Helloooooooooooooooooooooooooooooooooo ! Allez un nouveau chapitre au compteur, un de plus. Le moins de janvier est quasiment terminé, c'est dingue comment le temps passe vite. Ça fait pratiquement un an que le petit bébé Hiipsterloser fait partie de ma vie. 3

Emilyamandine : Ah la distance dans un couple c'est pas évident. :/ mais ça renforce les liens. :) Merci pour tes reviews régulières ça me fait très plaisir.

dred : Helloo, alors désolée mais la suite n'est pas moins longue... merci en tout cas pour ta première review. :)

Alienor52 : Deux jours ? Chapeau car c'est quand même pas mal de chapitres. x) Merci pour ton avis, j'espère que cette suite te plaira surtout concernant Lucy et son père. À une prochaine. :)

hermionevalentine : Maiiiis non faut pas pleurer. :/ je suis ravie de t'avoir offert un peu d'évasion. Comme ça se passe tes cours ? Raconte moi ta vie. x) merci pour ta review.


CHAPITRE SEPT : LA VÉRITÉ FINIT TOUJOURS PAR SE SAVOIR

Clémence Johnson

31 octobre 1999, Londres

Après avoir pris une bonne douche, nourri ma fille et rangé un peu l'appartement, nous pouvons partir chez ma meilleure amie. Il fait tellement beau aujourd'hui que je suis presque éblouie par les rayons du soleil. Pauleen s'agite un peu dans mes bras et je pose l'une de mes mains derrière son dos. À la base nous devions nous retrouver à notre appartement, mais étant donné que Valentine est finalement là, nous avons décidé au dernier moment d'aller chez elle, surtout parce qu'elle l'a demandé.

Il y a déjà pas mal de trafic sur la route et pratiquement tous les appartements arborent des décorations d'Halloween. Mais je dois admettre que ça perd un peu de son charme, en effet, l'accès à la quasi-majorité de ces bâtiments se fait par l'intermédiaire d'un digicode ou d'un gardien. Et bien que nous n'habitions pas ce côté du quartier très huppé, il n'y a pas grand monde qui vient sonner à notre porte. Mis à part les voisins. Tout cela pour dire, que nous avons décidé d'aller dans le quartier d'Hermione pour la quête des bonbons que Lucy a hâte de faire.

Nous saluons le gardien de l'appartement de Valentine qui nous sourit chaleureusement quand il nous reconnait. Il est grand, mince et il commence à avoir un front très dégarni. Il est vraiment sympathique et très avenant.

- Mademoiselle Silverwood n'est pas encore arrivée, nous annonce-t-il ensuite.

- Je te l'avais dit Clémence, elle est toujours en retard !

- Merci Melvin, passez une bonne journée, dis-je en passant outre la réponse de Lucy.

- Vous aussi mesdemoiselles.

Il se rassoit une fois que nous atteignons l'ascenseur et il replonge le nez dans son journal. Je déverrouille la porte d'entrée avec la clé que j'ai et demande ensuite à Lucy d'ouvrir un peu les fenêtres pour ventiler. Cet appartement est trop grand. Ma famille plus celle de Valentine aurait pu y vivre sans que l'on se gêne. Ma fille a la tête posée contre mon buste et je dépose un baiser sur son front.

- Tu reconnais ici ? lui demandé-je.

Elle secoue négativement la tête. Nous ne venons ici pas très souvent étant donné que la propriétaire des lieux habite rarement là. Je dépose Pauleen dans le salon et Lucy sort ses jeux, ensuite, je délimite un périmètre de sécurité et enlève les objets dangereux qui se trouvent à portée des mains de la petite.

- J'ai oublié le maquillage, dis Lucy après un moment.

- Ne transplane pas devant elle, annoncé-je aussitôt.

Elle me répond en levant les yeux au ciel. Je sais qu'elle le sait. Mais j'ai dû mal à me détacher de certains automatismes. Comme oublier que j'ai des envies particulières. Oublier toutes les pensées qui me traversent l'esprit lorsque je me dispute avec ma sœur. Je soupire et quitte du regard ma fille quand le téléphone sonne.

- Appartement Silverwood j'écoute.

- Valentine Silverwood ? questionne une fille dont la voix ne me dit absolument rien.

- Ce n'est pas elle que puis-je faire pour vous ?

- Oh… et qui êtes vous ?

- Sa meilleure amie, dis-je d'humeur amicale.

- D'accord, c'était pour l'avertir que j'ai sa carte de crédit.

- Sa carte de crédit ? répété-je surprise car Val ne se sert de la monnaie moldue qu'ici et rarement depuis qu'elle vit en Italie.

- Oui, elle l'a oublié hier soir au pub, on ne s'est pas échangé nos prénoms néanmoins si vous lui dites que je suis la fille qu'elle a dévoré du regard pendant un moment, elle devrait se rappeler qui je suis. Je voulais lui éviter de faire une opposition, d'où mon appel. Je dois vous laisser, surtout n'oubliez pas de lui faire passer le message ! Merci !

- Attendez ! Je peux avoir votre numéro de téléphone, que vous vous contactiez afin qu'elle puisse récupérer sa carte de crédit ?

Elle m'indique qu'elle a emprunté le téléphone d'une amie car elle ne s'en sert pas. Elle me dicte son adresse à la place. Je prends un post-it et note les informations après avoir raccroché puis Lucy arrive suivi de près par ma meilleure amie, Hermione et Caileigh. Je souris en les voyant et fais une étreinte plus longue à Valentine.

- Heureusement qu'on avait dit onze heures Blondie, dit Lucy.

- J'ai perdu toute notion d'heure, dit-elle pour s'excuser.

Lucy lève les yeux au ciel et Valentine sourit. Elles ne peuvent pas s'empêcher de s'embêter. Elles se sont beaucoup rapprochées ces derniers mois. Souvent, lorsque nous parlons de Valentine et de ce qu'elle pourrait faire comme ânerie, Lucy reste muette, comme si elle savait déjà, que ces conneries ont été faites.

J'appelle Valentine d'un vague signe de la main et elle vient vers moi.

- Tiens, il faut que tu ailles la voir quand tu rentreras, tu as oublié ta carte de crédit.

- Hein ? dit-elle en fronçant les sourcils. Elle ouvre son sac à main, puis son portefeuille et il lui manque bien une carte. C'est la troisième fois que ça m'arrive putain.

Je ne fais pas de commentaire là-dessus et lui demande assez perplexe.

- C'est qui cette Phoebe ?

- Tout ce que je peux te dire c'est que c'est une fille, après, je n'en sais rien. Comment elle m'a retrouvée ?

Pauleen se met à parler son langage de bébé à la vision d'Hermione. Je pose ma main sur le bras de ma meilleure amie afin de l'éloigner un petit peu plus. Nous arrivons finalement dans sa chambre.

- Tu… as recommencé Valentine ?

- Je n'ai pas couché avec elle, nan, répond-elle à cran, sinon j'aurais été capable de te dire qui c'est, ajoute-t-elle en touchant mon collier et mon ventre se contracte en pensant à son livre de notes.

- Ce n'est pas la question que je t'ai posée et c'est une fille que tu aurais longtemps regardée.

Son regard s'illumine.

- Ah ! Elle ! Mon Dieu, je me souviens maintenant, j'ai sorti ma carte car elle me gênait et j'ai oublié de la récupérer. Je suis quand même sidérée, il existe encore des personnes qui ne te dépouillent pas.

Elle met le papier dans son sac à main et sourit, sans répondre à ma question. C'est un sourire forcé. Je suis sûre qu'elle a recommencé à draguer. Elle ne va vraiment pas bien. J'ouvre la bouche pour lui demander comment je peux l'aider mais me stoppe dans mon élan. Je ne peux pas. Je n'ai pas réussi par le passé.

Elle était partie dans une période où elle rejetait tout le monde, même moi, et c'est d'ailleurs pour l'une de ces raisons que je n'avais rien pu lui dire sur Lucy. Elle se foutait de tout et se montrait égoïste envers tout le monde. Tout avait commencé le jour où son frère lui avait dit que Lucius Malfoy était son père. Tout s'était terminé le jour où Hermione et elle s'étaient rapprochées. Le jour où ma meilleure amie était tombée amoureuse sans même s'en apercevoir.

Mais là est le problème, elle n'a rien fait pour guérir, Hermione l'a fait et dans ce cas précis, seule Valentine peut se sortir de cette spirale. Elle ne m'a jamais dit pourquoi elle avait tant besoin d'avoir de relations sexuelles, de changer de partenaire, de suivre sa règle d'une nuit. Je ne comprenais pas ce qu'elle obtenait en le faisant, néanmoins, je savais pour qu'elle raison elle le faisait. Qui la poussait à agir de cette manière, qui la fait encore souffrir pour reprendre sa descente en enfer. Son père.

Nous retournons dans le salon et passons une bonne partie de l'après-midi à nous maquiller. Pauleen est déguisée en lapine et son petit déguisement lui va à ravir. Pierre a très bien choisi. Valentine est en train de maquiller Hermione en lui faisant des moustaches de chat quand celle-ci s'est fait le sourire machiavélique du chat d'Alice aux Pays des Merveilles. Pauleen la regarde assez étrangement d'ailleurs, et en même temps, elle n'est pas rassurante.

Pierre nous rejoint avant le départ déguisé en pirate.

- On se serait fait une soirée d'Halloween version adulte je me serais déguisée en la petite étudiante qui a besoin de se faire réprimander, dit Valentine alors qu'on attend le bus.

- Et qui t'aurait puni ? demande Hermione.

- Une professeure sexy portant un tailleur, répond-elle rêveuse, sûrement en train de s'imaginer la scène.

- Évidemment, réplique Lucy en soufflant. Rachel ne rentrait pas ce week-end ?

- C'est en effet le cas, répond Caileigh qui est la plus rapide, mais elle passe Halloween avec ses parents et sa famille.

Je peux voir la mâchoire de Valentine se contracter.

Comme à chaque fois que Pierre est présent avec nous, il s'occupe beaucoup de Pauleen. Je souris plus que de raison en les regardant s'amuser. Nous mettons pas mal de temps à arriver chez Hermione. Londres a enfilé ses couleurs oranges et noirs et ses fidèles habitants sont de sortie. Il est temps que je passe mon permis moldu. Dès que j'aurai remboursé ma marraine.

Nous passons une bonne heure chez l'ancienne Gryffondor avec ses parents puis nous partons nous promener dans les rues. Harry nous rejoint toujours habillé de son uniforme qui passe sans problème, pour un déguisement.

Pierre dépose notre fille au sol et elle commence à gambader tout droit vers une direction inconnue à ses yeux, mais elle y va de bon cœur.

- Amuse-toi bien chérie, dis-je à Lucy.

- Je vais faire notre stock de bonbons pour les prochains mois, répond-elle avec l'enthousiasme d'une gosse de six ans.

Valentine lui a peint sur le visage un léopard magnifique. Elle va rejoindre notre famille d'un pas enjoué. J'ai l'impression qu'elle s'entend mieux avec Pierre. Hermione raconte une blague et seule Caileigh rigole. Ma meilleure amie se retourne vers moi et dit :

- Elles ont vraiment un humour douteux.

- Et ce n'est évidemment pas le tien ?

- Attends, j'incarne la perfection moi.

Je souris et elle passe son bras contre ma nuque. Une scène nous fait rire quand Pauleen essaye de récupérer un bonbon qu'elle a fait tomber par terre en penchant dans le même temps son panier, faisant chuter deux ou trois bonbons à chaque fois. Le cycle se répète depuis déjà une bonne minute.

- À votre place je m'inquiéterais de l'intelligence de votre fille.

- Si tu disais quelque chose d'utile pour une fois ! contre Caileigh.

- Je suis canon, répond-elle en nous livrant son fabuleux sourire.

- Et après elle critique le savoir-faire de notre fille ? dit Lucy hilare. C'est certain que cette information est nécessaire, ça fait juste, deux ans qu'elle nous rabâche les oreilles avec ceci.

- Mais je t'emmerde Lucy.

- Le langage s'il te plaît, assène tout de suite Pierre.

- Oh mon Dieu, la police des gros mots est là, se plaint-elle.

- Sinon ! tente Hermione, et si on continuait d'avancer ?

- Bah si le nain de jardin arrive à comprendre comment ramasser ses bonbons, oui, nous pourrons avancer, dit Valentine plutôt énervée.

Hermione roule des yeux et Pierre aide Pauleen en lui expliquant le souci de sa technique de ramassage.

J'attends qu'on reparte pour lui demander cash :

- Au lieu d'être agressive envers tes amis, est-ce que vider ton sac ne serait pas plus judicieux ?

- Ne commence pas.

- Non Valentine… parler te fait du bien, pourquoi repousses-tu toujours ce moment ? Garder pour toi ce qui t'embête n'est pas la solution, ça ne l'a jamais été, dis-je à mon tour à cran.

- Tu veux vraiment avoir cette discussion maintenant ? dit-elle le regard froid.

- Oui, dis-je décidée à la faire parler car elle en a besoin.

Elle souffle puis arrête notre marche. Quelques enfants et parents nous dépassent et j'indique d'un signe de la main à Lucy de continuer sans nous.

- J'ai perdu mon concerto de novembre, avoue-t-elle, je n'ai pas réussi à me contrôler et j'ai envoyé chier ma directrice. Elle sait très bien que me coller ou me donner du travail supplémentaire ne changera en rien mon attitude. Sa seule arme, c'est la musique. Ça m'énerve. J'avais bossé des mois dessus. Je n'arrive pas à affronter mes problèmes de manière responsable. Je suis consciente que je préfère boire ou taper… Je le sais putain, continue-t-elle en haussant la voix, je ne suis pas stupide ! Mais j'ai que ça. Je ne veux pas recommencer à me comporter comme une salope. Ça ne m'aide pas et j'ai une copine que je ne veux pas tromper. Puis je lui ai fait du mal, les craintes que j'ai évoquées lors de notre septième année sont en train de se réaliser, je ne fais que ça, répéter mes erreurs, conclut-elle énervée comme un dragon.

- Ça fait combien de temps que tu gardes tes tourments pour toi ? Je veux dire, tu t'es empêchée de draguer depuis combien de temps ? demandé-je inquiète.

- Un moment... à vrai dire. J'y pense de plus en plus.

Elle se décale quand un enfant klaxonne à l'aide de la sonnette de son vélo afin de prévenir de son arrivée imminente. Nous reprenons la marche doucement et je prends sa main dans la mienne.

- Si j'avais su j'aurais pris le programme d'Oxford, lâche-t-elle lassée. Être loin de vous ne m'aide pas.

- Tu sais quoi, tu pourrais faire des demandes de portoloin en semaine. Rien ne t'empêche de venir un mardi et de repartir le mercredi matin. Tu sais que tu peux venir à l'appartement quand tu le souhaites. Parles-en à Hermione au lieu d'être provocante.

- C'est bon quoi.

- Mais il n'y a que toi qui fais attention à ce genre de chose Valentine, affirmé-je avec conviction ayant deviné sa pensée, qu'est-ce que Hermione en a cirer sérieusement ? Et ne me réponds pas que c'est parce qu'elle va voir que tu as besoin d'elle et tout le tralala. Elle t'aide, elle y arrive elle, finis-je doucement, attristée de ne pas pouvoir la soulager. Et si tu lui disais, il se pourrait qu'il y ait une amélioration. Une réelle amélioration. Parce que tu as juste mis un pansement sur ta blessure, il faut que tu la guérisses. Il faut que tu en parles à tes parents aussi.

- Elle ne me regardera plus de la même manière après et je ne veux pas avoir affaire à eux.

- Mais tu le fais exprès ou bien ? demandai-je agacée par son obstination.

- Nan mais c'est vrai. J'envisage la séparation.

J'arrête de marcher et pose ma main sur son bras.

- Pardon ? m'exclamé-je surprise.

- Oui, reprend-elle toujours sur ce même ton déterminé, au moins le temps de nos études. Et puis si dans un an et demi on s'aime toujours, on reprendra notre relation. Parce que là j'accumule trop de haine en moi. Je sais très bien que demain soir je serai mal. Dépitée car Hermione ne sera plus à mes côtés. Et je vais finir par le faire Clémence, ça a commencé avec de la drague la dernière fois, et je ne veux pas la tromper. Elle mérite quelqu'un qui est bien dans sa peau et qui n'a pas de problème.

- S'il te plaît Valentine ! répliqué-je à moitié désemparée. Réfléchis vraiment à ce que tu vas faire, rompre avec Hermione te fera beaucoup plus de mal que tu en éprouves maintenant, sans compter le fait que tu risques, et, c'est même une certitude, énormément la blesser. Ne fais pas ça. Ne quitte pas la seule personne qui t'aide, même si elle n'a pas réellement conscience de tout ce qu'elle t'apporte.

Elle souffle fatiguée puis regarde un point derrière moi.

- Rejoignons-les, dit-elle doucement.

J'acquiesce puis nous les rattrapons en dix minutes. Je suis sidérée, et inquiète. Vraiment inquiète. Elle va directement auprès d'Hermione puis prend sa main dans la sienne. Dans d'autres circonstances, j'aurais sollicité son avis concernant mon envie de faire du mal, mais il est clair qu'elle n'a pas la tête sur les épaules pour une telle nouvelle. Il faudrait que j'aie une petite conversation avec Rachel concernant Valentine.

Je soupire puis me remets dans l'ambiance de la fête. Pauleen gambade maintenant avec moins d'entrain et le panier de Lucy est rempli à ras bord ce qui me fait sourire. Caileigh a une petite mine. J'ai l'impression que tous mes amis sont poursuivis par des soucis. Est-ce que Victor va bien ? Éloigné de Londres et seul en Ecosse ?

- Maman, dit ma fille qui en a marre de marcher.

Je la prends dans mes bras et propose de rentrer afin de faire un jeu de société. Valentine a pris quelques photos qui je suis sûre, iront dans ma boîte à musique se trouvant protégée par mon collier qu'elle a autour du cou. Une fois qu'on a fait le tour des maisons, nous choisissons d'aller dans notre appartement pour des raisons logistiques. Lucy prépare le thé pendant que j'installe le plateau du jeu sur la table du salon. Ils ne vont pas avoir le choix et c'est donc les pions du Monopoly que je sors de la boite. Nous sommes sept soit une personne en trop, mais Valentine ne veut pas jouer seule et se propose de faire la banque tout en aidant Hermione.

- Je refuse, dit Lucy, je n'ai en aucun cas confiance en toi Blondie. Tu vas juste donner des billets à Hermione et me déplumer.

- Ne t'inquiète pas Lucy, je ne triche jamais, dis Hermione en souriant.

- Moi mais je triche, ajoute Valentine en faisant un clin d'œil.

- Et si je faisais la banque ? propose Pierre.

- Écoute, tu es gentil, mais tais-toi et sers donc le thé, ajoute ma meilleure amie ayant retrouvé sa bonne humeur.

Heureusement, Pierre le prend bien. En effet, il est très familier avec l'humour de Valentine puisque sa petite sœur, qui a notre âge, est une bonne amie. Enfin avec Valentine.

Je m'installe en prenant ma fille sur mes genoux, nous avons comme pion une brouette et elle garde notre petite fortune bien à l'abri des mains de son père. Elle lance le dé habilement puis je déplace notre pion. La partie va bon train et pour l'instant, il est impossible de prédire le vainqueur.

- Ah Mayfair ! C'est chez moi. Alors ça fait, six cent pounds, s'exclame Caileigh joyeuse l'encontre de Valentine.

- Tout ça, s'étonne Harry en essayant de regarder les cartes de Caileigh.

- Oui, j'ai une maison, rétorque notre amie. Je n'accepte que les billets de cinquante pounds soit dit en passant.

- Et bien tu n'auras que des vingt, répond Valentine pas très encline à laisser sa fortune à quelqu'un d'autre.

Hermione compte les billets et les tend à Caileigh qui augmente sa pile. Nous sommes mal barrés ! Lucy contrôle comme on surveille du lait sur le feu que Valentine n'abuse pas de son rôle de banquière. Autant l'une que l'autre déteste perdre aux jeux de société.

Vers vingt-deux heures ma fille commence à piquer du nez et nous interrompons la partie le temps d'un instant. Pierre m'accompagne et je le regarde changer notre petit bout de chou.

- Je me suis renseigné pour les crèches, me dit-il après un moment de silence. J'en ai trouvé deux qui devraient vous plaire. Ce n'est pas très loin de St Maingouste comme ça au moindre problème, soit Lucy, soit moi, pourrons aller la récupérer.

- Oh c'est parfait, dis-je en souriant, tu pourras passer dans la semaine pour qu'on en discute tous les trois ?

- Bien sûr, par contre je te préviendrai sûrement le jour même car on est en sous-effectif en ce moment.

Je vérifie que le pot magique est en place puis ferme sa porte de chambre. Je me réinstalle à ma place puis nous continuons la partie. Le ton s'élève quand Caileigh accuse Valentine d'avoir volé des billets pour son propre intérêt et Lucy en rajoute une couche. Je sais en un regard qu'elle n'a rien fait, elle rigole et quand elle agit de cette manière, elle ne cache rien.

- Mais je vous dis qu'elle n'a rien pris ! Je m'en serais bien rendue compte étant donné que c'est moi qui gère notre agent ! réplique Hermione bien déterminée à défendre sa copine.

- Mais oui pardon ! C'est une petite souris qui est passée et qui a fait disparaître les billets, dit Lucy.

- Quand on a arrêté de jouer, il y avait plus de billets, ajoute Harry tranquillement.

- Forcément c'est moi ? demande Valentine le plus sérieusement possible.

- Qui d'autre ? questionne Lucy. C'est toi qui gères la banque, des billets sont manquants, c'est forcément toi.

- Toi tu aurais dû faire détective putain ou aller chez Poussoufle rétorque Valentine en applaudissant. Innocente jusqu'à preuve du contraire ? Ça parle à quelqu'un ici ?

Hermione et Caileigh échangent un regard étrange mais personne ne semble l'avoir remarqué mise à part moi.

- On peut continuer la partie ? tente Pierre.

- Pas tant que les billets ne seront pas de retour sur le plateau du jeu, s'exclame Lucy.

Je fais tomber ma brouette miniature et me baisse pour la ramasser, quand mon regard tombe sur des billets. Je les ramasse et les pose violemment sur le plateau.

- Voilà ils sont là, Pauleen a dû les faire tomber quand nous nous sommes levées.

Personne ne répond et Valentine se retient de demander des excuses. Je l'en remercie d'un hochement de tête car on y serait encore demain avant que ma copine n'admette qu'elle a eu tort. Pierre fait une remontée fulgurante en dépouillant Caileigh et plusieurs moments d'inattentions d'Hermione, qui est déconcentrée par les baisers de sa copine, me permettent de tenir la deuxième place.

- Jackpot ! hurlé-je quand Lucy tombe chez moi.

- Mais non, je n'ai plus rien si je te paye, essaye-t-elle pour s'en sortir.

- Hé, c'est le jeu chérie aligne les billets.

Elle le fait à contrecœur et doit vendre deux de ses propriétés. Je souris.

- Tu pourras habiter chez moi, dis-je pour l'embêter.

Elle roule des yeux et malheureusement je dois mettre fin à la partie à cause de Valentine qui comme d'habitude quand elle en a marre, fout la merde. Elle se bat avec Lucy un moment pendant que Pierre et Hermione rangent le jeu dans sa boîte.

Une heure plus tard je démaquille Lucy dans la salle de bains, mais, cela prend du temps car je l'embrasse toutes les deux secondes. Ses lèvres sont légèrement pulpeuses et ont un goût de fraise à cause de tous les bonbons qu'elle a mangé. Nous sommes par terre, Lucy adossée à la baignoire et moi je suis installée à califourchon sur elle. Elle passe ses mains doucement contre mon dos tout en fixant mes lèvres.

- Tu crois que l'amour dure trois ans ? me demande-t-elle pensive.

Au mois de février prochain, Lucy et moi fêterons nos deux ans de couple. Mais, en prenant en compte que nous étions déjà sorties ensemble un an et, ces quelques mois qui furent les pires de notre relation avant notre séparation, on pouvait considérer que nous avions passé plus de trois ans ensemble.

- Tu m'aimes moins ? demandé-je à la fois curieuse et inquiète.

- Est-ce que toi tu m'aimes plus ?

Je la contemple, j'admire la personne que j'ai en face de moi.

- Je trouve que tu es la personne la plus courageuse que je connaisse Lucy. Tu as monté tellement de marches en si peu de temps, que c'en est incroyable. Tu as su te battre pour tes convictions, en te démenant et maintenant regarde où tu es ? Je t'admire. Je ne peux qu'être fière de toi, heureuse de t'avoir à mes côtés, et de me soutenir. D'élever Pauleen comme si c'était ta propre fille, d'accepter la présence de Pierre. J'espère, que tu n'oublies pas, que tu es toute ma vie. Je ne pourrais pas faire ceci sans toi. Alors oui. Je t'aime plus.

Ses yeux prennent une teinte rouge et quelques larmes dévalent ses joues. Je l'ai fait culpabiliser concernant le secret qu'elle garde pour elle. Je m'en veux. Je dépose un baiser sur son front et dis doucement :

- Tout ira bien.

- Clémence, il faut que je te dise quelque chose, dit-elle la voix rauque après avoir gardé le silence quelque temps.

Lucy Wayne

J'ai terminé de me démaquiller seule et Clémence est partie faire du thé. Elle me rejoint dans le salon en portant le plateau qu'elle dépose sur la table basse. Clémence s'installe à côté de moi. Je lui dois la vérité concernant mes soucis. Car là on ne parle pas d'un jardin secret mais d'un problème qui affecte aussi ma copine. Elle s'est imaginée que je la trompais et c'est cruel de la laisser penser tout et n'importe quoi.

- Alors voilà, commencé-je doucement, premièrement je ne t'ai pas trompée, elle soupire doucement, et deuxièmement, mon père a été admis à l'hôpital il y a un mois. Il est gravement malade et a besoin d'un rein. Le mien. Je suis la seule compatible dans ma famille.

Elle garde le silence un moment et boit quelques gorgées de son thé.

- Tu as mis au courant Valentine ?

- Oui, avoué-je.

- D'accord, dit-elle simplement.

- Pourquoi ? Demandé-je intriguée.

- Je voulais juste savoir si elle était au courant. Elle ne m'a rien dit, alors que je lui ai avoué que je n'étais pas bien. Que je pensais que tu voulais me quitter ou que tu me trompais.

- Je lui ai dit que je t'en informerai rapidement, dis-je doucement, ne lui en veux pas.

Elle secoue la tête en retenant ses larmes.

- Ce n'est pas grave, il ne s'agit pas de moi mais de toi. Que comptes-tu faire ? Tu lui as parlé à ton père ?

- Je n'ai toujours pas pris ma décision. Personne à part Pierre et Valentine ne sait le résultat du test. Qu'est-ce que tu ferais à ma place ?

- Non Lucy… dit-elle faiblement.

- S'il te plaît, est-ce que tu sauverais ta mère ? Où ton père ?

- Ce n'est pas pareil… bien que nos parents aient échoué dans leur rôles, ce que ma mère ou mon père m'ont fait n'est en rien comparable à ton père.

- Il m'a reniée, dis-je pour là je ne sais combientième de fois.

Elle prend ma main dans la sienne.

- Tu as déjà pris ta décision au fond. Tu sais ce que tu dois faire.

Je soupire et commence à pleurer. Clémence vient enrouler ses bras contre ma nuque et je me laisse complément aller.

- Ça va aller, murmure-t-elle à mon oreille.

On s'installe plus confortablement dans le canapé, je suis assise devant elle. Clémence fait parcourir sa main dans mes cheveux.

- Qu'est-ce qui va se passer maintenant ? demande-t-elle.

- Je vais aller voir Pierre et lui dire que je suis d'accord, lâché-je dans un souffle. Le problème qui risque d'arriver, c'est que mon père va se douter que ce rein vient de moi, et il va le refuser. Il préférait crever plutôt que d'avoir quelque chose venant de moi.

- Lucy…

- Je saurai quoi lui dire pour le convaincre, la coupé-je, même si j'aurai mal, je le ferai quand même. J'ai pensé à quelque chose, concernant tes envies, dis-je en passant du coq à l'âne.

- Oui ? demande-t-elle curieuse.

- En parler à un psychologue. Je pense très sérieusement que c'est quelque chose qui te suivra toute ta vie, et qu'il vaudrait mieux contrôler ton vice.

- Lucy on n'a pas d'argent à mettre dans un psychologue.

- Et je n'ai pas envie de te perdre Clémence, dis-je la voix tremblante.

- Comment ça ? me questionne-t-elle perturbée.

Je sens à chaque fois son souffle venir s'écraser contre mon oreille.

- Pas dans ce sens-là, dans le sens où si tu ne fais rien tu vas t'y perdre. Et je suis très sérieuse. Je ne veux pas te voir souffrir.

- C'est réciproque.

Je lève ma main en l'air comme pour établir le fait qu'elle ira consulter. J'ensorcèle le plateau contenant nos tasses de thé pour qu'il retourne dans la cuisine tout seul. Quand je passe devant la porte de notre fille, je fais face à Clémence qui me suit et m'agenouille devant elle. Je prends sa main pour l'inciter à se mettre à ma hauteur. Avec mon doigt je repasse la ligne noire faite au marqueur pour les un an de Pauleen. Elle représente sa taille.

- Il faut qu'on se montre fortes. Déjà pour nous, mais surtout pour elle. Nos problèmes se répercuteront forcement sur notre fille à un moment donné. Et Dieu seul sait à quel point ton problème est sérieux.

Elle fixe un moment la planche de bois puis soupire.

- Tu as raison. J'irai parler à quelqu'un.

Je prends une longue douche pour me détendre. J'ai l'impression qu'un immense poids s'est enlevé de mes épaules. Cacher la maladie de mon père à ma copine m'affectait beaucoup plus que je ne le pensais.

Une fois dans notre chambre, je me stoppe pour finalement m'asseoir à côté de Clémence. Elle est tracassée par quelque chose. Je prends sa main dans la mienne.

- J'aimerais savoir pourquoi tu as mis autant de temps à me le dire, tu avais peur de quoi ?

Je baisse les yeux.

- Parce que, commencé-je faiblement, je savais que tu allais devoir t'occuper de moi. Je ne voulais pas être faible encore une fois. Je ne voulais pas que tu te préoccupes de moi, être une pleurnicharde de nouveau… dis-je en en serrant les dents tellement ce que je viens de dire me fait du mal.

- Tu ne voulais pas revivre les souvenirs du passé, quand tu te droguais.

- Oui, avoué-je, alors que les larmes coulent de nouveau. Tu t'es tellement occupée de moi, tu m'as tellement vue pleurer, je ne voulais pas me montrer de nouveau avec ce visage. Tu me comprends ? Elle sourit timidement. Et je ne sais pas, garder pour moi le plus longtemps possible la situation avec mon père était comme, nier le fait que j'allais apporter des soucis dans notre famille, qu'il existait.. J'ai l'impression que ça ne s'arrête jamais. Je suis tellement désolée Clémence, je sais que ça ne sert à rien de s'excuser, je le voulais, mais je regrette ce que je t'ai fait. Et je te le dis, regarde-moi, dis-je en prenant sa tête entre mes mains, je ne te tromperai plus. Je veux être avec pour le restant de mes jours. Toi et toi seule.

Elle ferme les yeux un instant puis colle son front contre le mien.

- Ça serait possible, je t'épouserais sur-le-champ Lucy Wayne.

.

Les jours qui passent sont aussi rapides que l'éclair. Le mois de novembre est bien entamé, comme la dégradation du temps. Nous avons passé notre première journée sous la neige. Certes elle n'a pas tenu mais c'était largement de quoi rendre jalouse Blondie.

Je suis contente d'entendre Clémence déclarer que sa première session chez le psychologue lui a fait du bien. De pouvoir parler de tout ce qui la tracasse.

Pauleen a eu la varicelle et moi qui ne l'aie jamais attrapé, j'ai dû être en quarantaine. Ça avait été très frustrant.

Heureusement la période d'incubation est quasiment terminée. Tout comme mon apprentissage de deux semaines avec le Médicomage Ronan. Demain, je suis de nouveau avec le Médicomage Knightley.

J'arrive à l'hôpital avec beaucoup moins d'entrain que d'habitude et répond faiblement au sourire de Luke. Aujourd'hui, c'est le jour de l'opération. Ma mère a menti à mon père, inventant qu'un cousin sortant de nulle part était compatible. Elle a préféré taire la vérité. Je ne suis pas à l'aise avec ce mensonge, néanmoins, si ça peut m'éviter de parler à mon père.

- Tu vas bien ? Pas trop nerveuse ? me demande ma mère qui tient dans sa main une tasse de café fumante.

- J'ai mal au ventre, dis-je inquiète.

- Clémence devrait bientôt arriver. C'est bien ce que tu fais Lucy. Je suis fière de toi.

Elle passe sa langue sur ses lèvres, traduisant de la nervosité. Je soupire un bon coup et alors que j'allais aller m'installer dans ma chambre et attendre qu'on m'examine une dernière fois, une beuglante se met à sonner, indiquant qu'un patient est en danger de mort.

Ma mère lâche sa tasse de café qui se brise en mille morceaux lorsqu'elle touche le sol, quand elle réalise que le son provient de la chambre de mon père. Je me colle inconsciemment contre le mur et regarde passer en courant un médicomage. Les minutes défilent et mes oreilles sont toujours agressées. Il ne devrait pas être seul à aider.

- Et merde, dis-je à cran.

Je me précipite dans la chambre et rapidement à l'aide de ma baguette je prends connaissance de son dossier. Le médicomage présent est mon supérieur et je n'ai pas à le couper dans ses sorts ou à le contredire. Je me situe en bas de la chaîne alimentaire, nos avis ne sont pris en compte qu'en dernier recours dans la majorité des cas.

- En quoi puis-je vous aider ? demandé-je en essayant de ne pas prêter attention à ma mère qui est en état de décomposition dans un coin de la chambre.

- Le sort de placide, annonce-t-il anxieux, car je ne suis pas censée prodiguer des soins à un membre de ma famille.

Il ramène sa baguette contre son buste et je l'imite dans son geste. Après un décompte, nous effectuons avec précision ce sort. Mon père stoppe de s'agiter et il arrête de s'enfoncer les ongles dans sa paume de main. Je place deux de mes doigts contre son poignet pour vérifier que son rythme cardiaque est redescendu.

- Les battements du cœur sont dans la normale, dis-je d'un ton plat alors que les miens sont toujours désordonnés. Je ne m'étais pas retrouvé dans la même pièce que lui depuis le jour de mon mariage.

Les traits de son visage sont fins et ses cernes horribles. Il a perdu une dizaine de kilos et ses muscles ont quasiment tous fondus.

- Très bien, vous feriez mieux d'aller dans votre chambre pour les derniers examens, j'avance l'heure de l'opération.

J'acquiesce et fais demi-tour, mais je me retourne quand je sens une main froide se poser sur mon bras.

- Qu'est-ce que tu fiches ici ? murmure mon père.

- Je travaille là, rétorqué-je en me dégageant assez violemment de sa poigne.

Le médicomage échange un regard tendu avec moi et ma mère s'approche de mon père, les yeux rougis. Annabelle arrive enfin à bout de souffle, et son regard n'arrive pas à se fixer.

- Jacob… repose-toi tu veux.

- J'annule l'opération, commence à dire mon père, il n'est pas question que j'ai un rein de toi. Tu m'entends ?

- Tu vas avoir cette opération, dis-je le plus calmement possible.

- Non, rétorque-t-il en essayant de se redresser contre son coussin. Je préfère attendre un donneur ou mourir si tel est mon destin.

- Jacob ! s'écrit ma mère la voix tremblante.

- Je serais ravie de te laisser crever tu sais ! Vraiment ! crié-je en laissant retomber mes mains contre mes jambes. Sauf que c'est mon devoir de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour sauver autant de monde que possible ! Et dans ce foutu cas, il se trouve que j'ai réellement le pouvoir de prolonger ta vie ! hurlé-je avec force, alors que tout le monde me fixe avec de grands yeux. Tu ne mérites pas de vivre, tu ne mérites pas mon rein après tout ce que tu m'as dit, après avoir tourné toute la famille contre ta propre fille ! Ton sang et ta chair nom de Dieu !

- Ne jure pas Dieu sale petite merdeuse ! parvient-il à dire avant de cracher du sang.

- Il serait sans doute préférable de calmer le jeu…

- Oh mais je n'ai pas fini, coupé-je Annabelle en lui lançant un regard froid, écoute bien ce que je vais te dire sac à merde, dis-je en saisissant le col de la robe de chambre de mon père, ne contrôlant plus mes gestes et mon langage, tu vas accepter ce rein et jouir de la chance que tu as, et crois-moi sur parole quand je te dis que je ne le fais pas pour toi, mais pour elle ! m'exclamé-je en pointant ma mère du doigt qui pleure encore. Arrête d'être un putain d'égoïste et oublie ton égo ! Tu m'as bien supprimée de ta vie, ceci ne devrait pas être plus compliqué, lâché-je hors de moi avant de quitter cette pièce.

Je m'appuie contre le mur du couloir et me laisse glisser contre. Ma respiration est saccadée et je serais incapable d'aligner une pensée cohérente. Je pose ma main contre ma poitrine et avale ma salive difficilement. Quand je perçois que mon père est toujours d'accord, je me relève et me dirige dans ma chambre. Je cours quasiment jusqu'à la salle de bains et m'éclabousse le visage d'eau froide. Je n'arrive pas à croire ce que j'ai dit, mais ce qui me met dans un tel état, c'est d'avoir vu à travers son regard, que mes paroles ne lui avaient fait aucun mal. Il s'en fout royalement, contrairement à moi, qui n'arrive pas à tourner la page. C'est moi, qui n'arrive pas à l'oublier.

Prise d'une rage sans pareil, d'un mouvement de main, je balance tous les produits qui se trouvent sur le lavabo par terre. Je me saisis par la suite de ma baguette et lance Reducto sur le miroir, puis contre la faïence, et tout ce qui tombe sous mon champ de vision.

- Ça t'a fait du bien ? me demande Clémence après quelques instants.

Je me tourne vers elle, les yeux rougis et j'arrête le sort que je suis en train de faire pour guérir mes blessures dues aux éclats du miroir.

- J'ai empêché l'infirmière d'entrer, rajoute-t-elle ensuite. Ça va aller Lucy, dit-elle en s'approchant de moi pour m'enlacer.

- Je le déteste, murmuré-je en serrant les dents.

- Ça va aller, répète-t-elle, alors que je sens les larmes monter de nouveau.

.

Ma cicatrice est déjà pratiquement invisible, mais la douleur due à l'opération est bien réelle, malheureusement. Je suis dans mon lit et je viens juste de rentrer après être restée une nuit à l'hôpital. Juste pour s'assurer que tout allait bien et c'est le cas. Je n'ai nullement besoin de rester bloquer plus longtemps grâce à la médecine magique, qui permet de cicatriser les plaies trois fois plus rapidement que la méthode moldue.

Ma mère est restée avec moi jusqu'à mon réveil. Ce geste m'a particulièrement touchée. Au fond, je pensais vraiment qu'elle allait rester avec mon père. Sa préoccupation et l'avoir à mes côtés n'ont jamais été aussi importants pour moi.

Je soupire bruyamment et ce geste me fait un peu mal.

- C'est le moment parfait pour te torturer, dit Valentine en souriant diaboliquement.

Elle est venue avec Rachel pour prendre de mes nouvelles et je suis contente de les voir. Mes amis sont dorénavant ma seule famille.

- Tu me fais chier même quand je ne suis pas faible, dis-je en souriant.

- J'adore tellement ça aussi ! Et j'espère que tu vas te ménager, tu risquerais de me manquer s'il t'arrivait quelque chose.

- C'est réciproque, te voir sourire bêtement est unique… Aiie ! m'exclamé-je après qu'elle m'ait frappé.

- Arrête de faire ta chochotte, apparemment, tu résistes très bien à la douleur.

Je lui tire la langue pour toute réponse. Pauleen apparaît dans la chambre et essaye de monter sur le lit. Valentine l'aide après avoir levé les yeux au ciel vu que je ne peux pas le faire et elle vient s'asseoir à côté de moi.

- Ça va ? articule-t-elle plutôt bien pour une enfant de son âge.

- Oui mon cœur maintenant que tu es là.

Elle pose sa tête contre mon bras et tète son index et son majeur tout en serrant contre elle son doudou. Je dépose un bisou sur le haut de sa tête puis lève les yeux vers mon amie.

- Tu aimes vraiment t'occuper d'elle ? Tu ne fais pas ça juste pour Clémence ?

- Tu penses bien que je n'ai pas envisagé d'avoir un enfant dès notre sortie de Poudlard, surtout avec les merdes qui nous sont tombées dessus, qu'on a dû gérer. Au début, j'élevais Pauleen parce que ma vie sans Clémence n'était pas possible. C'était être avec elles ou personne. Je ne vais pas le nier, ça aurait été plus… simple sans un enfant, avouai-je en caressant les cheveux fins de la petite, mais maintenant, tout est différent. Je… donnerais ma vie pour elles.

- Je vous admire. Vous êtes juste un putain d'exemple, dit-elle en s'amusant à tourner la bague autour de son doigt. J'espère un jour avoir ce que vous avez, dans longtemps, mais avoir une famille.

- Tu l'auras, Valentine. Ta relation avec Hermione est solide.

- Ce n'est pas évident d'être éloignée d'elle. Elle m'est trop nécessaire… et elle ne me connaît pas encore totalement. Bref ! Je vais te laisser te reposer. Surtout, profite de ces quelques jours pour récupérer des heures de sommeil car, je suis désolée d'être celle à t'annoncer ceci, en fait non, mais tu as une mine horrible, dit-elle tout en se levant. Bisous ma petite chipie, rajoute-elle à l'adresse de Pauleen.

- Merci encore d'être venue, même si je me serais bien passé de ta présence, m'exclamé-je en souriant.

- Au revoir Lucy.

Le lendemain matin, bien que je sois à l'appartement, la nounou est quand même venue pour s'occuper de Pauleen. Clémence a insisté pour que je puisse me reposer, mais ça ne m'a pas empêchée de m'amuser avec ma fille.

Je ne regrette pas d'avoir donné mon rein, mais d'une certaine façon j'aurais pensé, j'espérais, que mon père veuille renouer le contact avec moi. Non pas par devoir mais parce qu'il le voulait. Mais ça a été tout le contraire. Toutes ces remarques ne servent à rien de toute façon. Je pense que je n'arriverais jamais à comprendre comment on peut abandonner son enfant. Comment faire pour prétendre qu'il n'existe plus. Comment peut-on à ce point être haineux envers d'autres personnes ? Mais surtout, contre des personnes que nous nous sommes jurés de protéger et d'aimer ?

Clémence revient plus tôt que d'habitude.

- Comment tu vas ? Tu as vu que j'avais laissé des lettres à poster ? dit-elle tout en m'embrassant sur le front.

Ses cheveux portent encore les traces d'un temps enneigé. J'enlève d'un revers de main les quelques flocons qui se mettent à voler dans les airs autour de nous. Je pose mes lèvres sur les siennes.

- J'ai encore mal mais c'est tout à fait normal. Par contre je n'ai pas faim.. Des lettres ? De quoi tu parles ? dis-je avec un petit sourire.

- Merci chérie, s'exclame-t-elle en souriant et mon Dieu qu'elle est belle.

Ensuite elle me demande de lui raconter la journée de Pauleen comme elle l'aurait fait avec la nounou si elle ne l'avait pas congédiée tout de suite. C'est dans des moments comme celui-ci que je me rends compte qu'elle ferait n'importe quoi pour notre fille. Vraiment n'importe quoi. Puis elle s'inquiète sur le fait que je ne mange pas beaucoup.

Trois jours plus tard, je suis de retour à l'hôpital.

- Alors cette garde comment c'était ? demandé-je à Luke qui a la tête posée contre le dossier du canapé.

- Tellement crevant… mais super instructif. Et toi comment tu vas ?

- Super, dis-je en m'asseyant sur la table basse devant lui. Des choses particulières à me dire ?

- Comme ? demande-t-il en haussant les sourcils.

- J'ai loupé une semaine, il s'en passe des choses !

- Lucy… tout se passera bien, ne t'inquiète pas.

Je lève les yeux au ciel et mordille ma lèvre inférieure.

- Juste, ne sois pas surprise si Drago te fait une remarque.

- Hum, me contenté-je de répondre.

Je lui fais la bise et pars vers le bureau du Médicomage Knightley.

- Venez près de moi, m'indique-t-elle après avoir frappé à la porte.

Je me dirige d'un pas rapide vers elle et choisis le fauteuil en face du canapé par habitude, mais à peine installée qu'elle dit sans relever les yeux de son dossier.

- Ici s'il vous plaît. Que voyez-vous sur ces photos ?

Je regarde les photos unes par unes. La patiente semble être atteinte de rougeurs qui recouvrent la quasi-totalité de son corps. Elle est jeune, vingt-sept ans et il est noté dans les commentaires qu'elle a attrapé ceci en se promenant dans une forêt en Amérique du Sud.

- À première vue, cela ressemble à une réaction dûe à la morsure d'un scolopendra. Je serai fixée une fois que je pourrai voir la patiente.

- Quel serait le traitement adéquat ? me demande-t-elle d'une voix paisible, sans me regarder.

- Étaler une pommade sur toutes les surfaces rougies, et ce pendant deux semaines. Qu'elle évite tout contact avec les enfants car c'est très contagieux. Je lui ferais aussi prendre une potion pour être sûre qu'elle ne rechute pas. Il me semble que dans la zone où elle se trouvait, il y a le anadenanthera colubrinaqui qui se manifeste plusieurs semaines après la contamination.

- Parfait. Vous allez aller avec mon assistante, elle vous briefera. Elle vous attend dans la salle 106.

Je me lève et la remercie. Au début, j'avais été très mal à l'aise par la manière dont elle me parlait. Elle est très souvent froide et évite autant que possible le contact visuel. Ça donne une impression de je m'en foutisme, mais finalement c'est le docteur avec qui j'apprends le mieux. Elle laisse beaucoup de liberté, du moins, j'ai compris en écoutant le récit de mes collègues, que je suis pas mal privilégiée. Je n'ai pourtant rien fait de particulier, je ne suis pas la meilleure en cours, loin de là d'ailleurs.

Une fois dans la salle 106, Kristen sourit en me voyant.

- Te voilà enfin Lucy, j'ai commencé à rassembler tous les ingrédients j'espère que ça ne t'ennuie pas.

- Pas du tout, dis-je tout en faisant apparaitre mon calepin.

- Tant mieux. Cette potion est plutôt simple, c'est surtout l'application de celle-ci sur la patiente qui s'avère compliquée. Il faudra que tu lises le chapitre sept, huit et neuf pour demain.

- Ça sera fait, m'exclamé-je pensive. J'allais déjà devoir rentrer tard.

- Je peux te donner un coup de main pour les apprendre si tu le souhaites, Sam rentre que demain de son voyage.

- Il part souvent en ce moment, non ? demandé-je en m'essayant à côté d'elle.

Elle se contente de souffler et de sourire timidement. J'ouvre mon livre ainsi qu'une nouvelle page de mon calepin, quand la porte s'ouvre. Je fronce des sourcils quand Drago s'avance d'un pas léger et déterminé. Un chariot ensorcelé le précède et il s'arrête non loin de Kristen.

- Voilà les derniers ingrédients, Médicomage Ford, dois-je commencer la préparation de la potion ? demande-t-il avec ce petit ton d'élève parfait.

- Oui Guérisseur Malfoy, suivez à la lettre la préparation. Je dois aller chercher d'autres récipients nous n'en aurons jamais assez, hum, Guérisseur Wayne commencez à livre vos chapitres là-bas s'il vous plaît, s'exclame Kristen en quittant la salle deux secondes plus tard.

J'observe Drago mettre en place son poste de travail de manière minutieuse.

- Pourquoi tu es là ? lui demandé-je sans pouvoir m'en empêcher. Ce n'est pas ta semaine avec la Médicomage Knightley.

- En effet.

- Et donc ?

- Je n'ai rien à te dire, lâche-t-il froidement.

- Mais tu as un problème me concernant et j'aimerais bien savoir pourquoi.

Il jette plusieurs ingrédients dans le chaudron et une petite explosion retentit.

- Ne joue pas les idiotes.

- Pardon ? demandé-je en m'approchant de lui.

- Comment ça se fait que depuis le début de l'année, tu sois autant passée avec le Médicomage Knightley, hein ?

- Je n'ai aucun contrôle là-dessus.

Il me détaille de bas en haut et je devine facilement sa pensée. Il doit se dire comme Will, que je coucherais soit avec elle, soit avec Kristen. Il tourne une page du manuel sauvagement.

- Éloigne-toi bordel et va lire tes foutues chapitres puisque c'est toi qui guériras la patiente demain.

- Tu peux le faire si tu le souhaites…

- Et passer pour une sous-merde ? Mais tu m'as pris pour qui ? me coupe-t-il énervé tout en gardant dans sa main un pétale noir, qui est très dangereux pour moi. Retourne là-bas.

Je fais demi-tour en serrant les dents, mais change d'avis et lui fais face de nouveau. J'ouvre la bouche pour lui répondre quand dans le même temps, une nouvelle petite explosion retentit. Je peux voir le regard de Drago se remplir de terreur alors que je me sens partir vers l'arrière sans pouvoir faire quoi que ce soit.

- Levicorpus ! crie Drago et je me sens tomber avec légèreté contre le sol.

Ma respiration s'accélère et j'ai l'impression d'avoir fait du sport pendant des heures. Mes muscles se tendent et je perçois comme du sang qui coule contre ma peau.

- Mon Dieu… dis-je affolée.

- Surtout ne parle pas, laisse-moi faire si tu ne veux pas finir paralysée pour le restant de tes jours.

Il déchire non pas à l'aide de sa baguette, mais de ses mains, ma robe verte puis mon haut.

- Je sens plus mes pieds, murmuré-je doucement.

- Par Salazar !

Il se lève et je n'arrive pas à entendre ce qu'il dit. Drago revient et pose ses mains contre un corps que je n'arrive quasiment plus à sentir. Je roule sur le côté. Je finis par fermer les yeux. Je l'entends murmurer une formule puis, quelques minutes plus tard, j'arrive de nouveau à sentir mes jambes, puis mes pieds. Mes muscles se détendent ainsi que ma respiration.

Je me redresse et Drago m'aide à m'adosser au meuble.

- Tiens mange ça, dit-il terrorisé. Il y a une raison si c'est moi qui fais la potion, Lucy, tu as subi une opération, ton organisme est fragile et respirer les effluves qu'a dégagés le pétale noir aurait pu te coûter très cher.

- Oui je sais, merci, dis-je en souriant timidement.

Je prends soudain compte que ma poitrine est à l'air libre mais Drago garde ses yeux rivés sur les miens. Je touche ma blessure et elle s'est rouverte, néanmoins, il a stoppé les saignements. Il passe ses doigts dessus et souffle.

- Tu sais la suite ? Je n'ai pas besoin de te dire quoi faire ? annonce-t-il plus posé.

- Oui c'est bon.

Il m'aide à me relever, répare ma robe d'un coup de baguette et c'est à ce moment-là que Kristen apparaît.

- Que s'est-il passé ? demande Kristen mi-sévère mi-affolée, elle a respiré les effluves de la potion ? Guérisseur Malfoy, vous avez continué la préparation alors qu'elle était près de vous ?

- C'est de sa faute, pas la mienne.

Je fronce les sourcils pour son côté très Serpentard.

- Il a raison, il m'a demandé à plusieurs reprises de m'éloigner et je ne l'ai pas écouté, même s'il n'avait même pas attendu une seconde avant de lâcher ce pétale noir.

- L'immobilité avait atteint quelle hauteur ?

- Son buste, rétorque Draco en serrant les dents.

Kristen se mord la lèvre inférieure et dit tout en s'adressant à lui.

- Vous avez très bien réagi, mais la prochaine fois, utilisez votre baguette pour demander de l'aide. Si vous aviez échoué, cela serait retombé contre vous. Recommencez la préparation en restant dans votre coin, et suivez-moi Guérisseur Wayne, annonce Kristen agacée.

Je quitte la pièce non sans lancer un dernier regard à Drago. Je suis Kristen pendant cinq minutes avant d'arriver dans une salle d'examen.

- Retirez votre robe et votre pantalon, dit-elle simplement.

- Et pourquoi ? demandé-je plus intrigué par son vouvoiement que sa demande.

- Vous discutez mes ordres ?

Non, je n'allais sûrement pas discuter son ordre. J'obéis et ne porte que mes sous-vêtements. Elle s'approche de moi et me demande de m'asseoir sur le tabouret. Elle palpe plusieurs parties de mon corps en me demandant à chaque fois si je sens ses pressions.

- Oui, répété-je pour la dixième fois.

Elle remonte ensuite ses mains qu'elle passe sur mon ventre et je serre les dents.

- Ça fait mal où ? Ici ? Là ? À cet endroit ?

Mon grognement répond à ma place. Je baisse les yeux vers elle et je peux voir qu'elle réfléchit.

- Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Je voulais vérifier que la rosa niera n'avait pas atteint ton organisme et c'est le cas, ce n'est rien de grave la douleur que tu ressens. Le guérisseur Malfoy a très bien agit et a empêché le pire. Le contre sort n'est accessible qu'aux quatrième année, dit-elle sans me regarder, admirative, allonge-toi sur le lit s'il te plaît et détend toi d'accord ?

Alors qu'elle allait commencer la formule, j'attrape son bras et lui demande inquiète.

- Pourquoi…

- Chut, me coupe-t-elle, on en parlera plus tard, inspire et expire profondément Lucy.

J'acquiesce et l'écoute. Je ne ressens rien du tout. Elle aurait tout aussi bien pu chanter un chant de Noël. Cinq minutes plus tard, je me redresse et suite à ses nouvelles palpitations, je n'ai plus du tout mal.

- Très bien, je regarderai de nouveau demain pour m'assurer que tu sois hors de danger. Je vais devoir référer de ce qu'il s'est passé. Pour que tu aies été touchée, il fallait vraiment que tu sois près du chaudron, tu gardes toujours ta même version des faits ?

- Oui, dis-je tout de suite.

Elle sourit nerveusement puis dit contrariée :

- À être trop gentil on finit toujours par se mordre les doigts à la fin.

Elle s'en va sans me laisser le temps de répondre quoi que ce soit. À la fin de la journée, il pleut mais je n'en ai que faire aujourd'hui, non, à la place je reste en plein milieu du trottoir à profiter de chaque goutte d'eau qui glisse le long de ma peau, comme pour me montrer que je suis bien vivante. Les accidents arrivent et je sais que ma vie peut basculer du jour au lendemain.

Je reprends mes esprits et déploie mon parapluie. Je fais à peine quelques mètres avant de trouver ce que je cherchais.

- Bonjour, avez-vous un rendez-vous mademoiselle ?

- Non.

- Il y aura un peu d'attente dans ce cas-là.

- Pas de soucis, j'ai tout mon temps, dis-je souriante à la coiffeuse.


Et voilààààààà. La partie opération est passée très vite car je ne me voyais pas en parler pendant longtemps.

Les problèmes de Val sont à prendre au sérieux bien évidemment ça va sans dire.

Bonne semaine à tout le monde ! :)