Régina se releva brutalement, se tenant plus ou moins droite, ce qui lui arracha un cri de douleur par la contraction soudaine de ses muscles endoloris. Oh God ce mal de tête est tellement puissant qu'il pourrait tuer un mort ! Reprenant son souffle après cet intense effort, elle tourna sa tête vers l'homme à côté d'elle. Ses yeux bleus étaient brillants de larmes, encore rouge et bouffis sûrement pour avoir pleuré pendant un long moment.
« Le… Le bébé… »Murmura Régina haletante.
Il y eut un silence insoutenable durant lequel Daniel semblait chercher les mots juste. Attente qui parut durer une éternité pour Régina. Finalement le garçon d'écurie finit par ouvrir la bouche :
« D'abord ne t'inquiète pas. Le bébé est en sécurité. Tu as eu un petit saignement à cause du stress vraisemblablement, tu t'es évanouie. Tu t'es aussi cognée la tête en tombant. Mais on a soigné tout ça d'accord. Il faut que tu te reposes absolument ma belle. Le bébé est en sécurité, répéta-t-il comme pour s'en persuader lui-même.
_Le bébé va bien ?
_Oui il va bien. » Répéta-t-il une dernière fois avant de prendre le visage de la brune entre ses mains et lui poser un doux baiser sur ses lèvres. Régina émit un petit gémissement de douleur à cette sensation. La totale entièreté de son corps la faisait vraiment souffrir !
« Alors comment va notre grande malade ? »
Cette voix était sortie de nulle part. Régina se dégagea de l'emprise de son fiancé pour voir qui avait parlé. Un homme d'un âge plutôt avancé, sans pour autant être à l'article de la mort, entra dans la pièce. Ses cheveux étaient blancs, une barbe bien fournie ornait ses joues et son menton. Il était habillé assez modestement, une peau d'animal était posée sur ces épaules. D'après la couleur des poils, Régina put affirmer qu'il s'agissait d'un renard. Le visage était assez dur, sûrement à cause d'une vie pas facile, pourtant ses yeux noirs reflétaient une étincelle de perspicacité.
« Elle est réveillée et elle va bien, répondit Daniel à la place de la brune, chérie c'est grâce à cet homme si tu es encore en vie. Il t'a sauvé.
_Eum... Merci énormément, déclara simplement la brune, essayant de se redresser afin de lui tendre la main.
_Non pas la peine, restez allongée. » L'homme avait une voix rocailleuse qui inspirait la crainte. Il tendit un bol de soupe à la jeune femme. « Buvez ça, c'est une infusion d'écorce de saule, ça vous aidera avec la douleur. » Rajouta-t-il en lui tendant le fameux bol de soupe.
Régina prit le bol dans ses mains, il était brûlant mais d'un côté ça lui faisait du bien de ressentir la chaleur, de l'autre côté elle avait tellement mal dans les autres parties de son corps qu'une zone de plus ça faisait pas vraiment la différence… Elle porta le bol à ses lèvres en scrutant le vieil homme qui le lui avait apporté, puis bue une gorgée de la décoction. Elle prit sur elle pour ne pas recracher le liquide dans sa bouche, c'est une des choses les plus immondes auxquelles elle ait jamais goûté. L'homme à la barbe ricana en voyant l'air écœuré de la jeune femme couchée sur la table en bois.
« Alors comme ça vous êtes médecin ? Demanda Régina après un long silence qu'elle ne supportait plus.
_Haha ! Euh non pas du tout en fait ! » Le vieil homme souriait de toutes ses dents.
_Alors comment vous avez réussi à me soigner ?
_Disons que quand vous êtes complètement seul, livré à vous-même vous êtes obligé d'apprendre deux trois trucs pour pouvoir survivre. Vous savez… Infection, morsure et tout le reste. »
Régina grimaça encore une fois lorsqu'elle prit une nouvelle gorgée. Elle regarda Daniel à côté d'elle, le pauvre avait l'air complètement épuisé. Les yeux à moitié fermés, il avait l'air hors de cette pièce, comme s'il se trouvait dans un tout autre espace-temps.
Le vieil homme s'assit sur une chaise près du poêlon c'est-à-dire à l'opposé de la table sur laquelle elle était à moitié assise à présent. Il l'intriguait. Certes ce ne devait pas être le seul homme qui vivait en ermite dans la forêt et en général ils avaient tous une histoire. Quelle était la sienne ?
« Qui êtes-vous ? demanda enfin Régina ne sachant pas vraiment où elle devait commencer.
_Ha ! Ça… Je pense que personne ne sait réellement qui il est !
_Je vais reformuler ma question dans ce cas…. Si vous n'êtes pas médecin, quel est votre travail ?
_Je n'ai pas de travail, j'ai un champ, et mes récolte suffisent à me sustenter, répondit tranquillement le vieil homme.
_Vous vendez vos légumes au marché alors ?
_Non j'évite d'aller en ville en général.
_Mais comment vous faites alors pour.. Pour acheter des habits ou des outils de jardinage si vous n'avez pas d'argent ? Demanda Régina de plus en plus intéressée par l'homme de l'autre côté de la pièce, il dégageait une drôle d'aura qu'elle n'arrivait pas à déterminer.
_Je recycle beaucoup et sinon je me débrouille par moi seul pour faire ce dont j'ai besoin, je n'ai pas besoin d'argent.
_Et pour les impôts ?
_Disons juste que je suis `hors du système'. »
Régina savait que quelque chose clochait. Il fallait qu'ils tombent dans la maison d'un hors la loi ! C'était sûrement un fou qui allait les séquestrer pour le reste de leurs jours ! La jeune femme commençait à paniquer. Elle n'était pas encore en état de fuir ni de courir. Et Daniel non plus d'ailleurs. Son esprit commença déjà à chercher le meilleur moyen de partir de cet endroit. Sous le soudain silence de la brune, le vieil continua la discussion :
« Je trouve que c'est légèrement indiscret de me poser toutes ces questions alors que nous venons à peine de nous rencontrer. »
Reprenant ses esprits, Régina répondit en bégayant légèrement :
« J'aime bien.. connaître les gens qui m'entoure.
_En leur demandant s'ils paient leurs impôts ou pas ? Rétorqua le vieil homme. Dites plutôt que vous avez besoin de savoir si vous pouvez me faire confiance ou pas ! »
Sous le silence de la jeunette, il savait qu'il avait tapé dans le mille.
« Bon d'après le récit de votre copain qui…. Qui apparemment vient de rejoindre le pays des songes… »
Régina tourna la tête vers Daniel, la tête directement posé sur la table. Elle lui souleva délicatement la tête pour la mettre sur son coussin qui ne lui servait pu à grand-chose maintenant.
« Je sais que vous êtes en fuite, donc je n'ai aucune raison de ne pas vous faire confiance, continua le vieil homme. Je vais donc vous racontez mon histoire et vous verrez par vous-même si vous pouvez me faire confiance. »
La jeune femme hocha la tête en signe d'acquiescement.
« Par où commencer… Je n'ai pas toujours été dans cette maison. Dans ma jeunesse, sachez que je faisais partie de la garde royale. Tout le monde m'appréciait dans la cavalerie. J'étais disons l'élément qui faisait rire la galerie, comme on dit. J'adorais mon travail, je laissais même ma vie privée de côté. Je n'avais pas besoin d'une femme, de plus je n'ai jamais vraiment été attiré par elles. Tout ce qui m'importait était mon travail. Vous allez peut-être me dire que je suis un fou de penser comme cela, mais pourtant c'est la vérité. Je m'épanouissais dans l'armée. »
Le vieil homme souriait pendant qu'il contait son récit. Cela transparaissait sur son visage qu'il était sincère et qu'il était vraiment fier de pouvoir porter l'uniforme royale.
« Pourquoi n'êtes-vous plus dans l'armée alors ? demanda Régina.
_Mais j'y arrive chérie. J'étais commandant et le roi m'avait déjà remarqué depuis un certain temps, m'offrant de plus en plus d'occasions dangereuses, mais surtout extrêmement gratifiantes. Un jour il m'offrit même la chance de faire partie de la garde rapprochée de la reine. Enfin sa première femme. Il l'aimait plus que tout au monde. C'était son plus beau trésor. Et est arrivé un jour, qui avait commencé comme tous les autres, je faisais ma ronde devant les appartements de la reine, et rester devant la grande porte de sa chambre pour être à sa disposition. Mais aujourd'hui j'étais seul. Le petit nouveau que je devais former et qui devait m'accompagner ce jour-là était souffrant, alors je l'ai congédié. On nous a toujours appris à être au moins deux par tour de garde, pour plus de sécurité mais aussi pour avoir un témoin au cas où qu'il arrive une bourde. Mais comme il n'y avait rien de particulier ce jour-là je ne voulais pas déranger un de mes coéquipier alors je suis resté seul… J'aurais dû les écouter… »
Régina était assise en tailleur sur la table, buvant les paroles de l'homme en face d'elle. Elle voulait savoir la suite à tout prix.
« J'étais donc poster devant la porte de la chambre de la reine, lorsque j'entendis un gros fracas dans la pièce derrière moi. Je suis vite rentré dedans et j'ai vu la reine allongé sur le sol, et s'agitant frénétiquement, des mouvements incontrôlés dans tout son corps. Je suis allé m'agenouiller pour la secourir, elle avait un drôle d'écume qui lui sortait de la bouche. J'ai appelé à l'aide, mais personne n'est venu. J'ai essayé de la sauver par moi-même, mais je ne savais pas du tout quoi faire. J'avais vu plusieurs de mes hommes avec des hémorragies, des membres sectionnés, ça je sais quoi faire mais là… C'était la première fois que je voyais quelqu'un dans cet état-là. Après plusieurs minutes, le corps que je tenais dans mes bras avait arrêté de bouger. La reine était affreusement blanche. Morte... Elle était morte. Soudain j'entends un cri derrière moi, une des servantes était passé apporté le linge de la reine et elle m'a vu dans cette position, elle a vite couru dans les couloirs criant `la reine est morte ! La reine est morte'. »
Le vieil homme reprit on souffle fortement, l'émotion était en train de le gagner.
« Très vite, le reste de la garde est arrivé. Mais il était beaucoup trop tard. Les médecins ont vite conclu à la cause du décès. Elle a été empoisonnée. De la ciguë avait été trouvée dans le verre de vin de la reine. Le roi était furieux. Furieux et inconsolable. Ne parlons même pas de la petite Blanche-Neige qui continuait sans cesse de pleurer. »
Sous le nom de la jeune fille, Régina forma une petite moue d'écœurement sur son visage en se remémorant ses propres événements qui s'était passé. Mais son cœur se serra en pensant à ce que la petite fille avait dû subir, elle savait que la Blanche-Neige enfant n'avait rien à voir avec la personne qu'elle était aujourd'hui.
« Et comme j'étais le seul qui se trouvait à proximité du lieu du meurtre, très vite les soupçons se sont portés sur moi. Je n'avais rien fait mais il n'y avait aucun témoin pour contredire ce qu'ils pensaient. Le roi avait alors demandé ma mise à mort sans autres formes de procédure. C'est à ce moment que je me suis enfui du château. Les gardes m'ont poursuivi pendant un long moment mais ils ne m'ont jamais retrouvé. C'est moi qui les avait pratiquement tous formés, c'était donc très facile de savoir comment ils allaient procéder et où ils allaient chercher. Au bout d'un moment quand les recherches se furent plus rares. Je me suis installé dans cette maison. Et depuis j'y vis sereinement en faisant toujours attention à ce que mon existence reste secrète. »
Un long silence suivit la fin du récit. Régina regarda intensément le vieil homme, ce dernier ayant la tête tourné vers le sol essayant de cacher l'émotion qui le submergeait. Il n'était pas méchant, c'était juste un pauvre homme qui a été au mauvais endroit au mauvais moment. L'ancien général releva son visage, séchant rapidement ses yeux mouillés pour ne pas paraitre trop fragile. Il voyait bien dans le regard de la femme assise sur la table de la compassion, mais aussi et surtout de la pitié. Il ne pouvait pas lui en vouloir, après un récit comme le sien lui aussi régirait pareil, mais il n'aimait pas la pitié. C'était sa vie, pas la vie qu'il aurait souhaité bien entendu, mais la vie qu'il avait et il l'acceptait comme tel. Ils n'avaient donc pas besoin de la pitié pour se sentir mieux dans sa peau.
Pour stopper le malaise qu'il ressentait, l'homme se leva, claqua ses deux mains ensemble passant rapidement à autre chose :
« Bon je ne sais pas vous mais moi je commence à être fatigué. Donc si vous vous bien me suivre, je vais vous montrer mon lit où vous pourrez dormir. »
Régina voulu protester mais lorsqu'elle se leva de la table, la couverture qu'elle avait sur elle tomba au sol révélant ses jambes et son bassin complètement nus, ce n'est qu'à ce moment qu'elle remarqua qu'elle ne portait absolument rien à part son petit-tee-shirt. Elle rougit, se sentant tout à coup vulnérable aux yeux de l'homme qu'elle connaissait à peine. Elle rattrapa rapidement le tissu jonchant le sol et l'entoura autour de sa tête. Elle était tellement étourdie par son mal de tête encore persistant qu'elle n'avait même pas remarqué qu'elle était nue, ce qui la fit rougir encore plus. Voyant son désarroi, le vieil homme roula des yeux.
« Ne vous inquiétez pas, j'en ai déjà vu d'autres, l'informa-t-il, de plus il fallait bien que je vous enlève votre pantalon pour pouvoir vous soigner. Par contre si vous voulez récupérer vos vêtements il faudra attendre un petit moment, je les fais bouillir pour enlever les tâches de sang. Maintenant suivez-moi. »
Sur ces mots, il porta Daniel encore endormi sur ses larges épaules et l'emmena dans la pièce d'à côté. Régina ne put qu'hocher la tête et le suivre sans dire un mot.
La dite pièce d'à côté était très petite, la brune était déjà étonné qu'il y ait une deuxième pièce. En général, les maisons des paysans ou des gens à petits revenus était seulement doté d'une seule et unique pièce. Cette chambre comportait seulement un lit mais la séparation entre les deux pièces permettait d'avoir une certaine intimité. Ce qui était plutôt inutile pour un homme qui vivait seule pensa Régina, mais elle ne s'en formalisa pas, vu que ça l'arrangeait bien. Le vieil homme posa délicatement Daniel sur le matelas en faisant attention à ne pas le réveiller. Régina, toujours enveloppé dans sa couverture pour cacher ses parties intimes, se trouvait toujours sur le pas de la porte n'osant pas bouger.
« Ne soyez pas timide, venez-vous allonger, déclara le vieil homme en faisant face à la brune. Ne vous inquiétez pas pour moi, je m'installerai dans la pièce à côté. Ou même dehors, la nuit est belle et ce ne sera pas la première fois, finit-il avec un petit rire. »
Régina ne prit pas la peine de protester. Son corps était encore extrêmement douloureux et son souhait le plus cher pour l'instant était de pouvoir avoir ne serait-ce que quelques heures de sommeil. Elle s'asseya sur le rebord du lit pour ne pas écraser son compagnon.
Elle souffla un petit `merci' en direction de l'homme qui était en train de sortir de la chambre. Ce dernier se retourna et regarda la femme assise sur son lit, l'inspectant une dernière fois. Elle était pas pâle, même beaucoup trop blanche, elle avait perdu beaucoup de sang mais elle ne courrait plus aucun danger, il avait réussi à arrêter l'hémorragie sans endommager le bébé. Maintenant il fallait surtout qu'elle se repose. Il fit demi-tour pour sortir de la pièce lorsque la jeune femme l'interrompit :
« Comment vous vous appelez ? »
Il attendit quelques secondes avant de répondre. Il y avait bien longtemps que personne ne l'avait appelé par son nom, si bien qu'il n'avait plus aucun sens pour lui. Avant qu'il n'ait eu le temps de prononcer le moindre mot, la brune continua d'une voix faible :
« Si vous ne voulez pas me dire votre vrai nom, c'est pas grave. Mais j'aimerais bien avoir un nom pour pouvoir appeler l'homme qui m'a sauvée la vie. »
Le vieil homme réfléchit à un nom qu'il voudrait s'appeler. Un petit sourire triste au coin de ses lèvres fit son apparition lorsqu'un mot lui vint à l'esprit.
« Général. C'était mon grade dans l'armée… Général…
_Alors bonne nuit... Mon général !
_Bonne nuit jeune fille. »
Puis le général quitta la pièce en prenant soin de fermer la porte derrière lui.
Régina regarda la porte se fermer puis s'allongea aux côtés de son amoureux, moulant son corps contre le sien en signe de tendresse. Et aussi parce que le lit était très petit. Dans tous les cas, la jeune femme était éreintée et le manque de place ne la gênait nullement. Elle ferma rapidement les yeux sans même penser à la journée qui venait de s'écouler, et dans la seconde qui suivit plongea dans un profond sommeil.
Cora marchait dans cette pièce sombre partiellement éclairée par quelques petits soleils très reconnaissable vu que c'était elle qui avait à son apprenti à les réaliser.
Mais dans quel endroit est-ce que je vais encore devoir chercher cette petite trainée ! pensa la vieille femme.
Il est vrai que ce n'était pas un endroit qu'elle avait l'habitude de fréquenter. L'éclairage verdâtre causé par les petits soleils rendait l'endroit encore plus glauque qu'il ne l'était pas sa simple nature. En arpentant le couloir, Cora put entendre des coups de fouets jaillir dans tous les coins de la pièce. Elle tourna la tête pour observer les malades qui pouvaient s'adonner à de tel plaisirs. A sa gauche, un homme était attaché mains et pieds à une énorme roue, Cora prit un air dégoûté et tourna les yeux, elle ne voulait même pas savoir ce qu'il pouvait sur une telle roue. A sa droite, une femme portant une combinaison de cuir léopard sur l'entièreté de son corps se faisait `délicatement' pénétrer par derrière en poussant des cris assourdissant. Cora tourna une nouvelle fois la tête et se mit à regarder devant elle, la tête haute et le torse bondé en signe de puissance.
Oui c'était vraiment un endroit de malades. De sadiques. De sadomasochistes. Et c'était justement ces endroits-là qu'aimait sa petite-fille. En même temps elle ne pouvait pas complètement la blâmer, c'était aussi un peu de sa faute si elle aimait ces `clubs'. En général, les adeptes de la magie noire avaient quelques habitudes immorales, le sexe violent en faisait le plus souvent parti, et comme c'était Cora qui avait initié Blanche à la magie, elle avait sa part de responsabilité. Cependant, Cora ne semblait pas horrifiée plus que ça de la savoir adepte de ce genre de mœurs. Et, même si elle ne l'avouerait jamais à haute voix, elle était assez fière de sa petite-fille. Même si elle devait aller l'arracher à des endroits tels que celui-là.
Elle arriva enfin au fond de la salle, passa un dernier rideau de velours. La salle du fond était circulaire, les murs recouverts de velours, donnant une ambiance feutrée. Les petits soleils verdâtres de Blanche toujours suspendus au mur donnaient eux, par contre, une ambiance lugubre, glauque à la pièce. L'endroit respirait la malfaisance, d'ailleurs tout le club regorgeait de magie noire, ça Cora pouvait le ressentir et cette impression lui donna un sentiment de familiarité et de bien-être.
Au centre de la salle, une jeune fille, habillée en cuir –enfin si quelques bandelettes de cuir disséminé sur tout le corps pouvait être appelé un vêtement-, était debout attaché par les poignets à deux poteaux verticaux faisant dos à la porte. Deux personnes, dont la limite entre homme et femme était difficilement identifiable, se tenaient derrière elle chacun un fouet en main, les faisant claquer dans les airs. Rien que le bruit des fouets fit gémir bruyamment la jeune fille. Définitivement, c'était le pire son que Cora ait jamais entendu. Une moue de dégoût se forma sur son visage. Elle s'avança sans bruit vers `le spectacle', jusqu'à ce qu'elle entendit de sa petite-fille : « Oh oui faites-moi mal ! ». Réflexion faite… C'était ÇA la pire chose qu'elle n'ait jamais entendu de sa vie ! Jamais je ne pourrais oublier ça... pensa-t-elle.
Sans attendre une autre horreur qui lui serait probablement fatale pour sa santé mentale, la vieille femme s'éclaircissa la gorge bruyamment signalant ainsi sa présence. Toute activité cessa brutalement.
« Qui va là ? » Demanda Blanche-Neige sur un ton tranchant.
Cora s'avança encore jusqu'à arriver en face de la jeune fille qui se trouvait en ce moment même dans une situation quelque peu délicate. Elle put découvrir une Blanche-Neige au visage rougi par le plaisir et par l'embarras. Les yeux de la jeune fille s'écarquillèrent lorsqu'elle vit la sorcière et elle essaya de se dégager de ses liens pour avoir une position moins vulnérable devant son aîné.
« Je peux savoir ce que tu fais ici ? rétorqua Cora sans pour autant aider la plus jeune. Je pensais que tu avais quelqu'un à tuer. Mais apparemment ce n'est pas si important pour toi vu que tu préfères t'amuser à tes petites frivolités. »
Avec l'aide du personnel du club, Blanche réussit à se libérer de ses liens. Elle se massa les poignets et se tourna vers sa grand-mère, sans pour autant cacher ses parties du corps à découvert. Une chose à savoir sur Blanche, c'est qu'elle n'a jamais eu honte de son corps. Avec son corps longiligne, le mot pudeur ne fait pas vraiment parti de son vocabulaire, souvent pour le plus grand bonheur des hommes, et aussi pour le plus grand embarras de ses proches.
« J'avais besoin de m'aérer l'esprit » C'est tout ce que Blanche réussit à dire, encore un peu essoufflée, reprenant peu à peu une allure digne.
« Pendant que tu t'aères l'esprit, je te signale le joyeux couple est en train de fuir le pays !
_Oh c'est bon grand-mère ! Les gardes sont à leur trousse, et j'ai affiché des avis de recherches dans tous les villages aux alentours, ils ne pourront pas nous éviter bien longtemps ! Allez relaxe-toi un peu ! »
Sur ces mots, un des deux membres du personnel s'avança derrière la vieille femme et lui agrippa les épaules, laissant ses mains descendre encore plus bas puis souffla dans son oreille : « Peut-être que je pourrais vous aider à vous détendre. » Les yeux de Blanche-Neige s'écarquillèrent en sachant tout de suite que l'employé venait de faire une erreur fatale, signant par la même occasion son arrêt de mort, ce qui eut pour effet de faire sourire la brune. Le visage de Cora au contraire resta complètement impassible, toujours dans son parfait rôle de reine des glaces. Au lieu de se retourner, elle leva la main et claqua des doigts. Une fumée violette s'empara de l'employé qui se transforma en un rat. Cora baissa la tête pour admirer la petite créature qu'elle venait de créer, le regarda une seconde, pencha la tête sur le côté, écrasa lourdement l'animal avec son pied éparpillant du sang sur le sol.
Sans plus de sentiments, elle s'essuya le pied par terre et se retourna vers sa petite-fille.
_Bon écoute moi bien, s'exclama Cora en rapprochant sa petite-fille d'elle en lui tirant durement l'oreille pour qu'elle entende mieux, ses imbéciles.. Ne servent à rien. Je ne sais pas qui les a recrutés mais il a choisi les hommes les plus idiots que j'ai jamais connus ! Tout ça pour dire que.. Si tu veux que quelque chose soit bien fait, fait le par toi-même. Alors maintenant, tu vas te mettre quelque chose sur le dos et tu vas fouiller toute cette putain de forêt pour les retrouver ! Est-ce que tu m'as bien comprise ? »
Blanche-Neige hocha simplement la tête, les larmes aux yeux à cause de la douleur. Cora relâcha sa prise sur son oreille et continua :
« Bien ! Que comptes-tu faire alors ? »
Blanche tapa dans ses mains changeant ainsi de vêtements dans la seconde qui suivit. Elle arborait cette fois une robe longue, bleu nuit avec le corset violet, et des éléments brillants sur tout le tissu éclairaient l'ensemble. Son cou était tenu par un long col rigide tout en paillettes violettes plus clair que celles du décolleté. Ses cheveux maintenus au-dessus de la tête dont, avant, les boucles noires pendaient lourdement le long de son corps. Elle regarda un instant sa grand-mère dans les yeux avant de soulever les pans de sa robe et de quitter sa grand-mère et se diriger vers la sortie. C'est sans un regard derrière elle qu'elle répondit :
« Figure-toi que j'ai travaillé sur un sort de localisation. Je préfère le peaufiner et je devrais avoir la localisation du joyeux couple au mètre près, s'ils ne bougent pas trop rapidement… En attendant que le sort soit prêt, je vais faire moi-même des rondes dans le village et aux alentours. Peut-être qu'ils sont assez stupides pour être restés dans le coin, ça ne coûte rien d'essayer. Voilà ce que je compte faire. »
Elle finit par sortir de la pièce en éteignant avec elle ses soleils plongeant ainsi la pièce dans le noir.
