SAKURA to TEMARI ~ Chapitre 8
8. ... to Sakura ...
J'aurais sans doute souhaité me perdre encore une éternité dans les yeux émeraudes de mon meilleur ami, mais ce dernier détourna finalement le regard et se mit à chercher quelque chose dans la poche arrière de son pantalon.
- J'ai pas mal réfléchis ces derniers temps, dit-il en sortant un morceau de papier qu'il déplia devant moi.
Malgré le faible éclairage ambiant je réussis à vaguement y lire une adresse de ce qui semblait être une agence immobilière. Ne comprenant pas vraiment où il voulait en venir, je lui pris le papier des mains pour mieux voir de quoi il s'agissait alors qu'il poursuivait d'une voix égale.
- Je me suis rendu dans plusieurs agences ce mois-ci et j'ai demandé qu'ils me fassent visiter ce qu'ils avaient...
Dans la pénombre, je réussis à distinguer ce que je reconnus comme un plan d'appartement.
- Tu vas déménager ? demandai-je soudain paniquée. Ne me dis pas que... tu vas partir ?
Il venait à peine de reconnaitre que j'étais son premier amour. Allait-il m'annoncer ce soir qu'il comptait quitter Osaka ?
- Ne dis pas n'importe quoi, idiote ! répondit-il en riant. Laisse-moi donc finir ce que j'ai à dire avant d'interpréter mes intentions de travers une fois de plus.
Je me sentis un peu ridicule sur le moment mais attendis docilement qu'il reprenne.
- Dans tout ceux que j'ai visités, beaucoup étaient trop anciens pour être exploitables ou alors ce n'était pas dans mes prix. Mais celui-là, quand je l'ai vu, il m'a tapé dans l'œil. Il n'est pas très loin de Neyagawa et est en assez bon état pour être utilisé sans avoir besoin de faire de travaux.
Comme il avait marqué une pause dans son récit, je me permis cette fois d'intervenir.
- Mais Heiji, je comprends que tu sois tombé sur une occasion intéressante, mais pourquoi est-ce que tu veux déménager tout d'un coup ?
- Kazuha... je vais ouvrir mon agence de détective !
Il venait de m'annoncer la nouvelle avec un enthousiasme non contenu, comme un petit garçon qui est fier de vous présenter son nouveau jouet. Sa réaction m'arracha un sourire. Je connaissais Heiji depuis tellement longtemps que je pouvais parfaitement imaginer à quel point cela devait le rendre heureux. Depuis le temps qu'il rêvait de devenir un vrai détective à part entière, son plus grand rêve était en train de se réaliser. J'étais à mon tour très heureuse de savoir qu'il avait ainsi trouvé son bonheur.
- Félicitations, lui répondis-je d'une voix sincère et chaleureuse. Est-ce que tu en déjà parlé à tes parents ?
- Très vaguement, me répondit-il les yeux dans le vague. Je n'ai pas parlé de tout en détail pour le moment, mais je devais quand même leur expliquer au moins que j'avais déniché le bureau. Comme mon anniversaire n'est que dans quelques mois, je ne peux pas encore signer de bail de mon propre chef. Mais si j'attends trop longtemps, quelqu'un risque de saisir l'occasion avant moi, donc...
- Ta mère n'a rien dit à l'idée que tu partes ?
- Tu plaisantes ? Elle avait l'air de dire que ça lui ferait des vacances. Je lui ai rétorqué qu'elle était une mère indigne et elle m'a répondu que tant que toi, tu continuerais à passer la voir régulièrement, ça ne la gênait nullement. Cette femme est incroyable !
Je ne pus m'empêcher de pouffer à cette remarque.
- Et que vas-tu faire pour les études ?
- Oh, je compte les finir, ne t'inquiète pas. Simplement, je commence vraiment à avoir beaucoup de demandes. Alors même si je n'ai pas encore de diplôme à afficher dans l'agence durant la première année, je pense que je peux miser sur ma réputation actuelle pour m'assurer une clientèle. Mon vieux n'est pas contre à priori... tant que je n'échoue pas bêtement à mes examens. Ça ne me parait pas un défi insurmontable.
- Oui, te connaissant, je pense aussi que tu peux y arriver sans problème. Tu as toujours eu de meilleures notes que moi en classe même en séchant les cours à cause de tes enquêtes...
Un silence accompagna ensuite ma remarque. Ainsi, c'était pour cela qu'Heiji m'avait invitée dans ce restaurant. Pour me faire partager cette bonne nouvelle. Je fus soudain très touchée qu'il ait choisi de partager ce moment si important pour lui avec moi. Finalement, ce soir, nous avions tous les deux eu droit à un petit moment de bonheur...
Une brise soudaine fit légèrement trembler les branches du cerisier à nos côtés. Un pétale d'un rose presque immaculé vola doucement devant moi avant de se poser sur le plan de l'appartement que je tenais toujours dans mes mains. Je le regardai sans y toucher, me demandant si le bonheur était lui aussi toujours aussi éphémère que les fleurs de cerisiers...
« Mais quoi qu'il arrive les fleurs de cerisiers refleurissent chaque année... »
- Est ce que tu m'accompagnerais pour aller le visiter ? repris soudain Heiji en brisant le silence.
- Comment ?
- Visiter le bureau. J'ai dit à l'agence que je leur donnerais une réponse définitive cette semaine. Ils ont besoin de la réponse rapidement car il y a peut-être d'autres clients que cela intéresserait.
- Ça ne me dérange pas de t'accompagner. Mais pourquoi veux-tu que je vienne ?
- J'aimerais bien avoir un avis extérieur. On ne réalise pas toujours ce qui ne va pas quand on est seul.
- C'est pourtant toi le détective, le taquinai-je. Tu devrais bien pouvoir repérer si le bâtiment est un nid à cafards ou si la tuyauterie est endommagée.
Il haussa les épaules en poursuivant.
- J'ai déjà vérifié tout ça. Je voudrais juste ton opinion personnelle sur la question.
- Mon avis personnel ?
Je me mis à examiner à nouveau le plan.
- Et bien, au premier abord, ça n'a pas l'air mal. Les pièces ont même l'air plutôt spacieuses. Après il faut effectivement voir ce que ça donne en vrai. Mais bon, dans tous les cas, c'est toi qui va y vivre et y travailler donc c'est d'abord ton avis qui va compter avant le mien.
- Justement...
Je réalisai à peine le sens de sa dernière réponse qu'il reprit après une brève pause :
- Kazuha...
- ... oui ?
- Je voudrais te proposer quelque chose...
- Je sais que c'est un peu soudain là mais... j'aimerais que tu y réfléchisses. Je n'ai pas besoin que tu me donnes ta réponse dans l'immédiat. Je crois que tu n'as pas fait de projet très précis pour l'avenir alors je me demandais...
Il agitait nerveusement les mains devant lui tout en évitant sérieusement de croiser mon regard. Je le regardai interdite, ne sachant trop ce qu'il pouvait bien vouloir cette fois-ci.
- Je me disais que peut-être tu serais d'accord pour... comment dire...
A mesure qu'il essayait de me faire part de cette proposition je le sentais qui s'emmêlait de plus en plus dans ses explications. Un instant il sembla perdre le fil de ce qu'il s'apprêtait à me dire. Il baissa brusquement les mains le long de son corps et poussa un bref soupir embarrassé. Pourquoi se mettait-il dans tous ces états d'un seul coup ? Et pour me proposer quoi ? Puis l'espace d'un instant, un déclic se produisit dans mon cerveau : oh mon dieu, se pouvait-il que... ?
- Je veux dire...
- Kazuha...
Ça ne pouvait pas être ça ! Je devais certainement me tromper. J'étais encore en train de me monter un film stupide et d'espérer l'improbable. Il fallait à tout prix que j'arrête ça ! Je savais pourtant parfaitement que la réponse allait être douloureuse mais...
- ... est-ce que tu voudrais devenir mon assistante ?
Bingo !
- Ton... assistante ? reprise-je surprise que la chute de mon petit nuage soit moins douloureuse que je ne l'avais imaginée.
- Oui... est-ce que tu veux travailler avec moi ?
Sur le coup, je ne sus quoi lui répondre. Je le regardai certainement avec des yeux complètement ébahis car il continua à m'expliquer comme si je ne comprenais pas le sens des mots qu'il avait employés.
- En gros, pour répondre au téléphone, classer les affaires, accueillir les clients au bureau, faire les comptes... Je vais forcement avoir besoin d'embaucher une secrétaire à un moment donné pour ça, alors...
- Mais... essayai-je vaguement de répondre.
Il enchaina alors d'une voix précipitée :
- Ha bien sûr, si tu as d'autres projets pour la fin de tes études, oublie ce que j'ai dit. Je veux dire, j'imagine que tu dois parfois en avoir marre de la compagnie des détectives et des flics. Après tout, entre ton père, ses collègues et moi, je suppose que ça doit te saouler un peu et puis...
- Ce n'est pas ça Heiji...
- ... quoi qu'il en soit, essaie juste d'y réfléchir. C'est tout.
- Je n'ai pas dit que je n'étais pas intéressée, tu sais. Seulement...
- Seulement ?
Mon regard balaya un instant les graviers blancs au sol.
« Qu'est-ce que je vais faire moi le jour où tu vas vraiment vouloir te caser avec quelqu'un ? Je ne pourrais plus te regarder en face si ça arrivait alors... »
- ... il y a sans doute des gens plus qualifiés que moi pour ce genre de tâche, non ?
- ... Impossible.
Je relevai soudainement le visage. La détermination de son ton ne laissait transparaitre aucun soupçon d'hésitation.
- Hein ?
- C'est impossible. Je ne peux pas proposer ça à quelqu'un d'autre de toute façon.
- Mais... pourquoi ? Si tu cherches une secrétaire, n'importe qui pourra faire l'affaire après un petit entretien.
- Tu ne m'as pas compris. J'ai dit que je pensais avoir besoin d'une secrétaire pour te donner un exemple mais... ce n'est pas cela la proposition que je suis en train de te faire.
Je le regardai cette fois sans comprendre. Il faisait visiblement un effort tout particulier pour maintenir mon regard.
- Comment ça ? Je... je ne comprends pas...
Son visage était maintenant la proie d'étranges émotions. Il semblait à la fois déterminé et crispé mais cela ne l'empêcha pas de poursuivre.
- J'aurai besoin de ton aide pour le travail de l'agence bien entendu. Mais pas seulement. Ce dont je veux te parler c'est d'un autre genre de travail... d'équipe...
A mesure qu'il continuait son énumération...
- Il y aura entre autres la cuisine mais aussi le ménage quotidien pour ce qui est des tâches ingrates...
... je prenais conscience que finalement ...
- Mais ça comprendra aussi des sorties et des repas au restaurant qui n'auront rien à voir avec des repas d'affaire...
... le bonheur ne s'annonçait peut-être pas ...
- Certains soirs il y aura de longues séances d'heures supplémentaires pour toi et moi...
... aussi éphémère que la saison ...
- Et plus tard on devra prendre des décisions à deux... au sujet des enfants...
... de la floraison des cerisiers...
Je portais inconsciemment mes mains devant ma bouche pour étouffer l'émotion qui menaçait d'exploser. Heiji me regardait toujours intensément. Il serrait maintenant les poings de chaque côté de son corps et semblait attendre nerveusement une réaction de ma part. Il semblait lui aussi complètement bouleversé.
- Heiji... dis-je finalement, retenant à moitié un sanglot. Est-ce que... c'est... une demande en mariage ?
Il me répondit de la même voix déterminée :
- Oui.
Et je le vis alors fermer les yeux...
A suivre...
