Salut !

Ce chapitre est assez court (à peine 3 000 mots) et c'est principalement du dialogue, mais il est absolument crucial. Je vous retrouve en bas :)

Disclaimer : j'ai beau mentionner JKR sur twitter, elle ne m'a toujours pas donné les droits à l'univers d'Harry Potter


Chapitre 8. Diplomagie 407 : gestion des relations entre Etats en conflit.

Elle allait s'assoupir, c'était certain. Entre la chaleur douce qui émanait de la cheminée, l'infini confort des coussins et le silence ininterrompu qui s'était installé entre eux, Hermione n'avait qu'une seule idée en tête : elle voulait dormir. Malefoy semblait s'apprêter à en faire autant. Sa barbe avait continué de pousser et ses vêtements n'avaient pas l'air d'avoir été lavés en plusieurs jours – son état ne s'améliorait pas, et Hermione s'en inquiétait.

- Prends une photo, ça durera plus longtemps.

- Qu'est-ce que tu veux que je fasse d'autre ? Tu ne dis rien et je suis sur le point de m'endormir, rétorqua-t-elle d'une voix lasse.

- Tu n'as pas tes huit heures de sommeil quotidiennes, Granger ? Ça s'annonce mal pour mon procès, ricana-t-il.

Elle lui jeta un regard noir mais ne dit rien. Elle n'avait plus le temps pour ses enfantillages, elle était beaucoup trop fatiguée pour s'en préoccuper. Entre son travail au Ministère, ses recherches sur le potentiel successeur de Grindelwald et ses rendez-vous avec Malefoy, c'est à peine si elle trouvait le temps pour respirer. Elle survivait avec à peine trois heures de sommeil chaque nuit et un environnement comme celui du cabanon était propice à une petite sieste.

- Je te fatigue à ce point ? Allez Granger, j'essaie d'être sympa.

- Je n'ai pas que toi dans ma vie, Malefoy, cracha-t-elle en réponse. J'ai un emploi qui occupe tout mon temps, et en plus je dois baby-sitter un enfant de 23 ans. Tu m'en vois désolée si je ne me montre pas plus enthousiaste que ça.

- Tu sais autant que moi que si tu croules sous le travail, c'est que t'adores ça. Je parie que tu demandes constamment à ton patron de t'assigner à de nouveaux cas.

Elle soupira. Il n'avait visiblement aucune idée de ce qu'elle traversait – et il était vrai qu'il ne pouvait pas savoir, mais elle refusait d'admettre qu'elle puisse faire preuve de mauvaise foi à son égard. Il n'avait qu'à savoir, un point c'est tout.

Face à son absence de répartie, Drago fronça les sourcils. Il n'aurait jamais pensé que Granger pouvait être fatiguée au point d'ignorer ses piques. Quelque chose n'allait pas, et il était persuadé que c'était plus complexe que son travail ou le procès du 20 décembre.

- Allez, Granger, parle-moi. Dis-moi ce qui ne va pas. A qui voudrais-tu que j'aille le raconter ? Je suis enfermé ici, et à part Blaise, je ne vois que toi.

- Tu voudrais pas te taire et me laisser piquer un somme ? Ce fauteuil est d'un confort incroyable, je me vois bien y dormir une ou deux heures.

- Granger ! Tu crois que j'ai envie de t'entendre ronfler pendant que je m'emmerde ? Pas question ! On va parler. Je te paie pour ça, après tout.

- Zabini me paie.

- Oui, pour que tu sois à mon service !

- Pour que je te défende face au Magenmagot. J'ai seulement accepté de venir pour que tu sois au top de ta forme le jour du procès. Mais vu la barbe que tu traînes et les vêtements que tu ne laves pas, je dirais que ce n'est pas un succès, alors quitte à être là, j'aimerais que ça serve. Et ce qui me serait vraiment utile là, tu vois, c'est une petite sieste, répondit-elle en fermant les yeux.

Elle l'entendit se lever et sortir. Tant mieux, il a compris, se dit-elle en sombrant dans un sommeil léger. Elle ne put cependant pas en profiter très longtemps, puisque, quelques instants plus tard, elle sentit une main lui secouer l'épaule.

- Granger, eh, Granger, réveille-toi. Tu baves.

Elle se frotta les yeux, les rouvrit, et se retrouva nez à nez avec un Malefoy rasé et frais comme un gardon. Il avait aussi changé de vêtements, ayant troqué son jogging sale pour une chemise et un jean noir qui sentaient la lessive.

- Qu'est-ce que tu as fait ?

- Des efforts. On peut parler, maintenant ? Je m'ennuie et tu es là pour me distraire, non ?

Il la vit sourire et il sut qu'il avait pris la bonne décision. Elle avait eu raison, après tout – ces rendez-vous ne leur étaient d'aucune utilité s'il ne remplissait pas sa part du marché. Il devait avouer que cette propreté retrouvée était agréable – pas qu'il le dise un jour à voix haute. Donner raison à Granger, et puis quoi encore ?

- Bon, très bien. Tu veux parler de quoi ? On a déjà couvert ta défense, Poudlard est un sujet que je refuse d'aborder, et j'estime qu'en-dehors de ça, on n'a absolument rien à se dire.

- Tu pourrais me dire sur quoi tu travailles en ce moment.

- C'est confidentiel.

- Dis-moi ce qui n'est pas confidentiel ! Merde, Granger, même savoir si le café du Ministère est dégueulasse me satisferait. J'ai besoin qu'on parle, même si ça concerne des sujets aussi ennuyeux et barbants que la coiffure de ton patron.

- Pourquoi tu ne parles pas à Zabini ? C'est ton ami.

- Je n'ai pas besoin d'un ami, j'ai besoin de quelqu'un qui me stimule intellectuellement et qui garde mon esprit acéré. Si je voulais m'occuper avec des choses triviales, je pourrais faire à peu près n'importe quoi au manoir. Mais ce qui me stimule, ce qui me fait réfléchir, c'est de parler avec toi.

- Serait-ce un compliment ? dit-elle, un sourire amusé aux lèvres.

- Peut-être bien. Qu'est-ce que ça change ? Je suis déjà à ta merci, Granger. Je dépends de toi pour ma survie depuis plusieurs semaines, alors notre rivalité peut bien aller au diable.

- Je n'aurais jamais pensé que ton orgueil et ta dignité de Malefoy te laisseraient un jour dire un truc pareil. Je pensais que même au fond du trou, un Malefoy n'abandonne pas sa dignité.

- Te parler signifierait l'abandon de ma dignité ? Tu n'as pas une sacrée estime de toi, Granger, je m'étais habitué à mieux.

Elle éclata de rire. Ce qui se déroulait entre eux était étrange, indéfinissable et inhabituel. Elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus ou à en comprendre les tenants et aboutissants. Rien dans cette discussion n'avait du sens – que ce soit la capacité de Malefoy à rire avec elle plutôt que d'elle ou encore la complicité qui s'installait entre eux. Elle avait l'impression de faire face à un vieil ami – et parallèlement, elle n'oubliait pas leur passé houleux. Il restait là, figé dans l'ombre, prêt à bondir au moindre malaise, mais se tenait coi pour le moment, leur donnant l'occasion de le mettre de côté et de se faire oublier, même temporairement.

- Rentre chez toi, Granger, tu as besoin de sommeil. Je te revois dimanche ?

Elle hocha la tête et rentra chez elle.

Cependant, une fois rentrée, elle se remit immédiatement à travailler. Le complot qui se préparait à travers l'Europe ne pouvait pas attendre – elle ne savait pas qui était au courant, et elle avait l'impression d'être seule à lutter contre un ennemi invisible. Elle se remémora avec tendresse les nombreuses fois où elle avait lutté aux côtés d'Harry et Ron et une vague de chaleur nostalgique envahit son corps. Les propos de Ginny lui revinrent en tête et elle sortit son portable pour envoyer un texto à Harry.

Hermione : tu me pardonnes ?

Harry : oui, je te pardonne Hermione – mais on doit quand même en parler.

Hermione : je comprends. Je peux t'appeler ?

Harry : on déjeune ensemble demain, plutôt ? Je suis crevé là.

Hermione : super, à demain ! Je te retrouve au Chaudron Baveur à 13h.

La jeune femme se remit à travailler, un sourire attendri flottant sur ses lèvres le reste de la soirée. Elle allait retrouver un de ses meilleurs amis, c'était une bonne soirée en tout et pour tout.

Hermione tortillait une mèche de ses cheveux depuis dix minutes, impatiente et nerveuse à l'idée de voir Harry. Elle avait peur que leur discussion prenne la même direction que la dernière fois qu'ils s'étaient parlé. Tom déposa une tasse de café et un sandwich devant elle, et elle lui répondit avec un sourire.

- La même pour moi, Tom, entendit-elle soudain.

Harry apparut et prit place devant elle, un sourire accueillant aux lèvres.

- Je t'ai pas trop fait attendre ? J'ai eu un petit problème urgent qui m'est tombé dessus au dernier moment, s'excusa-t-il.

- Non, ne t'inquiète pas ! Un problème au bureau des Aurors ?

- Oui, mais rien de grave, juste un sorcier qui a fait de la magie devant un moldu. C'était accidentel, mais il fallait s'en occuper rapidement et envoyer des Oubliators sur place, enfin tu connais la procédure.

Elle acquiesça et prit une bouchée de son sandwich. Elle la mâcha lentement avant de prendre la parole.

- Bon, on devrait peut-être parler. De… enfin, tu sais de quoi je veux parler.

- De Malefoy ?

- Oui.

- Vas-y, je t'écoute.

- Je sais pas où commencer, Harry. Je ne sais pas comment expliquer que je n'ai pas fait ça pour Malefoy, par amour pour lui ou parce que j'ai un bébé avec lui, comme le pense Ron. Je l'ai fait parce que mon sens de la justice ne présente pas d'exceptions et je ne pense pas que Malefoy mérite la mort. C'est tout.

Elle prit une pause et observa son ami. Son visage ne semblait pas traduire de colère.

- Je comprends, Hermione. J'ai eu du mal à comprendre mais je te connais et j'aurais dû comprendre dès le début.

- Tu me pardonnes ?

- Bien sûr, répondit-il avec un sourire.


- Malefoy, je t'ai demandé d'être propre, pas de forcer sur le parfum, dit Hermione en se pinçant l'arête du nez.

- Tu me fatigues, Granger. Je suis chez moi, je fais ce que je veux. Du thé ?

- Si tu ne l'as pas fait à partir de ce parfum, volontiers.

Il secoua la tête d'un air désapprobateur en la servant.

- Bon, sur quoi tu travailles ?

- Je t'ai déjà dit que c'est confidentiel ! s'offusqua-t-elle. Mêle-toi de tes oignons, Malefoy.

- Je suis sûr que c'est passionnant. Tu pourrais partager, quand même. J'ai lu l'article sur l'affaire Taylor, tu t'occupes de cas intéressants, et tu ne me laisses même pas des miettes d'information.

La mention de la famille Taylor fit retomber le sourire d'Hermione et lui donna même envie de pleurer. Elle pinça les lèvres pour empêcher les sanglots de la secouer, mais laissa quand même échapper quelques larmes.

- J'ai fait quelque chose qu'il fallait pas ? Granger, ça va ? demanda Malefoy, un air inquiet affiché sur son visage.

- C'est rien, dit-elle en essuyant ses larmes.

- Non ! J'ai besoin d'une avocate au meilleur de sa forme pour mon procès, alors tu vas me dire ce qui ne va pas, tout de suite.

Le retournement de rhétorique arracha un sourire à la jeune femme. Pouvait-elle lui en parler ? Après tout, il était enfermé dans ce sombre manoir et il n'avait personne à qui s'adresser. Et puis, songea-t-elle, il savait peut-être quelque chose qui pourrait l'aider à déterminer l'identité du successeur de Grindelwald.

- Si je te raconte ce qui se passe, tu dois promettre de le garder pour toi, Malefoy. Même Zabini ne peut pas savoir, c'est clair ?

Il lui lança un regard surpris et inquisiteur.

- C'est promis.

- Le cas Taylor…, commença-t-elle, n'est pas, comment dire ? Un cas unique. C'est le travail d'un mage noir qui a un projet beaucoup plus grand et infiniment plus complexe.

- Mais… je croyais que c'était des moldus qui avaient enlevé l'enfant ? rétorqua Malefoy.

- Attends, laisse-moi finir. Tu te souviens des actions de Grindelwald ? On les avait étudiées en histoire de la magie. (Elle vit à son regard qu'il ne se souvenait pas d'un traître mot des cours de Binns.) Bon, en gros, pour rallier les sorciers à sa cause, Grindelwald a encouragé les moldus à enlever des enfants sorciers et à les sacrifier. C'était pour lui un bon moyen de donner aux sorciers l'envie de lutter contre les moldus et de demander la levée du secret magique. Grindelwald est mort, mais son plan avait plutôt bien fonctionné dans certains pays, notamment la Roumanie, qui est infestée de vampires. Et je soupçonne un sorcier de raviver cette tradition dans le même but. Après le procès Taylor – qui, comme tu t'en souviendras, s'est déroulé face à un tribunal moldu – j'ai reçu des menaces par parchemin. Quel moldu me menacerait par parchemin ? Et pourquoi des sorciers m'en voudraient-ils d'avoir défendu une famille sorcière, à moins d'avoir orchestré cet enlèvement ?

Elle s'arrêta pour reprendre son souffle. Elle avait tout énoncé d'une traite, empressée de donner à Malefoy tous les éléments pour qu'il ne la prenne pas pour quelqu'un d'irrationnel ou de naïf.

- Ça me semble plausible, répondit Malefoy après un silence qui avait semblé durer une éternité.

- Vraiment ? Je pensais que personne ne me croirait.

- J'ai dit que c'est plausible, pas que les gens te croiraient. Mais tu es brillante et la plupart des gens ne le sont pas – donc ce n'est certainement pas une preuve. Je te crois, moi.

- Et tu aurais une idée de qui ça pourrait être ? Tu connais tant de familles de Sang-Pur, je n'ai pas beaucoup de connaissances sur ce sujet, avoua-t-elle en rougissant, honteuse de manquer de connaissances sur un sujet, quel qu'il soit.

- Je pense que ça pourrait venir d'un Sang-Mêlé ou d'un né-moldu, tu sais. S'il s'agit d'agir dans l'intérêt des sorciers, de tous les sorciers, la primauté du sang n'est peut-être pas une priorité pour ce sorcier. Je pourrais me tromper, évidemment… mais Grindelwald ne partageait pas les idéologies de Voldemort et tu décris quelqu'un qui se veut dans la lignée de Grindelwald, pas dans celle de Voldemort.

- Et bien, tu vois, je ne suis pas d'accord. J'ai lu un article d'Atkins sur la présence du fascisme dans le monde sorcier et il me semble que les deux phénomènes ne soient pas mutuellement exclusifs et qu'ils pourraient tout à fait exister l'un à côté de l'autre. D'abord, la domination sorcière sur le monde moldu – et ensuite, l'institution d'une hiérarchie au sein de la classe sorcière, comme projetée par Voldemort et ses suiveurs. Tu ne vas pas me faire croire que la mort de Voldemort a signifié la mort des idées sur la pureté du sang. Je n'ai pas encore eu l'occasion de réfléchir à tous ces éléments et à comment ils s'imbriquent, mais je suis certaine qu'une dérive autoritaire laisserait la place à beaucoup d'autres.

Le silence prit place dans la pièce. Malefoy avait l'air pensif, comme s'il absorbait tout ce qu'Hermione venait de lui déballer.

- Je pense que c'est le moment de te demander pardon, finit-il par dire.

- Pourquoi ?

- Pour tout ce que je t'ai fait… à cause de ton sang. Je veux dire… on est dans le vif du sujet, alors c'est maintenant ou jamais. Je ne m'attends pas à ce que tu acceptes mes excuses, mais je suis sincèrement désolé. Et si une nouvelle guerre visait à se déclarer, je me rangerais de ton côté.

- Tu dis ça parce que tu as été attrapé ?

- Non. Enfin, de manière indirecte, oui. Ça m'a donné l'occasion de réfléchir, de comprendre l'horreur de mes actes. Travailler avec toi m'a fait réaliser à quel point j'ai été un petit con, retourner ici m'a fait comprendre à quel point je déteste ma famille et ses valeurs. C'est mon arrestation qui a permis ça, mais je ne suis pas désolé parce que j'ai été arrêté. Je suis désolé parce que j'ai mal agi et que j'estime que tu mérites des excuses sincères.

- Je suis touchée, Malefoy. Laisse-moi y réfléchir, d'accord ? Je ne suis pas encore sûre d'être prête à accepter, même si tu commences à me prouver que tu as changé et que tu n'es plus l'adolescent imbu de lui-même qui était prêt à nous tuer dans la Salle-sur-Demande.

Il acquiesça et but une gorgée de son thé, laissant le son du liquide coulant dans sa gorge remplacer le silence qui animait la pièce.

- Je vais y aller, d'accord ? J'ai encore beaucoup de travail et j'aimerais avoir une vraie nuit de sommeil, pour une fois.

- Rentre bien, Granger. Et à mercredi.

Malheureusement, le rendez-vous du mercredi n'arriva jamais, car aussitôt qu'Hermione mit un pied chez elle, une main gantée se plaqua sur sa bouche, transplanant avec sa captive, et laissant derrière un bout de parchemin sur lequel était écrit :

La curiosité malsaine aura eu raison d'elle.


Hin hin hin bonne journée surtout ! :) :) :) :)

Laissez-moi une review et je serai peut-être rapide à vous fournir une suite… sait-on jamais !