7
MIKAZUKI
Le printemps cède la place à un été chaud et sec. Nous sommes à présent si nombreux à la Citadelle que presque toutes les chambres sont occupées et qu'il n'y a plus un coin du domaine d'où l'on ne verrait pas plusieurs résidents travailler ou vaquer à leurs occupations.
Tsurumaru semble très bien s'entendre avec les nouveaux venus et le Maître a depuis peu décidé de lui laisser le commandement d'un peloton de neuf hommes quand nous partons sur le terrain.
Il est chaque jour plus radieux, à croire qu'il éclot comme une fleur sous le soleil. Depuis que nous partageons la même chambre et dormons ensemble, notre relation s'est renforcée au point que nous connaissons par coeur nos petites habitudes et nos goûts personnels.
- "S'il était plus mesuré, vous auriez presque l'air d'un vieux couple," me fait remarquer Kogitsunemaru avec qui je prends le thé sur l'engawa ouvert.
- "Ha ha ha, qu'il ne t'entende jamais. Tsuru a un problème avec tout ce qui se rapporte à la vieillesse tant qu'il peut se comporter comme un jeune chiot insouciant."
- "C'est bien ce que je me dis en le voyant. Celui là..."
Nous sourions en regardant au même moment Tsurumaru arroser un peu plus loin les enfants avec le tuyau d'arrosage réservé aux plantations. Comme d'habitude, il n'a pas pu s'empêcher de se laisser distraire en corvée.
Akita, Gokotai, Maeda et Aizen rient en passant sous le jet d'eau, dans des maillots de bain que nous avons sorti pour la saison. J'aurais aimé qu'Imanotsurugi joue avec eux. Cette pensée jette un voile noir au-dessus de ma tête quand je me dis que je n'entendrai plus jamais le rire de mon frère Sanjou.
- "Quand cette guerre sera terminée, si elle se termine un jour," commence Kogitsunemaru en posant sa tasse et en prenant un biscuit sur le plateau, "qu'est-ce que tu auras l'intention de faire ?"
- "Tu veux dire à supposer que le Saniwa ne nous rende pas notre forme originelle ?"
- "Ce serait plus commode, tu ne penses pas ? Après avoir goûté à la vie humaine, je ne pense plus pouvoir me satisfaire de mon vieux corps. Ce serait comme brider d'un seul coup tout ce que nous avons connu et expérimenté à la Citadelle, aussi bien nos facultés sensorielles que nos liens avec les autres."
- "Hm," fis-je songeur, "La décision appartient au Maître et ne dépend pas seulement de nous, mais je suppose que tu as raison."
Je fixe mon Tsurumaru jouer dans le jardin et me dis que je n'aimerais pas avoir à lui faire mes adieux. Nos dernières caresses auraient un arrière-goût amer. D'ailleurs, pourrais-je seulement me résoudre à me priver de son corps, de sa voix, de son caractère bien trempé et de la certitude que quelqu'un m'attend à la "maison" où que j'aille ?
- "Je crois que j'aimerais conserver ce corps à la fin de la guerre, moi aussi."
- "Les choses ne seraient plus pareilles autrement," acquiesce Kogitsunemaru. "Mais je me demandais s'il faudrait d'une manière ou d'une autre nous adapter à la société."
- "Qui sait..."
- "Nous vivons ici dans le cocon que nous offre le Saniwa mais ce ne sera pas toujours le cas. Quelque chose me dit que le temps que nous passons à la Citadelle est précieux."
Ce qu'il dit fait écho à mes pensées mais peu importe la façon dont j'envisage l'avenir, je sais que les choses ne seront plus ce qu'elles sont ici. Qu'une forme d'innocence et de simplicité se brisera tôt ou tard et qu'il faudra tourner le dos à notre hameau une fois notre travail accompli.
A ce moment, peu importe ma destination tant que Tsuru sera avec moi pour affronter cette nouvelle aventure.
Plus loin à l'est, la cloche se met soudain à sonner.
- "Tiens, une équipe revient de mission," fait remarquer mon compagnon de thé.
C'est bien ce qui me semble. Mais j'ai soudain l'impression de revivre un cauchemar lorsque j'entends un cri de rage s'élever au-dessus du domaine, suivi d'éclats de voix et d'une montée de tension.
Je me lève, le sang glacé, m'attendant à voir un haut-placé surgir au détour de l'engawa pour m'annoncer...
- "Mikazuki-dono !"
C'est Mitsutada. Dans le jardin, Tsurumaru a laissé tomber le tuyau et nous regarde, hébété.
- "Shokudaikiri Mitsutada," lance Kogitsunemaru derrière moi en se redressant à son tour, "Que se passe-t-il ? Qui a crié ?"
Le sabre de Date Masamune me fixe, puis ouvre la bouche...
- "Iwatooshi s'est brisé."
J'arrive dans la cour d'un pas lent, presque résigné. Cette fois, personne n'a eu le temps de transporter les fragments de métal brisé à l'infirmerie, chacun de nous sait de toute façon que c'est vain.
Quand j'approche, on me laisse passer, presque trop respectueusement, comme si ma présence allait changer quelque chose à cette tragédie. Les regards sont braqués sur moi, attendant une réaction, un mot, un geste.
C'est Oodenta Mitsuyo, le Céleste en charge de la troisième équipe, qui tient encore les restes d'Iwatooshi dans un linge. Son visage marque de nombreux plis de contrariété et je devine un certain abattement sur ses épaules.
Lorsque je pose les yeux sur chacun des membres du groupe, je remarque sans mal qu'ils sont tous blessés, de façon plus ou moins superflue. Yagen arbore une vilaine entaille sur le visage qui doit le faire souffrir et derrière lui Shishiou se tient les côtes, probablement fracturées.
- "Mikazuki..."
Je tourne la tête pour voir Tsurumaru me rejoindre, le chapeau de paille que je lui ai offert au printemps sur la tête. A son visage, je devine qu'il est venu me soutenir. Je suis soulagé de l'avoir à mes côtés pendant que je regarde ce qui reste de mon deuxième frère Sanjou à tomber sous les coups ennemis.
C'est ensuite au tour du Saniwa d'arriver. Il a l'air alarmé, les yeux aussitôt rivés sur le naginata enveloppé d'un tissu.
- "Oodenta, que s'est-il passé à Edo ? C'était une mission de routine."
- "Ce sont toujours les sorties routinières qui sont les plus risquées tant nous baissons notre garde," rétorque sombrement le Commandant. "J'aurais aimé le protéger mais nous avons été dépassés."
- "Par qui ?"
C'était ma voix. Une fois encore, plus froide que je ne m'en pensais capable.
- "La Garde Kebiishi ?" demande Tsurumaru.
- "Non. J'aurais préféré que ce soit le cas."
Oodenta regarde alors le Maître et ajoute :
- "Je dois vous prévenir : l'Armée Rétrograde a envoyé des ennemis bien plus dangereux que nous ne connaissions jusqu'alors. Nous n'avons pas voulu y croire nous-même avant qu'ils ne commencent à nous acculer."
- "Plus puissants ?" s'étonne notre hôte avec une expression soucieuse. "A quel point ?"
- "Plus dangereux que ne l'étaient les bataillons de Kebiishi que nous avons croisé par le passé. C'est un tout autre niveau."
Je fronce les sourcils. La troisième équipe a su remonter la pente après la perte d'Imanotsurugi et a progressé très rapidement à un niveau d'excellence difficilement reprochable. Qu'ils soient brusquement mis en déroute par nos adversaires habituels ne va pas sans me troubler.
Heureusement, nous nous posons tous la même question au moment où je me demande ce que nous savons réellement des Rétrogrades. Namazuo Toushirou est le premier à parler :
- "Est-ce que l'ennemi aurait trouvé un moyen de combler l'écart de niveau entre ses troupes creuses et nous ?"
- "Peut-être avait-il ce potentiel depuis bien plus longtemps que nous le pensons mais attendait le moment propice pour jouer de l'effet de surprise," suggère Tsurumaru.
- "J'en sais rien," réplique Oodenta, dépassé. "Iwatooshi avait la rage de vaincre, mais passé un certain point, c'est comme s'il s'était laissé crever. Avant que je ne réalise ce qui se passait, un coup en trop l'a pété en deux."
- "Iwatooshi n'était plus vraiment le même depuis le départ d'Imanotsurugi," dit Shishiou d'une petite voix. "J'ai eu l'impression que derrière sa façade vengeresse, plus rien ne le retenait ici et qu'il n'attendait plus que le coup fatal..."
Je serre les poings sans parvenir à mettre exactement le doigt sur ce qui me fâche. Kogitsunemaru derrière moi est silencieux.
- "Ecoutez-moi tous," annonce alors le Maître en levant la voix pour que chacun l'entende. "Je pars immédiatement pour le reste de la journée."
Un grand éclat de surprise traverse nos rangs et nous le dévisageons avec des yeux interloqués. Jamais le Saniwa ne s'était absenté du domaine, sa présence étant absolument requise pour contrer les tentatives d'infiltration ennemie dans la toile de l'Histoire.
- "Je sais ce que vous pensez. C'est prendre un risque considérable que de quitter maintenant la Citadelle, mais la situation est urgente et exceptionnelle. Il me faut rencontrer en personne mes semblables au plus vite."
Il tourne la tête vers ce qui reste de la troisième équipe.
- "Oodenta, apporte Iwatooshi à la forge et renseigne-toi auprès du forgeron au cas où nous pourrions sauver ce qui reste de notre ami."
Le puissant tachi de l'école Miike hoche la tête, puis le Saniwa se tourne vers moi :
- "Mikazuki, je sais que je t'en demande beaucoup dans un moment pareil mais j'ai entièrement confiance en toi. Je te confie la régence de la Citadelle en mon absence, en espérant qu'elle sera de courte durée."
- "Entendu."
Je sens le regard de Tsurumaru planté sur moi tout ce temps. D'un coup d'oeil, je note son air inquiet.
- "Vous tous," reprend alors notre Maître, "Soyez tranquilles mais faites bien attention à vous le temps que durera mon entrevue. Sur ces mots..."
Il part en direction des écuries. Je vois Konnosuke courir dans son sillage, puis tous deux disparaissent derrière l'aile ouest de la maison. Un étrange silence s'installe alors dans la cour, rompu plus tard par le départ de Mitsuyo vers la forge.
Après un temps de flottement, les autres se dispersent enfin, la mine encore secouée. Je reste debout en fixant le domaine d'un oeil creux.
Puis je sens une main nouer ses doigts aux miens, douce comme un pétale de cerisier.
- "Viens," dit Tsurumaru tout bas en m'entraînant avec lui.
Je me laisse guider sans un mot.
Le ventilateur portatif me souffle au visage depuis le kotatsu mais ne chasse pas dans le vent mon humeur préoccupée. Je suis assis sur un coussin à motifs que m'a offert Ishikirimaru pour boire le thé et attends que Tsuru revienne.
Quand il m'a demandé de rester dans la chambre, il est aussitôt parti en cuisine pour me rapporter à boire. J'ai l'impression qu'il souhaite me soulager et atténuer ce que je ressens à sa manière. Une façon de me montrer que je compte pour lui.
Je soupire, las. Si Tsurumaru est inquiet pour moi, je ne peux pas me permettre de rester dans cet état. Lui et les autres comptent toujours sur moi. Est-ce donc cela que ressent le Saniwa à veiller sur nous dans l'ombre et porter sur ses épaules toutes les responsabilités ?
Le battant de la porte s'ouvre.
- "Tiens, ce n'est pas le matcha habituel mais Mitsu-bou dit que cette infusion est très bonne pour gérer le stress."
Il arrive et pose sur la table la tasse qu'il me réserve toujours. Le dessin dessus lui rappelle la lune, m'avait-il dit un soir alors qu'il était légèrement éméché.
Quand il s'assoit contre moi et passe les bras autour de mes épaules, je sens une part de tension me quitter mais pas assez pour m'ôter une idée de la tête :
- "Tsuru-yo, je crois que je vais demander au Maître de m'assigner à tous les départs d'équipes à partir de maintenant."
- "Quoi ?!" s'exclame-t-il immédiatement. "Mais tu ne pourras pas suivre le rythme ! Tu ne seras presque plus à la maison et tu rentreras épuisé !"
D'ordinaire, j'aurais pu lui faire remarquer qu'il me parle comme une jeune femme au foyer, mais l'humeur n'y est vraiment pas.
- "Je dois savoir ce qui se passe en ce moment et ce n'est pas en restant ici et en attendant que reviennent les morts que les choses s'arrangeront. Cette guerre doit se terminer."
- "On le sait, ce que se passe. L'ennemi a brusquement gagné en puissance au point que nous devons progresser à notre tour."
Les choses paraissent si simples quand Tsuru m'expose le bilan.
- "Je pense que toute conséquence ne vient pas sans mécanique derrière. Il faut savoir ce qui a changé pour que les Rétrogrades se hissent soudain à ce niveau et soient en mesure de défaire Iwatooshi."
- "Tu as entendu Shishiou, non ? Iwatooshi s'est presque volontairement laissé dominer."
Je serre les poings une nouvelle fois à l'évocation du nom de mon frère naginata que la détresse a poussé aux derniers retranchements.
- "Et tu as entendu Oodenta. S'il se battait avec hargne, c'est qu'il fallait en face un pouvoir suffisamment dissuasif pour le faire passer de rage à désespoir. Je dois vraiment savoir ce qui se passe, Tsurumaru."
Il se tait et me dévisage. Ce n'est pas souvent que je l'appelle encore par son prénom complet et plus seulement par son diminutif. J'espère lui faire comprendre que je suis sérieux et qu'il ne pourra pas m'empêcher d'épauler les autres, même s'il déteste me voir partir au combat sans lui. La situation ne permet plus le sentimentalisme.
- "Fais comme tu voudras," lâche-t-il finalement, "Mais si tu reviens en miettes, Mikazuki Munechika, je hanterai ton esprit pour l'éternité, que ce soit ici ou en enfer."
M'occuper de la Citadelle en l'absence du Maître était une tâche particulière. Pendant deux jours, j'ai distribué les assignations quotidiennes, réceptionné des lettres tamponnées par le gouvernement et consigné les alertes qui apparaissaient de temps à autre sur les grandes cartes numériques du bureau.
Heureusement, Konnosuke m'a assisté et me donnait régulièrement la marche à suivre. Selon lui, les autres Saniwa en fonction pouvaient s'occuper des failles temporelles pour un temps sans que nous n'ayons à nous inquiéter.
Entre temps, le forgeron est passé me dire qu'il n'a rien pu faire pour sauver Iwatooshi. C'était prévisible mais le mot est rapidement passé parmi les résidents et j'ai très vite reçu la visite de certains qui venaient soit se confier à moi, soit m'adresser leurs encouragements.
Au matin du troisième jour, finalement, les sabots d'un cheval ont retentit sur les pavés de l'écurie et le Maître nous est revenu épuisé mais sain et sauf. Nous étions disposés à fêter son retour mais il nous a demandé à la place de nous rassembler dans la cour le plus rapidement possible.
Je pars chercher Tsurumaru et Monoyoshi à la rivière, tous deux de corvée de linge, et les ramène avec moi juste avant que l'annonce ne commence.
- "Ce que je vais vous dire," déclare le Maître, "est le résultat de mon entrevue et d'une journée complète de recherches avec mes pairs. J'ai bien peur que les nouvelles soient en demi-teinte."
Nous sommes suspendus à ses lèvres tandis qu'il parle, le destin de la Citadelle et nos prochaines manœuvres dépendant entièrement de ce qu'il va nous révéler.
- "Il commence à apparaître comme évident que l'identité de notre ennemi est la clé de voûte du problème. L'Ordre des Saniwa dont je fais partie est formel à ce sujet, mais jusqu'alors, personne ne s'est encore jamais manifesté sur le champ de bataille. Rien qui ne puisse nous donner une quelconque idée pour résoudre ce puzzle. C'est ce que nous pensions, mais ce n'est plus tout à fait vrai."
Un brouhaha collectif traverse la foule. J'écarquille moi-même les yeux. Alors ils ont fait une découverte à ce sujet...
- "Il apparaît de plus en plus évident," reprend-il en levant la voix pour se faire entendre, "que le coupable est également un Saniwa..."
Là dessus, nous nous taisons comme si la réalisation nous frappait tous en même temps. Dans le doute, je demande quand même :
- "Votre Ordre n'est pas contrôlé et étroitement surveillé par le gouvernement actuel ?"
- "Si," admet-il, "Mais nous pensons que la complexité de la situation va au-delà de ce que nous pensions. Vous n'êtes pas sans savoir que les Saniwa ont le pouvoir de traverser le temps et les époques, et d'en modifier le cours naturel. Et bien nous avons décelé une fracture étrange dans le cours du temps, à laquelle nous n'avions pas prêté attention plus tôt car les premières attaques sont survenues peu après."
- "En d'autres mots plus simples ?" demande Mutsunokami dans le groupe.
- "En d'autres mots, mes amis, nous affrontons probablement le pire adversaire qui soit."
Une chape de plomb s'est abattue sur la Citadelle après l'annonce du Maître. Nous sommes tous profondément abasourdis alors que nous comprenons peu à peu que cette bataille est une guerre miroir contre un autre Saniwa. Ce qui nous paralyse vraiment, au final, est l'idée que d'autres Tsukumogami peuvent se résoudre à suivre les directives d'un être assez chaotique pour souhaiter réécrire le passé.
Je reviens du bureau du Maître après une entrevue et pousse le battant de ma chambre. Tsurumaru y est déjà installé, les jambes croisées devant le kotatsu débranché.
- "Alors ?" demande-t-il.
- "Ce n'était pas facile mais il a finalement accepté mon assignation à tous les départs de la Citadelle. Ma première sortie ne devrait plus tarder."
- "Oh, bien. J'imagine que c'est ce que tu voulais alors je suis content pour toi."
Il me sourit mais peine à masquer sa déception et son inquiétude. Sa voix fait plus forcée que d'ordinaire et ses épaules sont raides. Je sais qu'il se fait du soucis mais je ne peux plus rester avec lui dans l'insouciance la plus totale pendant que cette guerre nous arrache des semblables. Il pourrait être le prochain et je m'en voudrais à ce moment de n'avoir rien tenté avant pour empêcher l'inéluctable.
J'approche et remarque à ce moment la guirlande de papier qu'il tresse sur la table.
- "Qu'est-ce que tu fais ?"
- "Ça ?" dit-il en soulevant l'étrange bannière. "Ce sont des grues de papier."
Je regarde les origami attachés entre eux par du fil à coudre.
- "Eeh... ?"
- "Tu ne connais pas la légende du senbazuru ? On dit que celui qui plie mille grues de papier en faisant une prière à chaque origami achevé se verra exaucer un souhait. Je ne risque pas de terminer ça en un jour mais je compte te l'offrir quand il sera terminé."
Je m'installe près de lui, souriant pour la première fois de la journée :
- "Et qu'est-ce que tu as l'intention de demander ?"
- "Ça, c'est personnel," me dit-il en rougissant soudain, concentré sur un origami.
- "Oh ? Assez personnel pour ne rien me dire ?"
Je me penche et embrasse son cou. La chaleur et son odeur à cet endroit me font tourner la tête et il le sait. Un petit frémissement le traverse quand je lèche très doucement une parcelle de peau blanche.
- "Mi... Mikazuki," balbutie-t-il, "Mon senbazuru !"
Il est mon rayon de soleil dans ces moments difficiles, celui qui se tient près de moi quoi qu'il advienne et dont la force d'esprit chasse même le souvenir de la guerre.
Il gémit au moment où je lui laisse une marque dans le cou, son corps se détendant doucement contre moi, m'acceptant tout entier. Ses doigts lâchent le papier qu'il tenait et je le bascule lentement sur le tatami.
J'ai besoin de ça, là, tout de suite.
Il s'en doute, car il me laisse dénouer son obi et ouvrir son yukata un pan après l'autre, comme deux délicats pétales.
- "Je suppose que la guerre ne t'atteindra jamais assez pour te faire passer l'envie de me dessaper," marmonne-t-il en détournant le regard, embarrassé.
- "Ha ha ha, sans doute, sans doute. Tu ne veux toujours pas me dire ce que tu as l'intention de souhaiter ?"
En guise de réponse, il plaque un pied froid contre mon visage et m'écarte. Je lui saisis la cheville et dépose tout le long de sa jambe une série de baisers en défaisant mes vêtements.
Il tremble légèrement sous mes caresses, offre son cou à mes lèvres assoiffées et se cambre lorsque plus tard mes mains lui arrachent un plaisir trop grand pour être contenu.
Comme à chaque fois que j'entre en lui, sa chaleur m'accueille tendrement. Elle me baigne de la tête aux pieds tandis que je me noie dans l'or liquide de ses yeux. Je me sens complet, nos corps connectés sur tous les plans et s'épousant si bien l'un contre l'autre.
Sans autre forme de procès et dans l'anarchie la plus totale, je le prends au beau milieu de notre chambre, passionnément, lui soutirant de petits cris qui sont autant de mélodies à mes oreilles. Il gémit mon nom, le dos d'une main contre le visage comme pour cacher ce que je pourrais y lire.
Il me fait perdre le contrôle. Je le retourne, étendu sur le ventre dans les plis de son yukata ouvert, et lui ravage le dos au feu de mes lèvres, laissant par endroits des marques ingrates que je regretterai sans doute plus tard. Il semble arrivé au bout de ce que son enveloppe humaine lui permet car il m'offre alors un spectacle particulièrement excitant, son corps se tordant de plaisir pour moi seul, un fin voile de sueur couvrant sa peau de neige.
Je puise dans ses dernières forces et le fais jouir dans les pans de son vêtement, ma main plaquée contre sa bouche pour éviter qu'il n'alerte Juzumaru dans la pièce d'à côté. A la place, un gémissement étouffé se perd entre les lignes de mes doigts et Tsurumaru devient rapidement aussi léger et désarticulé qu'une poupée de chiffon sous mes assauts.
La chaleur de son corps est alors inimaginable et je le sens se contracter autour de moi, m'enserrant comme dans un étau. Lorsque je force le passage, la friction est si intense que je me sens perdre pied, un bourdonnement fiévreux emplissant mes oreilles.
Je laisse ma semence se déverser en lui, encore haletant. Ma nuque est moite, mes mains aussi. Je m'allonge contre lui à-même le sol. Il ramasse lentement la grue de papier qu'il était occupé à plier, la fait tourner entre ses doigts et après un moment de silence, d'une voix à peine audible, je l'entends me dire :
- "L'éternité à tes côtés."
Depuis deux semaines, je ne vis plus que pour le champ de bataille. J'accompagne systématiquement chaque départ des quatre équipes, ne rentrant à la Citadelle que pour manger et dormir entre deux expéditions. Je ne bois plus de thé sur l'engawa au beau milieu de l'après-midi, ni le soir, ni ne calligraphie ou prends le temps de lire mes recueils de haïku.
Quand je rentre le soir, Tsurumaru dort déjà une fois sur deux mais il prend toujours le soin de me laisser sur le kotatsu des beignets d'azuki ou des gâteaux au matcha. Quand je regarde son visage endormi, je peux y lire les traces fantômes qu'ont laissé l'abattement et l'inquiétude au cours de la journée. Tandis que je lui caresse une joue, je me dis que si je pouvais le convaincre que rien ne m'arrivera au combat, il ne serait sans doute pas aussi diminué.
Le problème avec la guerre, c'est qu'elle ne me permets pas de promettre quoi que ce soit à qui que ce soit.
Je repousse l'assaut ennemi d'un large coup de sabre, une flèche plantée dans l'épaule. Ma fatigue a commencé à se faire sentir dernièrement sur le terrain, mais c'est encore loin d'être suffisant pour m'arrêter.
L'équipe de Sohayanotsurugi, mon confrère de l'école Miike, est bien entraînée. C'est la cinquième fois de la semaine que je pars avec eux et ils ne font jamais défaut à mes attentes. Pourtant, Oodenta avait raison, les forces adverses ont nettement progressé, au point que nos soldats reviennent souvent blessés et que nous peinons à ne pas recevoir nous-même de coups.
Ce soir là, dans les environs de ce qui deviendra par la suite le Kyoto que nous connaissons, deux bataillons de Rétrogrades ont été envoyés simultanément, rendant notre percée difficile et risquée. Notre objectif est pourtant simple : protéger des démons l'armée d'Akechi Mitsuhide afin que ce dernier renverse Oda Nobunaga à Honnô-ji, comme il est consigné dans l'Histoire.
Les soldats sont en mouvement à quelques pas seulement de notre échauffourée, derrière un bosquet salvateur sans lequel nous aurions bien du mal à passer inaperçu. Il suffirait d'un contretemps, ou que les hommes se liguent avec nous contre les Rétrogrades pour que le fragile cours des évènements ne s'emballe et modifie à terme un élément important du scénario d'Honnô-ji.
Je cours intercepter l'ôtachi qu'un monstre allait abattre sur Hasebe, aux prises avec un duo de tantou. Nous sommes légèrement débordés mais nos membres les plus rapides parviennent à achever ceux que nous blessons dans notre sillage et leur nombre commence à se clairsemer péniblement.
- "Merci, Mikazuki-dono," me lance Heshikiri après s'être débarrassé des poignards qui le harcelaient.
- "Hn. Ne relâche pas ton attention."
Je force suffisamment sur mes bras pour retourner le coup de mon adversaire à mon avantage et lui tranche le corps de part en part. C'est à peine le temps qu'il faut à un Uchigatana pour me sauter dessus par le côté, me forçant à décaler ma posture et lui frapper brutalement les côtes.
Au milieu du chaos, un halo sinistre s'ouvre alors au-dessus de nos têtes, pendant que le combat fait encore rage et que nous commencions à peine à gagner du terrain.
- "Une troisième faille !" s'écrit Ichigo Hitofuri au loin avant de se replier vers son frère Yagen, acculé par un ennemi sous l'effet de surprise.
- "Ces salopards envoient du renfort," crache Sohayanotsurugi.
Près de moi, l'un des hommes aux ordres du sabre Miike rend son dernier souffle, transpercé par la lance du Chef Rétrograde que nous n'avons pas encore tombé. Le regard de ce dernier se plante dans le mien et il me charge l'instant d'après. J'entends Sohaya commander un regroupement immédiat, la voix presque masquée par les grognements du démon et le sifflement creux de son arme à mes oreilles.
- "Mikazuki !"
Je pare avec précision un coup destiné à m'être fatal et fais sauter la tête du Général comme un bouchon de champagne avant qu'il ne réplique, puis me détourne et court rejoindre l'équipe au moment où un unique guerrier descend de la faille dans le ciel, accompagné d'une foudre silencieuse.
A peine pose-t-il pieds à terre que son naginata rugit en brassant le vent. D'une poussée impressionnante, il traverse le groupe de Rétrogrades, les balayant presque sur son passage, et frappe d'un mouvement ample notre première ligne. Je recule juste à temps pour voir Yagen, Ichigo et Hasebe propulsés en arrière dans une gerbe de sang, leurs corps projetés au sol comme des fétus de paille.
- "Ghn.. C'est pas...possible," peine à grommeler Hasebe en se plaquant une main sur les côtes pour stopper l'hémorragie.
Je tourne la tête, la main sur la garde de mon sabre, et comprends vite la raison de sa détresse en rencontrant le regard d'Iwatooshi, campé devant nous comme s'il n'avait jamais disparu.
J'écarquille les yeux, aphone. Mes lèvres tentent de formuler des mots cohérents qui refusent de sortir, mais c'est déjà perdre trop de temps et mon comparse Sanjou s'élance déjà contre moi, prêt à frapper.
Sohayanotsurugi est le premier à réagir. Sa silhouette masque en un instant mon champ de vision et un fracassement métallique me fait reprendre pied avec la réalité. Doudanuki, notre quatrième tachi, bondit alors sur Iwatooshi et le repousse d'une salve de coups féroces dont les éclats s'élèvent au-dessus du terrain.
Je ne peux pas me laisser le temps de réfléchir. Le naginata qui s'oppose à nous et qui fait couler le sang de nos semblables ne peut pas être celui que j'ai connu. Ce ne peut être qu'une réplique. Creuse, à en juger son regard vide et l'absence d'expression sur son visage. Iwatooshi qui était si souriant aux côtés d'Imanotsurugi...
... n'est plus qu'une marionnette dansant sous mes yeux.
- "Mikazuki !" me lance Ichigo, redressé sur un genou et prêt à protéger Yagen au sol, "Les Rétrogrades !"
Je me raidis et jette un coup d'oeil derrière moi. Profitant de la diversion, les démons que nous affrontions jusqu'alors sont passés derrière nos rangs et se dirigent vers le bosquet et l'armée de Mitsuhide.
Notre priorité est l'état physique des membres de l'équipe, mais si notre objectif est à présent en péril...
Je m'élance à leur poursuite, laissant à Sohaya et Doudanuki le soin de se charger de la réplique de mon confrère Sanjou, aussi agressive soit-elle.
Dans les fourrés, mon long tachi devient un véritable handicap. Chacun des arbres représentant un obstacle dans lequel ma lame pourrait se ficher, m'exposant à une blessure potentiellement mortelle. Je rattrape les retardataires et leur transperce le dos sans perdre de temps. Bientôt, les lumières des torches me parviennent à travers la végétation et je commence à perdre l'espoir d'achever chacun des ennemis avant qu'ils n'atteignent les hommes.
C'est au moment où j'achève un yari à ma portée que le bosquet prend brusquement feu. Un rideau de flammes court et progresse rapidement dans les herbes folles et les buissons, attirant l'attention des Rétrogrades. Le battement est suffisant pour que j'en expédie trois autres en enfer et que la tête de file choisisse de modifier sa course, cherchant à contourner le brasier.
Ichigo me rejoint, mal en point mais encore capable de se battre.
- "J'ai laissé Yagen aux soins d'Hasebe. J'espère que ma petite diversion ne modifiera pas le cours de l'Histoire mais c'est ce que j'ai trouvé de mieux pour les stopper."
- "Ooh ? C'est toi qui a mis le feu ?"
- "Ne sous-estimes jamais l'efficacité d'un arc pour déclencher un incendie," me dit-il en trouvant la force de sourire.
Au lieu de lui demander par quel moyen il fut en mesure de mettre la main sur un arc et des flèches, je m'empresse de prendre avec lui en chasse les ennemis ralentis par les flammes. Nous les massacrons par chance jusqu'au dernier avant qu'ils n'émergent du bosquet, mais le brasier devra consumer ce qui reste de cette parcelle de terre jusqu'à ce que les autorités n'en soient alertées. Ce qui n'est plus de notre ressort.
Le calme est retombé comme un lourd manteau sur les environs. Je débarrasse ma lame du sang qui la souille et rengaine, les yeux dans le vague.
- "Cet ennemi," commence prudemment Ichigo de sa voix douce, "ce n'était quand même pas... ?"
Il s'attend à ce que je lui réponde, mais en vérité, j'ignore moi-même quoi en penser.
- "On devrait rejoindre les autres," dis-je à la place avant de prendre la route.
Il me suit sans un mot mais je sens son regard planté dans mon dos tout ce temps.
Quand nous retrouvons enfin les autres membres du groupe, le champ de bataille est désert. Yagen est soutenu par Doudanuki et Hasebe tient à peine debout mais serre les dents du mieux qu'il peut. Je note les blessures qui parsèment le corps des blessés. Des coupures béantes qu'ils tentent de masquer.
- "Il a filé," m'informe simplement Sohayanotsurugi, clairement ennuyé. "On prenait doucement l'avantage malgré nos blessures mais à un moment que rien n'indiquait, il a prit la poudre d'escampette et a disparu dans une autre de ces failles."
Ainsi ils n'ont pas pu l'achever. Pas même en s'y mettant à deux contre un.
A ce moment, j'ignore ce que je redoute le plus : le recroiser au détour d'un combat, ou l'explication du Maître.
A supposer qu'il en ait une.
Nous nous matérialisons dans la cour et Sohayanotsurugi sonne quatre fois la cloche rituelle pour signaler notre retour. Je suis encore plongé dans mes pensées, me repassant intérieurement le visage d'Iwatooshi sur le champ de bataille et les fragments de son naginata au début du mois. Quelque chose ne colle pas, peu importe la façon dont je me penche sur le problème.
- "WAH !"
Je trésaille sur le coup, redressant vivement la tête tandis que la bulle dans laquelle je m'étais enfermé éclate. Derrière moi, le rire de Tsurumaru retentit, chaleureux et insouciant.
- "Je t'ai eu, non ?" demande-t-il avec un grand sourire satisfait. "Désolé si c'était trop pour ton petit coeur fragile, grand-père."
Il porte sa tenue de travail habituelle et tient un carnet sous le bras. Son expression est si précieuse, gorgée de soleil et d'impétuosité, que je pourrais l'embrasser sur place. Si seulement les choses n'étaient pas aussi préoccupantes...
- "Tsuru.."
- "Hm ?" fait-il en remarquant à l'instant ma mine absente. "Y a un problème ?"
Les membres de l'équipe le regardent et c'est comme s'il ne s'en rendait compte que maintenant. Son sourire disparaît comme si un nuage venait de couvrir sa bonne humeur. Je le vois nous regarder tour à tour comme s'il nous énumérait mentalement et faisait un rapide bilan. En voyant qu'il ne manque aucun de nous, ses yeux se posent à nouveau sur moi, interrogateurs.
- "Je passe voir le Saniwa," lui dis-je.
J'aimerais lui dire de ne pas m'attendre pour dormir, étant donné qu'il est déjà tard, mais avec le reste de l'équipe derrière, ce serait prendre le risque de l'embarrasser. De toute façon, il réplique aussitôt :
- "Je viens avec toi, alors !"
Le Saniwa fait les cent pas dans son bureau, surveillé par Konnosuke dont les oreilles se sont couchées. La tension pèse sur les épaules de chacun tout le temps que dure son silence.
- "Cette histoire de réplique d'Iwatooshi," commence-t-il, un pli soucieux lui barrant le front, "ne me dit rien du tout. Je ne pensais pas qu'un Saniwa serait capable de faire façonner une copie et de lui donner vie."
- "Qu'est-ce que vous racontez ?" réplique Sohayanotsurugi, "Je croyais qu'on avait ici plusieurs répliques en lieu et place des originaux. Yamanbagiri et moi pour n'en citer que deux."
- "Tu as parfaitement raison, mais vous avez à présent un vécu et votre esprit s'est affirmé avec le temps. Que vous soyez ou non la réplique d'un sabre plus ancien n'y change rien. Par contre ce Tsukumogami que vous avez affronté..."
Je plisse les yeux. Il n'a pas l'air convaincu.
- "Il est impossible qu'une réplique d'Iwatooshi soit à ce jour suffisamment âgée pour être matérialisée. Ce serait donner corps à une entité non formée, vous comprenez ?"
- "Alors c'était quoi si ce n'était pas une réplique d'Iwatooshi ?" demande lentement Tsurumaru près de moi.
- "Je..."
Le Saniwa se mord la lèvre, l'air perdu, et ses yeux expriment une forme d'alarme à cette simple pensée.
- "Je l'ignore encore, Tsurumaru. Il faudrait que Konnosuke accompagne les prochaines expéditions et me fasse un scan complet de l'entité en question pour que je sois fixé."
Alors que nous ignorons où et quand il réapparaîtra, bien entendu. Les choses se corsent et ont un arrière goût amer.
- "C'est tout ce que je peux vous dire pour l'instant," déclare-t-il finalement en baissant la voix. "La quatrième équipe a bien travaillé, vous pouvez aller vous reposer à présent."
- "Et pour ce qui est de notre nouvel ennemi ?" demande Sohaya en fronçant les sourcils.
Le Saniwa contourne son bureau et s'installe dans son fauteuil. Ses doigts commencent à pianoter sur l'interface numérique affichée devant lui.
- "Ne le laissez pas vous faire de mal. Combattez-le sans retenue jusqu'à nouvel ordre."
Les membres de l'équipe hochent la tête, puis se dispersent pour prendre leur repas du soir. Je reste un peu plus longtemps dans le bureau avec Tsurumaru constamment dans mon ombre.
- "Mikazuki, j'ai dit que vous pouviez disposer."
Je m'avance, une question au bord des lèvres :
- "Pourquoi Iwatooshi et non Imanotsurugi ?"
Le Saniwa lève les yeux, perplexe.
- "Pardon ? Qu'est-ce que tu veux dire ?"
- "Je trouve la coïncidence un peu grosse, pour être honnête. Seulement deux des nôtres nous ont quitté et le hasard voudrait que l'un d'eux apparaisse quelques jours plus tard dans les rangs ennemis ?"
Notre hôte et Tsurumaru me regardent tous les deux, en silence. Je pourrais presque imaginer les rouages tourner doucement dans leur tête tandis qu'ils prennent un même air songeur.
- "Je vois où tu veux en venir, mais les restes d'Iwatooshi ont été placés dans le jardin près de ceux d'Imanotsurugi. Tu es le premier à le savoir. Un Saniwa n'aurait aucun moyen de ramener son esprit, c'est au-delà de nos compétences."
Je ne suis pas satisfait par la réponse. La vérité est quelque part, proche, à portée de la main, et elle nous échappe pourtant. Je sens qu'il suffirait d'un rien pour comprendre ce qui se passe avec le naginata Sanjou.
- "Demain, assignez-moi encore une fois à toutes les expéditions programmées," dis-je. "Je veux comprendre ce qui s'est passé pour qu'on en vienne à retourner nos armes contre des visages familiers."
Sur ces mots, je quitte le bureau, n'entendant qu'au dernier moment la voix du Maître soupirer :
- "Tu es en train de te surmener, Mikazuki..."
Je le sais bien, mais il n'y a rien d'autre que je puisse faire. Bien que j'inquiète probablement ceux qui tiennent le plus à moi, je ne peux pas m'arrêter en chemin.
Étonnamment ce soir-là, Tsuru n'était pas sur mes talons lorsque je me suis retourné.
