Hello tout le monde! Voici l'avant dernier chapitre! Oui, déjà, mais je n'avais pas en tête un trop long récit non plus, donc je suis désolé de vous annoncer cela, d'autant que je pensais avoir le temps de boucler le chapitre 9 pendant les vacances mais qu'il n'en est rien et que je ne suis qu'à la moitié de celui-ci (ahah). Peut-être y aurait-il un épilogue, mais je n'ai absolument aucune idée pour celui-ci, donc à la rigueur, le seul conseil que je vous donnerais est de lire The Phoenix was born from its Ashes, qui est le premier volume de ma trilogie, qui reprend au moment de l'Ordre du Phénix. Là, vous êtes certains que vous en aurez pour votre compte, même si cette trilogie ne se concentre pas seulement sur William, Melbourne maintenant qu'il est adulte, bizarrement je le nomme comme les autres profs. Sachez que le premier tome comprend 27 chapitres, un prologue et un épilogue et qu'il y a deux autres tomes prévus, et parti comme c'est parti, sans doute le 2 ne sera pas aussi long que le premier alors que le 3 sera manifestement plus important dans le sens où c'est parti pour qu'il ait au moins 34 chapitres sans compter le prologue et l'épilogue (re ahah). Bon, bref, voilà, je vous l'annonce maintenant pour que vous soyez au fait. Sur ce, bonne lecture!
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8. AdulthoodWilliam complétait une feuille qu'il avait reçue en même temps que sa convocation au baccalauréat, juste des banalités administratives car il sera encore mineur lorsqu'il composera avec des milliers d'autres britanniques de sa génération. C'était on ne peut plus particulier dans le sens où il était considéré majeur ici, dans cette communauté de sorciers, mais pas encore par ailleurs chez les Muggles. De toute façon, être adulte ne se chiffrait pas, alors bon, il pouvait bien remplir ce papier sans arrière-pensée. Puis, il devra rejoindre son Directeur de Maison à son bureau pour signer d'autres papiers, ces derniers attestant de son autorisation de sortie définitive de Hogwarts avant la fin du semestre effective. D'abord, remplir ce blabla tout en sirotant son thé, alors qu'il était assis à la Grande Salle, l'angoisse ne le quittant pas mais tolérant quelques menus repas qui restaient campés dans son estomac – Hallelujah, diraient les pratiquants. Ces dernières semaines lui avaient été éprouvantes et rien que le fait simple de se nourrir un peu mieux à nouveau sur une base régulière le soulageait grandement.
Elizabeth petit-déjeunait avec Mickaël non loin et discutaient à voix basse, ne démontrant leur relation que de manière discrète par des mains qui se frôlaient ou bien encore lorsque la jeune fille lovait sa tête dans le cou de son petit ami. Virginia, assez proche d'eux mais séparée de deux places faisait son possible pour les ignorer, toute concentrée dans ce qu'elle mangeait; mais William, qui avait levé la tête de son papier et jetait un œil vers cette scène devenue quotidienne, remarquait sans peine que l'adolescente était peinée par cette séparation de leur groupe, si uni et soudé jusqu'alors.
L'Aiglon prit les devants pour une fois et lorsqu'il se leva après avoir terminé d'avaler son bol de muesli et celui de thé, s'arrêta au niveau de Virginia, posa sa main brièvement sur son épaule et se pencha vers elle.
- Quoi, s'exclama-t-elle, en se retournant de manière brusque, ne lui cachant pas qu'elle était encore en colère contre lui, cependant son air buté s'affaissa un peu lorsqu'elle nota le semblant d'apaisement sur le visage de son camarade.
- Je tenais seulement à te présenter mes sincères excuses quant à mon indifférence, chuchota William.
De quoi encore plus déstabiliser la jeune fille qui ne s'y était pas préparée du tout, au vu de l'hésitation flagrante qui la prit d'un coup.
- Je… Tu… Mais ça va, Will, bégaya-t-elle. C'est…
- Ben, non, ça ne va pas, répliqua son interlocuteur, posant une simple vérité. Je trouve ça débile qu'on s'est tous pris le chou alors que Lili est en couple. Au fond, il n'y a rien de mal à cela, et ce n'était pas comme si elle n'avait pas tenté de nous parler, à l'un comme à l'autre.
- Attends, dit-elle alors qu'elle pivotait, mettant ses jambes de l'autre côté du banc pour le mirer avec plus de facilité. Ne me dis pas qu'elle…
L'adolescent sourit face au ton employé par sa camarade, monté dans les aigus, illustrant qu'elle ne digérait pas d'être un peu, beaucoup, délaissée par son amie.
- Cela lui a fait beaucoup de peine la manière dont tu as réagi, et même Pitt se sent mal par rapport à la situation, énonça William posément. Lili a vraiment fait des efforts, sauf que tu as préféré la snober et j'ai préféré jouer la carte du gars sombre et solitaire – un peu à la Snape quoi, termina-t-il sur une note d'humour.
L'Aiglon jeta un œil du côté de la table professorale et sut sans forcer que l'enseignant avait compris qu'il avait parlé de lui. Rien ne lui échappait. A croire qu'il était doté de pouvoirs surnaturels, pour ce qui était surnaturel chez les sorciers. Néanmoins, l'adolescent ne se laissa pas démonter par le regard dur que lui lançait le Maître de Potions, car il n'avait rien dit de bien méchant, juste une certaine vérité – et grand tort lui en ferait si le jeune homme niait sa propre personnalité, parce que ce serait renier sa propre identité. Puis, il retourna son attention sur Virginia qui affichait un air désolé et blessé à la fois, la tête baissée, les mains jointes. Il avait dû la toucher par ses mots. Qu'ils ne redeviennent pas ce trio particulier, soit, il l'acceptait. Il avait fini par accepter. Rien de bien compliqué, dans la mesure où l'être humain évoluait, ceci étant inscrit dans sa nature. Or, il n'imaginait les deux filles se tenir à distance dans une forme de guerre froide relationnelle, tout cela à cause d'un pauvre et malheureux garçon qui avait enfin osé faire savoir ses sentiments à l'une d'elles – et surtout que Pitt n'avait rien de répréhensible et était plutôt sympathique. Franchement, que demande de mieux le peuple? Une menace de lancers de missiles de la part des deux camps, pour rester dans la métaphore de l'histoire mondiale des années soixante?
La Baie des Cochons. Oh, soupira intérieurement William, parasité par ses connaissances. Ce n'était pas le moment.
- Je vais voir ce que je peux faire, murmura Virginia d'une petite voix.
L'adolescent sourit à nouveau, lui pressa le bras et quitta la Grande Salle. Une fois en train de monter les marches, il prit du recul par rapport à sa propre attitude. Quelle mouche l'avait donc piqué? Il secoua la tête, à moitié amusé. Alors qu'il aurait pu, par la force de l'habitude de ces dernières années, n'être qu'englouti dans son angoisse permanente, tourné vers lui-même, il paraissait être un peu plus serein quant à son avenir proche et lointain, et se souciait du bien-être d'autrui. Tout cela parce que… s'il se plante, tant pis. Il aura essayé.
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- J'ai pu voir que vous avez commencé à remplir des papiers, monsieur Melbourne, dit Flitwick alors qu'il servait l'adolescent et lui-même du thé dans son bureau.
- Oui, monsieur, lui répondit William laconiquement, tenant un porte-vue dans lequel il avait rangé tout le courrier qu'il avait reçu du Ministère de l'Education, posé sur ses genoux.
- Comment vous sentez-vous à quatre mois des épreuves, demanda son Directeur d'un ton concerné, une tasse qui avait lévité maintenant devant l'Aiglon, des vapeurs de l'eau chaude infusée s'en échappant par légers volutes.
L'adolescent haussa les épaules. Il n'arrivait pas à s'expliquer comment il en était venu à être assez détaché désormais alors que quelques jours auparavant encore, l'angoisse le saisissait tout entier, lui faisant perdre ses moyens. Le professeur de Charmes le fixait avec attention et avait noté le changement jusque dans la posture de sa charge assise devant lui. Bien que la fatigue, le stress et les conséquences de ces derniers mois se lisaient sur son visage en ce jour, l'adulte remarquait également une sorte de sérénité, aspect purement nouveau chez Melbourne.
- Si vous me permettez, je vous trouve plus… calme, plus posé, pondéra le Directeur des Ravenclaw après avoir bu une gorgée de son thé. Alors qu'il y a encore quelques semaines à peine, le professeur Snape m'a transmis ses inquiétudes, fondées, à votre propos.
- Je crois que… ce qu'il m'a dit m'a… réveillé, un peu, murmura William, un sourire en coin.
Son enseignant hocha la tête en silence et méditait ces menues paroles. Bien qu'il était ravi et soulagé que l'adolescent semblait aller mieux, il attendait de se prononcer, préférant observer cela sur les quelques mois à suivre, car rien ne laissait indiquer que l'approche inexorable des examens ne ferait pas rechuter son humeur – et autant l'admettre, il était on ne peut plus surpris par la tournure des choses, surtout venant de la part de Melbourne, hélas connu pour être un jeune homme en proie à ce qui le hantait. Néanmoins, Flitwick esquissa un sourire le plus chaleureux dont il était capable, déjà pour encourager ce revirement chez son protégé, ensuite pour le soutenir dans son évolution psychologique. Certes, il ne savait pas du tout comment s'y était pris son collègue pour être parvenu à secouer dans le sens positif du terme l'Aiglon, cependant le résultat, encore prématuré et spontané, était cependant sans équivoque. Alors que les autres professeurs et lui-même s'étaient heurtés à divers échecs dans leur entreprise, voilà qu'un ex Death Eater qui enseignait ici pour sa troisième année avait réussi là où eux tous s'étaient tout simplement ratés. C'était à la fois inespéré, soulageant et un peu frustrant; tant qu'à y être, il ne fallait pas qu'il renie toutes les émotions qu'il ressentait.
- Si mon collègue vous a aidé d'une manière comme d'une autre, sachez que j'en suis heureux, dit-il d'un ton neutre, en se disant qu'il aurait malgré tout besoin de consulter ledit collègue pour savoir ce qu'il lui avait dit, car il n'était pas connu pour sa finesse et son empathie quand même. Bien, passons aux motifs de votre convocation ici, poursuivit-il tandis qu'il quittait son fauteuil pour fouiller dans l'armoire derrière lui pour s'emparer du dossier dont il avait besoin avant de revenir à sa place. L'équipe directoriale s'est accordée à vous laisser partir plus tôt pour que vous passiez vos autres examens, sans retour au domaine, après consultation du Department of Magical Education. Ils nous ont envoyé les papiers nécessaires à remplir et signer pour le côté légal, dit-il en tendant à William le dossier par dessus le bureau et pendant que ce dernier l'ouvrit et le compulsa en diagonale, il ajouta: dans la mesure du possible, ce serait bien que vous me le rendiez d'ici la fin de la semaine, comme cela nous l'enverrons sur-le-champ et ils l'auront lundi matin pour le tamponner et le classer.
Voilà le premier privilège de la majorité, songeait l'Aiglon: nul besoin de dépendre d'un référent ou d'un tuteur. Le dossier serait bouclé plus vite que s'il avait eu moins de dix-sept ans, quelques étapes supplémentaires dans les parties de responsabilité contraignant la paperasse. Enfin, sur un tout autre domaine, il devra leur fournir des copies qui attestaient de sa demande à partir prématurément. Les sorciers auront donc droit à des papiers Muggles, pensait-il en souriant intérieurement. Il n'y avait plus qu'à réussir pour justifier cette largesse, histoire qu'ils ne se sentent pas lésés, bien que cette raison supplémentaire n'avait besoin de le stimuler davantage dans le succès de son projet de vie.
- Très bien, monsieur, dit William sobrement, scellant par là son accord à aller le plus vite possible, comme demandé.
- Comment se passent vos révisions, d'ailleurs, questionna Flitwick.
- Les mathématiques me posent un peu problème dès lors que l'on passe à des domaines moins concrets, finit par lui répondre l'adolescent après quelques secondes de considération. Mais je compte compenser dans les autres épreuves pour remonter la note potentiellement faible si je ne réussis pas.
- Quelles sont les autres épreuves? Je ne sais pas sur quoi on teste les Muggles, je l'avoue, concéda le professeur de Charmes.
- Oh, des matières dites principales, balaya William. Anglais, littérature, chimie, sciences naturelles, histoire, géographie, sport, langue étrangère – j'ai pris allemand…
- Vous parlez allemand, s'étonna le Directeur des Ravenclaw. Déjà que vous nous avez montré des aptitudes en gaélique Ecossais…
L'Aiglon haussa les épaules. Il baragouinait à peine quelques mots en gaélique, rien de bien impressionnant.
- Bon, eh bien, je vous souhaite bon courage et une bonne continuation pour vos révisions, termina l'enseignant en se levant et raccompagnant sa charge jusqu'à la porte. N'hésitez pas à me consulter pour n'importe quelle question d'ordre administratif ou en fonction de vos cours – d'ici, j'entends. Malheureusement, personne ne peut vous aider pour le reste.
- Oh, j'ai fini par l'intégrer, sourit William. Bonne journée, monsieur.
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Qui disait Saint Valentin disait sortie à Hogsmeade. Alors que les amoureux allaient profiter de cette journée pour la passer ensemble en roucoulant tout leur soul, les célibataires cherchaient pour la plupart un ou une partenaire, sans doute poussés par la pression de cette fête quelque peu surfaite. Et il y avait les éternels endurcis qui n'en avaient cure de tout cela.
Cette période cruciale donnait matière à suer mais aussi à sévir pour Severus Snape car une recrudescence de certaines potions circulant sous le manteau battait son plein… et, comment dire, il parvenait à en attraper sur le fait, ce qui satisfaisait son plaisir absolu qui était de coller des dunderheads à tours de bras, en justifiant le côté dangereux d'une telle entreprise, corroborant l'éthique du métier d'enseignant, sans compter qu'une bonne majorité des élèves était mineure. De plus, il avait profité lors de la semaine précédant cette fameuse Saint Valentin pour seriner les méfaits des potions d'amour, qui provoquaient des sentiments amoureux factices, non seulement parce qu'ils violaient l'intégrité de la personne, mais en plus n'apportaient que désolation – presque pourrait-on parler de drogue du violeur. De quoi glacer les sangs de tous les professeurs dans ce château.
- Je serais vous, je jetterais ces chocolats, siffla-t-il alors que William était venu en cours avec ce paquet somme toute innocent au premier abord – encore des admirateurs secrets qui cherchaient à sortir avec lui par tous les moyens, tout cela à cause de ses orbes azur.
- Je tenais seulement à les utiliser comme cobayes pour le test général de contre-poison, monsieur, murmura l'adolescent d'un ton plat. Sauf si vous souhaitez que nous utilisions autre chose comme matière à analyser?
- Une chose que je vous rappelle grandement: le test change un peu car c'est de la nourriture, abandonna le Maître de Potions, à la fois irrité et blasé – de tels cadeaux le dépassant simplement.
- Si on peu appeler ces… cailloux… de nourriture, marmonna l'Aiglon qui avait défait l'emballage puis ouvert la boîte en carton, les chocolats paraissant au grand jour. Oh, tiens, en plus j'ai droit à un mot, ajouta-t-il clairement amusé en ramassant une carte qui était tombée en cours de route. Pfff, de la poésie qui n'atteint pas la cheville de Keats, marmonna-t-il après une lecture rapide du mot qui lui était adressé.
- Maintenant, monsieur Melbourne se permet d'être un critique littéraire, se moqua le Corbeau, les bras croisés.
- Cela manque cruellement de mise en forme, le contredit William. Pas de rime, pas de rythme, aucune strophe… Ah, eh bien, il faudrait que nous fassions apprendre à ces chères personnes ce qu'est le Sonnet Shakespearien, ou bien encore l'iambe pentamètre.
- Vous êtes au fait que le blank verse existe, n'est-ce pas?
L'adolescent jeta un œil vers son enseignant, étonné, mais il ne devrait plus l'être depuis le temps qu'il entendait de temps en temps son professeur soumettre quelque connaissance typique Muggle. Il haussa les épaules, et vit partir Snape vers la porte d'entrée pour accueillir les autres élèves qui arrivaient de la Grande Salle pour le début du cours.
- Aujourd'hui, vous allez mettre en pratique l'analyse d'éléments suspects dans le cadre de la procédure anti-poison, débita le Corbeau de sa voix la plus doucereuse, debout sur l'estrade. Il est nécessaire, en tant que potioniste, de connaître autant les différents poisons que les contre-poisons, car nul doute que même lors d'une situation qui semble tout à fait banale, comme Melbourne qui a reçu des chocolats pour la Saint Valentin, l'on ne sait clairement quel est le but de la personne qui les lui a offerts.
Les étudiants avaient, très brièvement, ricané, cependant comme leur enseignant demeurait très sérieux, ils s'étaient arrêtés d'eux-même sur-le-champ.
- J'ai été surpris de la quantité d'informations que vous m'avez soumise lors du devoir que je vous ai demandé en fin de semaine dernière, or vous remarquerez par vous-même en lisant mes commentaires qu'il vous manque encore quelques éléments, ce qui est impardonnable dans ce domaine. Les procédures en tel cas ne sont pas à prendre à la légère et tablent sur plusieurs tableaux, que vous devez connaître par coeur, insista-t-il beaucoup sur le devoir.
La distribution des devoirs se fit dans le silence, poursuivi quelques minutes de plus le temps que chaque élève prenne connaissance des dites remarques sur leur copie. Ensuite, la pratique fut mise en place et tout un chacun devait monter son contre-poison avant de le tester sur quelque chose qu'ils avaient dû apporter. Au bout d'une heure et demi, William puisa dans son chaudron la dose contenue dans une pipette et fit tomber quelques gouttes sur l'un des cailloux qu'il avait reçu. Ce dernier dégagea bientôt un panache de fumée violet et un trou qu'il ne pensait pas capable d'être créé par la dureté apparente de la sucrerie se forma pile là où les gouttes étaient tombées.
- A votre avis, la réaction de votre contre-poison indique quoi, demanda le Maître de Potions qui passait à côté de lui.
- Love Potion, murmura l'Aiglon qui écrivait sur son rouleau de parchemin ce qu'il venait d'observer. De toute façon, le chocolat émet un parfum étrange pour n'être que du chocolat. C'est subtil mais…, fit-il en humant un des rocs, je ne me trompe pas en affirmant cela. Par contre, d'un: je ne peux déterminer le temps que durerait cette potion, de deux: je n'ai pas les outils nécessaires pour déterminer de la réussite de réalisation de ladite potion. Dans le doute, il vaut mieux se balader avec un bezoard sur soi ou, mieux, être complètement parano et ne jamais manger et boire ce qu'on nous offre systématiquement – ce qui risque d'être compromettant dans cette école, car on ne mange que ce que les Elfes nous préparent. Tiens, ça me fait penser à une chose, y a t-il eu des cas d'empoisonnement dans l'établissement, demanda William en fixant son professeur de son azur déstabilisant.
- Fut-ce ne serait-ce que mentionné dans Hogwarts: A History, questionna en retour le Corbeau, pince-sans-rire, les lèvres pincées ne formant plus qu'une ligne fine et blanche.
- Je concède ne pas l'avoir lu dans le but de rechercher ce genre d'information, hésita l'Aiglon.
- Croyez-vous vraiment qu'on laisserait ce genre d'informations circuler parmi des esprits, certes, peu brillants, qui manquent cruellement d'imagination, mais qui seraient capables de produire des blagues douteuses, cingla Snape.
L'adolescent haussa les épaules, en admettant qu'il marquait un point. Par la suite, le Maître de Potions poursuivit sa ronde, délaissant Melbourne qui complétait son compte-rendu.
Bizarrement, depuis les tests de contre-poison, les septièmes années n'eurent aucune déconvenue quant à des chocolats potentiellement drogués à la Love Potion, le contenu de leur cours s'étant répandu comme Floo Powder. Ils purent de ce fait respirer un peu mieux que leurs congénères plus jeunes jusqu'au fameux week-end qui les attendait. Cependant, plus les jours passaient, plus William broyait du noir, quitte à ce qu'il demande de lui-même à chacun de ses enseignants de le coller le samedi entier pour en échapper. Il n'eut droit qu'à des étonnements, des remarques critiques, même des piques moqueuses d'une certaine chauve-souris des cachots.
- Votre lèse n'atteint pas son pareil, monsieur Melbourne. Vous crevez même le plafond, si je me permets cette familiarité. C'est bien la première fois de toute l'histoire de Hogwarts qu'un de ses élèves quémande des retenues. Non, alors je préfère vous infliger la punition de subir la sortie à Hogsmeade, conclut le Maître de Potions, un sourire narquois sur ses lèvres.
Tant pis, il aura essayé; et avec le recul, il avait même estimé qu'il n'avait laissé exprimer que son désespoir le plus ridicule. En quoi cela allait le nuire de se coltiner quelques coeurs, anges volants et des fioritures qui rappelaient à hue et à dia l'amour?
Alors que Filch contrôlait les autorisations de sortie des élèves devant le portail, William se fit apostropher par Pitt qui tenait Elizabeth par la main.
- Ah, alors, t'as pas eu de retenues, Melbourne, taquina l'adolescent. Tu vas faire quoi du coup?
- Profiter de ma liberté tant qu'il est encore temps, répondit du tac-au-tac son camarade, sourire carnassier en prime.
Difficile de trouver son bonheur dans les boutiques quand d'un elles étaient bondées de monde qui roucoulait, de deux lorsqu'elles ne vendaient que des matériels sorciers. William abandonna bientôt ses vagues envies de shopping et s'enfonça dans le coeur du village, loin du tumulte étudiant, fit une halte à la petite fontaine au centre de la place principale, puis s'engouffra dans une ruelle, avant de pénétrer dans l'antre du spécialiste de thé tibétain. Cela faisait très longtemps qu'il ne lui avait pas rendu visite, ces deux dernières années lui ayant tant sapé le moral qu'il avait préféré rester terré dans le château; néanmoins, l'accueil que lui réserva le boutiquier fut digne de celui d'un prince – ou d'un fils prodigue.
- Mon bon William, s'exclama le petit monsieur, qui devait à peine atteindre le torse de l'adolescent, en partie ratatiné sur lui-même par la force de l'âge, toutes ses rides exprimant sa joie immense de le revoir. Comment allez-vous, demanda-t-il ensuite en lui tenant les deux mains des siennes, l'étudiant avec attention.
- Ma foi, je ne me suis pas laissé empoisonner cette semaine, répondit l'Aiglon en haussant les épaules, éludant tout le reste, ne souhaitant pas particulièrement revenir là-dessus.
- Oh donc, cette rumeur selon laquelle il y a divers incidents à cette période de l'année est vraie, murmura le tibétain, comme mystifié. Que voulez-vous pour aujourd'hui?
- Tout, à partir du moment où cela ne sent pas le chocolat, de près comme de loin, murmura William qui s'assit à la première petite table ronde qui lui venait.
L'homme n'avait pas besoin d'amples informations, le jeune client qu'était William faisant partie de ces rares et sensibles amateurs de thé. Il s'éclipsa temporairement en arrière-boutique, le temps pour lui de concocter une boisson faite sur mesure. Le boutiquier avait beau être un sorcier, il préparait le thé autant que possible à la méthode Muggle, puisant son immense inspiration des diverses recettes de ce monde-là, en ayant, bien entendu, une affection toute particulière aux breuvages consommés dans la région du monde dont il était originaire. Jamais l'Aiglon ne lui avait demandé ce qui l'avait poussé à s'exiler jusqu'en Ecosse, dans les Highlands, un endroit perdu, et encore plus perdu que Hogsmeade n'apparaissait sur aucune carte officielle, de par son statut d'être un des seuls villages purement peuplés de sorciers. Bientôt, il revint vers l'adolescent avec un petit service à thé et le posa devant lui avant de s'asseoir face à son seul client de la journée – pour le moment. L'un de leur jeu favori était de faire deviner la composition du thé, le tibétain vite devenu admiratif du nez de William. Ce dernier retira le couvercle de la théière pour humer les fragrances qui en émanaient.
- Base de thé vert… Orange, cannelle, et… c'est moi où vous avez ajouté du poivre comme exhausteur de goût?
Le vieil homme sourit à pleines dents et applaudit, ravi, et lui confirma ce que l'adolescent avait deviné, en lui affirmant qu'il se permettait de tels mélanges car il n'était pas rebuté du tout à des saveurs qui sortaient un peu des sentiers battus. Il en avait pris note depuis le jour où il lui avait préparé une boisson contenant du sisymbre, cette plante donnant une saveur moutardée, quelque peu étonnante dans l'art du thé. L'Aiglon testa la boisson faite pour lui et comme d'habitude, les différents ingrédients étaient soigneusement sélectionnés et subtilement dosés pour ne pas se masquer mutuellement et rendre le thé imbuvable.
Cela faisait tellement de temps…! William avait presque oublié le bien que lui procuraient ces visites chez le tibétain, l'un des seuls lieux sur Terre qui lui servait de bulle de décompression, où il pouvait respirer et se détendre. Les horreurs du règne de Voldemort avaient également impacté les habitants de Hogsmeade, le boutiquier avait dû fermer sa boutique tout ce temps et se terrer nul ne savait où, car même s'il était d'une noble lignée, il était néanmoins un étranger, une autre nature de menace pour la purification de la race britannique, les origines mêlées exclues de facto – l'un des aspects de l'idéologie du Mage Noir presque inconnue du commun des mortels. Cependant, en suivant la logique de ne pas brasser les races d'êtres vivants, en la poussant jusqu'au bout, cela concernait tout autant les nationalités, tout comme cela fut le cas avec un certain Adolf, qui avait pris soin de ne pas voir les origines ethniques et religieuses se croiser. Du côté sorcier, en terme de croyance spirituelle, la question ne se posait pas. Au mieux l'on était tel un athée du point de vue Muggle, au pire l'on penchait vers tout ce qui tournait aux astres et à la divination, ces deux disciplines sorcières pour la plupart décriées de base par la population. Il n'y avait eu nul besoin de se soucier de ce domaine-là pour le seigneur des ténèbres et ses thuriféraires les Death Eaters.
Soit, que les sorciers fêtent une célébration typique Muggle qu'était Noël contredisait tout cela, pour des gens Pure-Blood qui prenaient soin à porter avec eux ces idéaux surfaits et vieillots, il était étrange que nul n'avait entrepris quoi que ce soit pour faire cesser ce genre de pratique. Il n'y avait eu que pour le moyen de locomotion qui transportait tous les étudiants de Hogwarts qui avait vu ses jours menacés à plusieurs reprises, depuis l'apparition des chemins de fer en Grande-Bretagne dans le courant du dix-neuvième siècle. Sans doute les sorciers trouvaient Noël exotique au point que cela était attractif et ils avaient laissé tout le symbolisme religieux de côté, n'ayant gardé que les décorations et l'idée des cadeaux à se distribuer entre membres de famille et amis. Puis, comme une certaine tradition d'origine Indienne, et quelques îles du Pacifique, s'offrir des cadeaux avait aussi une valeur politique. De quoi soustraire ce qu'on souhaitait obtenir d'autrui, faciliter les échanges et négociations, voire corrompre des pays entiers dès lors qu'on flattait les egos quand il le fallait pour parvenir à nos fins.
Le tibétain avait, malheureusement pour lui, toujours fait savoir qu'il empruntait au bouddhisme Muggle dans sa manière de concevoir le monde et de vivre son quotidien. Malgré son absence durant plus de dix ans, il s'était tenu informé de ce qui se déroulait sur le sol britannique, ce qui l'avait induit à avoir beaucoup d'empathie envers les anciens ennemis de Voldemort, et cela concernait notamment les Muggleborn tels que William. Le gamin d'alors, dès lors qu'il avait eu l'autorisation de venir à Hogsmeade, s'était égaré dans sa boutique, comme si elle lui avait tenu le rôle de phare tandis qu'il était à deux doigts de la noyade à cause des conséquences de la guerre qui faisaient ravage comme une tempête virulente en mer. Oh, bien sûr qu'il ne savait pas tout de l'enfant, or il avait deviné que quelque chose ne tournait pas rond chez lui, à savoir rien qu'en observant l'écho dissonant de son essence magique d'avec ses chakras. Et depuis cette première visite, il s'attelait à rééquilibrer les deux du mieux que ses compétences pouvaient le lui permettre. Cela, et son aptitude olfactive rare avaient sans doute poussé le boutiquier à le prendre sous son aile, autant qu'il en était capable, tissant avec lui un certain lien affectif.
En ce jour, alors qu'il avait agréablement noté une amélioration là-dessus chez l'Aiglon, il ressentait malgré tout un déséquilibre encore présent chez l'adolescent – et sans doute n'en avait-il pas conscience. Le vieil homme espérait néanmoins que son jeune client finisse par être apaisé pour de bon. Personne ne méritait de souffrir de la sorte jusqu'à la fin des temps. Personne.
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Avant le début des examens, William s'astreignit à un autre domaine tout aussi stressant: celui d'obtenir son permis de Transplanage. Encore mineur l'an passé, il dut suivre à nouveau les cours organisés chaque année à Hogwarts, tenus dans la Grande Salle, le seul lieu duquel le Directeur avait levé quelques barrières de sécurité et de protection le temps que ses élèves apprenaient avec les personnes déléguées par le Ministère qui le leur enseignaient. Les fameux trois D furent serinés de longue, au point que l'adolescent affichait un air encore plus buté qu'à cause du simple fait de devoir disparaître et reparaître, parce que comme tous les autres moyens de locomotion et les cours de vol en première année, il avait une sainte horreur de cela. Il y avait de quoi juger cela ridicule dans le sens où on ne leur demandait que de se déplacer l'équivalent d'un pas, ou un pas et demi, entre se tenir à l'extérieur d'un cerceau et de s'y tenir dans ses limites la seconde d'après; or, ce n'était pas marcher, et Gumbling Gargoyles, l'Aiglon aimait trop sentir le sol sous ses pieds. L'écrasante majorité des sixièmes années concentrée, il n'eut aucun commentaire, la plupart échouant les premières leçons, non pas pour la même raison que lui, cependant, l'on ne se moquait pas trop des uns et des autres dans ce domaine-là – soit, c'était sans doute parce qu'ils étaient trop vieux pour rigoler bêtement comme des premières années sous la houlette de Mrs Hooch.
Encore une fois, William s'interrogeait sur l'utilité d'une telle aptitude, très bien accommodé des transports urbains Muggles plus lents, mais plus sûrs et connus de sa phobie qui faisaient qu'il s'en était accoutumé. Etonnament, ce fut Asquith qui lui fournit la stimulation nécessaire, lors d'un cours de Défense: à chaque fin de leçon de Transplanage, les professionnels donnaient un compte-rendu de leur déroulé et le contenu de ces compte-rendus se répandant comme Floo Powder en salle des professeurs, tout un chacun était au fait de l'évolution de chacun des élèves. L'enseignant ex diplomate avait donc su très vite les difficultés évidentes éprouvées par le protégé de Flitwick, alors il profita de la fin de sa classe un lundi midi pour en parler avec lui. Comment dire, l'adolescent se montra très fermé et très récalcitrant à l'idée de parler de Transplanage, cependant il laissa parler Asquith par pure politesse – cela se voyait comme le nez au milieu d'une figure.
- Transplaner peut sauver votre vie, comme celle d'autres personnes si vous exécutez le Transplanage d'escorte, dit l'enseignant sans ambages. Reprenez tous les cas de situations que nous avons étudiés depuis le début de l'année et imaginez d'autres alternatives si l'une des personnes avait Transplané, si tant est cela tangible et utile dans ladite situation.
Un éclair de compréhension passa dans les orbes de l'Aiglon. Ceci fait, Asquith poursuivit le développement de ce qu'il tenait à lui communiquer.
- Que vous décidiez de ne pas Transplaner dans une routine quotidienne est somme toute concevable. Pleins de sorciers raisonnent comme vous, certes pas pour les mêmes raisons, mais tout un chacun oublie l'essence même de la vie: la vivre. Vous êtes encore un peu jeune ou bien encore pris dans votre propre vision de la vie pour en saisir pleinement le sens, ce que j'estime normal, cependant j'insiste sur ce que je vous dis là. N'apprenez peut-être pas à Transplaner en le prenant comme un moyen de vous déplacer, mais comme un outil indispensable dans le cadre de la Défense. Croyez-moi que cela peut changer la donne sur beaucoup de plans.
Il avait laissé l'adolescent partir et ceci le hanta longtemps, bien des années plus tard encore, néanmoins ceci fut déjà efficace car il réussit l'exercice imposé lors des leçons la fois suivante, sentant où voulait en venir son professeur.
William Melbourne sera de ces sorciers qui Transplanera guère, souvent sous le motif d'une certaine fatigue ou lors de situations urgentes et critiques.
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Juin arriva bien trop vite. La fin de l'année scolaire sonnait son glas, avec cet arrière-goût frustré et nostalgique chez les septièmes années; mais ils furent bientôt engloutis par les épreuves de NEWT pour avoir le temps de soupeser leurs émotions.
Les examens blancs prirent leur ampleur d'utilité aux jours-j lorsqu'ils se frottèrent au degré de difficulté des matières. La plupart des élèves allait en infirmerie après chaque dure journée pour divers maux, William notamment pour calmer ses maux de tête et de poignet droit à cause de la demande de cadence infernale imposée à son cerveau, à ses sens saturés et à sa main. A la fin de la première semaine, Flitwick pénétra dans la salle commune dans le but de jauger l'état général de ses charges, prenant le temps de discuter en tête-à-tête selon le besoin. Cependant, il n'attendit pas que l'Aiglon vienne à lui et il engagea la discussion avec lui, car même s'il allait mieux depuis quelques mois, cela ne signifiait pas pour autant relâcher son attention sur le cas Melbourne; d'autant qu'il devinait sans peine la rude tâche de jongler entre des épreuves effectives et la révision d'autres épreuves qui suivraient les premières avec une vague pause de deux jours de week-end.
- Je crois que je réaliserais que je ne remettrai plus jamais les pieds ici quand je serai à Londres, concéda l'adolescent. Cela me fera bizarre, sans doute… acheva-t-il en haussant les épaules, indiquant par là qu'il ne s'était pas projeté jusque là, ne prenant à bras le corps que chaque jour qui passait – moyen de survie pour lui dans cette période de l'année, comme pour chaque situation particulièrement stressante pour lui.
- Une chose que je me permets de vous dire, car je ne sais si j'aurais le temps de le faire dans les jours à venir, réagit le professeur de Charmes, je pense que vos parents seraient fiers de vous dans tous les cas, que vous réussissiez ou échouiez.
Dans un premier temps, William ne voulait pas l'entendre, parce qu'il n'aimait pas ce genre de phrases toutes faites, sans doute estimait-il qu'il était impossible de deviner ce que ses parents songeraient puisqu'ils étaient morts, or il finit par acquiescer en lenteur.
- Ils ne m'ont jamais demandé à choisir entre… le monde d'où je viens et le monde dans lequel je suis, pondéra-t-il, prudent.
- Où ferez-vous vos études supérieures Muggles, demanda ensuite son Directeur après quelques secondes de silence méditatif – ses parents avaient dû être des gens charmants, vraiment, considéra-t-il dans son esprit.
- Heu… Je ne sais pas, avoua William. Je n'ai candidaté à aucune faculté en janvier.
- Oh, pourquoi donc, s'étonna le professeur de Charmes.
- Cela me stresse pas mal, je crois, répondit sa charge en s'humectant les lèvres, hésitant. Je pensais ne pas mener les deux de front, je veux dire les études Muggles et sorcières, parce que les deux demandent de s'y dédier entièrement…
- Je vois, oui, appuya Flitwick avec un geste de la main. C'est plutôt réfléchi comme raisonnement.
- Donc, j'attendrai que ma situation soit stable avant de me pencher sur les études Muggles.
Ce que comprenait son enseignant était que Melbourne privilégiait pour un temps son statut de sorcier. Surprenant de la part d'une personne fière de ses racines Muggles, complètement contraire à tous ses faits et gestes connus jusqu'ici. Lui qui croyait, à tort visiblement, que sa charge ferait la part belle à ses études Muggles – vu, notamment, avec quelle ardeur il entreprenait ses révisions malgré sa fatigue accumulée et l'angoisse des NEWT qui retombait un peu chaque soir.
Au-delà même de cette fierté, l'Aiglon avait pris le temps de réfléchir: ses études supérieures sorcières seraient plus à même de lui faire déboucher sur un métier concret, alors que celles qu'il envisageait du côté Muggle seraient surtout de l'ordre du plaisir et de la satisfaction personnels et pas sûr qu'il ait un vrai travail derrière, parce qu'au fond, il ne savait pas quoi faire le jour où il serait titulaire d'une maîtrise en histoire du dix-neuvième siècle britannique. Cela lui avait fait beaucoup de peine de devoir choisir entre les deux, de prioriser les unes par rapport aux autres, cependant il devait rester lucide et réaliste. Puis, il avait connaissance qu'il pouvait entamer ses études n'importe quand chez les Muggles, alors que pour les sorciers il n'en était pas certain. Autant ne pas prendre de risques insensés dans le doute. Il lâcha néanmoins un soupir à rendre l'âme devant son Directeur de Maison, ce qui n'échappa pas du tout à ce dernier, qui fronça les sourcils et l'interrogea en silence.
- C'est difficile pour moi de devoir faire de tels choix, car si cela ne tenait qu'à moi, je quitterais le monde sorcier, comme si cette parenthèse de sept ans n'avait jamais existé, or ce serait insulter et nier ce que je suis, car, quoique j'en pense, je suis sorcier et Muggle. Et… autant cela me porte peine, autant nous sommes à une période charnière de l'histoire sorcière: des gens se sont battus pour leur liberté, pour leur intégrité, pour être acceptés et toléré, alors si c'est pour que je porte atteinte à leur mémoire… Non, je ne me vois pas faire ça alors… qu'il y a eu des tas de morts, termina-t-il dans un souffle, le regard perdu au loin. Et ce serait insulter le meurtre de mes parents aussi…
Flitwick put concevoir avec clarté le fil de son raisonnement. Il hocha de la tête, garda le silence, car que dire face à de telles paroles, pour de vrai? Melbourne avait pointé du doigt toutes les conséquences du règne de Voldemort et la fin de celui-ci. Sa clairvoyance et sa maturité détonaient grandement, secouaient même. A dix-sept ans, ce tout jeune adulte avait saisi les tenants et aboutissants politiques et sociaux actuels de sa communauté. Il avait beau être 'idiot' et 'rêveur', et encore 'mou', comme l'aimait à décrire un certain Snape, or derrière ce flegme marquant se cachait un être intelligent et observateur. Ne jamais se fier aux apparences – et ne pas se laisser avoir par ces orbes azur, conclut le professeur de Charmes dans sa tête, à la fois nostalgique et amer. Cet Aiglon là s'envolait déjà. Il partirait dans une semaine de manière définitive. Que deviendra-t-il une fois sorti de Hogwarts? Et cela, il ne s'en rendit compte qu'à cet instant, lui portait grand souci, car il s'était beaucoup inquiété pour l'adolescent toute sa scolarité durant, avait fini par s'attacher à lui d'une manière comme d'une autre, et le cadre de vie de Melbourne laissait place à pas mal de questionnements – même si tous les papiers administratifs en lien avec le Ministère avaient pu être bouclés en temps et en heure, ce qui permettrait au garçon assis devant lui de s'installer dans son appartement et de commencer un petit travail étudiant dès qu'il en aura fini avec tous ses examens. Cela était soulageant pour tous les enseignants ici, qui prenaient grand soin à s'en préoccuper, avec tous les orphelins et laissés pour compte provoqués par la guerre qui étudiaient entre ces quatre murs.
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Une demi-heure avant leur arrivée effective en gare de Hogsmeade, William ouvrit son sac à nouveau pour mettre sa robe de sorcier par dessus sa chemise à carreaux bleu-foncé dont les formes géométriques étaient soulignées de gris. En plus, il portait un pantalon de lin noir. Ses parents n'avaient pas réussi à lui retirer ses baskets. Au moins étaient-elles assez correctes. Puis, le train amorça son lent freinage, qui passa d'abord par un ralentissement de vitesse avant que les lourds disques à propos ne se mettent au travail. Quelques secousses ponctuèrent la fin du voyage et la locomotive s'arrêta. D'expérience, William attendit un peu avant de sortir, tout le monde pressé de sortir, tous englués aux portes de chaque wagon. La nuit était tombée et l'air était en effet plus frais et humide qu'à Londres. Le garçon n'eut pas tant le loisir de mirer autour de lui, car bien vite, une voix grave et portée criait «Les premières années, par ici! Les premières années!». Il suivit le mouvement de masse et fut surpris de voir qui tenait la lanterne immense: un demi-Géant à la chevelure hirsute et la barbe tout aussi fournie les réceptionnait tous avant qu'ils n'aillent jusqu'aux berges d'un lac qui semblait sans fin, noir comme de l'encre, et où des barques munies d'une lanterne sur leurs proues les attendaient. Les élèves se séparèrent en groupes de quatre et dès que le dernier venait de s'asseoir, elles s'élancèrent à une vitesse respectable pour, paraissait-il, traverser le lac. Le fait qu'elles avaient l'air d'être mues par une capacité d'autonomie perturbait William. Cela devait être du ressort de la magie, se dit-il, alors que toutes ses connaissances de la physique en prenaient un coup. Bien entendu, il n'avait pas de notions poussées dans ce domaine, cependant il avait les bases concernant la gravité par exemple. Ce sujet contrariant fut balayé d'un coup lorsqu'apparut le château en ombre chinoise à l'horizon, des dizaines et dizaines de minuscules points jaunes ici et là l'en perçant, qui s'agrandissaient à mesure qu'ils s'approchaient. La phrase la magie opère prenait tout son sens à ce moment où tous les jeunes sans exception murmurèrent des «oh!» et des «ah!» empreints d'émerveillement. Ils étaient conquis.
La berge atteinte, les premières années durent traverser un immense parc à dénivelés divers et agrémenté de pierres érigées, d'escaliers en tuiles plates, lorsque ce n'était pas de l'herbe verte ondoyante. Le domaine était d'une taille conséquente. William abandonna l'idée d'en connaître les limites en jetant des regards circulaires. Ensuite, ils montèrent les marches du perron, passèrent sous des voûtes arc-boutées, la couleur principale étant un blanc cassé, vieilli. Le garçon tentait de deviner de quel siècle appartenait cette architecture unique, cependant, il laissa tomber là aussi, se promettant de rechercher l'information dans un livre plus tard. Les portes de bois massif hautes de plusieurs mètres s'ouvrirent à leur passage. Rien que le Hall était vertigineux par ses dimensions. William ouït un autre dire que c'était assez grand pour que des Géants puissent se promener avec aise, presque des dragons après considération. Le sol était pavé, des torches installées aux murs brûlant de belles flammes leur permettaient de voir autour d'eux, des escaliers par dizaines se tenaient au dessus de leurs têtes et... Mais ils bougeaient, réalisa soudain l'enfant, les orbes écarquillés. Il n'eut pas le temps de s'attarder de la découverte de ce phénomène, car le demi-Géant les pressait à monter une première volée de marches avant de s'arrêter, marmonner quelques mots que William ne put entendre et de les abandonner là. Que faire, alors? Les hypothèses allaient bon train à droite et à gauche, les spéculations sur la Répartition traversant les rangs des nouveaux. Les hypothèses allaient bon train avant qu'une dame apparut et se racla la gorge pour attirer leur attention. Cette femme était accoutrée d'une longue robe verte aux plis souples et élégants, par dessus laquelle elle portait des sur-robes aux motifs écossais. Sur son chignon noir, tiré avec soin, elle avait un chapeau de sorcière noir à large bords. Son visage était l'incarnation de la sévérité. Ses traits étaient fins, quelques rides autour de ses yeux perçants de derrière ses lunettes carrées et d'autres parcouraient les marques d'expression. Ses lèvres fines étaient pincées. Elle était assez grande et mince. Ses doigts étaient longs et pianotaient la rambarde de l'escalier à portée et elle observait la masse d'élèves devant elle, juchée en hauteur par rapport à eux qui occupaient l'escalier sous elle. De son autre main, elle tenait un rouleau de parchemin. Son apparence et sa domination physique asseyaient son autorité naturelle. Aussitôt, les conversations moururent. Elle les mena dans un premier temps dans une salle assez étroite qui était jouxtée à une autre d'où émanaient des bruits de conversations, là où se tenait sans doute le reste de l'école.
- Bienvenue à Hogwarts. La Répartition aura lieu dans la Grande Salle. Vous serez répartis parmi l'une des quatre Maisons: Gryffindor, Slytherin, Ravenclaw et Hufflepuff, dit-elle en prenant une pause soigneusement étudiée entre chaque énumération sans les lâcher des yeux. Votre Maison sera comme votre famille tout au long de vos sept années ici. Si vous respectez le règlement et faites preuve de bons gestes, vous ferez gagner des points à votre Maison. Toute infraction ou mauvais comportement vous en fera perdre, elle se tut quelques secondes et lança un regard circulaire pour insister sur ses propos qui, elle espérait, intégraient leurs cerveaux. Bien, suivez-moi.
Elle pivota et commença à avancer, les petits nouveaux suivant la manœuvre. Ils se trouvèrent devant un double-battant tout aussi imposant, qui s'ouvrit devant eux et ils purent pénétrer dans la Grande Salle. Cette pièce avait un plafond très haut, impossible à percevoir, car le temps du dehors était reproduit à l'identique ici, conféré par un enchantement spectaculaire. Des bougies en lévitation se trouvaient à intervalles réguliers pour illuminer le monde qui s'y trouvait. Tous les autres étudiants étaient assis à quatre tables distinctes les unes des autres. Ils s'étaient tous levés lorsque la dame avait posé un pied dans la salle, précédant une cohorte de premières années éblouis par les lieux mais intimidés par la même occasion. Ils traversèrent la pièce dans sa longueur pour se tenir devant l'estrade où une cinquième table qui faisait face aux quatre autres s'y tenait. La table des enseignants, au vu de leur âge apparent. Les tenues des uns et des autres surprenait William. Il y avait devant eux un tabouret à trois pieds sur lequel un vieux chapeau rapiécé et repris avait été posé. L'objet semblait tout à fait inoffensif, or, très vite, une sorte de déchirure se fit, telle une bouche et le chapeau déclama un poème à l'ensemble des personnes:
En des temps meilleurs, la Répartition ne signifiait pas divisions
Depuis plus de mille ans, je plaçais mes pions
Mais depuis quelques années, certains choix effrayaient
Et tout ce qui faisait essence se perdait
Alors que, par leurs qualités tous réunis
Nous étions forts et guère soumis
Face aux dangers extérieurs et sombres
Il vaut mieux rester en nombres
Prenez garde à ce qui se passe autour de vous
Ou vous risquez de devenir fous
Si vous allez à Gryffondor
Vous rejoindrez les courageux,
Les plus hardis et les plus forts
Sont rassemblés en ce haut lieu.
Si à Poufsouffle vous allez,
Comme eux vous s'rez juste et loyal
Ceux de Poufsouffle aiment travailler
Et leur patience est proverbiale.
Si vous êtes sage et réfléchi
Serdaigle vous accueillera peut-être
Là-bas, ce sont des érudits
Qui ont envie de tout connaître.
Vous finirez à Serpentard
Si vous êtes plutôt malin,
Car ceux-là sont de vrais roublards
Qui parviennent toujours à leurs fins.
A la fin de sa chanson, tout le monde applaudit, mais rien de bien nourri ni de joyeux cependant n'émanait de ce geste, les visages des uns et des autres crispés de tension – ceci n'avait pas échappé à William, qui se demandait ce qui les secouait tant, alors qu'ils semblaient hors d'atteinte de toute forme de danger.
Puis, la femme se positionna à côté, se saisit du chapeau d'une main et tint son rouleau de parchemin de l'autre qui s'était déroulé.
- Lorsque j'appellerai votre nom, vous vous asseyez sur le tabouret et je vous ferai coiffer du Sorting Hat pour vous répartir.
William profita qu'il était plus ou moins au milieu de la liste pour jeter de discrets coups d'oeil autour de lui pour s'imprégner des lieux, les mots du Sorting Hat en arrière pensée. Cela devait travailler quelque uns des jeunes, qui continuaient à s'échanger quelques mots en des murmures pressés tandis que les premiers nouveaux rejoignaient leurs rangs.
- Melbourne, William.
La réalité présente le rappela à l'ordre et ce fut avec une certaine angoisse, les jambes peu sûres et une chape de plomb de stress au ventre que le garçon consentit à s'avancer et s'asseoir sur le tabouret, devant ce parterre de personnes qui le fixaient avec attention. Super, te voilà en spectacle, songea-t-il tandis que le Sorting Hat fut posé sur sa tignasse bouclée et indisciplinée. Bientôt, l'obscurité et le silence l'engloba. Il faillit faire un bon de côté lorsqu'il ouït une petite voix nichée entre ses oreilles.
Hum... Complexe, très complexe, souffla la voix du Sorting Hat, William l'ayant reconnue. Il est intéressant de noter que tu as un esprit en arborescences multiples, mon petit... Beaucoup d'aptitudes et d'intuition... Avec un fort tempérament, semble-t-il, et un cœur immense... Mais, hélas, certains traits qui pourraient être exploités à Gryffindor ne sont pas prédominants chez toi, non pas que tu ne sois téméraire, cependant... Non, non, pas à Gryffindor... Ni Hufflepuff malgré un grand sens de la loyauté qui brille au fond de toi, une loyauté propre chez les personnes que tu estimes seulement. Tu n'aimes pas particulièrement être dompté par qui que ce soit, non plus, ta nature solitaire brillant tant qu'elle me saute presque dessus. Tu ne pourrais exploiter cette soif de connaissances qui rugit en toi... Slytherin? Pourquoi pas, après tout, tu as un esprit assez malin, tu es bien disposé et la Maison des Serpents pourrait satisfaire ton besoin de connaissances... Mais au vu de la période que nous traversons, si je t'envoyais là-bas, je te condamnerais, et soyons honnêtes...Tu ne serais pas à l'aise parmi eux... Tu n'es pas indifférent à ce qui se passe ici, n'est-ce pas? Qu'un des leurs t'en ait mis en garde est assez inattendu, néanmoins, je ne t'exposerai pas à plus de dangers... Il ne reste plus que les Aigles où, je pense, tu pourras t'épanouir... Oui, c'est cela... RAVENCLAW, hurla le Sorting Hat.
Les gens applaudirent tandis que William recouvrit la lumière, les jambes flageolantes. Sa Répartition avait été plus longue que les autres, cela il en était sûr. Il le saisit pleinement au regard profond avec lequel la femme le fixait et, il le sentait, les professeurs qui l'observaient avec grande attention derrière lui, ce qu'il confirma en leur lançant un coup d'oeil. La chape de plomb de stress ne le quittait pas, lorsqu'il crut lire sur eux un étonnement, une expectative et... le vieux sorcier à la longue barbe blanche le dardant de ses orbes bleu perçants de derrière ses lunettes en demi-lunes avec un intérêt certain. Cette même attention aiguë qu'il avait déjà croisé auparavant et le laissait aussi fragile et nu qu'un nouveau-né. Le garçon déglutit avec peine et descendit les marches, pendant que la dame l'y pressait en lui tenant le coude. Il alla à la table des Aigles qui l'applaudissaient avec beaucoup de chaleur et de retenue. Craignant qu'il ne s'écroule par l'angoisse, il s'assit sans ménagements et passa la fin de la Répartition à fixer d'un air absent les rainures de la table en tentant d'enrayer les effets de son émoi.
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Son dernier jour à Hogwarts fut à la fois le plus dense, le plus oppressant, mais aussi le plus nostalgique, car il savait que le lendemain il partirait pour de bon, sans vraiment dire au revoir à tout le monde, encore moins comme tout un chacun qui profiterai du banquet de fin d'année prévu dans deux semaines, après les épreuves des OWLs. William fixait d'un air hagard devant lui alors qu'il était assis sur son lit, les mains jointes posées entre ses jambes légèrement écartées, les pieds ancrés au sol. Le stress ne descendait pas, la frénésie propre aux examens non plus. Son léger mal de tête, plus de l'ordre de l'épuisement physique et émotionnel, tambourinait par à-coups à ses tempes et son front, ses orbes un peu vitreux par la fatigue qui leur était indue et par une légère fièvre qu'il lui arrivait de contracter en de telles périodes denses de réflexion. Le dortoir était plongé dans le silence et une obscurité presque totale, seulement perturbée par la bougie sur sa table de chevet. Une grosse partie de ses camarades de Ravenclaw se trouvaient actuellement en salle commune ou en Grande Salle, les septièmes années savourant enfin leur liberté et célébrant comme il se devait la fin des NEWTs.
William n'avait eu la force de partager cela avec ses condisciples, et comme il avait horreur des au revoir, descendre les rejoindre aurait été une interaction sociale gênante et embarrassante, les autres Aiglons au fait depuis le temps qu'il partait avant tout le monde. Il n'avait par ailleurs guère envie de croiser Elizabeth et Virginia, car qu'importe qu'elles aient eu pensé qu'il n'avait pas tissé des liens aussi forts à leur égard que l'inverse, il n'en demeurait pas moins qu'il éprouvait la nette sensation de tristesse de quitter de bonnes camarades de promo. Il les avait beaucoup estimées, les avait respectées autant qu'il l'avait pu, avait partagé tant de choses, banales comme exceptionnelles, avec elles que la fin inexorable si proche lui déchirait le coeur. Bien qu'il avait assuré à Pitt que les séparations étaient inhérentes à la condition humaine, il ne s'y faisait pas – il ne s'y ferait sans doute jamais. Cela valait également envers la personne de son professeur de Potions. Même si tous deux avaient fini par établir un lien enseignant-élève un peu plus classique dans le courant de l'année, il n'en restait pas moins que leur relation avait toujours été particulière, spéciale, unique. Nul doute que pour parfaire son rôle de professeur intraitable et imbuvable, l'adolescent lui avait donné matière à se perfectionner, mais ni l'un ni l'autre ne l'avouerait ouvertement. C'était de ce genre de choses pudiques et comme tous deux avaient un fort tempérament, le jeune têtu, l'aîné ayant un certain ego à ne pas froisser. Dans tous les cas, le Corbeau et l'Aiglon souffleront dès lors que le dernier partira pour de bon. S'ils viendraient à se croiser à nouveau, leurs rapports seraient totalement différents et ils pourront mieux se gérer et être plus libres dans leurs paroles et leurs gestes, l'éthique de la profession ne pouvant plus les entraver. Cependant, quid des souvenirs?
- Tu n'as pas d'autres personnes avec qui tu peux passer du temps, questionna Severus de manière virulente, continuant à marcher le long du couloir désert, ses pas longs et brusques, ses lèvres pincées et ses sourcils froncés, l'air agacé.
William s'arrêta de le suivre sur sa cadence, comme s'il s'était pris un uppercut dans la joue, choqué, puis ce fut comme si des décharges électriques soudaines traversaient son corps tout entier. C'était bien la première fois que Severus s'irritait de sa présence et le lui disait ouvertement. Que se passait-il? Avait-il manqué quelque chose? Non, pas vraiment. Il avait été témoin des attaques des quatre Gryffindors de son année, de leurs accusations, et des fréquentations douteuses de son ami. Oui, il avait déjà émis l'hypothèse qu'il était lui aussi un Death Eater, cependant il la chassait aussitôt de sa tête car cette alliance allait contre l'amitié à son égard – n'est-ce pas? Tous deux étaient restés assez discrets, ne se voyaient jamais sur une base régulière, comme l'avait vivement conseillé Severus dans le Hogwarts Express. Se faire invisible. Sauf que… Eh bien, Severus était loin d'atteindre cet objectif, de par les fréquentations sus-nommées et par les attaques sus-nommées également. Et aussi parce qu'il était un jeune homme brillant et flippant que les professeurs surveillaient comme le lait sur le feu. Quant à William, il était l'une des nombreuses proies faciles de ces mêmes fréquentations car pleuvaient sur lui insultes et coups de manière régulière, et il dénotait déjà un certain talent que les mêmes enseignants surveillaient de près. Ainsi, leur amitié avait été très vite percée à jour.
Mais là, non, William ne comprenait pas du tout ce qui se passait dans la tête du septième année.
- Peut-être parce que tu es mon seul ami, parvint-il enfin à répondre, ce qui arrêta net son aîné, le fit se retourner et foncer droit sur lui.
Quitte à ce que le gosse regrette ses mots sur-le-champ, Severus l'ayant plaqué contre le mur de pierre et tant rapproché son visage que l'Aiglon sentait son souffle et se mirait au travers des reflets dégagés par les orbes d'onyx.
- On – n'est – pas – amis, siffla Severus, une colère froide, pire que le cyanure, suintant de chacun de ses mots et glaçant les sangs de William, qui déglutit avec grand peine. On ne l'a jamais été. Enlève-toi ça du crâne, le plus rapidement possible. Ce fut une erreur que je te laisse me fréquenter, une erreur monumentale.
Les lèvres tremblant, tout comme le reste de son corps, William le suppliait de renier ses propos de suite par son regard azuré qui, presque, fit revirer sa position à son aîné – presque.
Agacé, en colère, ne sachant plus du tout comment s'y prendre, ceci dit, la situation devenait chaque jour plus critique et posait problème, sauf que Severus n'avait pas la finesse et la délicatesse propres à ménager ses relations sociales – en témoignait son amitié avec Lily Evans qu'il avait saboté en un éclair, un seul mot, et il avait compris qu'il ne pourrait jamais y remédier. Alors, là, avec cet enfant, Gumbling Gargoyles, que lui était-il arrivé tout ce temps? L'avait-il ensorcelé ou bien…? Il soupira, s'éloigna suffisamment de William, fit tomber sa robe de sorcier et retroussa sa manche. La Marque des Ténèbres se tenait là, sous ses yeux. Elle était si réelle… William la fixait avec une certaine horreur et sentit le début d'une hyperventilation, son angoisse le rattrapant à grands galops – non, non, ce n'était pas possible… Pas lui, pas Severus, pas… son ami. NON. Avant que Severus ne décide de partir sans un mot, William le précéda, s'enfuit en courant, pleurant de sanglots silencieux. Non, le seul ami, le seul… Un Death Eater…
Ce même Death Eater le fixait en silence, tandis que William vérifiait s'il avait bel et bien tous ses bagages avec lui, avant de partir par Floo Powder accompagné du professeur Asquith chez qui il serait le temps de passer ses examens du baccalauréat. Les au revoir furent assez brefs, en retenue et pudeur.
- Ne faites pas honte à mon enseignement lorsque vous débuterez vos études en septembre, furent les paroles d'adieu du Maître de Potions, aussi fier et hautain qu'à l'accoutumée.
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Note 1: ne tentez pas la préparation de thé du Tibétain, enfin, sauf si vous aimez prendre des risques.
Note 2: la fin de la chanson du Sorting Hat revient à JKR. Je ne suis pas fier de ce que j'ai créé, parce que je suis une quiche en écriture en vers mais je voulais m'essayer à ce qu'aurait pu chanter ce cher Hat en temps de guerre.
Note 3: Si William semble aller mieux, c'est avant tout parce qu'il a compris qu'il avait besoin d'avancer dans la vie et qu'en restant dans son cercle vicieux de déprime, il n'y parviendrait pas.
