Chapitre 8 : Faut qu'on parle Snape !
Où pouvait-il bien être ? Cela faisait plusieurs heures maintenant, il n'était jamais aussi long ! Son mollet se vidait dangereusement et l'heure de rejoindre Snape dans son bureau approchait, il ne pourrait pas y aller. Dans le fond il en était presque soulagé mais que se passerait-il si Snape décidait de venir voir pourquoi il ne s'était pas présenté ? Il en serait capable. Et il découvrirait tout, non, il ne pouvait pas laisser faire ça.
Il tenta une ultime fois de se relever mais s'effondra, son corps trop fragile refusait de lui obéir et il commença à sangloter, de frustration, de crainte de désespoir, d'angoisse.
La porte s'ouvrit doucement et Draco apparut dans l'encadrement, les yeux posés sur le corps fragile et sanglotant.
- Harry ?
Harry leva les yeux, à nouveau plein d'espoir et Draco le regarda suffisamment longtemps pour voir cette étincelle, celle qui ne s'allume rien que pour lui, dans ses grands yeux verts puis il détourna son regard comme à chaque fois.
La voix de Harry était saccadée et tremblante lorsqu'il parvint à articuler :
- Où est-ce que tu étais ?
Draco l'entoura de ses bras et l'entendit soupirer de soulagement avant qu'il ne s'abandonne totalement à cette étreinte qu'il aimait tant.
- J'ai cru… hoqueta-t-il… j'ai cru que tu ne reviendrais pas… j'ai cru… je… j'ai cru que tu m'avais laissé…
Le reste du flot de paroles incompréhensibles s'étrangla dans sa gorge alors que Draco le berçait doucement.
Lorsqu'il fut calmé, Draco relâcha la prise pour s'en détacher doucement.
- Ne me laisse pas… Supplia-t-il.
Draco tenta de prendre sa voix la plus douce mais seuls des sons étouffés sortaient de sa gorge trop noués. Harry avait resserré son bras valide autour de la taille de Draco.
- Je vais juste chercher de quoi te soigner. Dit-il d'une voix douce.
Harry le relâcha et Draco disparut dans la salle de bain pour en ressortir avec différentes potions et baumes aux propriétés curatives. Et procéda comme il en avait l'habitude.
Soudain une expression horrifiée déforma son visage :
- Il n'y a plus de potions pour ressouder les os.
Harry secoua la tête négativement. Draco se mordit violemment la lèvre inférieure. Il ne regarda pas Harry, il ne le regardait jamais.
- Je suis désolé.
- Non, JE suis désolée.
Draco le regarda atterré avant de baisser les yeux aussi rapidement qu'il les avait levés.
- Ne fais pas ça… s'il te plaît.
- Tu m'avais dit que tu ne voulais pas… poursuivit courageusement mais fébrilement Harry
- Arrête !
Devant le ton impérieux et implorant de Draco il dit simplement :
- Ca ira. Avec un sort de dissimulation, Snape n'y verra que du feu.
- Tu as le bras cassé Harry, je ne peux pas te laisser aller à l'entraînement, ce sera pire ! Snape ne te fera pas de cadeau.
Harry prit les deux mains de Draco dans les siennes et grimaça fortement lorsqu'il bougea le bras. Draco avait toujours les yeux baissés alors Harry fit quelque chose qu'il n'avait jamais fait, il posa sa main sous le menton de Draco pour forcer celui-ci à le regarder, la tête de Draco suivit le mouvement mais ses yeux restaient irrémédiablement baissés.
- Regarde-moi. Demanda Harry.
- Non. Murmura Draco dans un souffle.
♦♦♦
La pseudo crise de panique était passée et le professeur Snape avait repris le dessus. Il s'affairait dans son stock personnel de potion, puis s'arrêta soudain se demandant s'il existait effectivement une potion contre l'excès de rage ou un trop plein d'émotion. Il décida que non et conclue qu'un linge imbibé d'eau glacée était finalement ce qu'il lui fallait pour le moment.
Alors qu'il changeait le linge, Ron avait repris sa grippe sur le poignet de Severus et le tenait toujours fermement, marmonnant des choses que Severus ne comprenait pas. Severus agrippa sa main fermement pour s'en dégager mais Ron était fort et Severus ne se libéra qu'au prix de gros efforts. Puis il attrapa son autre main et enlaça ses doigts dans ceux du corps gémissant de douleur dans son lit alors qu'il enfouissait sa tête dans sa propre main, se pinçant violemment l'arête du nez.
Il se mit à penser que ça n'aurait pas du être lui qui aurait du se trouver là mais Molly Weasley. Et l'horreur le frappa une seconde fois. Molly n'était plus. Le ciment de la famille Weasley avait volé en éclat en même temps que le cœur d 'Arthur lorsqu'il avait découvert le corps sans vie de sa bien aimée sous les décombres d'une bâtisse en ruines après la bataille finale. Personne n'avait vu ce qu'il s'était passé mais l'expression horrifiée que Molly portait sur le visage en disait long sur ce qu'elle avait subi et hanterait à jamais ce pauvre Arthur.
Depuis la famille Weasley n'était plus cet ensemble compact qu'il avait méprisé mais les morceaux brisés de ce que Molly avait laissé derrière elle.
Arthur était brisé, George était parti, Ron n'était plus que l'ombre de lui-même, Charly survivait comme il le pouvait, s'abrutissant par le travail et Ginny, Fred et Bill avait rejoints leur mère lors de la bataille.
Severus sentit son estomac se contracter et sursauta lorsqu'il sentit que Ron avait resserré sa grippe sur sa main, l'avait-il senti ?
Il regarda l'heure et se souvint qu'il avait fixé rendez-vous à Potter mais il ne pouvait pas laisser Ron seul dans cet état.
Il grogna furieusement.
Et Ron marmonna :
- Hermione… Hermione… reste avec moi…
Et il fit ce qu'il n'avait aucune envie de faire.
♦♦♦
- Vous n'êtes qu'un vieux fou ! Reprocha Blaize calmement.
- Sortez d'ici Zabini, vous n'avez rien à y faire !
- Bien au contraire ! Vous allez parler à Snape. Dit-il encore d'une voix posée mais menaçante.
- Et qui m'y obligera ?
- Moi.
Mad-Eye éclata d'un rire dément puis regarda Zabini avec dédain :
- Vous n'êtes rien ! Vous ne valez pas mieux que ce tas d'immondices d'où vous sortez ! Eructa-t-il venimeux.
Puis Blaize se fit plus incisif :
- Je sais ce que vous cherchez ! Accusa-t-il.
- Eh bien, se moqua Mad-Eye, éclairez-moi !
- Vous aussi vous voulez votre part de gloire, pas vrai ? Découvrir la vérité sur les horcrux et avoir votre part du gâteau, vous êtes pitoyable !
- Ou peut-être que cette fois, je veux que qu'Il y reste et que je ne fais filtrer aucune information pour ne pas qu'un traître dans votre genre fasse capoter l'opération !!!
- Vous êtes pire que les deatheaters, au moins eux ils se font un minimum confiance !
Le rire malsain de Mad-Eye raisonna dans toute la pièce et Blaize réprima une violente nausée alors qu'il quittait la pièce.
♦♦♦
- Professeur ?
Il entendit la voix l'appeler depuis son bureau. Il se desserra de l'étreinte de Ron et alla rejoindre l'intrus.
- Granger. Salua-t-il alors qu'il franchissait la porte du laboratoire donnant sur son bureau.
- J'ai reçu votre hibou, vous disiez que c'était important.
Il la considéra quelques instant sans rien dire, elle paraissait si fragile, elle n'en serait jamais capable mais après tout, ce n'était que pour quelques heures.
Il la regarda sévèrement.
- Je vous préviens Granger, dit-il menaçant, je ne veux ni effusion, ni larme, ni crise d'hystérie. Vous êtes là pour une heure et vous partirez quand je vous en donnerai l'ordre.
Hermione le regarda confuse, quoique ce fut, elle commençait à avoir peur mais elle hocha la tête.
- Suivez-moi. Intima-t-il sèchement.
Ils traversèrent le laboratoire auquel elle aurait probablement jeter ne serait-ce qu'un vague coup d'œil si elle avait encore était ce qu'elle fut. Puis ils pénétrèrent ses appartements et la panique qui la gagnait la rendit suffisamment téméraire pour demander :
- Professeur, où est-ce qu'on va ?
Il ne se retourna même pas pour la regarder lorsqu'il répondit :
- Je ne veux aucune question, vous faîtes ce que je vous dis comme je vous le dis et vous n'en parlerez à personne.
Cette fois, elle avait peur. Et ses jambes manquèrent de lâcher lorsqu'ils pénétrèrent dans la chambre du maître des potions.
- RON ! Oh mon Dieu ! Qu'est-ce qu'il a ?
- Aucune question Granger ou vous sortez !
- Mais j'ai le droit de savoir ! S'écria-t-elle. C'est Ron !
Mais le maître des potions se mura dans le silence et n'en sortit que pour lui donner des instructions :
- Le linge doit être trempé dans l'eau glacée toutes les dix minutes, l'eau contient une potion contre la fièvre…
Il se garda bien de s'étaler sur les raisons pour lesquels son ami était si fiévreux et il ne savait même pas lui-même si la potion serait efficace contre ce type de fièvre.
- … ne lui donnez rien d'autre ! S'il y a un quelconque changement, je serai dans mon bureau, venez me chercher immédiatement.
Il la regarda enlacer ses doigts dans ceux de Ron comme il l'avait fait quelques minutes auparavant.
- … J'en ai pour une heure environ, quand je reviens je ne veux aucune question et vous sortirez immédiatement ! C'est compris ?
Elle le fusilla du regard et il haussa le ton :
- Est-ce que c'est compris ?
Elle se résigna et hocha la tête et il quitta le bureau.
♦♦♦
- Peut-être que tu pourrais aller voir Pomfrey et…
- Non elle est déjà partie à cette heure-ci !
Harry attrapa la main de Draco et la serra dans la sienne.
- Ca va aller Draco.
Son nom sonnait comme un doux chant à ses oreilles lorsqu'il le prononçait. Il se rappelait encore la première fois où il l'avait prononcé. Mais ce soir il ne voulait pas y penser.
Il regardait leurs maintes jointes et il se dit que quoiqu'il fasse il aurait toujours cette lueur de gratitude dans les yeux et cette étincelle lorsqu'il s'approchait de lui.
- Je vais juste mettre ton bras en écharpe, dit-il après avoir soigner toutes les plaies et bleus de son compagnon, et tu diras à Snape que… sa voix se fit moins assurée.
- Je trouverai bien.
Il relâcha les mains de Draco, se leva, chancela quelque peu puis prit lentement le chemin menant au bureau de Snape.
Une fois devant la porte, il frappa trois coups secs et patienta quelques minutes avant que la voix glaciale ne se fasse entendre.
- Entrez Potter !
Dans un vague moment de lucidité, il se demanda si le fait d'occuper ce bureau procurait l'omniscience car Dumbledore avait toujours su qui se trouvait derrière la porte puis il se souvint qu'il avait rendez-vous et la théorie sur les quelconques pouvoirs de la pièce s'évanouirent.
- Bonsoir Professeur.
Il ne leva pas la tête de son livre de potions.
- On va commencer par un test, démarra-t-il brusquement.
Lorsque la porte s'ouvrit dans un grand fracas, il se jura que le prochain qui utiliserait sa porte comme défouloir mourrait dans d'atroces souffrances.
- Faut qu'on parle Snape ! Dehors Potter !
Le regard de Harry voyagea de Snape à Blaize alors que des questions infiltraient sournoisement son esprit.
- Zabini, vos manières se sont beaucoup améliorées à ce que je vois ! Ironisa-t-il. Alors laissez-moi vous dire deux mots avant que nous en venions aux baguettes ! Pour vous ce sera Professeur ou directeur Snape, et la prochaine fois que vous me manquez de respect, soyez sur vos gardes je ne vous raterai pas ! Deuxièmement, j'apprécie qu'on frappe à ma porte lorsqu'on sollicite une entrevue et pas qu'on la pulvérise…
- Fermez-là voulez-vous ! Je viens vous parler des horcrux !
Le sang de Snape ne fit qu'un tour et il dut se faire violence pour ne pas se débarrasser de l'insolent à sa manière.
- Dehors Potter, l'entraînement et remis à plus tard ! Je vous recontacterai.
Harry sortit de la pièce et referma soigneusement la porte derrière lui.
