jamais il ne le laisserait blesser Roxanne, jamais.
- Lea ?
L'interpellé sursauta en entendant la voix de celle qu'il recherchait, puis se tourna précipitamment, un air grave sur le visage.
- Ne m'appelle pas comme ça, ordonna-t-il froidement.
Devant lui se tenait à présent la jeune Roxanne, dix-neuf ans comme lui, cheveux roux et yeux verts. Sa bien-aimée petite sœur. La jeune fille, des sacs en plastique dans les mains, semblait revenir d'une sortie shopping. Sans plus attendre, elle posa ses commissions sur la table de l'unique pièce, servant à la fois de chambre, de salon et de cuisine, puis soupira de découragement.
- Je suis grande, tu sais, affirma-t-elle en ignorant la précédente remarque de son visiteur. T'as pas besoin de tout le temps venir voir si je survis.
- Oui, concéda le rouquin, mais… Où tu étais, là ?
L'autre fronça les sourcils, puis détacha ses longs cheveux, jusque là retenus en deux couettes. Ensuite, elle entreprit de déballer ce qu'elle avait acheté, et de ranger ses achats dans les armoires.
- Avec Marluxia, répondit-elle simplement, sans se retourner. Mais il avait rendez-vous avec Rei, alors il m'a laissée.
Son frère la regarda, l'air grave. De quel droit ce sale type osait-il passer du temps avec sa sœur ? Ce n'était pas bon pour Roxanne. C'était dangereux. Oui, Marluxia était quelqu'un de dangereux, et la rousse devait s'en tenir éloignée. Qu'elle le veuille ou non.
- Tu sais ce que je pense de ce mec, rétorqua-t-il. Tu ne devrais pas.
La jeune femme ne put retenir un soupir exaspéré.
- Rhaa, Lea, fit-elle, ferme-la ! T'es pas ma mère !
* * *
En bâillant, Eléa s'étira, puis s'étendit sur le canapé, les bras croisés derrière la tête, les pieds posés sur l'accoudoir. Elle ferma alors les yeux, et tenta au mieux de se détendre. Comme son père travaillait dans son bureau tandis que Saix l'assistait, elle se trouvait seule dans l'immense salon, réfléchissant à un moyen efficace de conquérir le cœur de son bien-aimé. Et pour le moment, elle faisait chou blanc. Aucune de ses tactiques ne marchait. Et ce n'était pas faute d'avoir essayé ; les sourires charmeurs n'avaient aucun effet sur cet homme, les gestes amicaux non plus, les services rendus non plus. Même le filtre d'amour avait échoué ! C'était à croire qu'elle était maudite. Enfin, elle finirait bien par y arriver. Elle obtenait toujours ce qu'elle voulait, toujours. Même si parfois cela lui prenait un temps considérable, elle arrivait constamment à ses fins. C'est pourquoi elle ne désespérait pas, et cherchait sans cesse de nouvelles idées.
- Mademoiselle Eléa ?
La jeune femme, surprise, s'assit rapidement sur le canapé, puis leva les yeux sur Saix, non sans rougir légèrement. Son bien-aimé posa aussitôt un plateau sur la table base, devant elle.
- Votre père vous fait porter ces gâteaux, annonça-t-il avec une froideur qui lui était propre. Désirerez-vous un peu de thé ?
Eléa afficha un immense sourire. Son père la connaissait mieux que quiconque ; il avait envoyé Saix lui amener plusieurs délicieuses pâtisseries dont elle raffolait. Dévorant du regard lesdites pâtisseries, elle accepta avec joie la proposition de son aimé. Ce dernier s'inclina en signe de respect, puis partit donc lui préparer du thé, avant de servir le thé à Eléa. Enfin, il reprit la direction du bureau de Xemnas.
Lorsqu'il y entra, le maître de maison était toujours plongé dans ses papiers. Lettres, factures, déclarations de guerres, menaces et injures, il y avait de tout dans les tas qu'il devait examiner. Il releva néanmoins la tête en direction de son subalterne.
- Merci, Saix, fit-il en esquissant un sourire.
- C'est toujours un plaisir, Supérieur, répondit le jeune homme en s'inclinant.
Xemnas fronça les sourcils. Il avait recommencé. Saix était vraiment incorrigible. Toujours à le considérer comme le maître de tout, presque comme un dieu. Bon, il devait l'avouer, cela ne lui déplaisait pas. Mais en même temps, il refusait de développer un lien maître-serviteur avec Saix. Bien au contraire ; il voulait plus que tout que le Nobody le considère comme son père, plutôt que comme son « Supérieur ». Après tout, depuis qu'il l'avait recueilli, onze ans auparavant, il l'avait toujours traité comme son fils, et non pas comme son esclave.
- Et à part ça, reprit le politicien, ça avance, avec ma petite Eléa ?
Saix afficha un air interloqué. Il ne semblait pas comprendre ce qu'il entendait par là.
- Supérieur, risqua-t-il, sauf votre respect, j'ai bien peur de ne pas comprendre votre question…
Xemnas ne put retenir un sourire. Il se leva alors, s'approcha du Nobody, et frotta amicalement le dessus de la tête de ce dernier.
- Vous êtes drôles, tous les deux, assura-t-il.
Entre Eléa qui essayait par tous les moyens possibles et imaginables de séduire Saix, et Saix qui traitait Eléa comme une princesse, le Somebody trouvait la situation assez comique. Il ne connaissait que peu, pour ne pas dire rien aux sentiments, mais ces deux-là s'aimaient, c'était une évidence. Le seul problème était qu'ils ne semblaient pas s'en rendre compte. Or, Xemnas ne voulait pas voir sa fille malheureuse parce que celui qu'elle aimait n'avait pas conscience de ses sentiments. Il essayait donc de faire avancer les choses – tentative qui, pour le moment, frôlait l'échec cuisant.
- Je fais une pause, continua-t-il. Tu viens ?
Puis, suivi de Saix, il quitta son bureau pour rejoindre sa fille dans le salon.
* * *
08 Juin 3013 (suite) Finalement, Axel n'est pas venu. Je m'explique ; nous devions tous nous réunir pour jouer et discuter durant l'après-midi. Lorsque j'arrivai, Marluxia, Vexen et Axel manquaient à l'appel. Nous décidâmes donc – ou plutôt, Larxene décida – de les attendre. Marluxia arriva peu après, accompagné d'une fort élégante demoiselle, qu'il nous présenta comme Rei, l'une de ses amies. Peut-être était-ce la jeune fille dont m'avait autrefois parlé Demyx ? Il faudra que je le lui demande, si j'en ai l'occasion. Ensuite, Vexen nous rejoignit, lui aussi accompagné d'une jeune fille. Cette dernière se présenta comme Ran. Vexen ne nous dit pas comment il la connût, mais il m'est certain que Ran et lui sont étroitement liés. Après cela, nous attendîmes encore un certain temps, puis Larxene, excédée, décréta que nous pouvions commencer sans Axel. Au final, ce dernier ne vint pas à la réunion, et Larxene resta d'humeur exécrable. Le rouquin ne rentra qu'en fin d'après-midi, et sa petite amie manqua de l'étriper, à un tel point qu'il m'inspira presque un sentiment de pitié. Ensuite, chacun vaqua à ses occupations ; personnellement, je me rendis dans ma chambre et lus l'un de mes livres, avant de commencer à lister mes idées pour mon prochain roman. Je suis plutôt inspiré, et c'est une bonne chose ; avec un peu de chance, je pourrai commencer d'ici quelques jours.
* * *
Les jours s'écoulent lentement, et je suis toujours au squat de la bande. Visiblement, je vais rester encore un certain temps, et cela ne me déplaît pas. Par contre, il faudra que je retourne chez moi chercher des vêtements de rechange. Cela fait à présent quatre jours que je suis ici, et j'ai l'impression que la bande – ou en tout cas, une bonne partie – m'a accepté. Inutile de préciser que je me vois satisfait de cette situation. Cet après-midi, Axel n'a pas participé à la réunion, et Larxene n'a pas manqué de l'injurier copieusement. Le pauvre… Pour rien au monde je ne sortirais avec Larxene. Ce serait risquer ma vie, et pour l'instant, j'y tiens trop pour la mettre en jeu. Axel a vraiment beaucoup de courage. D'ailleurs, j'éprouve une certaine admiration pour cet homme. Avant-hier, il alla seul jouer les Robin des Bois, puis partit commettre un cambriolage. Ce n'est pas que j'encourage ces actes, mais je trouve qu'il a bien du courage pour risquer ainsi de se faire emprisonner. De mon côté, je m'entends de mieux en mieux avec Xion. Bizarrement, je n'ai aucune peine à la comprendre quand elle me parle de Sora, de son Sora bien-aimé qui ne l'aime pas. Je n'ai vécu une telle situation, mais… C'est étrange. Ce matin, elle avait l'air bien triste ; selon ce qu'elle me raconta, le jeune homme l'avait royalement ignorée. La pauvre… Et je ne peux même pas l'aider. Mais elle me dit que parler de ça avec moi l'aide à se sentir mieux. Cela me procure une certaine fierté.
10 Juin 3013
Son lecteur mp9 dans les oreilles, Ienzo écrivait lentement dans son journal, comme prenant le temps de réfléchir à chaque mot. Il se laisser bercer par la douce musique qu'il écoutait, c'est-à-dire Shadow of the Day de Linkin Park. Encore Linkin Park, se dit-il. Peut-être était-ce que l'on appelait « un groupe préféré » ? Le groupe qu'on écoutait tout le temps ? Dans ce cas-là, il décida que Linkin Park était son groupe préféré.
Bientôt, le jeune romancier leva délicatement son stylo du papier et le posa sur le bureau de sa chambre. Puis il se leva, son baladeur dans la main gauche, et s'approcha de la fenêtre. Il regarda alors l'extérieur ; le ciel était sombre. Il faisait déjà nuit. Et, chose rare, la lune brillait dans le ciel. Elle éclairait Néopolis de sa pâle lueur. Enfin, de cette lueur qu'elle ne faisait que refléter… Pauvre lune, pensa-t-il. Ne pouvant briller par elle-même, elle devait en effet capter les rayons d'un autre astre. Elle tentait ensuite de reproduire sa lumière, mais malheureusement, elle ne scintillait que très peu comparée à son aîné. Sans y prendre garde, l'écrivain posa la main droite contre la vitre. Puis il se surprit à penser à Xion. La pauvre enfant. Tout comme la lune, elle ne pouvait briller par elle-même – aux yeux de celui qu'elle aimait, du moins. Elle devait donc se contenter de rester dans l'ombre, et d'essayer d'imiter vaguement la dénommée Kairi. Mais malgré tout ce qu'elle faisait, Sora l'ignorait totalement. A ce qu'elle lui avait raconté, elle avait déjà essayé d'aller lui parler, mais sans succès. Elle avait tenté de devenir amie avec les trois Somebodies, Sora, Kairi et Riku, mais seul Riku avait fait l'effort de retenir son prénom.
Pourtant, et Ienzo en était sûr, Xion avait plein de qualités. Et puis, soudain, il pensa à Naminé. Leur dernière rencontre avait été de courte durée. Il aurait tant aimé la revoir… Elle lui manquait tellement. Elle, elle brillait d'elle-même. Elle éclairait le monde de sa pureté. Il songea alors à ce qu'il lui avait promis, quelques jours auparavant. Si quelque chose ne va pas, parle m'en. En fermant les yeux, il revit encore son visage inquiet, le jour de son départ. Je te le promets… Peut-être, après tout, devait-il l'appeler et tout lui dire ? Tout… Vraiment tout ? Certaines choses doivent rester secrètes…
Tout à coup, tandis qu'il réfléchissait, quelques coups retentirent contre la porte de la pièce. Dérangé, il maugréa puis éteignit son baladeur, avant d'aller ouvrir à Xion, qui l'attendait sur le palier, toute souriante. Aussitôt, le romancier remarqua qu'elle semblait différente – du moins, différente de ce qu'elle était dans la matinée. En effet, son air déprimé avait quitté son visage, et à présent, elle semblait extrêmement heureuse. Il s'apprêtait à la saluer, mais elle l'en empêcha en prenant immédiatement la parole.
- Ienzo ! Fit-elle, visiblement agitée. Il faut que vous veniez !
Puis, sans attendre la réponse de son ami, elle l'attrapa par le bras et le tira hors de sa chambre, avant de le guider jusqu'au sous-sol. Là, elle entra en vitesse dans le laboratoire, suivie du jeune homme. Une fois dans la pièce, elle s'arrêta enfin. Un immense sourire éclairait son visage.
- Je l'ai terminé ! Déclara-t-elle avec émotion.
- Terminé quoi ? Demanda l'écrivain, un peu déboussolé.
- Eh bien, mon androïde, bien sûr !
Elle venait donc de terminer de construire l'androïde. Ienzo lui sourit et applaudit doucement. Tout à coup, elle s'approcha de lui et prit ses mains entre les siennes, puis plongea son regard océan dans celui de son ami.
- Je vais vous le montrer, murmura-t-elle. Je vous en parle à vous, parce que je vous admire et vous respecte.
Ensuite, elle le lâcha brusquement et se dirigea vers la table où son invention était couchée. Elle était bien là, recouverte d'une couverture verte. On devinait son corps sous les draps. Et lentement, presque cérémonieusement, la jeune fille retira ladite couverture. Le romancier put alors détailler le fameux androïde. A sa grande surprise, c'était un garçon, aux cheveux blonds et mal coiffés. De plus, ses vêtements étaient pour le moins étrange ; il portait un pantalon brun et beige, ainsi qu'une veste blanche à carreaux noirs. Au poignet gauche, il avait également une sorte de bracelet, lui aussi à carreaux noirs et blancs. Ses yeux étaient fermés et il avait l'air serein. Il ressemblait étrangement à Sora, et le romancier ne put s'empêcher de sourire à cette pensée.
- Je l'enclenche ! Prévint Xion.
Elle se pencha alors sur l'androïde et posa la main dans la nuque de ce dernier. Peut-être appuya-t-elle sur un quelconque bouton ? L'androïde ouvrit donc les yeux, puis repoussa la couverture et s'assit sur la table d'opération. Ses yeux étaient d'un magnifique bleu, tout comme ceux de sa créatrice. Lentement, le robot leva sa main droite devant lui et l'examina, avant de la fermer, puis de l'ouvrir. Après cela, il tourna la tête vers Xion, toujours debout à côté de la table.
- M… Maîtresse ? Bredouilla-t-il sur un ton à la fois étonné et admiratif.
La jeune fille s'assit alors à ses côtés et prit doucement sa main gauche. Ienzo put alors apercevoir qu'il portait deux sortes de bagues, une noire et une blanche.
- Appelle-moi Xion, murmura-t-elle.
- A-A vos ordres ! Répondit l'androïde.
- Et…, intervint le romancier, quel est son nom ?
Son amie sourit une nouvelle fois, puis, sans lâcher la main de sa création, posa la tête sur l'épaule du jeune blond.
- Roxas…, murmura-t-elle. Il s'appelle Roxas…
Elle marqua alors une pause, puis reprit joyeusement :
- Il a toute la puissance d'un Somebody, mais le nom d'un Nobody !
Le romancier sourit. Alors comme ça, ce blondinet était à la fois un Somebody et un Nobody… Cela promettait d'être intéressant. Ce robot pourrait très bien symboliser une union entre deux populations, et Ienzo trouvait cela génial. C'est pourquoi il applaudit.
* * *
Les yeux fixés sur l'étendue bleutée du ciel de nuit, Naminé se promenait lentement dans le jardin de sa demeure. Bien qu'elle fût vêtue de sa courte robe blanche immaculée, elle ne semblait pas avoir froid. En réalité, le froid était bien la dernière de ses préoccupations. Deux jours. Cela faisait quatre jours entiers qu'elle n'avait plus revu son écrivain de meilleur ami. Deux jours qu'elle n'avait plus de nouvelles de lui. Elle essayait sans arrêt de l'appeler, il ne répondait jamais. Et s'il lui était arrivé malheur ? Elle ne voulait même pas y penser.
A présent, elle hésitait à avertir la police. Peut-être qu'elle pourrait retrouver Ienzo. Peut-être qu'elle n'y arriverait pas. Comment le savoir ? L'adolescente fouilla dans sa mémoire. Son ami lui avait-il fait part d'une quelconque intention de départ, de vacances ? Il avait bien tenté de lui dire quelque chose, la dernière fois qu'il lui avait téléphoné… Je veux juste trouver l'endroit où j'ai ma place. Ces paroles résonnaient encore dans la tête de la jeune fille, qui depuis plusieurs heures déjà les tournait et les retournait, en essayant de leur attribuer un sens. En vain.
Désespérée, elle soupira. Elle n'avait plus qu'à attendre.
* * *
- Ah, comme il fait bon !
Xion s'étira, puis se mit à observer le ciel en souriant. Elle avait toujours aimé l'atmosphère des nuits d'été, tout particulièrement sur la Place Numéro VII qui faisait de loin partie des moins pollués de la ville. Derrière elle, Roxas et Ienzo l'observaient, le premier aux aguets, le second en souriant. Soudain, la jeune fille se retourna, et prit les mains de son androïde dans les siennes. Ledit androïde parut étonné, puis tenta de reproduire le sourire de sa créatrice, sans succès.
- Dis-moi, Xion, fit tout à coup le romancier, cet androïde…
- J'en suis très fière, déclara l'adolescente. Cela faisait longtemps que je travaillais dessus.
Elle marqua alors une pause, et posa ses grands yeux bleus sur le romancier.
- Il est doté d'un cerveau, ajouta-t-elle. Il a tout d'un humain normal… Même le cœur !
L'écrivain s'apprêtait à lui demander comment elle avait fait pour donner un cœur à son robot, mais elle le coupa dans son élan.
- Et si on allait se promener, tous les trois ? Proposa-t-elle joyeusement.
Roxas ne se prononça pas sur la question, mais Ienzo accepta l'invitation, et les trois camarades partirent en promenade dans l'enchanteresse nuit d'été. Le petit groupe se laissa guider par Xion, qui les emmena voir les plus beaux recoins de la ville ; un des derniers parcs restants, empli de verdure, un chemin laissé à l'abandon et envahi de mauvaises herbes, une vieille place de jeux, tous ces endroits étaient merveilleux. Comme il n'y avait personne, les trois amis pouvaient sans problème y discuter de tout et de rien.
Ils marchèrent durant un temps considérable. La jeune fille les conduisit sur une petite colline en banlieue. Sans attendre, elle courut jusqu'au point le plus haut de la bute, puis s'assit dans l'herbe fraîche pour mieux observer le ciel. Bientôt, elle fut rejointe par les deux garçons qui l'accompagnaient.
Ienzo ne regrettait vraiment pas d'être venu. De cet endroit, il pouvait voir une bonne partie de la ville qui, de nuit, était vraiment des plus belles. Enfin… Un côté de la ville resplendissait et brillait de mille feux, l'autre était plongé dans l'obscurité. L'écrivain ne put réprimer un frisson en s'imaginant les Nobodies essayant de s'endormir, dans leurs immeubles délabrés, mal isolés et insalubres. Il secoua rapidement la tête, comme pour faire fuir cette pensée de son esprit, avant de s'asseoir à côté de Xion. Roxas, quant à lui, rejoignit sa créatrice, sans prononcer le moindre mot. Et ils restèrent là, pendant quelques minutes, voire plus, ils ne comptaient plus le temps lorsque le vent chaud faisait voleter leurs cheveux. Ce fut Xion qui, la première, brisa le silence.
- C'est beau, hein ? Souffla-t-elle à l'intention du romancier. J'y viens très souvent, dès que j'ai un peu de temps.
Ce dernier ne répondit pas. Il n'avait pas les mots pour exprimer ce qu'il ressentait. Quand il se trouvait avec les Nobodies de la bande d'Axel, et plus particulièrement lorsqu'il était en compagnie de Xion, il avait l'impression que tout lui était permis. Qu'il pouvait courir en forêt, dans les montagnes et dans les collines, sans jamais s'arrêter. Que, rien que durant ces instants bénis, il pouvait tout oublier, tous ses problèmes, tous ceux de la société, pour n'être que lui-même. Dire adieu au romancier, au Somebody, à cet homme si froid, et retrouver son âme d'enfant, redevenir le Ienzo d'antan.
Malheureusement, ils durent bientôt quitter ce Paradis sur Terre. Il se faisait tard, et le lendemain, ils auraient du pain sur la planche. C'est donc avec une certaine nostalgie que le petit groupe descendit de la colline, Xion en tête, sa main dans celle de Roxas, et Ienzo les suivant, les mains dans les poches, les yeux rivés sur les étoiles. Naminé aimait les étoiles, elle le lui avait dit un jour. Et en ce moment, il comprenait tout à fait pourquoi.
- Roxas, on ne t'entend pas beaucoup, fit-il soudain remarquer.
Le blondinet se tourna vers lui et lui sourit.
- Désolé, répondit-il. Je ne suis pas vraiment habitué à…
- A vivre, termina Xion. Hein ?
- Oui, c'est ça.
Il était vrai que cet androïde n'avait été activé pour la première fois que dans la soirée. Il devait se sentir… Comme un nouveau-né. Peut-être était-ce mieux qu'il retourne au squat. L'écrivain fit part de cette hypothèse à l'adolescente, qui l'approuva et emmena de suite son robot à l'hôtel. Ienzo, quant à lui, refusa de la suivre, prétextant vouloir se promener encore un peu.
