Scène 2
(Théo, Bragg, deux Gardes)
Deux gardes entrent.
GARDE 1 : Les bruits venaient d'ici. Brandis-moi cette torche
(il observe) C'est le quartier du vin. C'est peu recommandable.
GARDE 2 : Des brigands pour l'argent ou l'arme à gauche ?
GARDE 1 : Non… du trafic de vin… de corps… peu fréquentable.
GARDE 2 : Mais bon pour se cacher. On fouille tout le monde ?
(ils vont dans un autre coin)
BRAGG (A Théo): C'en est fini pour nous, le quartier est bouclé
Et la nuit ce n'est pas l'illusion qui abonde
La fange, les couteaux, les vendues, les bourrés,
C'est sous le ciel de nuit qu'éclate la lumière
Qui le visage vrai de cette ville éclaire.
THEO (A Bragg): Pas question de mourir, du moins pas sans combat !
Si nous les attaquons en prenant l'avantage…
BRAGG : (A Théo) Silence ! Ils reviennent vers nous, j'entends venir leurs pas !
GARDE 1 : Les renforts viendront vite et il serait plus sage
De garder cette rue, c'est la seule qui reste.
(Silence) (Ils sont plantés à côté de Théo et Bragg)
GARDE 2 : Eh dis, tu as peur toi ? Tu étais bien aux geôles ?
GARDE 1 : Peur de quoi, de mourir ? Les combats m'ont fait leste
J'ai confiance en ma lance et je sais bien mon rôle.
D'autres chose m'effraient, plus noires et spectrales.
Des murmures sans noms, des démences soudaines…
Tu vois le paladin ? Il disait avoir mal :
Un gardien va le voir : un grand rire de hyène
Eclate ! Il tombe à terre et il se pétrifie !
Des volutes de jais sortaient par la cellule,
Etranglant le pauvre homme ! Et il était sans vie
Une minute après, les yeux comme des bulles.
GARDE 2 : C'est moche comme mort.
GARDE 1 : La vie n'est pas jolie.
GARDE 2 : T'as sans doute raison.
GARDE 1 (haussant les épaules) : Ça nous arrive à tous.
Mais sans doute est-ce faux. C'est qu'à voir la nuit
Même dans la journée, de tristes plantes poussent.
Les Geôles de Mirage, ô merveille sur Terre !
Chaque jour que j'y passe est plus sombre et puant,
Chaque nuit que je rêve est remplie de son air,
Chaque seconde même explose mes tympans.
(silence)
GARDE 2 : Oublions-ça, veux-tu ?
GARDE 1 : Ce sera volontiers.
Vivement les renforts. Plus vite on les aura
Et plus vite nos lits pourront nous réchauffer.
GARDE 2 : Quand on parle du loup ! C'est que j'entends leurs pas.
BRAGG (mal à l'aise, à Théo) : Si c'est là notre fin, si c'est là que je meurs
Sachez que j'ai pour vous le plus grand des respect
Je serai honoré de mourir en cette heure
Si c'est à vos côtés que je dois m'effondrer.
THEO : Il n'en est pas question ! Je refuse la mort !
Et eux, que feraient-ils ? Sans doute pas se battre !
BRAGG : Nous n'échapperons pas à notre triste sort
Sinon grâce à des dieux, sinon sur un théâtre.
(soupire) Hélas, j'aurai aimé contempler le matin
Me lover dans ses bras et vivre enfin heureux.
Mais nous ne sommes que de sinistres pantins
Sur la scène animés mais dans nos corps bien creux.
THEO (A Bragg) : J'ai une idée de plan. Ils nous veulent tous deux
Alors séparons-nous ! Je ferai diversion
Et les attirerai en un quelconque lieu :
Fuyez pendant ce temps, lancez vos illusions,
Sortez de cette ville, allez dans un lieu sûr
Je me débrouillerai, la foi à mes côtés.
GARDE 2 : C'est un bon combattant ? On dit qu'il a l'allure.
GARDE 1 : Il est un paladin, à quelques détails prêts.
Et si j'ai bien compris, un plutôt renommé.
Il vient de Castelblanc, mais est célèbre au Nord
Pour des actes très preux et certains insensés
Son nom est Silverberg, certains le disent mort.
THEO : (criant en sautant sur eux) Silverberg est mon nom et qu'on le dise bien
Je ne crains nullement vos piques pathétiques
La lumière vous trompe et l'ombre est déjà loin !
Vipères approchez, si vous aimez le risque !
Approchez donc, serpents, que ma lame calcine
Le venin de vos crocs et brûle votre peau !
Reculez-donc, serpents, que ma lame fulmine
Et tranche votre corps en deux, coupe vos os !
Les Gardes sortent à reculons, Théo les suit. Bragg attend puis sort de l'autre côté
