Chapitre 8 : Les dépossédés

Chapitre 8 : Les dépossédés

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A : Ronald Bilius Weasley

Le-cottage-qui-était-auparavant-une-grange-dans-le-jardin-derrière-le-Terrier

Loutry Sainte-Chaspoule, Cornouaille

Mr Weasley

On ne saurait par où commencer. La tentation de souligner l'ironie que vous m'écriviez à moi pour me demander d'intervenir en votre faveur auprès d'Harry Potter est tellement au-dessus de toute dérision que cela flirte avec les plus hauts niveaux d'une farce. (Demandez à votre femme de vous expliquer ces mots plus tard, Weasley, après que vous ayez fini de lire ma lettre.)

Vous savez clairement où trouver Mr Potter ces jours-ci, et puisqu'il a semblé à votre frère aîné et marginalement plus intelligent de vous informer de mes arrangements professionnels avec Potter, je trouve logique de pouvoir avancer que vous savez qu'il est en bonne santé, a tous ses membres attachés, et j'oserai dire modérément heureux, plongé dans une exquise ignorance. (Un état qui, je suis sûr, sert à expliquer votre propre sourire constant et insipide.)

S'il est dans votre intention de perturber l'équilibre de Potter dans une tentative à sens unique d'absolution, alors je vous recommande de ne plus gaspiller mon temps, et de lui envoyer directement vos missives. Ou mieux encore, montrez votre face tachetée à sa porte, si vous pouvez cheminer au travers de ses protections, et tentez votre chance en personne. Dans votre cas, je vous recommande de commencer avec des excuses détaillées et sincères et d'apportez la preuve que vous avez réussi à comprendre les raisons pour lesquelles il évitait votre compagnie ces dix huit derniers mois, pour finir avec la promesse de manger votre premier né si vous le traitiez à nouveaux de façon aussi pitoyable.

Cependant, si l'intention que vous aviez en me contactant était simplement une requête maladroite pour glaner des informations concernant ses habitudes sociales et de chambre, alors vous pouvez joyeusement allez vous faire foutre avec la putain de jambe en bois de l'Auror en chef Maugrey. Si vous n'avez pas le courage de regarder Potter dans les yeux, et bien vous pouvez parfaitement garder votre nez hors de sa vie, pour tout ce que cela me concerne. Il mérite mieux, ce qui, de ma part, n'est pas à prendre à la légère.

Avec beaucoup de sincérité,

Severus Snape.

P.S. : Au sujet de votre frère, puisque vous et Charles êtes si proche l'un de l'autre, j'ose penser que cela ne vous sera d'aucun ennui de lui transmettre un message de ma part : sa dernière dose de potion pour les verrues génitales aura un peu de retard, dû à l'été humide et la récolte tardive des achillées. Il devrait pouvoir traiter la démangeaison avec une potion d'engourdissement s'il était dérangé avant que j'ai fini la potion.

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3 août 2002

Il existe une règle tacite, tel un écrou dans les rouages de l'Univers, qui prescrit que peu importe l'attention et la prévoyance que vous mettez dans la préparation de votre voyage, les aléas des délais, changements, accidents, et mal de l'air seront proportionnellement liés : plus vous essayez de tout planifier, plus il vous arrivera tout un tas d'embêtements pour tout faire merder. Il y a aussi un addendum à cette règle qui prédit que si le voyage aller se passe plutôt bien, le retour risque d'être l'inverse.

Même le plus puissant Sorcier de son temps, semblait-il, n'était pas dispensé de cette règle. Harry s'était endormi sur l'activateur retour de son portoloin (il ne savait pas qu'un portoloin pouvait avoir un retour programmé alors qu'il ne l'avait pas été à l'aller) et il n'était pas non plus assez fou pour tenter de transplaner de la villa de Remus près du lac de Côme tout droit vers les Highlands d'Ecosse. Cela serait donc le réseau de cheminette, décida Harry après que les autorités italiennes des portoloins lui eussent appris la longueur de leur liste d'attente.

Et ainsi fut il, avec dix sept heures de retard, fatigué et fourbu, ayant été envoyé de terminal de cheminée en terminal de cheminée la plus grande partie de la nuit à cause du réseau suisse qui parasitait et capitulait à intervalles réguliers, méchamment cramoisi par un coup de soleil, dans un état assez désespéré pour une douche, un repas gargantuesque et un bon coup à boire, Harry fut enfin éjecté de la cheminée de la Tête de Sanglier.

Il ne s'étala pas par terre, mais presque. Seule la présence d'une chaise inoccupée à portée de main, et ses réflexes d'Attrapeur le sauvèrent d'une rencontre avec le sol assez crasseux de la taverne. Harry grogna quand il sentit la chaise s'ébranler, puis se stabiliser avec son poids. Il aima singulièrement cette chaise. C'était la plus belle chaise au monde, et il aurait voulu la ramener chez lui et la chérir pour toujours, seulement cela aurait supposé de se lever dans un premier temps, et il n'était pas sûr de pouvoir y parvenir là tout de suite.

« Potter, je te dérange ? » Argua vénimeusement Pansy Parkinson de l'autre côté de la table, ses yeux bruns plissés et furieux, sa peau crémeuse et pâle. Un verre de vin blanc se trouvait à côté de sa main gauche et une bouteille presque vide près d'elle. Le verre était éclatant, remarqua-t-il distraitement, pas de trace de rouge à lèvre sur son rebord miroitant. Pansy se pencha par dessus la table faisant claquer deux fois ses doigts sous son nez pour que Harry la regarde enfin. Puis, elle réitéra sa question par son seul sourcil levé.

Merde. Il grogna et se redressa. « Désolé Parkinson, j'avais pas vu que t'étais là, » offrit-il, conscient uniquement quand il les eût dites, à quel point ses paroles semblaient rudes. « Euh… Laisse moi t'offrir un autre verre. Aber—

« Ferme LA, crétin ! » Siffla-t-elle, pas plus fort qu'un murmure. Perplexe, à moitié retourné sur sa chaise, il vit du coin de l'œil Blaise Zabini avant qu'elle n'enfonce ses pinces dans sa main. « NE. Te. Retourne PAS, crétin ! Tu veux qu'ils nous voient ? »

« Je veux juste un verre, c'est tout, » murmura Harry, affichant son expression la plus innocente alors qu'il commençait à se débarrasser de sa mine chiffonnée. « Et puisque c'est une taverne, j'ai pensé que tu pourrais en vouloir un aussi. C'est pas une idée si bizarre que ça ? »

Pas du tout impressionnée par sa logique, Pansy fit une abominable grimace répugnée et ne relâcha pas sa main, « Bien, j'irai chercher ton verre, Potter. Reste sagement assis et garde ton clapet fermé comme un bon petit Griffondor, d'accord ? » Elle tapa sa baguette avec classe sur sa serviette en papier qu'elle transforma en un oiseau en papier. « Tu bois toujours du mauvais Whisky Pur Feu, je suppose. »

Harry pensa à faire remarquer que les bons petits Griffondors restaient rarement sagement assis ou gardaient leur clapet fermé, mais dans l'intérêt de ne pas rendre sa journée déjà mal commencée encore pire par une prise de bec avec le leader des monomaniaques psychotiques de Draco Malfoy, il ne releva pas. A la place, il acquiesça, et fixa son regard sur la photo derrière sa tête alors que l'oiseau en papier voletait vers le bar. L'image en elle-même était une grange quelconque, mais l'image qui se reflétait dans la vitre du cadre était beaucoup plus intéressante.

S'il se penchait un peu sur le côté, Harry pouvait discerner le col de chemise de Blaise—blanc et amidonné contre sa peau noire tandis qu'il essayait de se faufiler dans les habits d'un autre type, de qui l'on pouvait seulement apercevoir dans l'ombre des escaliers quelques mèches blondes et une joue et une mâchoire rosies. Les doux bruits fiévreux qu'ils faisaient comblaient tout ce que le faible reflet ratait.

Soudainement se sentant beaucoup plus charitable envers Parkinson, Harry soupira et détourna son regard. Plus Jamais. Il passa doucement son pouce sur son tatouage et ordonna à son estomac d'arrêter de se tordre. Cela n'avait rien à voir avec lui si Draco sautait toujours Zabini. Sans aucune honte. Bruyamment. En public. Rien du tout à voir avec lui.

« Alors, » dit-il à sa compagne, comme s'il n'avait rien remarqué, « Qu'est ce qui t'amène à la Tête de Sanglier un jeudi soir ? »

« C'est vendredi. » Pansy leva les yeux au ciel à sa tentative de conversation et finit par lâcher sa main. Sa peau le brûlait et le lançait là où les ongles avaient été plantés, quatre croissants pâles et agressifs au dessus de ses jointures.

« Bon alors, qu'est ce qui t'amène à la Tête de Sanglier un vendredi soir ? » Harry conserva son ton joyeux et bas et fut récompensé par un vrai regard haineux.

« Je devrais mieux te demander pourquoi tu es là, Potter, » répliqua-t-elle quand les verres à whisky (deux verres à whisky) arrivèrent sur la table. « Tu n'as pas montré ta tête à Pré-au-Lard depuis six mois, après tout. »

Harry cligna des yeux. « Six mois ? T'es malade. Je suis seulement parti trois semaines. »

« Et avant ça ? » Se moqua-t-elle. « Parce qu'une petite pute comme toi n'a simplement pas pu rester caché à l'école tous les week-ends depuis… » Elle fit un bruit de succion contre ses dents, « Depuis que tu ne m'écoutes même pas… et qu'est ce qui est si fascinant derrière la fenêtre, d'abord ? »

« Il pleut ? On dirait qu'il pleut… » Harry ne pouvait pas cacher l'étonnement dans sa voix tandis qu'il tordait son cou afin d'essayer de voir au travers des petits carreaux crasseux de la taverne.

« On est en Ecosse au milieu de l'été ? » Grimaça Pansy. « Bien sur qu'il pleut. Pourquoi tu ressembles à quelqu'un qui a été cuit, Potter ? »

Il regarda ses mains—sales et brûlées par le soleil. « Parce que je l'ai été. » Elle le fixa, tout sourcil jusqu'à ce qu'il hausse les épaules et explique. « J'ai été coincé en Grèce sans monnaie locale. J'ai dû attendre dehors jusqu'à ce que le réseau de cheminette soit reconnecté. »

Elle renifla. « Gringotts a des succursales—

« J'espérais ne pas rester si longtemps. »

« Et tu étais quoi, trop courageux pour un charme écran total ? » Elle continua de parler comme s'il ne l'avait jamais interrompue.

Il prit une gorgée de son whisky et laissa sa douce chaleur brûler lentement sa gorge avant de re-hausser des épaules. « J'étais du côté ombragé du bâtiment quand je me suis endormi. Et oui, avant que tu ne le dises, je ressemblais probablement à un clochard en dormant dans la rue comme ça, et j'ai eu de la chance de ne pas me faire dévaliser, mais je suis rentré à la maison, presque à la maison, sans plus qu'avec un coup de soleil, alors je ne me plains pas. » Il but une autre gorgée et jeta un coup d'œil à la brunette avec un début de curiosité. « Alors maintenant que tu as eu droit aux mésaventures d'Harry Potter, tu peux me dire pourquoi tu es ici de ton propre chef un jeudi—

« Vendredi. »

« Vendredi soir ? Je n'arrive pas à me souvenir de la dernière fois où j'ai vu Malfoy ou Zabini autoriser quiconque à s'attarder à leur table. »

« Et vu que tu n'as pas mis un pied à la Tête de Sanglier depuis que Draco t'a largué pour Zabini, tu sais ça comment exactement ? » Se moqua-t-elle et pris une gorgée de son whisky, en ignorant toujours le verre de vin près de son coude.

Harry n'était pas impressionné par son changement de sujet, mais il avait le sentiment qu'il le serait quand elle se tut, et dit : « allez Parkinson, si tu devais paraître encore plus fière de toi, je devrais commencer à chercher les plumes » l'appâta Harry, comptant sur sa vanité serpentarde pour la sortir de son triomphe silencieux et la faire se vanter. « Alors arrête ; pourquoi ressembles tu à quelqu'un qui viendrait d'enterrer son ennemi préféré ? »

Elle renifla et mis une mèche de cheveux derrière une oreille. « Peut être c'est ce que j'ai fait. » Il lui fit un drôle de regard et elle leva les yeux au ciel. « Oh, pas littéralement, trouduc ! »

« Enfin, je ne pense pas que tu me le dirais si tu avais bel et bien tué quelqu'un, » Harry finit son verre, « Mais… » Un rire lascif et un bruit de pas derrière lui figèrent la langue d'Harry. Le regard d'avertissement de Pansy lui fit comprendre de ne pas se retourner pour voir, mais le reflet sur la vitre de la photo montra Zabini, chemise déboutonnée et débraillée, s'engouffrant dans l'escalier, avec… Harry cligna des yeux. Avec Zacharias Smith, rougissant et échevelé, dans sa suite.

Il regarda le verre, puis la bouteille vide, faisant de rapides calculs dans sa tête. Puis, lorsque la paire finit de gravir les escaliers, gémissant et se câlinant tout du long, Harry leva son verre pour la saluer. « Quand Draco doit-il rentrer alors ? » Lui demanda-t-il.

« A tout moment maintenant, » concéda-t-elle, et elle lui fit une fois de plus un regard noir, « Et si tu n'es pas parti avant, je lui dirais que tu es encore venu tourner autour de son cul, Potter. »

Plus Jamais. Harry eut un rictus et cogna son verre contre la table. « Soit sans crainte, Parkinson, » dit-il en se levant dans un grincement et une grimace, « ce cul là je te le laisse. J'en ai plus que fini avec lui. » Et sur ce, il s'en alla, lançant quelques pièces sur le bar quand il sortit, et pria contre que cela soit bien des mornilles, et non des dinhars. Il ne voulait pas qu'Aberforth lui en veuille, après tout.

Une fois dans la rue, il fit une pause, retira ses lunettes, et exposa son visage aux doux baisers frais des gouttes de pluies. Merlin, qu'il était bon d'être de nouveau chez soi ! Autant Remus lui avait manqué, autant les journées avaient été ensoleillées et les nuits tièdes dans sa villa du lac de Côme, mais la visite chez le dernier des Maraudeurs avait été tout sauf relaxante. Pour dire la vérité, ils avaient épuisés leurs conversations sur les nouvelles fraîches dès le premier après-midi, et étant donné que Remus n'était pas plus meilleur au Quidditch qu'Harry ne l'était aux échecs, et aussi qu'aucun d'entre eux n'avait pas spécialement envie de faire revivre les Fantômes Du Passé, cela ne leur avait laissé que peau de chagrin pour discuter. Ce qui, après l'étrange sorte de rapport au fil du rasoir dans lequel il avait basculé avec Snape ces quelques derniers mois, laissait Harry un peu perdu.

Ils avaient réussi à amener le sujet des parents d'Harry. Avaient parcouru avec plus de précaution les années d'école des Maraudeurs, traité délicatement du sujet de Sirius et de Queudvert. Evité complètement les années d'école d'Harry, et les amis de cette époque, mis à part que Remus se soit enquis de leur santé et qu'Harry ait admis ne pas en avoir la moindre idée. Finalement, Harry en arriva à parler du boulot, et à son plus grand soulagement, développa un intérêt chez son ancien professeur.

Le problème des sorts de protection de Poudlard se désintégrant était quelque chose dont ils pouvaient discuter sûrement, et ils en discutèrent longuement. Ils passèrent des soirées à deviser sur des théories—un peu surréaliste de faire cela sans un flot constant de remises en cause et d'injures, mais toujours intéressant—débattaient (parce que cela ne pouvait pas s'appeler arguer) de l'utilité du verre dans la potion d'Harry, et même agréèrent quelque peu avec mélancolie qu'ils ne trouveraient probablement pas un moyen de faire transplaner les enseignants dans l'école. Une chose pour laquelle Harry préférerait mâcher des billywigs plutôt que de l'admettre devant Snape.

Mais même avec cela, quand les trois semaines de visite touchèrent à leur fin, Harry était pratiquement sûr que Remus était aussi soulagé que lui de voir Harry partir. Et maintenant… il sourit la tête dans la bruine, Merlin, mais qu'il était bon d'être de retour chez soi !

« Et bien, si ce n'est pas mon aventurier pouilleux préféré, » une voix froide ronronna derrière lui. « Tu viens par ici pour chercher des restes, hein, Potter ? »

Et encore…

« Malfoy, » soupira-t-il, passant une main dans ses cheveux mouillés, et sentit sa tignasse se lisser sous ses doigts. Son bras tatoué, depuis longtemps guéri, eut un pincement quand la silhouette enveloppée d'une cape grise s'avança un peu plus prés, faisant apparaître le rictus lascif de Draco. La pluie tombait comme de fines perles sur les délicates broderies argentées de sa cape. « Tu piques toujours dans le placard de ta mère, à ce que je vois. Toujours en train de tenter de vivre par tes propres moyens à la place de ceux de ton père, hein ? » Harry remit ses lunettes juste à temps pour entrevoir le flash de furie que sa petite pique avait provoquée dans le regard sombre de Draco.

Cependant, Draco rit, sourdement et cruellement quand il se rapprocha. « Oh je me souviens à quel point tu aimais quand je m'habillais comme une fille pour te baiser, Potter. »

Et maudis soit le sexe d'Harry pour choisir ce moment pour lui rappeler cet épisode particulièrement éthylique. Il se renfrogna et espéra que son coup de soleil cacherait son fard, mais le sourire plus marqué de Draco lui appris que cela ne servait à rien.

« C'est pour ça que tu es revenu traîner par ici ? » Chuchota Draco, attrapant le bras d'Harry, « tu veux encore me voir en petite culotte de soie et talons aiguille ? Mettre ta tête sous ma jupe et sucer ma queue pendant que je glisse mon pied contre toi pour te faire jouir partout sur mes bas ? »

Bordel. Cela faisait aussi, réalisa-t-il avec un peu de chagrin, trois semaines depuis la dernière fois où il avait été avec Snape. Son sexe, lui semblait-il, était beaucoup moins concerné sur sa dignité qu'Harry. Il eut un pincement douloureux quand il se détacha de l'empoigne de Malfoy par un simple haussement d'épaules.

« Non merci, Malfoy, » dit-il, gardant sa baguette à portée de main, « Je ne suis pas intéressé—

Mais Draco le rattrapa, prit son coude comme s'il était un vif d'or et y planta ses longs doigts. « Tu mens comme un Poufsouffle, Potter, » siffla-t-il, « Tu es allé enfermer ton amour propre dans cette école depuis des mois maintenant. Tout seul, avec personne pour sauter ton mignon petit cul, et là tu viens tout d'un coup renifler dans mes parages avec un air pathétique de chien mouillé ? Tu es venu supplier un coup, et tu le sais ! »

C'en était trop. Harry fut un peu soulagé quand il tordit le pouce de Draco jusqu'à ce qu'il le lâche et recula hors d'atteinte avant que le blond n'ait fini de glapir. « Tout ne tourne pas autour de toi, Malfoy, » dit-il avec un large sourire, « Mais, hé—passe une très bonne journée quand même. »

Malfoy était encore en train de râler quand il transplana. Harry prit cela pour une victoire éclatante.

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Son cottage se matérialisa autour de lui—sombre et froid pendant un instant, avant que les charmes actionnent les lumières et allument le feu dans la cheminée—et Harry put respirer à nouveau. Il n'était pas sûr que cela marcherait, passer au travers des protections de Poudlard comme ça, mais qu'importe la faille qui lui avait permis de transplaner dans son propre jardin et cottage, elle semblait également lui accorder une échappée rapide.

Dans un soupir reconnaissant, Harry s'écroula dans son fauteuil moelleux préféré, tressaillit quand les plis de son jean le pincèrent, et se tortilla pour réarranger la bosse de son érection. Merlin, Draco lui faisait toujours autant d'effet—ces lèvres roses, gardant toujours un aspect lascif même quand elles proféraient des injures, alors que Harry n'arrivait pas à choisir s'il voulait les embrasser, y faire pénétrer son sexe ou les ensanglanter avec son poing.

Peut être les trois. Sans ordre particulier.

Il fit traîner ses doigts le long de sa fermeture éclair, jouant avec le zip juste un instant—comme s'il avait vraiment le choix. La bête était réveillée maintenant, pulsant avec ardeur à l'image de Draco, titubant à cause d'un coup de poing bien placé, se jouant dans l'esprit d'Harry. Bon… personne ne savait qu'il était revenu, alors pourquoi pas ?

Harry défit le bouton de son jean, baissa la fermeture éclair et se prit en main pendant qu'il reprenait les rênes de son sale petit fantasme. Des doigts s'enroulant durement dans la chevelure douce et pâle, pressant Draco sur ses genoux, mais pas plus loin. Pinçant son fin petit nez jusqu'à ce qu'il ouvre sa bouche gonflé et ensanglantée pour respirer, et pénétrant sa bouche, sauvagement. Harry gémit, pencha sa tête en arrière, et se caressa avec fougue—rien de doux, rien d'excitant, pas de longue montée ici. Juste de la colère, du désir, et très tôt, une délivrance…

Mais quelque chose tapa sa tête.

Harry cria, son fantasme disparaissant quand il ouvrit les yeux à la recherche de l'intrus. Mais non… ses protections étaient intactes et son cottage vide. Pas même Dobby était là pour déranger le doux clapotis de la pluie sur son toit. Il était seul. Et son sexe était impatient malgré cette paranoïa, pulsant violemment dans sa main. Il se caressa de nouveau, et ferma les yeux, essayant de re-capturer son fantasme pour les dernières secondes cruciales …

Et cela arriva une nouvelle fois.

« Bordel !? » Harry bondit de son fauteuil, une main cachant sa virilité pendant que l'autre attrapait sa baguette.

Une bulle bleue miroitante passa devant lui quand il se retourna, baguette à la main et un sort sur le bout de ses lèvres. Une de sa création, réalisa-t-il. Mais il les avait toutes laissées chez Snape… comment celle-ci était arrivée là ? Il remit sa baguette dans sa manche, au souvenir de la réaction des bulles au moindre sort. Peut être que s'il l'ignorait simplement… c'est alors qu'elle replongea vers lui et Harry se coucha par terre.

« Oh, dégage, » dit-il, agitant sa main libre au dessus de sa tête. La bulle fit une espèce de bruit cristallin, feintant de partir à gauche, esquiva son bras pour le cogner à la tête. Ce n'était que ses instincts d'attrapeur à présent. Il frappa la bulle dans les airs. Puis il cria quand il sentit l'impression d'avalement d'un portoloin.

Il tomba lourdement sur ses genoux, roula immédiatement sur la gauche, et se releva, baguette à la main, pantelant. Il était dans le deuxième laboratoire. Et il était cerné de bulles bleues étincelantes et bondissantes, toutes semblaient, d'une façon étrange et inquiétante, le regarder. Harry relâcha son souffle doucement, son érection perdant de son ardeur, insatisfaite sous sa main protectrice. Puis il se retourna en geignant quand la porte s'entrouvrit et que Snape y passa la tête.

Silencieux, pendant un long moment profondément mortifiant, les yeux sombres de Snape se dirigèrent vers la peau cramoisie, le pantalon ouvert et l'érection faiblissant d'Harry avant de se ressaisir avec un sarcasme. « Oh, c'est vous, » dit-il. « En retard, comme d'habitude. » Il fit quelque chose en direction des bulles, qui semblèrent alors toutes perdre intérêt en Harry, et commencèrent à se diriger vers le fond de la salle de façon désordonnée, clinquant doucement à chaque fois qu'elles s'effleuraient.

« Panne de cheminette, » dit Harry, se retournant pour remettre son sexe dans son pantalon, « Je pouvais rien y faire. Qu'est ce que vous avez fait à mes bulles pendant mon absence ? »

La seule réponse de Snape fut d'approfondir son sourire moqueur et de sortir de la pièce.

Harry serra les dents. « Très bien ! » Lança-t-il en refermant sa braguette, « mais si vous voulez rester mystérieux là-dessus, vous avez foutrement intérêt de me nourrir pendant que je vous l'arracherai de la bouche. »

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Comme il aurait pu s'en douter, les elfes du château étaient bien trop heureux de lui concocter un dîner hâtif et mirent en oeuvre toutes leur créativité et leur générosité pour faciliter la séduction. Ce fut la crème au caramel, supposa Harry, qui fut le déclencheur. Qui aurait pu croire que Snape aimait autant le sucre… ou qu'il était foutrement sexy en léchant le caramel de sa cuiller ? Harry n'essaya même pas de s'empêcher de repenser à cette langue léchant son sperme des doigts agiles et diaboliques, et sa libido toujours frustrée n'était absolument pas déçue de remplacer un objet sexuel pour un autre quelque peu moins regrettable.

« Pensez-y comme une pseudo-conscience, » admit Snape au final, invoquant une bouteille de brandy sur la table.

« Pseudo…, » Harry cligna des yeux, se tortillant pour laisser de la place à son érection, et ensuite comprit ce dont Snape parlait. Il remua sa tête, sceptique. « Mais comment ça se pourrait ? Ce sont juste des morceaux de verre. »

« Tout comme les miroirs, » répliqua Snape avec une lueur de triomphe dans les yeux, pointant vers Harry sa petite cuiller bien nettoyée. « Combien de fois votre miroir vous a-t-il dit de peigner vos foutus cheveux, Potter ? »

« Humph. Probablement autant de fois qu'il vous a dit de les laver, » marmonna Harry, « Mais je vois ce que vous voulez dire, » ajouta-t-il rapidement quand le visage de Snape s'assombrit. « Je ne vois pas par contre comment vous avez réussi. Je veux dire, vous n'avez pas pu les enchanter une par une, parce qu'elles renvoient la magie, et je ne vous vois pas vous asseoir avec chacune d'elle pour les faire gentiment se… euh… domestiquer. »

« Vous êtes vraiment un cornichon, n'est ce pas Potter ? » Demanda Snape après une pause marquée, tout sourcil.

« Ecoutez, » Harry soupira et baissa sa cuiller, « Je suis fatigué, décalé à cause du voyage en cheminette, j'ai l'impression d'avoir été cuit dans un four pendant six heures, et Draco a déjà entamé mon quota journalier d'emmerdes, alors si vous voulez bien—

« Et le fait que vous soyez revenu à votre badinage avec le Prince des Chauves-souris ne doit pas biaiser mon opinion de votre intelligence, » se renfrogna Snape, sa voix sourde et dure tandis qu'il repoussait son assiette pour faire place à un verre de brandy.

« Hé, » protesta Harry, « Je ne suis pas 'revenu à mon badinage' avec lui ! J'ai tapé dans une pierre sur mon chemin et le petit bâtard s'y planquait et m'a sauté dessus, c'est tout ! »

« Bien sur, » siffla Snape, « Cela explique pourquoi votre sexe était hors de votre pantalon quand les sphères enchantées vous ont amenées dans le laboratoire aujourd'hui. Je le confesse, je me demandais… »

Harry leva les yeux, mais ne manqua pas de remarquer comment le ton soudain et glacial de Snape commençait à s'évaporer de sa voix. « Une putain de longue journée, » dit-il, se servant un peu de brandy. « Je voulais juste me relaxer, c'est tout. Se branler est un bon moyen pour ça… sauf si vous êtes attaqué et portoloinisé en plein milieu, c'est sur. »

La grimace se changea en rictus, et Harry sut qu'il allait entendre quelque chose d'humiliant sur l'état de son érection quand il était arrivé, ou que les Griffondors s'excitaient au moindre danger, ou tout autre chose ne méritant pas une dispute, alors il leva la main pour empêcher l'insulte, et poursuivit avant que Snape n'ait pu en former les mots. « Alors à la place, parlons plutôt de comment vous avez sublimé mes bulles avec une logique de cachot barjo, et les avez convaincues de se comporter comme des portoloins, hein ? »

« Barjo… ? »

« Logique de cachot. » Harry sirota et frissonna quand son brandy passa ses lèvres crevassées. « Façon de parler. » Le silence s'approfondit, tout comme l'amusement concédé de Snape. Harry se gratta paresseusement la nuque, puis hurla quand son coup de soleil objecta avec un pincement déchirant.

Snape lui fit un regard écoeuré. « Au sujet de logique, combien de temps pensiez vous rester assis là rayonnant vers moi avant de me demander un simple onguent anti-brûlure, Potter ? »

« Euh… » Harry le regarda avec espoir. « Je suppose que vous n'avez pas d'onguent—

« Idiot. » Snape se leva, invoquant un petit pot rouge. « Enlevez votre t-shirt. »

Harry obtempéra, maugréant quelques injures quand son col étroit fut coincé par ses lunettes. Quand il parvint à s'arracher du tout, Snape se tenait derrière lui, réchauffant un peu de l'onguent entre ses mains. Il étala la pâte sur la nuque écorchée d'Harry, et ce dernier fit tout son possible pour ne pas gémir.

« Dites moi, Potter, » la voix de Snape était amusée et grave alors qu'il travaillait à répandre l'agréable onguent frais. « Hagrid n'a-t-il jamais essayé de vous enseigner ce qu'était une conscience collective? »

« Quoi ? » Harry laissa tomber sa tête en arrière, se reposant lourde et détendue contre le corps de Snape alors que ces mains fraîches, caressantes et fermes avançaient vers ses oreilles. Il y avait des boutons s'enfonçant dans son cuir chevelu, mais Harry s'en foutait. « Oh. Euh. Vous voulez dire le truc des abeilles, pas vrai ? Les fourmis, et… mmmh, c'est bon c'truc… les chaporouges? »

Le ventre de Snape s'agita dans un rire silencieux, et Harry sourit presque en le sentant. Mais c'est alors que ce frais soulagement massa ses tempes, et toutes les pensées qu'il avait un jour pu avoir s'envolèrent sous la caresse. Son sexe remua contre sa cuisse quand la voix de Snape gronda, « Oui, Potter. Les chaporouges, les pitiponks et les elfes de maisons, tout autant que d'autres sortes d'insectes, sont tous régis par leur propre sorte de conscience collective. Et apparemment, il semblerait qu'un peu de verre se soit soudé au fond de feu mon chaudron n°8 pendant que vous étiez en train de créer tous ces ennuyeux sorts de protections sphériques et qu'il possède quelque chose d'assez similaire. »

Harry ouvrit un œil, perplexe. « Donc la tache de verre est quoi ? La Reine des bulles ? »

Encore, ce bref amusement, ballotant la tête d'Harry, tandis que Snape remettait de l'onguent sur ses doigts puis l'étala sur le nez écarlate d'Harry. « Pensez y comme au sort référant si cela ne vous ennuie pas, Potter. »

« Sort référant… » murmura Harry pour montrer qu'il était bel et bien en train d'écouter alors qu'il laissait ses yeux se clorent de nouveau. Les doigts de Snape faisaient de petits cercles poisseux contre ses joues et son menton, laissant une sensation de soulagement à leurs passages.

« Certes, » dit-il. « Le verre restant était le point commun entre tous les éléments volatiles. Il fut l'endroit naturel pour concentrer mon travail sur le sort. »

« Mm hmm… travail sur le sort, » agréa Harry. Cet onguent sentait si bon… un peu comme de la crème et de la vanille, de la cardamome et de la lavande. Et la chaleur de Snape derrière sa tête était si présente, si, finalement, réelle, après trois semaines de séparation, rompue uniquement par une occasionnelle étreinte, ou tape sur l'épaule. Et la voix de Snape… même ça c'était réconfortant, caressante comme du velours dans les oreilles d'Harry tandis que les doigts rafraîchissant caressaient ses joues.

« Et quand je leur aie sacrifié trois sixième année vierges de Griffondor, et que je me suis baigné dans leur sang à la lumière de la pleine lune, vos protections sphériques étaient prêtes à répondre à tous mes désirs. » Les doigts de Snape descendirent vers la gorge d'Harry, humides et froids sur ses clavicules. « Bien sur, mon premier commandement fut pour la domination du monde, suivi par la vie éternelle, puis après cela, je leur ai demandé de m'apporter la tête d'un certain Harry James Potter. »

« Mmm, » observa Harry quand ces doigts intelligents s'égarèrent sur son torse nu. Puis il poussa un cri et bondit quand ces doigts cruels et vicieux pincèrent son téton et le tordirent douloureusement.

« Aïe ! » Il colla une de ses mains contre son téton. « Hé ! Vous…quoi ? »

« Et bien, ils m'ont apporté votre tête, » Snape haussa des épaules, attrapant le t-shirt d'Harry pour essuyer ses mains, « Mais ces misérables choses ont apporté ce qui était attaché avec. Je suppose qu'à l'avenir je serai plus précis dans mes ordres. »

Harry tiqua, puis renifla et pris un autre verre. « Vous ne l'avez pas fait. »

« Je n'ai pas fait quoi ? » Répliqua Snape inexpressif.

« Rien. Il n'y a pas eu de cinquième année vierges à Griffondor depuis que j'ai fini l'école. Vous avez dû utiliser des Poufsouffles. »

« Ne soyez pas ridicule, Potter, » répondit Snape, le t-shirt d'Harry dans une main, un verre de brandy dans l'autre tandis qu'il s'éloignait vers le séjour. L'ouverture de sa robe révélant une légère bosse dans son pantalon quand il s'en alla. « Tout le monde sait que les Poufsouffles sont faciles. »

« Mon cul qu'ils le sont, » lança Harry, glissant de sa chaise et attrapant son verre de brandy. Fatigué, rôti, à moitié dur, et agréablement éméché, il se dirigea vers l'autre pièce pour finir sa discussion, et voir ce qu'il pourrait faire d'autre. « Personne hors de leur Maison n'a jamais était invité à leur fêtes de blaireaux ! »

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Ce fut dans un mélange d'émotions, donc, qu'il se réveilla dans les quartiers de Snape quelque quinze heures plus tard—étalé sur un sofa extrêmement confortable et enveloppé par une couverture douce et épaisse. Ses lunettes, un flacon de potion revitalisante et un verre d'eau attendaient sur la table… et ses vêtements étaient tous à leurs places.

Il but l'eau en premier, puis la potion, laissant un moment à ses oreilles pour arrêter de siffler avant de prendre la note et de déchiffrer les pattes de mouches de Snape.

Rentrez chez vous Potter et essayez de dormir correctement. Vous n'avez pas besoin de me déranger aujourd'hui, puisque j'ai la ferme intention de rester au lit. Si vous aviez l'obligeance de ne pas transplaner n'importe où sur le sol de l'école, je dirais que nous pourrions tous d'eux avoir plus de temps pour nous reposer.

S. Snape

Ps. : Votre chouette semble avoir amené quelques uns de vos courriers au second laboratoire. Je vous les ai laissés sur la copie de mes notes de travail de cette dernière quinzaine. Prenez le tout avec vous quand vous vous en irez.

Souriant, Harry retourna la note, pris une des plumes à encre intégrée que Snape laissait toujours traîner, et gribouilla une réponse.

On est samedi, Snape. Je n'avais pas prévu de venir vous embêter en travaillant de toute façon, surtout après que vous m'ayez attendu hier. Mais si vous voulez jeter un coup d'œil aux remarques que Remus et moi avons faites (et si vous voulez voir ce que je vous ai ramené) descendez à mon cottage en fin d'après-midi, et nous pourrons dîner.

H.P.

« Mais si je dois encore vous regarder abuser votre cuiller pendant le dessert, » Harry se dit à lui-même alors qu'il partait à la recherche de ses chaussures sous le sofa, « Je ne peux pas promettre que vous rentrerez chez vous avec tous vos vêtements intacts… »

De derrière la porte de la chambre, un ronflement sourd et constant fut l'unique réponse de Snape.

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A suivre.

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Modifié le 25/07/08