FG - Chapitre 8
Beaucoup de choses là dedans, ça avance autant du coté de India que de Stéphane.
Bonne lecture!
La conférence finie, nous sortons tous en rangs comme lorsqu'on est entrés. C'était plus intéressant que je pensais et on en parlera en cours demain avec Pince. Pour une fois, elle pourra rien me dire puisque j'ai tout suivit. Et paf dans sa face! La sœur de India discute avec la dame, sans doute qu'il veut l'attendre? Du coup je pars devant tranquillement, de toute façon, Marnie est avec ses copines et ma bande est dispersée. N'ayant plus grand chose à faire, je suppose que je vais simplement rentrer... Philippe est encore à la fac, mes parents au travail alors j'aurais une paix royale. Tant d'info... Enfin, ce n'est qu'une conférence alors y'a rien de particulier à craindre par la suite. Je deviens parano, faut que je me calme...
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Une annonce retentit alors que j'allais discuter un peu avec Stéphane puisque Amy est une grande fille.
- Ici la déléguée principale du lycée, j'ai l'autorisation du personnel pour m'adresser à vous: pour ceux dont les téléphones captent internet, allumez les tout de suite, regardez les informations, pour les autres, la télévision de la salle audiovisuelle est disponible, merci de votre attention.
Surpris, j'imite mes camarades tendant l'appareil à mon ami pour que nous voyons ensembles ce qui se passe, Amy s'est rapprochée de la conférencière qui imite la plupart des élèves, Kai au centre d'un groupe pousse une exclamation, son visage se décompose...Ho...Non... Mon doigt coulisse sur une application actualités, je choisis Français, la chaîne nationale s'affiche, un présentateur apparaît.
- Résumons les faits, il y a maintenant une heure que le centre de recherche universitaire de Versailles Saint Quentin en Yvelines a plusieurs de ses bâtiments touchés par une attaque terroriste, laquelle a été revendiquée par le fameux groupe écologiste radical Cernunnos qui avait déjà fait parler de lui il y a quelques temps suite à l'explosion d'un laboratoire en région Parisienne.
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Je fais les yeux ronds en voyant les informations défilées. Bon dieu! Ça me fait flipper, Quentin, le cousin de Marnie, n'habite pas si loin que ça avec son copain... Je cherche ma blonde des yeux et je la vois en train d'appeler quelqu'un. Sans doute lui... J'espère qu'il va bien, j'adore ce type et je ne veux pas qu'il lui arrive un truc... Le présentateur des infos annonce également que la région dans une cinquantaine de kilomètres passe en plan Vigipirate. Ce qui fait que Sénart est dedans. Et vlan! C'est vraiment effrayant... Des terroristes quoi! On voit ça dans les films se dit-on... Je me rappelle alors que India a déjà vécu une histoire avec des bombes et toutes les joyeusetés et je le regarde avec interrogation pour savoir si ça le secoue beaucoup ou si ça va...
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Un décor noir apparaît devant l'écran, ils diffusent le message du groupe devant tout le monde, ils n'ont pas peur? Il faut croire que non...Je sens...Que je vais vomir... Maman...Papa...
- Habitants du Monde considérez ce ci comme des avertissements, la Terre est Furieuse, nous sommes nés de sa colère et de son envie de révolte. Le Jour viendra... Les Pêcheurs se reconnaîtront, la Lame de Némésis...
De rien plus que ce discours effrayant, pas de fond, ni musique, mise en scène, du noir, une voix complètement déformée, par plusieurs appareils sûrement... Je sens mes jambes me lâcher...Ca recommence... Mes yeux rencontrent ceux de ma famille, ma sœur ne réalise visiblement pas le danger, elle pose des questions à l'ethnologue, mon frère lui paraît avoir compris... Ma propre voix s'étrangle dans ma gorge alors que je veux parler.
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Le message aussi fait grave flipper... Dans le genre froid glacial, y'a pas mieux. India n'a pas l'air bien, machinalement je tends le bras pour le passer autour de sa taille et le retenir. Étant le seul en dehors de sa famille à savoir leur secret...
- India, ça va aller...?
Je le soutiens comme je peux, je devine sans mal que ça ne va pas évidemment, c'est gravé sur son visage.
- Essaye de te calmer, d'accord?
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Je hoche la tête, respirant par à coups, j'ai presque failli en lâcher mon portable...Ces activistes avaient commencé à se faire connaître aux États-Unis où ils signaient sous ce nom: Cernunnos, puis ils sont arrivés en Europe... Ma main cherche la sienne pour la serrer avec force, j'aimerais quitter le lycée, m'enfermer quelque par où je me sens à l'abri, en sécurité... Chez Stéphane par exemple, j'aime l'ambiance qui y règne... Je me compose un sourire peu convaincant mais qui suffira au commun.
- Je peux venir chez toi...? J'ai pas envie du tout de voir...Qui tu sais...
Il devrait deviner de qui je parle.
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Ça ne me dérange même pas de sentir sa main dans la mienne et je suis d'accord pour l'emmener chez moi. Là bas, on sera tranquille et j'appellerais Marnie après pour savoir si Quentin va bien.
- Je comptais rentrer de toute façon alors viens, ce n'est pas un problème.
Qui je sais? Son frère, cette femme étrange? Peut-être. Je suis moi-même un peu confus. Je préviens par texto que je rentre de suite même si je sais qu'elle est bien préoccupée ma demoiselle et sans plus réfléchir, je prends le chemin de la sortie mais pas par la grande porte, celle de derrière près du garage à vélo. Alors que je marche jusqu'à l'arrêt de bus, sa main est toujours dans la mienne...
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Je vais rapidement prévenir mes aînés, puis je le suis, ayant entre temps caché le geste pour ne pas qu'il se pose des questions. J'éprouve soudain le besoin de me confier à mon camarade quand nous atteignons la station de bus, comme il n'y a d'ailleurs personne. Je m'assoie.
- Tu sais Sparte...Le garçon du groupe qu'on a vu dans le clip la dernière fois quand on est allés déjeuner ensembles...C'est mon ex petit ami...
A quoi ça avance qu'il le sache? Rien, juste besoin de parler, de révéler ce qui ne portera pas préjudice, marre de me cacher, les secrets, les mensonges, dont j'ignore où ils mènent...C'est épuisant...
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Je m'assois à coté, on a une dizaine de minutes de libre avant que le transport en commun n'arrive. De quoi papoter donc. Oh, son ex... Un mec donc. Il est gay? Il semblerait.
- Ah... Et ça ne s'est pas bien fini. Du moins, je le comprends comme ça mais je me plante peut-être.
Je fais travailler ma mémoire pour me rappeler la tronche de ce Sparte. Plutôt beau gosse je crois... Le genre de type qui peut attirer assez facilement filles et garçons je suppose.
- Il est plutôt beau je suppose. Et il chante bien même si c'est pas trop mon style de musique.
Banal comme la pluie mais je ne vois pas trop quoi dire d'autre pour le moment.
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- C'est sa nouvelle copine la chanteuse, Anatolie, c'est son nom de scène, le groupe s'appelle ANTIC, donc ils ont joué là dessus... Et disons que y a pire mais y a mieux niveau rupture...
Le vent souffle, m'obscurcissant la vue, je vois des mèches danser chaotiquement devant mes yeux. Il y avait aussi Perse, une fille particulièrement silencieuse, plongée les trois quart du temps dans un bouquin, sans oublier Lusitanie, le nom qu' a autrefois porté ce qui se nomme de nos jours Portugal, un garçon super organisé qui jouait du peu que j'ai cru comprendre le rôle de sa mère chez lui, la sienne depuis le divorce n'ayant plus de temps. Penser à tout cela me ramène à Palikir, Samoa, Comores... d'autres enfants d'ambassadeurs et de diplomates avec qui j'ai grandi...
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- Je suppose que oui.
Ah c'est d'une platitude! Je le regarde, comme pour essayer de trouver un truc potable à dire. Pour mieux le voir, je repousse un peu ses cheveux et les cale derrière son oreille, lui souriant un peu, comme pour m'excuser d'être aussi familier. Pour meubler le vide, je décide de parler de ma propre vie sentimentale. Assez vide elle aussi en fait mais bon...
- Je n'ai jamais eu de vraie relation. Je suis amoureux de Marnie, je l'aime comme un dingue en fait mais... Elle veut pas de moi. Pas faute d'essayer mais ma jolie blonde ne m'accepte pas comme étant autre chose que son meilleur ami ou une sorte de frère. La friendzone ça craint un max.
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Ça ne me dérange pas, il me rassure d'une certaine manière, il est l'aspect sécurisant, stable du désordre dans lequel je me noie sans pouvoir lutter, je pousse pour remonter vers la surface, or un poids inconnu m'entraîne loin, bien au fond de cette noirceur dont je cherche à trouver le sens...
- Ha...C'est dommage qu'elle ne t'aime pas...D'un coté les sentiments, on peut les simuler mais pas les provoquer, les victimes des prises d'otages par exemple, n'aiment pas leur bourreaux quoi qu'elles disent juste qu'ainsi la réalité paraît plus supportable. Nous avons la capacité de moduler la réalité quand celle ci est impossible à accepter quand on ne sent plus capable d'y faire face.
Je suis repassé en Anglais, j'ai plus de facilités à m'exprimer dans cette langue car je la parlais au quotidien avant avec pratiquement tout le monde...
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Heureusement, il ne semble pas se vexer de mes manières un peu cavalières. Tant mieux et pour en revenir au sujet...
- Je ne veux pas la forcer, d'ailleurs je me prépare psychologiquement à laisser tomber l'affaire. Je me laisse encore un peu de temps mais je sais que je dois abandonner, à ce rythme on risque de se faire du mal... Et ça sera par ma faute alors je préfère pas trop tirer sur la corde.
Voilà que je bavasse sur ma vie fade et sans intérêts. Avec de la chance, ça va distraire un peu India de ses soucis. Je doute que ça marche longtemps mais toujours mieux que rien.
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A sa place, j'aurais oublié au premier "non", au pire attendu une possible étincelle mais Stéphane a tout des gens obstinés, ce qui n'est en soit pas une mauvaise chose. Je me doute que cesser d'espérer va être difficile, surtout s'il essaye de devenir plus proche d'elle depuis plusieurs années consécutives.
- Tu as raison, il faut éviter de forcer dans ce type situation, c'est d'ailleurs ce qui donne lieu aux obsessions érotomanes chez certains/certaines.
Je dois donner une de ces images à jouer les professeurs de faculté...Enfin, ça me détend... Là, je me surprends à sourire, signe que mon mal être disparaît avec les minutes.
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Je souris un peu, mon sourire Colgate reste au placard. Tant pis. Aborder le sujet Marnie est toujours un peu compliqué pour moi.
- Je suis obstiné mais pas obsessionnel... Pas envie que tout finisse mal. C'est pas si terrible d'avoir un cœur brisé, on s'en remet.
J'essaye de parler avec désinvolture mais le dire à voix haute donne une réalité amère à mon échec complet et total. Un ratage magistral! Bref, c'est chiant. C'est triste aussi... Mais j'enterre tout ça au fond de mon esprit et je me lève en entendant le bus qui a un peu d'avance.
- On va pouvoir bouger!
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- Ca tombe bien...Je recommençais à avoir froid. Ai je dis en me levant content à l'idée de m'abriter de cet air glacial.
Nous montons dans les transports en commun, le sujet principal des gens, les terroristes, difficile d'y couper, les média relayent l'information partout, ce qui les étonne est le faible nombre de morts, ces bombes semblaient viser surtout les bâtiments et quelques gradés, suppose une femme enceinte à un homme du troisième âge. Je me pelotonne dans mon siège, chaleur...Comme le bleu des eaux me manque...J'adore ça en plus me baigner, mais ici...
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Assit à coté de mon ami, j'entends les commentaires et soupire. Je sors alors mon casque, d'un rouge pétant assorti à mon portable, et le lui met sur les oreilles. J'ai envie de lui changer les idées et je mets la playlist en route. Celle des musiques du monde. Je me sens un peu gêné quand je vois que c'est la musique "India" qui se met en route... Je crois que je rougis légèrement mais tant pis. Sans même écouter, j'ai l'air qui joue dans ma tête.
"Chak de, oh, chak de India! Nowhere to run, nowhere to hide, this is the time, let's do or die"
En gros, une chanson bien rythmée du genre Bollywood qui disait qu'il fallait rester fort et des choses du genre. A part cette unique phrase en anglais, tout le reste est en hindi alors je n'en suis pas sûr à 100 %
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Je le remercie avant de me laisser porter par l'air, je ne comprends presque rien mais c'est engrainant, ça donne envie de danser, je me rappelle de la jeune Hindou qu'on a accueilli une fois chez Comores, elle nous avait montré un film comme celui ci. Ça traitait d'une fille de Brahman voulant épouser un garçon d'une classe inférieure à la sienne, pas un Intouchable non plus, ils devaient faire face à de nombreux soucis avant que le père, finalement convaincu ne décide que ce n'était pas si grave que sa fille épouse une personne de petite caste. Ce type de production, il s'en tournent à la chaîne, il paraîtrait que c'est une véritable usine. Je fredonne, me demandant quand même ce que raconte cette chanson.
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Je crois d'ailleurs que c'est la bande originale d'un film... Je le laisse écouter, d'autres trucs se mettront en route. Du russe, de l'italien, de l'espagnol, de l'allemand, du créole... J'ai vraiment un tas de trucs là dedans. Et j'en connais la plupart, je retiens bien les langues si je prends le temps de les apprendre. Les deux chansons turque et grecque sont mes préférées. Avec India. La chanson, pas lui. Enfin je l'aime bien aussi mais... Rah! Je m'emmêle les pinceaux même dans mes pensées c'est pas croyable. Du coup j'essaye de me vider la tête en fredonnant "Istambul" tout en regardant par la fenêtre. Deux arrêts et on pourra descendre.
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Je reconnais sans mal la plupart des langues, je sais dire bonjour, merci, au revoir et désolée dans un assez grand nombre d'entre elle, nos parents nous disait que savoir au moins ces quatre mots là faisaient non seulement plaisir à leurs invités mais permettait déjà de se débrouiller en grande partie dans un pays où l'Anglais ne se parle pas tellement. En entendant du Grec à la fin, mes pensés vont à présent vers la fratrie Ioannis, leurs parents, d'importants milliardaires Crétois travaillaient justement avec ma famille. Leur mère est une politicienne de renom, leur père un homme d'affaires avisés avec qui le mien s'entendait très bien...Pourquoi tout me ramène à cette période? Les bombes...Oui, voilà...
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Ah, on arrive plus vite que je le pensais. Je tapote l'épaule de India et me faufile à travers les passagers pour descendre. Une fois qu'on est tous les deux sur le trottoir, j'avance tranquillement vers ma petite demeure mais néanmoins bien confortable. Qu'il garde mes accessoires pour le moment ce n'est pas bien grave, il me les rendra après. Je déverrouille la porte d'entrée et laisse le passage à mon invité, refermant derrière lui ensuite.
- Fait comme chez toi. Tu veux boire un truc chaud?
Cela dit, j'enlève manteau et écharpe, posant mon sac de cours dans un coin.
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Je retire le casque, éteint l'appareil pour lui redonner, à sa proposition je réponds par le positif.
- Oui un chocolat chaud et il est quelle heure s'il te plaît?
Stéphane est décidément tellement gentil, que j'ai de la chance d'avoir eu quelqu'un comme lui à coté de moi, j'aurais pu tomber sur une personne avec laquelle je ne m'entendrais pas du tout. Je reste dans le vestibule, ignorant si je peux ou non m'installer sur le canapé, tant que je n'ai pas son autorisation, je ne prendrai pas l'initiative tout seul, je n'ai pas été éduqué avec ces principes là.
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Je prépare donc ce qu'il demande et en fait un pour moi. Je rajoute quelques gâteaux parce que j'adore ça. Si Phil était là, il me saoulerait encore avec sa balance diététique et tout le patatra. Je nous concocte donc un petit plateau repas digne d'un bon goûter.
- Aux alentours de 16 heures. Tu dois rentrer vers quelle heure?
Je me rappelle bien que leur nouveau chien de garde est aussi aimable qu'une porte de prison et je ne tiens pas à ce qu'il se fasse enguirlander. Je passe donc pour aller m'asseoir sur le canapé et pose la nourriture sur la table basse. Je souris à mon invité et lui fait signe de venir.
- Viens, je t'ai dit que tu pouvais. Aller.
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Je m'installe, à sa question je hausse les épaules, là honnêtement, je m'en fous mais à un point...Elle criera quand même cette espèce de névrosée: non je ne l'aime pas, elle ne fait rien pour être apprécier aussi, pour se montrer aimable, ou juste potable... Si elle croit que notre situation nous amuse? Ça a clairement l'air de la... Déranger, pourtant l'Agence la paye pour notre protection non! Telle l'expression populaire, cette Turque me ressort par les yeux... Sa jumelle aurait été plus agréable, j'en ai la certitude.
- Sans importances, je suis fatigué là...Je prends une...Comme dites vous: je fais une Pause...
J'attrape un gâteau au chocolat puis je croque dedans, ta famille arrive à quel moment?
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Je lui ébouriffe les cheveux et lui dit de bien profiter de sa pause ici, il peut rester autant qu'il veut. Hop, une petite part de tarte aux pommes et au miel. Trop bon ~
- Phil devrait rentrer dans pas longtemps. Quand il aura fini la fac quoi.
Je fini mon grignotage puis boit quelques gorgées de chocolat chaud. Ça fait du bien. Pelotonné sur mon coin de canapé, je songe à parler à Vincent plus tard, par curiosité même si je connais le refrain «Stéphane pour l'amour de Dieu, arrête de te mêler aux trucs potentiellement dangereux» Même si pour le coup, le danger était réel bien plus que potentiel. En tant que lycéen lambda, je ne sers à rien même en otage je vaudrais que dalle donc je suis assez relax en fait. A peine une demi-heure après, le goûter est fini ou presque, la porte s'ouvre à nouveau et la voix de mon frangin se fait entendre.
- Steph! T'es là?
- Ouais! La porte serait pas ouverte sinon.
La grande gigue blonde qu'il est débarque dans le salon et il se penche pour m'embrasser le front et je le repousse par habitude. Je n'ai plus quatre ans!
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Je finis le lait, sors un mouchoir au cas où j'aurais des traces au coin des lèvre ou sur le visage, je me l'essuie espérant ne pas débarquer comme un cheveu sur la soupe, je dois dire quoi? Pas monsieur déjà. Alors je ne retiens que les salutations d'usage, assez froides.
- Bonjour...
Mon esprit fonctionne à plein régime, je me lève, un peu à la manière d'un militaire devant son supérieur, tant que je ne fais pas le salut, ça devrait passer. Je regarde mon ami qui doit percevoir ma gêne. J'envisagerais de me cacher dans mon écharpe...Ha quelle plaie!
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Philippe sourit et prend mon ami par les épaules pour lui claquer une bise avant de repartir dans l'entrée pour poser ses affaires. Je fais rasseoir India et lui dit que ce n'est pas la peine d'être si pincé avec mon frère qui est, comme constaté, assez laxiste. Le frangin part ensuite en cuisine pour se servir une tisane, habitude prise avec sa nouvelle copine, et revient ensuite pour papoter. Je l'écoute assez distraitement. Pauvre India, il doit en avoir rien à cirer de ce que blablate Phil...
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J'essaye surtout de suivre son raisonnement car autant Pristina et Amy parlent vite mais ça tourne toujours autour du sujet de base et si ça s'en éloigne, le rapprochement est rapidement possible sauf que là...Bien moins simple.
- Heu oui...
Sans compter qu'il y a des mots que je ne comprends pas, dont je doute du sens. J'avais également oublié qu'en France, un grand nombre de gens se font la bise et ça, j'ai un peu de mal, la façon dont j'ai cligné des yeux a du parler pour moi...
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Je comprends son souci, moi-même, parfaitement francophone et habitué au blabla de Philippe, je bug quand même par moment. Une fois le quasi monologue fini, je propose à mon camarade d'aller dans ma chambre et mon frangin ne bronche pas. Les escaliers montés, je vais dans mon antre et range un peu le foutoir qui y traîne. Dont mon skate qui se promène tout seul au milieu de la moquette. Après un brin de ménage, je m'affale sur mon lit et regarde mon invité.
- Tu veux regarder un film ou autre? J'ai pleins de trucs sur mon ordi.
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Je remercie son frère par quelques formules de politesse Franglaises et je rejoins Stéphane, entré dans la chambre je m'installe par terre, question d'habitude, son sourire, son entrain, son énergie me rappellent Sparte...Mais quel crétin! Faut que je me reprenne oui...Vraiment.
- Vous n'avez pas d'animal domestique? Et heu...Tu devrais peut être contacter ton amie pour avoir des nouvelles de son cousin, je pense que ça lui fera très plaisir...En plus...Je ne dois pas être le seul...Tendu comme arc, si je me trompe pas dans la formulation.
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Je m'installe donc à coté de lui et lui file l'ordinateur portable pour qu'il trouve un truc intéressant pendant que je prends mon téléphone. Je n'avais pas oublié Marnie, je voulais juste qu'il soit occupé le temps que je passe mon coup de fil.
- Marnie, comment va Quentin? … Bien? Ouf tant mieux. … Tu m'étonnes qu'il a eut la frousse! Et Thomas? … Ouais, je suppose que lui est en pleine forme, ça lui va bien. … D'accord, je te laisse. On se parlera plus tard … Bisous ~
Je n'ai pas pu empêcher ma voix de se faire plus douce à la fin de sa phrase, chuchotant presque avec amour ce «bisous» Je sais que je ne dois pas, j'essaye vraiment de faire mieux alors je raccroche de suite avant de m'enfoncer davantage. Je me tourne alors vers mon ami et lui demande si il a trouvé un truc qui lui plaît parmi mes nombreux fichiers audio et vidéo.
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- J'ai vu tout les films en question, en Anglais pour la plupart, désolé...
Je ris, c'est nerveux...Comme je me sens idiot... Halala...
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Ah, il a déjà tout vu... Je hausse les épaules, ce n'est pas très grave.
- On peut en chercher d'autres ou trouver quelque chose d'autre à faire pour passer le temps.
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- D'accord...Es tu adepte des jeux de société? Et niveau films j'avoue je ne sais pas trop, il faudrait que je les regarde en Anglais ou alors avec des sous titres, mon niveau en Français n'est pas si bon que ça...
Portable qui sonne: Amy, elle demande ce qu'elle peut manger car elle a faim... L'organisme de cette fille est au moins aussi hors sentiers qu'elle!
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- J'ai un jeu de cartes si tu veux.
Rien de bien folichon, un set tout à fait normal où on peut jouer à la bataille ouverte ou fermée, le poker, le pouilleux, le carré, le président... Tout un tas de trucs quoi. Ou alors j'ai peut-être un jeu de mikado ou de dominos dans le coin... Je ne sais plus.
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Je regarde par la fenêtre.
- Pour ton amie que tu comptes lui dire officiellement que vous comptez rester amis à quel moment? Si c'est pas trop indiscret comme question.
Je me distrais avec la vie sentimentale de mon hôte, au moins je laisse de coté le fait qu'un ennemi invisible, inconnu veut notre mort à tout les trois...
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Sa question m'interpelle mais il n'a pas tord. Je le dit à moi-même, je lui ai dit à lui, même à Philippe... Marnie doit le savoir. Je soupire un bon coup puis tente un sourire, un peu maladroit, comme pour cacher ma tristesse.
- Demain, après les cours. On rentre ensemble...
Oui, demain je vais moi-même m'enfoncer un couteau en plein cœur. Il faut se faire du mal pour avancer alors... Et puis cette situation n'est pas idéale, loin de là.
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Je lui souris, lui tapote l'épaule.
- Ce sera un mal nécessaire... Tu pourras passer plus tard à une autre fille avec qui tu arriveras à construire quelque chose.
La fin de ma relation avec Sparte me revient en plein visage, je l'aimais pourtant... A croire que pas lui, ou pas autant...
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C'est gentil de sa part. Je regarde l'heure et lui demande alors si il veut rester dîner avec nous ou si il préfère rentrer. Dans le second cas, je vais le raccompagner à l'arrêt de bus. Je ne le vire pas de chez moi, loin de là mais bon... Mon humeur vient de descendre en flèche. Ce n'est pas sa faute, c'est moi qui lui a parlé en premier après tout, j'aurais pu garder ça pour moi. Mais je connais sa vie, des détails que je suis seul ici à savoir... Mon quotidien d'ado lambda n'a rien de particulier ni d'intéressant mais j'espère que cette simplicité l'aide un peu. Le malheur des uns pour le bonheur des autres, mais consentit cette fois. Je sens que ma journée de demain va être longue et très morose...
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- Si ça ne dérange pas, je préfère manger ici... c'est plus calme et l'ambiance est bien moins à couper au couteau que dans l'appartement où nous logeons.
Sans compter que je tiens à avoir des contacts restreints avec Ankara, elle m'asphyxie... Notre routine est déjà sur des charbons ardents pas besoin d'y ajouter cette ambitieuse insatisfaite qui, contrairement à Asie ne réalise pas une seconde que nous sommes des êtres humains... chez mon ami, c'est chaleureux, paisible, je me demande aussi quel genre de personnes sont ses parents.
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Justement, je me dis qu'ils se verront pour la première fois tout les trois. Phil l'avait déjà vu à la patinoire, aperçu vaguement ici et l'accepte sans soucis. Nos parents ne seront pas contre. Je me lève donc pour ouvrir la porte.
- Phil! Oh, frérot!
- Qu'est-ce qu'il y a Steph?
- Une assiette en plus s'il te plaît! Ça ira?
- Oui, ne t'en fais pas.
Et voilà. Philou est d'accord, Papa et Maman aiment bien avoir des invités de toute façon. En plus India est sympa. D'ailleurs quelques minutes après, la porte d'entrée s'ouvre. Les voilà de retour.
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Je descend l'escalier pour me présenter parce c'est un minimum, pas question de m'installer à table, comme ça, surtout que nous faisons rien de particulier.
- Bonsoir monsieur et madame Lombard, je m'appelle India et je vais...Dîner avec vous ce soir, je suis dans la classe de votre fils.
Les gens d'ici trouvent mes manières étranges, il paraît que je suis très attaché à l'étiquette, encore une fois, voyez avec mon éducation. Eh, j'ai reçu des têtes couronnées à ma table, des fois, j'avais intérêt à savoir me conduire...
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Je vois Maman qui lui fait la bise et est contente d'avoir un nouvel ami à moi, toute pimpante malgré son gros manteau et avec son écharpe multicolore. Papa lui sourit avec gentillesse et le remercie de sa politesse, bien que je n'en doutais pas. Je trouve intéressante sa façon d'agir. Depuis la cuisine, Philippe demande si le repas qu'il a prévu convient à tout le monde. Je m'avance ensuite pour dire bonjour à mes parents et remercie mon père quand il annonce qu'il ramènera India en voiture chez lui parce qu'il ne va pas laisser un gosse seul dans les rues la nuit.
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- Merci à vous monsieur, c'est très gentil de votre part.
Je vouvoie également le frère aîné de mon camarade quand il demande si ce qu'il a fait nous convient, rien ne peut être plus éprouvant pour l'estomac que la cuisine de ma grande sœur, alors s'il parvint à l'imiter ou la dépasser... J'ai peur et je serais impressionné aussi. J'aimerais les remercier de m'accueillir chez eux, mais ça risque de faire trop...
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Maman aide mon frère à finir le repas, une fois ses affaires posées, Papa parle un peu de tout et de rien, pendant ce temps je mets la table. Scène normale et quotidienne. Appréciable sans doute. Ils ne parlent pas de l'attentat, je sais qu'ils n'aiment pas tellement parler de ce genre de choses avec nous à moins que nous le fassions. Et puis, parler polémique avec un invité ça le fait pas. Quand c'est prêt, on se met tous à table et la conversation reste légère tout le long, mes parents parlant de la croisière et quand ils interrogeaient India, je l'aidais un peu puisque nous sommes en cours ensemble. Au moment où il remet son manteau et compagnie pour partir aux alentours de 21h, je lui dit au revoir avec un petit sourire et lui fait un signe de la main quand la voiture quitte notre allée de garage. J'espère que la dame qui s'occupe d'eux ne fera pas de crise...
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Quand je rentre, Kai m'ouvre la porte, m'annonçant que Ankara dort: tant mieux, je vais rester un peu éveillé puis me coucher. Quand j'allume l'ordi, un mail m'attend: Sparte... Je vais finir par croire au surnaturel... Mes doigts courent sur le clavier, je lui demande de tout me dire, qui il est, s'il a un lien avec la mort de mes parents, si jamais il me ment ou refuse de me répondre je m'arrangerais pour lui extorquer des aveux par la force! Je ne suis pas du tout du genre violent, sauf qu'à présent, ça suffit! Je me suis fait balader suffisamment! Déjà, il me dit se trouver à Paris, dans un hôtel bien coté et ENFIN j'obtiens de ce que j'exige...RIEN? Il ne comprend pas, il me donne tout le concernant, sa famille s'il n'en parlait pas c'est par honte, ce sont des déséquilibrés, sa mère croupit à l'asile, son père enchaîne les cures de désintoxication. Je vérifie toutes ses informations une par une. Aucun mensonge...Il faut que je contacte Loire, lui saura démêler tout ces fils...
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La journée passe, lentement telle une torture... Mes cours se suivent mais mon esprit est loin, je vois Pince qui me crie dessus. Du moins je suppose qu'elle crie mais je suis déconnecté. Déjà ce matin au levé j'étais complètement à coté de la plaque... Le temps est gris et glacial, comme en deuil. Ça convient à mon état d'âme... J'ai la tête dans les nuages puis vient le moment fatidique. Aller Steph, respire et jette toi à l'eau. Je rejoins mon amie et on quitte le lycée.
Il fait quasiment nuit déjà, Marnie et moi sommes seuls à l'arrêt de bus. Un vent froid et violent se met à souffler et je me mets devant elle, faisant bouclier de mon corps pour la protéger. Elle me remercie d'un sourire et je fonds. Il n'y a pas un chat mais si quelqu'un vient, il pourra parfaitement nous voir ainsi debout sous le halo jaune du lampadaire. Je passe le revers de mes doigts sur sa joue rougie de froid et m'avance d'un pas. Mon cœur bat à tout rompre mais je le sens, c'est le moment.
- Je t'aime Marnie, finis-je par me confesser le vent soufflant avec lui mes paroles.
Je vois ses yeux chocolats s'agrandirent alors qu'elle me fixe. Ma main va sur la peau chaude de sa nuque que je sens se hérisser au contact de mes phalanges glacées. Je me penche vers elle, c'est une connerie. Une connerie libératrice pour nous deux, tout les non-dits de ces dernières années vont partir en fumée.
- Stéphane...
- Chut... J'abandonne Marnie.
Son souffle meurt sur mes lèvres et même si je sais qu'elle a peur, j'ose finalement embrasser cette bouche rose dont j'ai tant rêvé. Elle savait mes sentiments au fond mais n'avait rien dit. Le salé de ses larmes me serre la poitrine, de mon bras libre je la rapproche et ma belle blonde tremble dans mes bras alors que ses mains serrent mon manteau le plus fort possible. C'est un baiser sage, à peine une simple pression. Elle pleure pour moi alors que je fais le deuil de mon amour pour elle en cette froide nuit d'hiver...
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J'ai eu Loire au téléphone, lui ai expliqué, donné la version de mon ex petit ami, je l'entends parler à quelqu'un, il me dit de patienter, qu'il me donnera la réponse ce soir d'ici une heure ou deux. Second coup de fil, plus délicat celui ci.
- Salut Stéphane...Alors...Comment ça s'est...passé?
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Affalé sur mon lit, la tête dans l'oreiller, la musique à fond et la porte fermée à clé... Je me sens mal, j'ai mal à la gorge, à la poitrine, au ventre... A force de pleurer mes yeux doivent être davantage rouge sang que bleu profond. Tant pis. J'ai mal, j'ai le droit de l'exprimer même si je me planque pour le faire. Le téléphone sonne encore, je regarde le petit appareil rouge fluo s'agiter près de moi à cause des vibrations. Je ne veux parler à personne... Je regarde juste le numéro. India. J'entends sa voix et elle me réconforte légèrement malgré tout...
- Comme sur des roulettes.
Est-ce que mes larmes s'entendent? J'espère que non. Ça serait vachement gênant...
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-...Tu veux que je passe chez toi...Peut être...?
Je me trouve stupide de dire ce type de phrase, même si cela part simplement du désir de l'aider un peu, de lui tenir, compagnie, de discuter, enfin de lui faire mieux encaisser ce qu'il vit. Marnie revêt à ses yeux une importance qu'il n'a pas besoin de me spécifier, je la comprends largement, rien que par ses gestes, la manière il s'adressait à elle, le temps qu'il passe en sa compagnie, faire le deuil d'un tel amour lui coûte énormément. Il a été là pour moi, à des moments où j'avais connu des jours meilleurs, à mon tour, j'applique le principe fondamental de réciprocité.
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Je lâche un "Si tu veux" je lui suis reconnaissant mais je me sens un peu honteux de l'emmerder pour si peu. D'accord, c'est lui qui m'a appelé en premier et qui a proposé mais il se sent peut-être obligé puisque je lui avais parlé de mon projet. Marnie a essayé de me téléphoner mais je n'ai pas répondu. Si j'entends sa voix douce je vais me briser pour de bon... Sans doute qu'elle veut savoir si je tiens le coup. Notre amitié ne se brisera pas, il me faut juste un peu de temps. Je vais y arriver.
Note amère pour mon p'tit Steph... Pour India aussi puisque l'attentat remue tous ses souvenirs.
J'espère avoir corrigé toutes les fautes ou du moins autant que possible. A bientôt pour la suite ^^
