Je m'excuse pour ce long retard ! J'ai pas vraiment d'excuses, alors désolée . . .
J'espère que vous continuerez malgré
tout à lire ma fic . . .
Merci pour vos messages !!
Bonne lecture !
Partie
8 :
- - - - - -
Les quatre garçons arrivèrent au studio photo vers onze heures et demie. Ils étaient en retard. Bien vite ils virent apparaître à travers les vitres tintées de noir les visages souriant des fans qui attendaient, accompagnées de cris aigus et de déclarations d'amour. L'agitation fit sourire Georg et Gustav qui sortirent les premiers, aussitôt acclamés par les nombreuses demoiselles rassemblées derrières des barrières métallisées. Les jumeaux eux, attendirent quelques secondes de plus avant de se décider à bouger. Lorsque le véhicule s'était arrêté, Bill s'était recalé contre son siège en soupirant longuement : il n'était vraiment pas dans l'état d'esprit idéal pour une séance photo ou n'importe quelle autre activité nécessitant ses sourires ou ses regards satisfaits chimériques. Mais il n'avait plus le choix ; après la soirée de la veille, il devait assurer. Leur manager ne se contenterait plus d'une simple discussion s'il manquait à son devoir encore une fois.
Bill
Kaulitz, chanteur de Tokio Hotel.
Et personne d'autre.
Après un dernier soupir, l'androgyne retira les écouteurs de ses oreilles afin de ranger son Ipop dans un sac et de sortir sous le regard intrigué de Tom qui dû luter pour rester silencieux face à la mine soucieuse de son frère. Il avait dit qu'il lui parlerait, il lui faisait confiance. Mais ça le rendait malade de ne rien deviner ; habituellement un simple regard suffisait à tout dire. Là il se sentait comme bloqué. Complètement perdu, complètement nul... Est-ce que quelque chose avait changé ?
Essayant de
chasser toutes ces questions désagréables de son esprit,
l'adolescent aux dreads emboîta le pas à son double et quitta la
voiture, ne remarquant même pas que les cris des fans redoublèrent
d'intensité lorsqu'il arriva enfin. Il s'efforça de sourire
aux jeunes filles qui criaient son nom tandis qu'il remarquait un
sourire crispé et bref sur le visage de son jumeau qui ne tarda plus
à s'engouffrer rapidement dans le large bâtiment qui leur faisait
face. Le jeune chanteur fut bien vite rejoint par les autres membres
du groupe et leurs gardes du corps qui ne les perdaient pas de vue.
Ils n'avaient pas de temps pour signer des autographes et Bill
en fut soulagé : il redoutait la séance photo en elle-même.
Les Tokio Hotel passèrent rapidement au maquillage puis filèrent dans la direction indiquée par les différentes personnes du staff qui s'activaient tout autour d'eux. C'était une séance photo banale, pour un magazine banal, rien d'extraordinaire, mais cela ressemblait à la pire des tortures pour le jeune androgyne.
Aussitôt arrivés dans la partie du studio qui leur serait réservée pendant plus d'une heure, les garçons se firent accoster par le photographe de la revue pour laquelle ils allaient poser. L'homme d'une quarantaine d'années les salua très brièvement avant d'enchaîner à toute vitesse, visiblement pressé :
- Bon les jeunes ! On va commencer par des photos individuelles. Qui en premier ?
Il ne leur laissa pas le temps
de répondre qu'il invita énergiquement Gustav à prendre place au
centre d'un décor blanc et noir exclusivement monté pour eux. Le
batteur ne protesta pas, et s'exécuta patiemment tandis que Georg
s'asseyait sur une chaise auprès de leur manager.
Le regard
fuyant, Bill se recula un peu, faisant quelques pas hésitants avant
de finalement s'éloigner dans un couloir proche. Tom ne l'avait
pas quitté des yeux depuis qu'ils étaient entrés et il
s'empressa donc de le suivre. Il le connaissait par cœur ; il se
doutait bien qu'il ne supporterait pas tout ce monde dans une
situation comme celle-ci, alors qu'il semblait aller mal.
Le
jeune guitariste rattrapa son frère après quelques secondes alors
que celui-ci marchait toujours, l'attrapant doucement par le
poignet.
- Hey...
Bill s'immobilisa brusquement en
sentant le contact de ses doigts sur sa peau, en entendant cette voix
si familière... Les battements de son cœur s'emballèrent
totalement sans qu'il ne sache pourquoi.
Peur... Est-ce qu'il
avait peur ?
L'androgyne tourna lentement la tête vers son
jumeau qui fut interloqué en lisant une telle expression de
tristesse sur son si fin visage.
- Tu pensais aller où comme ça ? sourit-il en haussant gentiment les sourcils.
Bill esquissa un mince sourire.
- Nulle part... Je... je voulais juste être un peu seul, répondit-il maladroitement en détournant le regard.
Ce qu'il se sentait nul.
Son coeur se serra douloureusement en sentant la main de Tom relâcher son étreinte si douce de la sienne.
- J'te laisse alors, lâcha platement le jeune dreadeux, sans doute vexé malgré lui que Bill le mette ainsi de côté alors que tout témoignait de l'évidence même que quelque chose de sérieux n'allait pas.
Il lui sourit malgré tout avant de faire volte-face pour rejoindre les autres. La voix de son frère s'éleva alors derrière lui, le faisant se stopper net.
- Non... reste.
C'était presque une demande suppliante, faible, sincère... douloureuse.
Tom se retourna doucement, faisant face à son double qui avait baissé la tête, sans doute pour cacher les larmes qui commençaient à lui brûler les yeux.
Il détestait le voir comme ça.
Jetant un regard derrière eux, l'adolescent aux dreads s'avança vers Bill qu'il amena délicatement contre lui, passant ses bras autour de sa taille pour l'enlacer tendrement. Il sentit rapidement les bras de sa moitié se glisser dans son dos puis ses mains serrer douloureusement le tissu de son tee-shirt. Un soupir, un sanglot...
- Tom...
Bill se blottit littéralement contre son frère, goûtant à cette chaleur, respirant son odeur, profitant de sa présence, de ses bras autour de lui qui le réconfortaient sans pour autant chasser tous ses doutes, toutes ses questions... Même dans ce genre de moment sa raison ne pouvait pas le laisser tranquille.
Poussant doucement avec ses mains sur les épaules de l'androgyne pour voir son visage, Tom murmura :
-
Bill... Bill, regarde-moi, qu'est-ce qu'il y a ?
- Tom...
répéta Bill sans oser lever le regard vers lui. Je...
-
Regarde-moi Bill.
- J'peux pas...
Il ne savait pas quoi
dire, comment formuler tout ça... C'était trop compliqué, trop
douloureux. Il n'arrivait pas à affronter le regard de son frère,
comme s'il pourrait tout y lire, comme si la vérité de ses doutes
était inscrite au fin fond de ses yeux noisette.
Comment lui dire
que leur bonheur ensemble était déjà corrompu ? Comment lui dire
qu'il avait peur ? Comment lui dire qu'il redoutait l'avenir ?
Comment lui dire que...
- S'il te plait Tom...
- Non
Bill, arrête. J'veux plus que tu m'caches ces choses qui t'font
souffrir. J'veux plus me sentir con et impuissant quand j'te vois
pleurer... Merde Bill, parle-moi... Je comprends plus...
Bill
s'écarta subitement des bras de son jumeau, comme si leur échange
interdit était devenu trop brûlant pour être assez supportable.
Sans regarder sa moitié, l'androgyne fit quelques pas en direction
d'un banc longeant un mur du couloir. Il s'y laissa lourdement
tomber, la tête dans les mains, en proie à de nouveaux sanglots
silencieux. Mal, il avait mal...
Le cœur de Tom semblait comme
partir en miettes. Il ne savait pas quoi faire, ni quoi dire. Il
s'approcha malgré tout de son frère dont la voix faible et
hésitante s'élevait de nouveau :
- J'ai peur...
Le jeune guitariste s'immobilisa. Il déglutit difficilement avant de demander :
- Peur ?
- J'ai peur de toi et moi...
- J'ai peur de t'aimer Tom, mais... c'est trop dur... J'peux rien y faire, même si je sais que c'est pas normal, que c'est pas bien... Tom merde... t'es mon frère...
Un léger silence suivi la déclaration du chanteur qui gardait la tête baissée, son visage baigné de larmes caché par ses longs doigts fins. Tom était complètement interloqué par ses paroles, paralysé par la vérité et la sincérité des propos qu'il venait d'entendre. Perdu dans son bonheur d'avoir retrouvé son frère, de se sentir si bien, si lui-même avec lui... il n'avait songé à rien. Ni à aujourd'hui, ni à demain... juste à eux. Juste à ce sentiment, juste à sa moitié...
- B...Bill...
Les mots se perdaient au fond de sa gorge, rien de cohérant n'arrivait jusqu'à sa bouche. Il était totalement perdu, paumé. Il s'en voulait atrocement de n'avoir pensé à rien de tout cela. Bill se torturait l'esprit avec toutes ces questions douloureuses et sans réponse... et il n'avait rien vu.
La voix de Bill encore étouffée par de légers sanglots à peine audibles rompit à nouveau le silence désagréable qui s'installait peu à peu :
- Dis-moi... pourquoi est-ce que je t'aime... ?
- BILL, TOM, C'EST A VOUUUUUUUUS !!
Tom ne trouva rien à répondre. Les pensées floues, le regard vague. Un nœud douloureux s'était formé au creux de son estomac et au fond de sa gorge. Il ne savait plus quoi penser, il ne savait plus quoi faire. Si bien que quand Bill se leva pour s'éloigner, les yeux rouges, se frottant les joues pour faire disparaître les larmes salées qui s'attardaient encore sur sa peau, le regard fuyant, il n'eut pas le courage de bouger, de le prendre dans ses bras peut-être une dernière fois, de tout lui avouer lui aussi... d'être sincère au moins une fois dans sa vie ! Non... Il resta là, immobile, à fixer le vide sans comprendre, sans réaliser, sans se rendre compte que la vie est injuste... Entendant simplement, de loin, comme un murmure lui parvenant d'une grotte lointaine...
- Ben Bill ? T'as
pleuré ? Ton maquillage coule...
- Bataille d'eau entre
frangins... ?
- Sales gamins !
Bill...
OoOoO
La séance photo ne se passa pas totalement comme d'habitude. Le photographe s'énervait par moment de ne pas réussir à obtenir le regard ou l'expression qu'il désirait sur le visage des jumeaux. Ils semblaient tous les deux moroses, essayant malgré tout de faire leur boulot comme n'importe quel artiste. Leur tristesse se remarqua surtout au début, faisant place ensuite à une mélancolie naturelle qui sembla beaucoup plaire au staff. Quel talent ces garçons ! ... Eux restaient silencieux, ils avaient la tête ailleurs ; et n'avaient qu'une hâte, c'était que tout ceci se termine et qu'ils puissent simplement rentrer se reposer.
L'interview qui suivit se passa à peu près dans le même état d'esprit pour les deux frères. Georg et Gustav prirent la parole autant que les jumeaux en temps normal, ce qui en étonna plus d'un, mais les deux aînés ne posèrent aucune question de peur d'envenimer les choses ou de faire une gaffe. Bill luttait pour ne pas fuir face aux questions stupides que la journaliste posait. « Quel est le sens caché de Zimmer 483 ? » ; « D'où vient le nom Tokio Hotel ? » ; « Par quels artistes êtes vous influencés ? » ... toujours les mêmes questions. Les fans ne s'en laissaient jamais ? Pourquoi ces journalistes incompétents n'allaient pas regarder dans les autres magazines pour obtenir leurs réponses ? Les questions se répétaient inlassablement. Tout le temps, tout le temps... Les jambes croisées, le regard perdu dans le vague, fixant un point invisible, l'androgyne attendait simplement que ce moment pénible se termine... approuvant de temps en temps d'un « Ja ja » ou esquissant un sourire forcé lorsqu'il le fallait vraiment.
Après une bonne heure, l'élégante journaliste face à eux posa une question que ni Tom ni Bill ne put esquiver :
- Et sinon, en ce qui concerne les jumeaux. Vous semblez très différents au niveau de vos goûts. Est-ce que ça vous arrive de vous disputez parce que vous n'êtes pas d'accord sur un choix de chanson ou autre chose ... ?
Les deux garçons eurent le même réflexe de déglutir difficilement en baissant un instant les yeux vers le sol. Ce fut finalement l'androgyne qui fut le plus prompt à répondre :
- On se dispute comme n'importe quels frères, mais en général on arrive toujours à tomber d'accord.
Bla bla bla bla...
Tom ajouta:
- On a des goûts musicaux différents, mais en ce qui concerne nos chansons y' a pas de problème. C'est notre diversité qui créer notre originalité.
Bla bla bla bla...
Combien de fois avait-il répété ce genre de phrase ?
- Eh bien merci à tous les quatre !
La fin de l'interview sonna comme une délivrance pour les jumeaux qui saluèrent tout de même la journaliste avant de quitter la petite pièce du studio qui les étouffait depuis une heure et de retourner précipitamment à leur voiture, provoquant les acclamations de joie des fans qui n'avaient pas bougé.
