Merci à Lunastrelle et Mimi70 pour leurs reviews. Et merci à Mimi70 et Chocolataulaitcaramelise pour avoir mis ma fic dans leurs favoris.
Bonne lecture et bonnes Pâques à tous !
DISCLAIMER : Aucun personnage ne m'appartient, tout est à J. R. R. Tolkien, sauf Ellora, Hélène, Steve et cie.
Chapitre 8 :
Ombres et éclats
Le voyage avait repris, sans aucune anicroche. Ellora, Grand-Pas et les Hobbits avaient marché à un rythme soutenu toute la journée.
À la fin de la journée, ils s'étaient arrêté dans l'ancienne Tour de Garde d'Amon Sûl – c'est ainsi que Grand-Pas l'avaient appelée.
Les Hobbits s'étaient laissés tomber au sol, morts de fatigue. Comme ses amis, Ellora était épuisée. Grand-Pas leur donna à chacun une petite épée puis leur dit de rester tranquillement ici, il allait surveiller les alentours.
Ellora finit vite par s'endormir. Elle se retrouva à nouveau dans un rêve. Cette fois, elle vit qu'elle était dans les bois. Il faisait nuit. L'ambiance n'était guère rassurante. Un vent mauvais agitait les branches des arbres. Une chouette hululait. Une odeur de rosée et d'écorce régnait dans l'air.
La jeune fille se sentait mal. Une ombre mauvaise rôdait. Peut-être était-ce les Cavaliers Noirs ?
Elle aperçut soudain la silhouette d'un cavalier sur une colline devant elle. La jeune fille se plaqua au sol et regarda, à travers les buissons, le cavalier. Ce dernier ne l'avait pas vu. Il fixa un moment les bois alentour, puis se détourna et disparut dans l'ombre de la nuit.
Rassurée, Ellora se redressa et commença à reculer. Qu'importe s'il ne s'agissait que d'un rêve, elle ne voulait pas prendre de risques ni courir un quelconque danger. Surtout si elle se réveillait en criant dans la tour, elle trahirait leur présence et Grand-Pas n'aurait aucune pitié, cette fois !
La jeune fille se retourna avec la ferme intention de s'éloigner, quand un bruit de sabots résonna dans son dos. Elle sentit le souffle de puissants naseaux faire voler ses cheveux.
Lentement, la jeune fille se retourna et voulut hurler de peur, mais ses cris restèrent bloqués dans sa gorge lorsqu'elle vit qui se tenait sur ce cheval.
Ce n'était pas un des spectres vêtu d'une cape noire sur un sombre destrier, mais une femme sur un bel étalon blanc. Elle était incroyablement belle. Vêtue d'une grande robe blanche, ses longs cheveux noirs flottant autour d'elle, une puissante lumière émanait d'elle, comme si sa poitrine abritait une étoile.
Elle posa ses magnifiques yeux bleus et sans âge sur Ellora et lui sourit. La jeune fille lui rendit son sourire. La femme elfe ouvrit la bouche et lui dit quelque chose dans une langue inconnue.
Ellora voulut alors lui répondre, lui dire qu'elle ne comprenait pas ce qu'elle disait, quand l'air changea d'odeur. On aurait dit qu'il y avait le feu, pas loin. Et il y avait une odeur de tomates et de saucisses. Une minute… des saucisses ?
Ellora s'éveilla en sursaut. Elle vit d'abord que Frodon dormait juste à côté d'elle. Son geste l'éveilla à son tour. Tous deux se tournèrent vers la source de cette odeur suspecte et virent Sam, Merry et Pippin autour d'un feu, en train de manger.
« Qu'est-ce que vous faites ? » s'écria Frodon, ahuri.
« Des tomates, des saucisses et du bacon bien grillé », dit Merry, tout content.
« On vous en a gardé », dit Sam en leur tendant des écuelles.
Mais Ellora et Frodon se fichaient éperdument de la nourriture en cet instant. Le Hobbit se rua sur le feu et commença à l'éteindre avec ses pieds en criant : « Éteignez ce feu, sombres crétins, vite ! »
« Oh, j'te remercie ! De la cendre sur mes tomates ! » s'écria Pippin.
« Baissez d'un ton, ou ils vont nous entendre ! » s'écria Ellora.
Trop tard. Des cris stridents retentirent. Tous coururent à l'une des fenêtres des ruines et virent les spectres, qui traversaient la brume en contrebas et s'engouffraient dans les ruines.
Les quatre Hobbits et la jeune fille saisirent leurs épées et coururent au sommet de la tour. Là, ils se mirent dos à dos et guettèrent les ouvertures.
Frodon fut le premier à voir un spectre arriver. Celui-ci dégaina son épée puis s'avança, suivi par quatre de ses frères.
Les Hobbits et la jeune fille reculèrent, terrorisés. Le premier qui tenta un geste fut Sam.
« Arrière, démons ! »
Il agita son épée vers eux. Un Nazgûl para ses coups maladroits et l'envoya valdinguer plus loin. Merry et Pippin tentèrent leur chance, mais un autre parvint à les repousser.
Ellora voulut réagir, quand elle sentit soudain une violente douleur à sa sa main gauche. Elle baissa les yeux et vit alors sa bague. Mais oui, cette bague qui était apparue dans la Vieille Forêt ! Celle qui pouvait changer de couleur sans raison. Dans la Vieille Forêt, elle avait pris une couleur verte. Quand ils avaient quitté ces lieux maudits, elle était devenue pratiquement transparente, et la jeune fille avait fini par oublier son existence.
Mais maintenant, elle était réapparue. Elle était grise, presque noire, un noir sale. Et elle faisait mal au doigt de la jeune fille.
« Kourl lichi… »
Ellora se tourna vers Frodon. Il était tombé au sol et tenait l'Anneau dans sa main. C'était de lui que sortaient ces mots étranges, prononcés par une voix d'outre-tombe.
« Achi ! »
Au son de ces mots, les Nazgûls tournèrent la tête, comme s'ils avaient entendu un écho familier. L'un d'eux se détacha du groupe et s'avança, son épée pointée en avant. Frodon recula, terrorisé, l'Anneau toujours dans sa main.
Ellora voulut se précipiter pour l'aider, mais une nouvelle vague de douleur à la main l'arrêta. Bon sang, mais qu'est-ce qui se passait ? Pourquoi cette maudite bague lui faisait ça ? La jeune fille sentit ses jambes se dérober sous elle.
Impuissante, elle regarda Frodon se caler contre un débris de colonne et fixer les Nazgûls qui approchaient, prêts à le poignarder.
Dans un sursaut de désespoir, le Hobbit mit l'Anneau. Cette fois, Ellora sentit sa propre bague changer. Elle n'était plus brûlante, mais froide. Et alors, elle les vit. Le Hobbit, qui portait l'Anneau scintillant au doigt. Et les Nazgûls, leur vraie forme !
Des rois, de vieux rois fantômatiques, au corps et aux vêtements blancs et flous, enveloppés de fumée. Des spectres esclaves des ténèbres, à la fois dans le monde réel et celui des fantômes.
Ellora s'aperçut soudain que l'Anneau continuait de parler. Il tirait la main de Frodon en avant, bien décidé à atteindre la main du Nazgûl le plus proche. Ce dernier tendit doucement la main, comme pour chercher à tâtons le précieux bijou qui continuait de lui parler, l'encourant dans la langue du Mordor à s'approcher pour le prendre. Frodon luttait, mais rien à faire.
NON ! Arrête ! pensa Ellora, sans réfléchir.
Elle vit soudain sa bague scintiller, comme réagissant à sa volonté. Sa couleur changea, passant du noir mortuaire au gris vif-argent.
Elle vit alors l'Anneau au doigt de Frodon briller moins fort, et le Hobbit parvint à baisser la main. Ellora n'y comprit rien. Comment avait-elle fait ça ? À croire que sa volonté avait pu aider Frodon…
Mais soudain, elle vit avec horreur le Nazgûl reculer puis planter son épée dans la poitrine de Frodon. Le malheureux poussa un cri de douleur.
« NOOOOOOOOOON ! » hurla Ellora.
Juste à ce moment, le cri de Grand-Pas retentit. Il jaillit d'au-dessus de la colonne et se mit à repousser les Nazgûls à l'aide de son épée et d'une torche.
Frodon gémissait toujours par terre, et n'avait pas retiré l'Anneau. Ellora se précipita sur lui et l'aida à l'enlever. Le Hobbit réapparut mais continua de crier et gémir de douleur.
Les trois autres Hobbits se précipitèrent auprès de lui. Lorsqu'enfin Grand-Pas eut repoussé le dernier des Nazgûls, il revint près d'eux et regarda la lame avec laquelle Frodon avait été touché.
« Il a été poignardé par une lame de Morgûl. »
La lame disparut en fumée. Grand-Pas la jeta au sol avec dégoût, puis prit Frodon dans ses bras et leur fit signe de le suivre dehors.
« Vous pouvez le soigner ? » demanda Ellora, inquiète.
« C'est au-delà de mes compétences de guérisseur. Il lui faut la médecine elfique. Plus vite ! »
Les Hobbits suivaient péniblement derrière, Sam en dernier, tirant le poney Bill par la bride.
« Nous sommes à six jours de Fondcombe ! Il n'y arrivera pas ! » dit Sam.
« Gandalf… Gandalf ! » gémit Frodon, sur l'épaule de Grand-Pas.
Ils finirent par s'arrêter devant trois étranges statues de monstres cauchemardesques. Sam les regarda, puis se tourna vers Frodon allongé par terre.
« Regardez, m'sieur Frodon. Les Trolls de Monsieur Bilbon. »
Mais le pauvre Hobbit ne pouvait plus l'entendre. Assise près de lui, Ellora lui tapota le front avec un mouchoir. Quand ses doigts entrèrent en contact avec sa peau anormalement pâle, elle grimaça. Il était froid comme un glaçon ! Et ses yeux étaient devenus laiteux.
La jeune fille sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle avait tout vu et n'avait pas réussi à l'en empêcher ! Elle regarda sa bague avec rage. Ce fichu truc ne servait à rien ! Elle voulut la jeter, quand elle vit Frodon tendre la main vers elle.
Surprise mais en même temps un peu rassurée, Ellora prit sa main entre les siennes. Frodon semblait fasciné par sa bague… La jeune fille n'y comprit rien. Mais lorsque ses doigts entrèrent en contact avec le bijou, elle vit à nouveau le Hobbit comme lorsqu'il avait mis l'Anneau. Mais son image avait changé. Au départ, il avait paru normal, solide, la seule chose qui ne fut pas déformée par la fumée qui régnait dans le monde des Spectres. Maintenant, son image était plus floue. Comme s'il était en train de se fondre dans ce monde de fantômes.
La jeune fille le relâcha avec horreur. Tout redevint aussitôt normal, elle était à nouveau dans la forêt avec ses amis, près des Trolls pétrifiés de Bilbon.
« Qu'est-ce qui lui arrive ? » demanda Ellora.
« Il passe dans le monde des ombres et sera bientôt un spectre, comme eux », répondit le rôdeur.
Frodon émit à nouveau des gémissements. Ceux des Nazgûls retentirent dans le vent, en réponse aux siens.
« Ils approchent ! » dit Merry.
Décidé à tenir le coup, Grand-Pas s'approcha de Sam et lui demanda d'aller lui chercher de l'Athelas, une plante qui pourrait ralentir le poison.
Ellora et les deux autres Hobbits attendirent, veillant toujours sur leur ami. Enfin, Sam et Grand-Pas revinrent. Un bruit de sabot les fit paniquer.
Mais Ellora fut la première à reconnaître ce cavalier. C'était la femme de son rêve ! Mais ses vêtements avaient changé. Elle portait une espèce de robe d'amazone bleu-nuit, et elle ne brillait plus. Pourtant, elle avait une aura de lumière et de bienveillance, Ellora le sentait.
Elle s'approcha de Frodon en lui parlant dans sa langue.
« Qui est-ce ? » demanda Merry.
« C'est une elfe », murmura Sam.
« Frodon… Oh non, il disparaît ! » dit la jeune femme.
Grand-Pas se pencha vers le Hobbit et glissa quelques fines bribes d'Athelas dans sa plaie. Frodon répondit par un nouveau gémissement douloureux.
« Il ne va pas tenir longtemps. Il faut le mener à mon père ! » dit la femme.
Acquiesçant, Grand-Pas se pencha et souleva le Hobbit pour l'amener sur le cheval.
Ellora et les Hobbits suivirent leur échange sans comprendre. Ils parlaient une langue que seule Frodon aurait eu des chances de traduire.
Finalement, la femme monta sur le cheval avec Frodon dans ses bras puis s'en fut à travers la forêt.
« Qu'est-ce que vous faites ? Les Spectres sont toujours là ! » s'écria Sam.
Ellora s'approcha et voulut étayer les propos de son ami, mais le regard de Grand-Pas l'en dissuada. Il y avait de l'espoir dans ses yeux. Le même que celui qu'elle avait éprouvé en voyant cette elfe dans son rêve.
Si quelqu'un pouvait sauver Frodon, ce serait elle.
« Reprenons notre route, nous devons aussi rejoindre Fondcombe », dit Grand-Pas.
Ellora acquiesça et se mit en route avec lui, bientôt suivie par des Hobbits abasourdis. Pourquoi ces deux-là ne comprenaient-ils pas la cause de leurs craintes ?
Ils se mirent en route à travers la forêt. Les Hobbits avaient peur. Des Spectres étaient-ils restés en retrait pour s'occuper d'eux ? Ellora avait le sentiment que non. C'était l'Anneau qu'ils voulaient, et ce pauvre Frodon qui était en train de se changer en l'un d'entre eux.
Alors qu'ils avaient quitté la forêt traversaient les plateaux menant au fleuve Bruinen, Ellora s'arrêta et se sentit brusquement prise de vertiges.
« Ellora ? Eh ! » cria Grand-Pas. Il la rattrapa de justesse avant qu'elle tombe le sol.
La jeune fille n'y comprit rien. Que lui arrivait-il ? Elle vit soudain l'espace changer. Ce n'était plus Grand-Pas mais la femme elfe qui se tenait penchée au-dessus d'elle et lui disait de ne pas renoncer.
« Frodon ! Frodon, ne renoncez pas ! Pas maintenant ! »
Ellora ferma les yeux. Frodon… avait mal. Il allait céder, elle le sentait. Pour une raison qui échappait à la jeune fille, un lien s'était créé entre elle et le Hobbit depuis le premier instant où il avait mis l'Anneau.
Il était à la frontière du monde des spectres. Elle le voyait, là, juste devant elle, s'éloignant, tombant dans la brume…
« Non ! » pensa Ellora.
Ce fut comme une main qui l'arrêta. L'image du Hobbit se figea. Elle le tenait.
« Attends qu'ils te soignent. Attends-les, je t'en prie ! » dit Ellora.
Frodon ne put répondre. À travers ses yeux, Ellora vit le décor changer. Des arbres, la lumière qui filtrait au travers, puis des colonnes, un plafond orné de sculptures évoquant la nature, puis un autre visage, un elfe brun qui se penchait vers elle, non, Frodon, et dit : « Lasto beth nîn. Tolo dan na ngalad. »
Ellora vit les ténèbres se dissiper. Elle lâcha enfin Frodon, puis rouvrit les yeux. Grand-Pas la tenait dans ses bras et marchait toujours en direction de Fondcombe, les Hobbits silencieux et inquiets derrière.
« Grand-Pas… » dit la jeune fille.
Le Rôdeur sursauta et tourna vers elle un visage rassuré.
« Vous allez mieux ? »
La jeune fille acquiesça, puis lui demanda de la reposer au sol, ce qu'il fit avec réticence.
« Mam'selle Ellora ! Vous allez bien ? » demanda Sam.
« Oui… Oui, je crois… »
« Que vous est-il arrivé ? Vous avez soudain eu l'air aussi pâle et malade que Frodon, je n'ai pas compris pourquoi. Je vous ai examinée, vous n'aviez pas de traces de blessures. »
Ellora haussa des épaules. Elle ne savait pas. Et elle s'en moquait. L'essentiel était que Frodon allait mieux.
Avec un léger sourire mental, elle reprit la route, suivie par ses amis complètement perdus.
Grand-Pas se dit, tout en la regardant, qu'elle méritait bien son surnom. Quelle jeune fille mystérieuse !
