Note : Cette histoire est terminée, elle possède 13 chapitres et un épilogue. Je posterai tous les mercredis, sans doute dans l'après-midi.
Disclaimer : Rien ne m'appartient, ni Harry Potter, ni Hannibal (série), tout est à JK Rowling, Thomas Harris et Bryan Fuller.
Bêta-Reader : Chipuliara !
Série : Quelqu'un pour qui… Tome 2 : Quelqu'un pour qui mourir.
/ ! \ AVERTISSEMENTS / ! \ : Vous les retrouverez dans le prologue ou dans les premiers chapitres parce que mine de rien, ça prend de la place ces conneries ! xD
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Merci pour vos reviews, vos favoris et vos follows
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Chapitre 7
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27 juillet 1998, Endroit inconnu, 16h58
Ron n'avait aucune idée d'où ils allaient atterrir. Harry avait soudainement débarqué à Square Grimmaurd, les yeux brillants de pouvoir, et Ron était resté bouche bée devant ces iris verts luisants qui semblaient assoiffés de sang. Trop hypnotisé par ces yeux irréels, il n'avait qu'à moitié écouté les explications de son ami qui, imperturbable, lui avait appris qu'il avait sans doute une piste – une piste chaude, plus que n'importe quelle piste qu'ils avaient suivie ces dernières semaines. Il ne lui avait pas laissé le temps de tempérer son enthousiasme qu'Harry s'était pratiquement jeté sur lui, agrippant son avant-bras avec des doigts semblables à des serres d'oiseau. Le cri de surprise et de protestation qu'il avait poussé s'était évanoui dans le processus de transplanage que son meilleur ami lui avait imposé.
Ses pieds touchèrent le sol et Ron se dégagea vivement de la poigne du Survivant, une réplique sèche sur le bord des lèvres. Il aurait pu se faire désartibuler, nom de Merlin ! Quelle idée de débarquer comme ça et de lui sauter dessus pour l'emmener il-ne-savait-où. Mais avant qu'il n'ait pu avoir la chance de crier après Harry, une main se glissa sur sa bouche et Ron plissa les yeux vers son meilleur ami qui, terriblement sérieux, avait posé la baguette de sureau sur ses lèvres.
C'était toujours impressionnant de le voir manier la célèbre baguette – surtout qu'Harry ne semblait pas comprendre tout le pouvoir qu'il détenait entre ses mains. Ron ne pouvait s'empêcher de repenser au conte et il se demandait si un jour prochain, quelqu'un viendrait tuer Harry dans son sommeil pour lui voler cette baguette qui faisait des envieux – comme feu Antioche Peverell qui avait eu la gorge coupée. Son ventre se serra en imaginant son meilleur ami, son frère, allongé dans son propre sang, égorgé. C'était… c'était une vision cauchemardesque, du genre qui lui donnerait des suées et des envies de vomir pendant de nombreux jours. Et il se promit, alors que les doigts d'Harry recouvraient toujours ses lèvres, qu'il ferait tout pour que personne ne lui arrache son ami comme Bellatrix leur avait volé Hermione et sa douce présence.
Bâillonné, Ron en profita pour observer les alentours. Il ne savait pas à quoi il s'était véritablement attendu mais certainement pas à… à ça. C'était le plus féérique endroit qu'il n'ait eu la chance de visiter – même si « visiter » n'était pas le mot adéquat pour décrire ce qu'ils venaient faire ici. Ils étaient arrivés à l'orée des arbres, à l'abri, à l'ombre des feuilles qui dansaient, virevoltaient sous la petite brise de fin de journée. Cachés dans la pénombre, ils étaient protégés d'une quelconque menace extérieure – si ladite menace existait réellement. Sur leur droite s'étendait une vaste plaine d'herbe verte, si belle et si verdoyante – même après cet été caniculaire – qu'elle semblait enchantée. C'était un horizon de vert à perte de vue, tellement magnifique, tellement apaisant. Ron n'avait jamais vu autant de vert, en dehors des jardins de Poudlard et des yeux d'Harry.
Puis l'étendue verdoyante finissait par se faire encercler par des centaines d'arbres – le cercle était presque parfait, créant une clairière d'une dizaine d'hectares. Au centre, ce qui avait été un magnifique temple par le passé n'était plus qu'un tas de ruines maintenant, donnant à la scène un côté « no man's land » qui le fit doucement frissonner – ils étaient certainement les premiers humains à fouler cette terre depuis bien longtemps, tant elle semblait abandonnée. Si longtemps que la nature avait pu reprendre ses droits : du lierre s'était enroulé autour des deux colonnes blanches en haut des marches, la végétation avait envahi les dallages centraux. C'était beau, paisible. Hors du temps. C'était le genre d'endroit que Ron aurait adoré habiter – à l'écart de tout, ça ressemblait au Terrier mais le paysage, l'environnement étaient… indescriptibles.
Doucement, Ron baissa le bras d'Harry de sa main libre, libérant sa bouche mais s'efforçant de la garder fermer alors que plusieurs questions lui brûlaient les lèvres. Où étaient-ils ? Qui lui avait donné cette information ? Depuis combien de temps la piste avait-elle refroidi ? Etait-ce fiable ? Ron n'était pas sûr de faire confiance à quiconque en dehors d'Harry – il s'était senti trop trahi par les sorciers tout du long de la guerre et après, pour accepter simplement les indices de quelqu'un qu'il ne connaissait ni de Merlin, ni de Morgane.
Mais déjà son ami lui fit un geste impatient de la main, montrant le temple du bras. Ron acquiesça silencieusement et Harry répondit sèchement de la tête avant de se mettre à marcher d'un pas prudent, à l'instar d'un félin qui aurait espéré surprendre sa proie. Ses yeux semblaient attentifs, sa tête bougeant légèrement de gauche à droite alors qu'il analysait tout ce qu'il pouvait voir. Ron le suivit, baguette levée, et il s'efforça d'adapter sa démarche à celle de son ami – après tout, cette mission reposait sur la discrétion. Leur proie pouvait, si elle était encore là, s'enfuir au moindre bruit, tel un lapin détalant aux sons des chiens de chasses. Elle s'envolerait alors vers de nouveaux horizons, de nouvelles cachettes et ils devraient tout recommencer depuis le début – passer des nuits blanches à chercher des indices, payer grassement des indics, chercher des détails, même minimes qui les aideraient à savoir où, exactement, elle avait disparu.
Ron se demandait encore quelle folie l'avait pris pour qu'il accepte de suivre Harry dans ce délire… même si, en toute honnêteté, il n'avait pris qu'une seconde pour accepter cette vendetta et il l'avait fait en son âme et conscience. Aucune névrose n'avait joué sa part dans son acquiescement, aucune fragilité mentale. Il avait accepté en sachant ce qu'ils allaient faire – mais à aucun moment il n'avait ne serait-ce que pensé refuser.
Trois mois s'étaient écoulés depuis la fin de la guerre. Trois mois qu'ils se débattaient pour se sortir de la dépression que la mort d'Hermione avait fait grandir en eux. Trois mois qu'ils s'accrochaient l'un à l'autre pour s'en sortir. Trois mois que le monde sorcier – celui qu'ils avaient tant donné pour sauver – leur avait tourné le dos. Trois mois qu'ils avaient trouvé un but : trouver Bellatrix Lestrange et lui faire payer. Trois mois qu'ils n'avaient à l'esprit que cette vengeance qui les maintenait debout, qui les faisait avancer.
Ils avaient parlé, un peu, mais les mots devenaient superflus lorsqu'ils pouvaient se voir, se toucher parfois. Ils savaient ce qu'ils allaient faire, ils savaient pourquoi ils le faisaient, le reste importait peu. Par exemple, ils n'avaient pas parlé des piques de pouvoir qu'Harry semblait ressentir de plus en plus souvent, ni de sa famille qui devait certainement s'inquiéter de leur disparition inexpliquée. Cependant, ils avaient parlé à demi-mots de la trahison de Kingsley, de leur déception face à leur sacrifice vain. Le monde n'était pas meilleur maintenant que le Seigneur des Ténèbres n'était plus là – malheureusement pour eux, les gouvernements d'après-guerre semblaient bien plus corrompus qu'ils ne l'avaient imaginés. Les gens réalisaient-ils qu'ils étaient trompés par leurs dirigeants ? La population avait le droit de savoir qu'ils n'étaient pas en sécurité mais le Ministère leur enlevait ce droit.
Ramené au présent par Harry qui lui montra de sa baguette le côté gauche des ruines, Ron se força à rester dans le présent pour éviter d'être surpris par Bellatrix – si elle se trouvait encore par ici. Il fit le tour, baguette devant lui, prête à être utilisée – mais il n'y avait personne, pas même un animal qui aurait mis un peu de vie dans ce tableau figé. Une nouvelle fois, il mit en doute l'indicateur d'Harry mais préféra garder le silence jusqu'à ce que son ami le rejoigne, lui aussi visiblement penaud.
- Qui t'a donné ce… commença-t-il en baissant sa baguette.
- Chuuut ! le coupa Harry.
Sa main gauche lui montra une trappe qu'il n'avait pas vue et d'un même mouvement, ils marchèrent vers elle, le cœur battant la chamade dans leurs poitrines. Touchaient-ils au but ? L'espoir réapparut brusquement en lui, comme si cette trappe venait de mettre le feu à ses veines. Il se demanda comment l'indic avait réussi à avoir cet endroit comme information puis il s'en ficha parce que, peut-être Bellatrix se trouvait à quelques mètres d'eux et qu'ils allaient enfin pouvoir venger Hermione. Merlin, elle le méritait tellement ! Bellatrix devait payer pour tout ce qu'elle lui avait fait : pour cette torture interminable, pour cette lente agonie, pour cette mort peu reluisante, pour cette exposition vulgaire. Hermione était une héroïne de guerre et Bellatrix – rien qu'en existant – l'avait privée d'une sépulture digne de ce nom.
D'un mouvement de baguette de sureau, Harry plaça un sortilège d'anti-transplanage sur tout le site puis, sans chercher midi à quatorze heures, il la pointa sur la trappe. Avant que Ron n'ait pu dire quoi que ce fût pour l'empêcher de faire une bêtise, Harry lança un Bombarda Maxima sans aucun remord. La trappe explosa, un nuage de poussière s'éleva et des morceaux de bois volèrent dans tous les sens – Ron protégea son visage de son bras, cachant ses yeux dans le creux de son coude. Il toussa lorsque des particules vinrent se coller à sa trachée et il se détourna du massacre, essayant vainement de protéger son corps contre ces ennemis presque invisible. Putain de merde ! Ça faisait mal ! Sa gorge le brûlait, le démangeant à chaque toux qui secouait son corps. Il entendit vaguement un bruit sourd et il se força à lever les yeux. Des larmes s'agglutinèrent rapidement au bord de ses paupières pour tenter d'éliminer la poussière qui irritait ses iris. Mais il ne s'en préoccupa pas – du moins, il essaya au maximum d'en faire abstraction. Il avait besoin de retrouver Harry, de le voir, de s'assurer qu'il allait bien.
- Harry ? cria-t-il, se foutant de savoir s'il devait à nouveau être discret.
De toute façon, Harry avait ruiné leur effet de surprise en faisant tout exploser, alors qu'il hurle à s'en péter la voix ne changerait rien. Si Bellatrix était effectivement ici, elle n'avait nulle part où aller, la scène était protégée d'un charme anti-transplanage et elle devrait forcément passer près de l'un d'eux. Ron essuya rapidement ses yeux larmoyants avant de continuer à fouiller les alentours du regard, peinant à repérer quoi que ce fût dans ce chaos après explosion. Quand il retrouverait Harry, il lui donnerait une bonne claque derrière la tête pour cette action stupide qui aurait fait rougir de fierté Godric Gryffondor.
- Harry ? cria-t-il une nouvelle fois.
Tel un serpent vicieux, la peur vint s'insinuer en lui alors que le silence était la seule réponse à ses appels désespérés. Où était passé ce foutu Survivant ? Ron essaya de toutes ses forces de ne pas penser à la possibilité que Bellatrix l'ait pris par surprise et qu'il était en train d'agoniser à quelques pas de lui, seul et fragile. La bile remonta dans sa gorge mais il la ravala avec une grimace, retenant son souffle comme si le bruit de sa respiration l'empêchait d'entendre la réponse faible de son meilleur ami.
- Harry, putain !
- En bas.
La réponse lui parut un peu étouffée, un peu lointaine mais Ron put à nouveau respirer – parce qu'Harry était vivant et visiblement, il allait bien même s'il s'était jeté à corps perdu sans faire attention à sa vie. Ron tâtonna du pied devant lui, cachant à nouveau ses yeux, jusqu'à ce qu'il trouve l'entrée explosée. Il hésita un long moment – devait-il simplement se laisser tomber quitte à se casser une jambe si la chute était plus longue que prévue ? Puis, il prit une profonde inspiration et sauta dans le trou, préparant ses genoux à l'atterrissage. La chute ne dura pas longtemps, moins qu'il ne l'avait imaginé, mais l'arrivée fut quand même douloureuse. Le choc le projeta à genoux mais une année à survivre en temps de guerre le remit sur ses pieds rapidement.
Observant tout autour de lui, baguette levée devant lui en cas de danger, Ron se demanda où il avait atterri. L'endroit, comparé à la surface, n'était pas encombré par la poussière due à l'explosion. Bien au contraire. C'était même étrangement bien conservé en comparaison du temple au-dessus de leur tête. Il était tombé au milieu d'un long couloir. De chaque côté, se dressaient plusieurs cellules – les grilles n'étaient même pas rouillées. Devant le peu de lumière qui se dégageait de l'endroit, Ron plissa les yeux dans un réflexe aussi futile qu'inutile. Tournant la tête vers la gauche, il discerna une silhouette postée devant la dernière cellule. Prestement, il s'avança vers elle, rangeant sa baguette quand il reconnut la petit taille de son meilleur ami.
Harry était là, simplement. Debout, le visage tourné vers l'intérieur de la cellule, les poings serrés le long de son corps mince. Ses yeux luisaient d'un vert surnaturel dans l'obscurité. Ron vint se placer à ses côtés et avant qu'il n'ait eu le temps de lui demander s'il était blessé, Harry lui montra d'un signe de main la pièce derrière les barreaux. A l'intérieur, il était facile de distinguer des os d'animaux morts, certainement rongés jusqu'à la moelle – c'était un repas glorieux pour une fugitive en cavale depuis trois longs mois. Elle avait été là – Bellatrix. Elle avait été là et qui savait de combien de temps ils l'avaient manquée.
- De peu, répondit Harry lui apprenant qu'il avait parlé à voix haute.
- Comment ?
- Le rat mort contre le mur est encore chaud.
Quoi ? Merlin comment Harry pouvait-il le savoir sans l'avoir touché ? Il lui posa la question, intéressé mais aussi légèrement anxieux. Je le ressens d'ici. Okay… Merlin, Ron sentait le mal de tête arriver avec la subtilité d'un dragon dans un magasin de potions. La magie d'Harry semblait grandir – s'épaissir, évoluer. Elle se développait, tellement qu'Harry arrivait de plus en plus à ressentir des choses que la majorité des gens ne pouvaient pas ressentir – que personne ne pouvait ressentir. Pour l'instant, ce n'était pas grand-chose – il pouvait passer les barrières de sécurité du Ministère sans ciller, sentir la présence de quelqu'un dans la pièce d'à côté, faire de la magie sans baguette. Mais si ça évoluait encore ? Si ça devenait si puissant qu'Harry finissait par ne plus pouvoir le contrôler ?
Ron se souvenait de ce qu'il avait dit à Harry au Manoir Malfoy et au Terrier mais il avait un peu peur, lui aussi. Parce que la magie d'Harry était déjà puissante à la base et que si ça continuait comme cela, il deviendrait certainement le plus puissant sorcier de tous les temps – dépassant Dumbledore et Voldemort, Grindelwald et les quatre fondateurs. Parce que, parfois, Ron avait l'impression qu'Harry n'était plus vraiment lui-même, qu'il ne savait plus comment réagir à certaines situations. Il manquait de tact et de peur aussi – Harry fonçait simplement sans faire attention à ce qui pourrait attenter à sa propre vie. Rien ne semblait l'effrayer. Un rien semblait le mettre en colère – il essayait de se contrôler mais Ron le voyait lutter presque constamment pour ne pas y céder.
Doucement, Ron laissa ses yeux bleus glisser sur le profil de son ami, son regard s'accrochant à la chaîne passée délicatement autour de son cou. Un mois auparavant, il avait demandé à Kreattur – qui veillait sur Square Grimmaurd – de transformer la Pierre de Résurrection en collier. Ron n'était pas certain que porter constamment deux Reliques de la Mort soit une bonne idée mais Harry ne voulait pas l'écouter alors il avait préféré laisser tomber pour que leur conversation ne se transforme pas en dispute. A quoi bon, de toute façon ? Harry faisait ce qu'il voulait – tant qu'il ne l'abandonnait pas, Ron pouvait tout lui laisser passer. Il le soutiendrait même, parce qu'il était son roc, sa béquille.
Jetant un coup d'œil aux cadavres d'animaux, Ron se rendit compte que leur vie actuelle ne valait guère mieux que la vie de fugitive de Lestrange. Voulait-il réellement vivre ainsi à courir après des Mangemorts, tout le reste de ses jours ? Voulait-il jouer les Aurors sans avoir ses ASPICs en poche, sans être payé pour les risques qu'ils encouraient ? Et pour quoi ? Non… Non, Ron n'était pas sur de vouloir de ce genre de vie.
- Harry… Tu te rends compte qu'on ne pourra pas vivre comme ça pour toujours, n'est-ce pas ? On s'en tient à ce qu'on a dit, à savoir, on trouve Bellatrix et on venge la mort d'Hermione. Ni plus, ni moins. D'accord ?
Harry tourna son visage vers lui, un sourire tendre sur les lèvres. Ses yeux brillaient encore étrangement même si la lueur s'estompait progressivement maintenant qu'il le regardait. Le cœur serré, Ron vit du sang s'écouler d'une coupure sur la joue normalement lisse de son meilleur ami. Doucement, il tendit la main, prenant en coupe son visage, son pouce venant essuyer les gouttes de sang qui dévalaient sa peau blanche. Cependant, ça ne marchait pas aussi bien qu'avec des larmes – bien au contraire, son doigt laissa une trace rougeoyante derrière lui, maculant la joue comme une peinture de guerre. Ça lui donnait un air de survivant – mais après tout… il était le Survivant.
- Bien sûr, lui répondit-il avec toujours ce sourire sur les lèvres.
Il avait l'impression qu'Harry avait pris un petit ton paternaliste – le genre de ton que les adultes prenaient pour rassurer les enfants alors qu'ils savaient parfaitement ce qui allait se passer après. Un peu condescendant, un peu patient. Mais il ne s'en formalisa pas, surtout lorsqu'Harry lui prit délicatement la main. Il se laissa traîner derrière lui jusqu'à l'entrée de ces surprenants cachots et Harry, sans lui lâcher les doigts, le transplana au centre des ruines. Merlin, il ne s'habituerait jamais à être trimballé d'un point à un autre sans aucun avertissement de la part de son ami.
Il se dégagea sèchement de sa poigne, lui envoyant un regard noir qui n'eut pas l'effet escompté puisque Harry se contenta de lui sourire – d'un sourire arrogant. Se tournant vers les arbres qui les entouraient, Ron se força à respirer lentement pour éviter d'envoyer son poing dans le visage de son meilleur ami. Et étrangement, il y arriva, comme si l'endroit où ils se trouvaient avait des pouvoirs apaisants, relaxants. Il se sentait bien ici, mieux qu'à n'importe quel autre endroit. Depuis la mort de sa petite amie, c'était compliqué de se sentir aussi en paix qu'à cet instant.
Et même si Bellatrix restait dans un coin de son esprit, que sa future vengeance faisait frémir son ventre et que sa tristesse demeurait la même immensité de vide et de douleur, il pouvait penser à autre chose – au calme qui l'entourait, à la beauté du paysage. C'était un petit bonheur simple et bête qu'il n'avait jamais vu avant – avant que la mort d'Hermione vienne faire exploser sa petite vie d'adolescent. Maintenant, il arrivait à les voir – dans cette fleur isolée et pourtant encore debout, dans ce rayon de soleil qui illuminait un seul arbre dans toute la forêt, dans le vent qui dansait avec ses cheveux. C'était le genre de petites choses qu'Hermione aurait vu, aurait apprécié. Le genre de choses qu'elle ne pourrait plus voir, alors Ron les regarderait pour elle.
- J'aime bien cet endroit.
Il ne parlait à personne en particulier – peut-être qu'il espérait qu'Hermione l'entendrait et qu'elle lui enverrait un signe, n'importe quoi, qui lui prouverait qu'elle l'observait d'où elle se trouvait. Mais il n'y eut aucun signe et la seule personne qui lui répondit fut Harry, parce qu'il était le seul présent maintenant – le seul qui pourrait lui envoyer un signe quelconque ou lui répondre.
- Moi aussi.
Ils restèrent silencieux un long moment, observant les alentours, s'attendant presque à voir apparaître des petites fées tout autour d'eux. Ça n'aurait pas été étonnant, surtout lorsqu'Harry lui apprit que la terre était remplie d'une grande et ancienne magie puissante. Ces terres semblaient sacrées et Ron se sentait à sa place ici, au milieu de la verdure et des arbres. Doucement, Ron alla s'installer sur les marches du temple. Il posa ses coudes sur ses genoux, son menton dans ses mains. Une seconde plus tard, Harry vint s'asseoir à côté de lui, suffisamment près pour que son côté gauche soit coller à son flanc droit.
- J'aimerais habiter ici. J'aimerais qu'on habite ici. Avoir un grand manoir où vivre paisiblement, tranquillement. Ce serait bien, non ? Quelque chose de lumineux et de moderne. Un endroit bien à nous, rien qu'à nous. Tu aimerais ça, Ron ? T'aimerais vivre ici ?
Son cœur s'était mis à battre plus rapidement dans sa poitrine au fur et à mesure que les lèvres du brun laissaient sortir ces mots. Puis il regarda autour de lui lorsque les mots s'assemblèrent en phrases dans son esprit et que les phrases firent sens. Habiter ici ? Par les caleçons sales de Merlin ça serait bien. Ron pouvait presque se voir recommencer une nouvelle vie ici, dans une nouvelle maison – dans un manoir ! – et de nouveaux objectifs, de nouveaux buts. Harry et lui pourraient panser leurs plaies à l'abri des regards. Ils pourraient se reconstruire tranquillement jusqu'à ce qu'ils se sentent prêts à faire face au monde sorcier de nouveau – un monde que Ron espérait moins corrompu, moins traître, moins opportuniste.
- Ouais, ça me plairait beaucoup, chuchota-t-il d'une voix un peu fragile.
Sans même le voir, Ron savait que le visage d'Harry était barré d'un immense sourire – le genre de sourire indulgent qui voulait dire que son ami connaissait sa réponse au moment même où il avait posé la question. Un peu exaspéré qu'il le connaisse aussi bien, il leva les yeux au ciel, un petit sourire s'épanouissant aussi sur ses lèvres. Et son sourire resta alors que la tempe d'Harry venait se poser sur son épaule et que ses cheveux ébouriffés caressaient les contours de sa mâchoire.
- Je l'appellerai le Manoir Potter, murmura Harry près de son oreille.
- Si tu veux, sourit Ron.
Il posa doucement sa joue contre le sommet du crâne de son ami et il soupira – de bien-être, d'apaisement. Il était bien là et même si le Manoir Potter ne voyait jamais le jour sur les ruines de cet ancien temple, Ron était sûr qu'il reviendrait se ressourcer ici. Rien que pour avoir le plaisir de respirer librement une nouvelle fois.
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23 avril 2005, Manoir Potter, 7h40
Par où devait-il commencer à chercher ? Accoudé au pupitre, Harry releva les yeux vers l'immense bibliothèque qui s'étendait devant lui. C'était la pièce qu'il aimait le plus dans son manoir avec la Salle du Trône et la Chambre des Murmures. Les murs blancs étaient recouverts de livres et d'immenses bibliothèques croulaient sous les dizaines de grimoires qu'ils avaient réussi à rassembler au fils du temps. Son regard dériva sur le balcon qui encadrait la pièce, où là aussi plusieurs bouquins attendaient sagement d'être lus.
Il était fier de sa collection plus qu'impressionnante. Il avait pris des années pour rassembler autant de livres – certains étaient rares, d'autres beaucoup plus communs. Tous les sujets étaient regroupés sur ces étagères qui pliaient presque sous le poids des connaissances réunies entre ces pages. S'il y avait un endroit où il pouvait trouver des informations sur la malédiction qu'il avait reçue ce serait bien ici. Il n'avait aucun doute. Tout ce qu'il voudrait savoir se trouvait ici – il ne lui restait plus qu'à chercher et à trouver.
Soupirant de dépit, Harry baissa brièvement la tête avant de la relever vers le vitrail qui prenait une bonne partie de l'immense mur qui lui faisait face. C'était une œuvre d'art, véritablement. Rempli de couleur, il représentait un lion et un serpent encadrés par un aigle et un blaireau. Les quatre maisons de Poudlard étaient symbolisées par plusieurs morceaux de verre de teintes différentes – lorsque le soleil brillait de mille feux, la pièce synonyme de connaissance et de silence était illuminée de bleu, de jaune, de vert, de rouge. C'était magnifique et Harry ne regrettait pas d'avoir souhaité se lever si tôt pour commencer ses recherches – il avait voulu éviter Hannibal et Will pour se concentrer sur les informations concernant la malédiction qui l'avait touché.
S'il avait attendu plus longtemps, ils auraient sans doute couchés ensemble et Harry aurait perdu un temps précieux – il avait besoin d'avoir des réponses et rapidement. Son cœur continuait de battre fort dans sa poitrine et les nausées ne l'avaient pas vraiment quitté depuis l'instant où il avait craché du sang dans sa salle de bain, deux jours plus tôt. Il n'avait pas eu d'autres « crises » à part celle-ci – mais il y avait un… truc qui le perturbait bien plus que de vomir de l'hémoglobine.
La vieille, lorsqu'il s'était observé dans le miroir de la salle de bain, il avait eu l'occasion de remarquer ce grain de beauté qui n'avait jamais été là auparavant. C'était une marque noire, plutôt petite – en tout cas elle était à peine plus grande que l'ongle de son petit doigt. Elle se situait juste au-dessus de son cœur et honnêtement, Harry ne pensait pas que c'était un bon signe. Il faudrait être stupide pour ne pas se méfier d'une marque si proche d'un organe aussi important – surtout quand la marque en question était aussi noire que les abysses. Ce n'était pas qu'il était inquiet – il avait cessé de ressentir cette émotion depuis bien longtemps maintenant.
Tapotant la plume sur sa joue, Harry retint un bâillement et il regretta de ne pas avoir pensé à prendre une fiole de la potion antifatigue de Neville. Il n'avait plus l'habitude de se lever aussi tôt ou lorsqu'il le devait c'était souvent parce qu'Hannibal ou Will avait décidé de le réveiller de la plus agréable des manières – avec des baisers sur son torse, des mordillements dans son cou, des caresses sur son sexe.
Il attrapa le parchemin posé à plat sur le pupitre et hésita un long moment avant d'écrire quoi que ce fût. Que devait-il marquer ? Par où devait-il commencer ? Il ne connaissait rien de ce sort à part sa couleur et ses conséquences – mais c'était maigre comme informations, surtout lorsqu'on savait le nombre impressionnant de sortilèges qui existaient dans le monde magique. Il en aurait pour des années – si son corps tenait jusque là. Une moue blasée se dessina sur ses lèvres alors qu'il baissait les yeux vers le parchemin.
Vu comment il s'était senti mal en seulement deux jours après le premier raid de Teddy, il ne pensait pas que son corps mortel supporterait cette malédiction encore deux ans. Si ça continuait comme ça sans se dégrader, il tiendrait trois mois tout au plus. Harry n'avait pas peur, il était au-dessus de cette émotion primaire – il voulait juste trouver une solution qui pourrait le sauver. Il avait beau être un dieu, si son âme était immortelle, ce n'était pas le cas de son enveloppe charnelle.
Il ferma les yeux, réfléchissant. Allez Harry, tu es intelligent, utilise ta matière grise, fais travailler tes méninges ! Il n'avait même pas entendu la formule, comment pourrait-il trouver quoi que ce fût dans de telles conditions ? Neville aurait pu l'aider ou Ron – ou Seamus, Draco, Dean, Blaise, Théo, Pansy, Fleur… Mais il était hors de question qu'il leur dise ce qui s'était passé. Ils se foutraient de lui, ricanant sur sa super-magie qui n'avait rien fait pour le protéger – après qu'ils eurent cessé de s'inquiéter pour lui, bien évidemment. Bande de connards. C'était pour ces deux raisons qu'Harry ne voulait rien leur dire : pour ne pas les effrayer et pour ne pas se faire railler par son Cercle.
Ils étaient sa famille, les amis de toute sa vie, et il les aimait – vraiment. Mais par sa sainte mère, ce qu'ils pouvaient l'énerver avec leur façon de rire de lui quand il descendait de son piédestal involontairement. Enfin, là, ils auraient raison de gentiment se moquer de lui. Pour le coup, lui-même ne savait pas pourquoi sa magie ne s'était tout bonnement pas décidée à intervenir pour le protéger. C'était son rôle après tout… Mais elle n'avait rien fait, le laissant se faire toucher par un sort inconnu qui mettait son corps dans tous ces états.
Peut-être était-ce une sorte de… d'épreuve pour le tester, pour savoir s'il était à la hauteur du monde qu'il voulait créer. Etait-ce possible ? Un dieu qui en testerait un autre pour savoir s'il était digne de diriger ce pays à sa place. Harry eut un sourire désabusé en y pensant. Si c'était vraiment cela – et honnêtement, il y avait peu de chances que ce soit le cas – alors Harry trouverait une solution pour réussir cette épreuve. Et il le ferait haut la main pour lui prouver qui était le meilleur.
Harry était le meilleur – et il le serait toujours. Il était le mage noir le plus puissant, le plus craint, le plus aimé de tous les temps et sa puissance surpassait celle de Merlin ! Face à lui, Voldemort n'était qu'un gamin capricieux, Gellert qu'un gosse incompétent. Même Dumbledore qui avait été considéré pendant des années comme le sorcier le plus puissant, ne pourrait pas l'arrêter – il n'aurait pas eu assez de pouvoir pour le stopper. Harry était au-dessus de tout cela – personne ne serait assez puissant, assez intelligent pour le faire choir de son trône d'or. Il tuerait tous ceux qui essaieraient. Et pour réussir, il devait trouver la malédiction qui lui donnerait la solution à son problème.
Plus déterminé que jamais, Harry raffermit sa prise autour de la délicate plume blanche et il commença à écrire de sa plus belle écriture : Les malédictions les plus connues et les plus méconnues : tous ce que vous devriez savoir – Conséquences et solutions pour malédictions inconnues – Aides médicales pour survivre à un sortilège néfaste – La magie indienne : ses secrets, ses conséquences, ses aboutissements, ses réussites, ses bénédictions, ses malédictions – Médicomagie et potions pour pathologie des sortilèges.
Au fur et à mesure que les lettres se dessinaient à l'encre noire sur le parchemin, les livres demandés apparaissaient sur le pupitre. Il ne releva pas les yeux, continuant d'écrire non plus des titres mais des thèmes : malédictions, taches noires, indien, lumière noire. Dans des doux « pop », huit autres bouquins vinrent se poser au-dessus de ceux déjà posés sur la surfasse lisse et blanche. Lorsqu'il releva finalement les yeux, treize grimoires plutôt épais attendaient sagement sur le bord du petit secrétaire blanc, la haute pile semblant le narguer – le défiant clairement de tous les lire en une seule journée.
Soupirant, déjà fatigué par ces recherches qui se promettaient fastidieuses, Harry attrapa le premier bouquin à la couverture marron, qui paraissait aussi neuf que s'il venait de l'acheter à Fleury & Bott. Il n'avait jamais eu l'occasion de le lire ou ne serait-ce que de l'ouvrir. C'était le cas pour la plupart des livres présents dans sa bibliothèque – il les avait empruntés aux Black, aux Malfoy, aux Zabini, aux Nott, aux Parkinson, au Ministère et les autres avaient été remportés aux enchères ou avaient été importés d'Amérique, d'Asie, d'Afrique, d'Europe. Sa collection était unique au monde – la plus étoffée, la plus grande, la plus importante. Elle dépassait largement la bibliothèque de Poudlard et sa réserve – une des plus impressionnantes au monde.
Avec une délicatesse qu'il n'avait qu'avec ses amants, Teddy, Ron et les membres de son Cercle, Harry ouvrit le livre, caressant presque chaque page du bout des doigts. Le papier était doux sous ses pulpes – c'était une sensation plaisante comme la peau douce d'un amant. A chaque fois qu'Harry touchait à un grimoire il revenait en arrière, à l'époque de Poudlard, quand ils étaient encore relativement heureux et où leurs seuls soucis se résumaient à savoir s'ils allaient avoir de bonnes notes – ça et Voldemort. Dès qu'un livre était ouvert, c'était comme si Hermione était de retour à ses côtés, le sermonnant pour qu'il travaille plus.
- Harry, ce n'est pas en caressant les pages que tu trouveras ce que tu cherches, résonna la voix d'Hermione dans son esprit.
Souriant d'amusement, Harry ne releva pas les yeux du manuel intitulé Les malédictions les plus connues et les plus méconnues : tous ce que vous devriez savoir. Il n'était pas fou, il savait qu'Hermione n'était pas à côté de lui, l'observant chercher des renseignements sur le mal qui le rongeait. Elle n'était présente que dans son esprit, comme un pâle fantôme du passé.
C'était en partie pour cela qu'il adorait cette pièce tout en la haïssant de tout son cœur. Bien qu'elle n'était jamais venue ici, la bibliothèque du Manoir Potter enfermait le souvenir de leur douce Hermy, comme si elle était emprisonnée dans chaque page qu'il avait le loisir de lire. C'était aussi pour cette raison qu'il s'était tenu éloigné de cette salle comme si la vue des grimoires ravivait sa mémoire – Hermione était un sujet trop tendu, trop sensible pour qu'il s'aventure dans une pièce remplie de livres qui lui rappelaient sa meilleure amie. Maintenant… il avait fini par accepter les faits – et la revoir, même mentalement, ne lui faisait plus aussi mal que dans les premières années après son meurtre.
- Je sais, Hermy, dit-il en chuchotant. Mais que veux-tu ? Caresser ces pages, c'est comme caresser mon propre corps. Je me fais du bien, c'est tout, ajouta-t-il avec un sourire lubrique.
Alors qu'il cherchait le chapitre qui l'intéressait, il laissa échapper un rire amusé en imaginant la jeune fille lever les yeux au ciel, exaspérée par son comportement.
- Tu ne pourrais pas m'aider ? Tu connais tout, non ?
- Harry, soupira Hermione dans sa tête. Je ne suis pas vraiment là, je ne suis qu'une création de ton esprit.
- Je sais. Je ne suis pas fou !
- Ah bon ? Je pense que tu l'es un peu, rit la jeune fille. Et tout ce que je pense, tout ce que je sais, c'est uniquement ce que ton esprit connait déjà. Donc si je crois que tu es un peu fou, c'est que tu le supposes aussi. Et je ne peux rien t'apprendre sur cette malédiction parce que tu ne sais rien toi-même sur ce sort. C'est pour ça que tu dois faire tes recherches et arrêter de parler tout seul.
Ce fut au tour d'Harry de lever les yeux vers le plafond, un grognement sortant de sa gorge.
- Tu es toujours aussi… moralisatrice. J'aurais pensé que la mort aurait réussi à te décoincer, au moins un tout petit peu.
- Tu insultes une morte qui n'est pas vraiment là. Je trouve que tu es tombé bien bas, Harry James Potter.
C'était le même ton, les mêmes intonations qu'avait Hermione quand ils étaient encore à Poudlard et que lui ou Ron étaient en retard sur un devoir à rendre. Harry secoua la tête pour se forcer à rester dans le présent – il avait cessé de penser au passé sauf si cela concernait la vengeance derrière laquelle ils couraient depuis la fin de la guerre. Ce n'était jamais bon de se perdre dans ses souvenirs – les esprits faibles pouvaient facilement s'oublier dans une dépression où les pensées d'antan auraient une place principale dans le scénario.
Avec un respect qu'il ne témoignait qu'aux livres, à ses proches et à lui-même, il retraça le titre du chapitre parfaitement bien calligraphié : Les différents types de malédictions. C'était maigre comme début mais c'était mieux que rien. Il fallait bien commencer par quelque chose. Bien… Ça serait long mais il y arriverait. Il referma le bouquin sèchement, le posa sur la pile. Sans relever les yeux parce qu'il ne voulait pas voir la grande pièce vide, exempt de toute présence féminine, il rassembla les livres. Il savait que si ses yeux tombaient sur l'espace vide devant lui, l'illusion de son esprit éclaterait comme une bulle de savon.
- Hermione… Est-ce que tu es fière de nous ?
- Bien sûr, sourit la jeune fille. Je ne pourrais pas être plus fière de ce que vous avez créé.
Harry releva les yeux sur la bibliothèque silencieuse et vide et un sourire sarcastique se dessina sur ses lèvres. Heureusement qu'elle n'avait été que le fruit de son imagination parce qu'il n'était pas certain qu'elle aurait tenue de tels propos si elle n'avait pas été une extension de son propre cerveau. Rassemblant les livres contre sa poitrine, il hocha une fois la tête en direction du vide comme un accord muet avec ce que son cerveau avait décidé de lui offrir – un doux apaisement, tel un bonbon sucré qui fondait sur sa langue.
Les livres serrés contre son torse nu, il fit demi-tour, se dirigea vers la porte et pria pour que personne n'ait l'idée saugrenue de se promener dans les couloirs menant jusqu'à son bureau. Il était environ huit heures, aucun des membres de son Cercle ne serait assez fou pour avoir quitté son lit bien chaud et agréable à cette heure matinale. Il y avait peu de chances pour qu'il croise quelqu'un – quelqu'un qui se poserait des questions sur les bouquins qu'il empruntait. Il allait les emmener jusqu'à son bureau, où ensuite il s'enfermerait pour lire, lire et lire encore. Sa journée se résumerait à parcourir du regard chaque ligne noircie des manuels, chaque mot inscrit sur ces pages.
Il trouverait une solution, ce n'était qu'une question d'heures maintenant – de jours peut-être, au maximum. Et ensuite… ensuite, tout cela ne serait plus qu'une histoire ancienne. Il pourrait tout laisser derrière et oublier ces moments où la nausée faisait chavirer son cœur – exactement comme maintenant. Par son délicieux corps, ça allait être une longue journée.
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23 avril 2005, Manoir Potter, 10h50
Heureusement pour eux, le temps avait été suffisamment clément pour qu'ils puissent sortir se promener dans la forêt qui entourait le Manoir Potter. Le soleil jouait à cache-cache derrière les nuages ternes qui surplombaient l'Angleterre depuis le matin. Néanmoins, le vent ne s'était pas levé, empêchant les cumulus de voyager plus loin dans le pays mais permettant à la température d'être plutôt douce pour la saison.
Hannibal s'auto-congratulait pour avoir pensé à enrouler une écharpe autour de son cou en plus de son manteau noir parce que même si le temps était doux, il pouvait être traître surtout au mois d'avril. Ses mains étaient recouvertes de gants légers – heureusement, d'ailleurs, parce que les différentes laisses qu'il tenait auraient cisaillées sa peau s'il n'avait eu aucune protection. A côté de lui, Will avait pensé à en mettre lui aussi.
Le silence était agréable autour d'eux, seulement entrecoupé par le bruit des chiens et les brindilles qu'ils brisaient sous leur poids en marchant. C'était plaisant, rafraîchissant. Ça leur permettait de sortir du manoir, de respirer l'air libre de la forêt. Hannibal se sentait revivre alors qu'ils marchaient à pas lents sur le sentier en terre qu'ils foulaient de plus en plus ces temps-ci. Hannibal… Hannibal ne pouvait pas se rappeler du moment où il s'était senti aussi libre qu'en cet instant.
L'air pur, le silence, l'absence de magie – ça lui faisait un bien fou. Pas qu'il ne supportait plus le Manoir et ses habitants, mais il avait besoin de s'évader de plus en plus souvent. Il se sentait un peu… à l'étroit dans l'immense bâtisse Et Hannibal pesait ses mots. Il ne voulait pas qu'Harry soit au courant de son… malaise. Parce que même s'il ressentait le besoin de s'éloigner, il aimait Harry. Il l'aimait et ce dernier ne devait pas en douter un seul instant – il souffrirait sans doute et Hannibal ne voulait pas le voir s'écrouler. Il était devenu important pour lui – différemment de Will mais tout de même important.
L'amour ne se contrôlait pas. Heureusement d'ailleurs, parce que si ça avait été le cas, il n'aurait pas volontairement choisi de tomber amoureux d'un psychopathe comme Harry Potter. Mais il ne regrettait pas que son subconscient ait choisi le mage noir – les deux dernières années, bien que légèrement étouffantes, avaient été relativement remplies de bonheur. C'était une satisfaction simple, profonde – ils avaient partagé des moments tendres, amoureux, délicats, d'autres plus passionnés, bestiaux et certains carrément mortels, funestes. Ils avaient eu des conversations comme des amis, des étreintes comme des amants, connu des scènes domestiques comme des amoureux et des meurtres comme des tueurs associés.
Hannibal lui avait laissé la possibilité de le voir comme Harry leur avait fait le même honneur. A part avec Will, il n'avait jamais laissé quiconque avoir le loisir de voir si loin en lui. C'était une marque respect mutuel – une chose qu'ils avaient inconsciemment fait pour intégrer l'autre, pour montrer qu'ils faisaient des efforts pour que ça marche entre eux. Hannibal se demandait encore pourquoi ils avaient tant voulu que ça fonctionne, ce trio improbable. Il avait beau y réfléchir depuis deux ans, il ne pouvait trouver qu'une seule raison qui expliquerait pourquoi : l'amour.
Hannibal était tombé amoureux du sorcier à l'instant même où ses yeux avaient croisé le regard arrogant et plein de pouvoir d'Harry posé sur lui. Ce n'était pas un amour destructeur, mais un amour intéressé. Il avait été intéressé par lui, curieux. Curieux de manière obsessionnelle alors. La voix de sa psychiatre résonna dans son esprit comme si Bedelia était ici, dans cette forêt, avec Will et lui. Ce n'avait pas été un coup de foudre mais il avait commencé à tomber amoureux d'Harry à ce moment là.
Le sorcier s'était incrusté dans son cœur avec la délicatesse d'un éléphant entrant dans un magasin de porcelaines. Hannibal n'aurait rien pu faire s'il avait voulu l'empêcher d'y prendre une place à côté de Will. Mais il s'en fichait parce qu'il n'avait pas voulu l'en empêcher. Harry avait ce genre d'effet sur les gens qu'il croisait – il s'incrustait sous la peau comme une tique, s'accrochait jusqu'à ce que sa victime l'accepte à ses côtés et lorsqu'enfin il lâchait prise, il laissait sa proie atteinte de la maladie de Lyme, infectée par sa présence néfaste. Un sourire mi-ironique, mi-tendre se glissant sur ses lèvres, Hannibal se demanda comment réagirait Harry s'il savait qu'il le comparait à un parasite moldu. Mal, sans aucun doute – ou peut-être pas.
- Qu'est-ce qui te fait sourire comme ça ? l'interrogea Will, se voulant léger.
Mais Hannibal le connaissait suffisamment pour savoir qu'il y avait quelque chose qui clochait. Néanmoins, son métier de psychiatre le poussait à garder le silence tant que Will ne se confierait pas de lui-même. Il savait que si ça le perturbait véritablement, il lui en parlerait.
- Rien, dit-il simplement.
- Bien sûr, ironisa son amant, lui jetant un clin d'œil septique. C'est à cause d'Harry, n'est-ce pas ?
- Si tu le sais déjà pourquoi me poser la question ?
Will haussa les épaules, ramenant son attention sur les chiens qui remuaient joyeusement de la queue. Hannibal se demanda ce qui se passait sous son crâne épais – il avait bien senti qu'il y avait un problème depuis quelques mois mais Will essayait tellement de le cacher qu'il avait voulu lui laisser la possibilité de le lui dire de sa propre initiative. Il avait beau chercher de toutes ses forces, il ne voyait pas ce qui perturbait autant William. Etait-ce de sa faute ? De la faute d'Harry ? Deux ans qu'ils partageaient leur couche et Will n'avait rien montré à part un amour sans borne pour eux.
- Je sais pas. Je me demandais juste si tu savais où il était passé. Il n'était pas avec nous ce matin, je trouve ça bizarre, pas toi ?
Hannibal hocha la tête. Lui aussi avait été étonné de ne pas le voir à leurs côtés dans le lit lorsqu'ils s'étaient levés. Harry avait tendance à s'éterniser au lit, dormant du sommeil du juste ou échangeant des étreintes passionnées avec eux. Il n'avait pas l'habitude de quitter la chaleur des draps avant que le soleil ne soit bien haut dans le ciel. Il était donc étrange qu'ils se soient réveillés sans le mage noir – et un peu inquiétant aussi parce qu'il n'y avait aucun raid de prévu, aucune descente au programme.
Mais connaissant Potter, Hannibal essayait de relativiser. Il avait tendance à faire ce qu'il voulait, sans forcément les prévenir avant. Il s'était amélioré avec le temps, comme si les années lui avaient fait prendre conscience qu'il devait maintenant tout partager avec eux pour que leur trio fonctionne. Et ça marchait dans les deux sens – de toute façon, Will et lui n'avaient pas trop le choix puisqu'ils ne pouvaient pas quitter le manoir sans magie. C'était d'ailleurs… assez frustrant.
- Un peu mais tu le connais, essaya-t-il de minimiser. Harry a tendance à faire ce qu'il veut quand il veut alors j'arrête de m'inquiéter quand il décide tout d'un coup de partir je-ne-sais-où.
Will eut à peine un sourire amusé – et Hannibal fronça les sourcils de surprise. Quand il parlait du sorcier, Will avait tendance à rire ou à parler des façons extravagantes et excentriques de leur amant. Qu'il réagisse ainsi – en l'occurrence qu'il ne réagisse pas – fit s'inquiéter l'ancien psychiatre. Il savait que quelque chose n'allait pas – mais pas à ce point là. Avait-il atteint son point de non-retour ? Le connaissant bien mieux que personne sur cette terre, Hannibal savait que Will avait tendance à garder tout pour lui en espérant que soit le problème se résoudrait tout seul, soit qu'il ne serait pas assez important pour lui miner le moral. Visiblement, ce… truc – quoi que ce fût – avait évolué suffisamment pour que Will n'en puisse plus.
Le silence qui pesait sur eux n'était plus aussi agréable qu'au début de leur promenade. Il était bizarre, rempli de trop de non-dits. Hannibal prit une inspiration discrète, resserrant son emprise autour des laisses dans sa main. C'était maintenant ou jamais – découvrir ce qui tracassait autant son amant.
- Qu'est-ce qui ne va pas ?
Une nouvelle fois, Will haussa les épaules et Hannibal crut qu'il ne répondrait jamais. Mais finalement, après qu'ils aient fait quelques pas supplémentaires dans un silence oppressant, l'empathe prit la parole, d'une voix faible comme s'il ne savait pas vraiment s'il pouvait le dire :
- J'ai l'impression… J'ai l'impression que les chiens ne se plaisent pas ici, balbutia Will sans le regarder.
Merde ! Sa gorge se serra en entendant ce qui le tracassait. Il était évidemment qu'il ne parlait pas uniquement des chiens. C'était une technique vieille comme le monde – comme une personne qui parlait à un spécialiste d'un pseudo ami qui aurait connu un viol, alors que c'était elle la véritable victime. Ici, en évoquant les chiens, William parlait simplement de lui-même. Et l'entendre dire qu'il ne se sentait pas bien ici, lui serra le ventre.
Parce qu'il n'avait rien vu et qu'il culpabilisait. Merde, il avait été psychiatre, il avait dupé des profileurs – aimant lui-même lire dans le langage corporel des humains qu'il croisait. Comment avait-il fait pour ne rien voir ? Comment avait-il fait pour ne pas comprendre que Will ne se plaisait pas ici ?
Et Dieu, sa gorge était tellement serrée qu'il n'arrivait pas à parler. Comprimée d'une émotion particulière, presque inconnue, parce qu'il comprenait. Il comprenait Will de tout son cœur parce que parfois… il ne se sentait pas à sa place, lui non plus. Le manoir était grand, confortable – ce n'était pas le problème. C'était la magie, le souci – la magie qui régnait en maître ici et qui régissait leur vie. Ils ne pouvaient pas quitter les terres d'Harry sans que ce dernier ne soit au courant – pour les portoloins ou les faire transplaner. Ils étouffaient dans cette bâtisse immense – pas à leur place, ils étaient les seuls Moldus présents. Ils faisaient taches.
- Je… je comprends…
Will tourna la tête tellement vite vers lui qu'il s'étonna de ne pas entendre ses cervicales craquer sous la brusquerie du mouvement. Contrôlant parfaitement son corps, Hannibal remercia son self-control parce que, dans le cas contraire, il aurait certainement rougi des pommettes. C'était une des premières fois qu'il bégayait – un jour à marquer d'une pierre blanche.
- C'est vrai ?
Hannibal ancra à son tour ses yeux dans le regard bleu qui le fixait avec une intensité qui le fit respirer plus rapidement. Il hocha la tête, lui assurant silencieusement qu'il comprenait vraiment ce qu'il ressentait. Ensuite, il haussa les épaules, semblant décontracté alors que son esprit tournait à toute allure.
- On avait dit que ce serait temporaire.
Mais comment allaient-ils faire ? Merde, il devait trouver un plan. Si Will n'était pas bien, s'il ne sentait pas à sa place ici alors ils devaient partir. Cependant… ça ne changeait rien pour les sentiments qu'ils ressentaient vis-à-vis d'Harry. N'est-ce pas ?
- Ouais. Ouais, on avait dit que ça serait temporaire, répéta Will comme s'il s'accrochait à cette excuse pour que ses propos soient plus tolérables à accepter. Mais ça… Et Harry ?
Ils s'arrêtèrent progressivement, les chiens s'installant tout autour d'eux comme s'ils avaient senti que le moment était sérieux. Hannibal se tourna complètement vers son amant, regrettant de ne pas avoir les mains libres pour prendre en coupe son visage un peu tendu. Ils allaient trouver une solution. Forcément. Il devait y avoir une solution.
Hannibal avait toujours réussi à s'en sortir sur ses deux pieds, ce n'était pas aujourd'hui qu'il échouerait. Ils trouveraient – et Harry comprendrait. Il le fallait. Mais après tout, il les aimait, non ? Alors il accepterait qu'ils partent pour qu'ils soient heureux. Il fallait arrêter de se voiler la face : ils n'étaient plus heureux ici. Ça n'avait rien à voir avec le mage noir – et ce serait certainement la partie la plus dure à faire comprendre au principal concerné.
- Harry comprendra.
Enfin, il l'espérait de tout son cœur et au vu de l'air septique qui se dessina sur le visage de William, lui aussi doutait de la réaction de leur amant. Ce dernier n'était pas vraiment connu pour ses réactions calmes et sereines – bien au contraire, ses coups de sang étaient légendaires et pas dans le bon sens du terme.
- On est… On n'est peut-être pas obligés de le lui dire tout de suite ?
- Non, valida Hannibal, plutôt soulagé de ne pas avoir à affronter la tristesse d'Harry qui se transformerait sans aucun doute en colère.
Bien que psychiatre connaissait le sorcier plutôt bien, il ne savait pas comment il réagirait. S'écroulerait-il de douleur ? Non. Ça ne lui ressemblait pas – Harry était fort, blindé, il ne s'écroulait jamais. La colère serait inévitable parce qu'il prendrait cela comme une trahison – il ne comprendrait pas qu'ils l'aimaient quand même mais qu'ils ne pouvaient tout simplement pas continuer à vivre ainsi. Ils avaient fait des efforts – c'était à son tour maintenant d'accepter qu'ils ne voulaient pas rester ici.
Après avoir transféré les laisses de sa main droite dans celle de gauche, Hannibal vint doucement caresser la joue de Will. C'était tendre. Amoureux. Apaisant.
- Ne t'inquiète pas, tout ira bien.
- J'en suis pas si sûr.
Lui non plus mais il avait toujours été le roc, celui qui ne doutait jamais et qui était certain de l'avenir. Il lui offrit un sourire pour cacher son propre trouble. Il avait fallu un mage noir pour qu'il se sente autant… bouleversé, lui qui se targuait d'être d'un sang-froid imparable. Harry avait ce genre d'effet sur les gens – il leur faisait ressentir des émotions dont ils ne connaissaient même pas le nom.
- Tant qu'on sera ensemble, tout ira bien.
- Ouais, sourit finalement Will, ça je peux le croire.
Et doucement, presque au ralenti, l'empathe se rapprocha de lui, posa ses mains à plat sur son torse, se mit sur la pointe des pieds et prit ses lèvres dans un doux baiser chaste. Sucré. Délicat. Hannibal ferma les yeux, appréciant le contact soyeux de sa bouche contre la sienne. Oui, tant qu'ils seraient ensemble, alors tout ne pouvait que bien se passer.
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23 avril 2005, Manoir Potter, 19h15
Le bruit de ses pas résonnant entre les murs en pierre d'un des couloirs du Manoir Potter, Ron essaya de ne pas faire attention à son cœur qui battait fort dans ses oreilles. Il marchait vite, s'abaissant presque à courir à travers la bâtisse immense – mais il se refusait à céder à la panique. Il était sûr que ce n'était qu'une fausse alerte… Il n'y avait aucune raison de s'inquiéter. N'est-ce pas ?
Ron secoua la tête en bifurquant dans un autre couloir. Non, vraiment aucune raison. Ce n'était pas parce qu'Harry ne s'était pas montré de la journée qu'il y avait forcément quelque chose qui clochait. N'est-ce pas ? Merde… Si, si, incontestablement. Surtout si Lecter et Graham venaient lui demander où était le brun. Harry les prévenait toujours – en tout cas, il lui disait constamment ce qu'il allait faire s'il devait quitter le manoir. S'il restait enfermé dans la bâtisse, il se montrait au moins pour manger ou pour coucher avec ses deux Moldus.
Aujourd'hui, il ne leur avait rien dit sur une hypothétique sortie mais il restait tout autant introuvable et aussi invisible que le vent. Ron avait vérifié auprès de Teddy mais son ami n'était pas avec son fils. Il avait été voir les cachots, ne trouvant que Draco s'amusant avec son père. Il avait fouillé la chambre du mage noir, tombant sur les deux Moldus qui avaient froncés les sourcils d'inquiétude face à l'absence inexpliquée de leur amant. Ron leur avait dit ne pas bouger, qu'il le retrouverait et le leur ramènerait. Lecter avait hoché une fois la tête alors que Will l'avait simplement regardé fixement, visiblement perdu dans ses pensées. Sans chercher plus loin, Ron était parti à la recherche de son meilleur ami.
Bibliothèque, salle d'entraînement, salon, Salle du Trône, jardin, cuisine – il avait cherché absolument partout sauf… Sauf à son bureau privé. Pourquoi ? Il ne voyait qu'une seule chose : Potter avait osé poser un sortilège de répulsion sur son bureau pour les maintenir à distance. Putain… Il allait l'entendre ! Pourquoi Harry avait-il fait cela ? Que voulait-il cacher ? Leur cacher ? Ron ne le savait pas pour le moment mais il comptait bien le découvrir très vite et remonter les bretelles à son meilleur ami.
Pestant dans sa barbe inexistante, Ron essayait de cacher son inquiétude sous une colère plus que légitime. Est-ce que ça lui arrivait de mettre Harry dans un tel état de stress ? Non. Jamais. Il ne partait pas n'importe où sans prévenir. Il ne posait pas de sort de répulsion sur une pièce du Manoir. Il laissait sa porte déverrouillée quand il baisait avec Blaise pour que son meilleur ami puisse le trouver n'importe où, n'importe quand. Etait-ce trop demandé qu'Harry lui retourne la faveur ? Pas qu'il voulait le voir copuler avec les deux psychopathes moldus, pensa-t-il, mi-amer, mi-exicté.
Ne s'arrêtant pas dans sa marche déterminée vers le bureau de son meilleur ami, Ron eut un sourire cynique qui lui fit oublier sa colère croissante. Ce serait exagéré que de dire qu'il appréciait Lecter et Graham. Il ne les détestait pas non plus – il restait simplement indifférent face à eux. Il ne savait pas à quoi ils jouaient avec Harry – il pensait sincèrement qu'ils l'aimaient mais ils semblaient trop… différents pour trouver leur place dans leur monde. Lorsqu'ils sortaient au Chemin de Traverse, les gens les regardaient, murmuraient des choses sur eux. Tous savaient qu'ils n'étaient que des Moldus mais que cela ne perturbait pas leur façon de tuer les sorciers.
Une vague d'assassinats violents avait suivie leur entrée dans le monde magique et il fallait être totalement idiot pour ne pas savoir additionner deux et deux. Will et Hannibal s'étaient créés une petite réputation de tueurs en série et, même s'ils n'étaient pas aussi impressionnants qu'Harry ou que lui-même, le peuple avait développé une certaine aversion envers eux. C'était pesant d'être considéré comme des monstres – Ron était bien placé pour le savoir. Mais si ça ne le dérangeait pas, tout comme Harry, ce n'était sans doute pas le cas pour l'ancien psychiatre et l'empathe. Comment pourraient-ils accepter tout cela sans broncher, eux qui avaient été enlevés à leur monde d'origine ?
Ron n'avait aucune raison de douter d'eux mais il avait une sorte de pressentiment – un pressentiment qui lui tenait au corps depuis plus de deux ans maintenant. Au moment même où Harry lui avait parlé de ces deux Moldus, Ron avait été certain que tout cela finirait mal. Peut-être parce qu'il avait eu peur – et qu'il avait toujours peur – qu'Hannibal Lecter et Will Graham fassent souffrir son meilleur ami.
Il ne méritait pas ça. Vraiment. C'était sans doute l'homme qui méritait le moins de souffrir. Il méritait d'être heureux. Toute sa vie n'avait été qu'une suite d'évènements traumatisants et douloureux qui l'avaient laissé meurtri et brisé. Qui avaient fait de lui le mage noir qu'il était aujourd'hui. Ron s'était promis qu'Harry ne souffrirait plus jamais – et ces deux Moldus en avaient le pouvoir, malheureusement. Il s'était promis de ne pas chercher plus loin tant qu'Harry était heureux mais quand même…
La première fois qu'il les avait rencontrés, Ron les avait prévenus. Si vous blessez Harry, je vous assure que l'enfer vous paraîtra être une promenade de santé à côté de ce que je vous ferais subir. C'était les mots exacts qu'il avait prononcés, voilà plus de deux ans auparavant. Et il espérait qu'ils n'avaient pas oublié cette promesse parce qu'elle n'avait aucune date de péremption. Il ferait de leur vie un véritable cauchemar s'ils osaient faire du mal à son meilleur ami. On ne touchait pas impunément à ce qui était sien sans en subir les conséquences. Si Ron était à Harry, la réciproque était tout aussi vraie – même si le brun n'en avait peut-être pas conscience.
Alors qu'il accélérait le pas vers le bureau du mage noir, Ron fit taire la voix – qui ressemblait à s'y méprendre à la voix sarcastique de Draco – qui retentit dans son esprit : je te rappelle que pour le moment, ils n'ont rien fait de mal. Bien au contraire… Malencontreusement, c'était plus que vrai. Ron ne pouvait pas leur faire le moindre reproche : ils savaient délicieusement cuisiner, ils étaient présents pour Harry et ce dernier n'avait jamais été aussi heureux que depuis qu'il partageait sa vie avec eux.
Tant qu'ils ne faisaient rien contre le mage noir alors Ron ne pouvait pas intervenir mais au moindre faux pas de leur part, il leur sauterait à la gorge. Une nouvelle fois, il étouffa le souvenir d'une conversation qu'il avait eu avec Malfoy fils. Le mot « jaloux » avait été évoqué brièvement, s'il s'en rappelait bien. Et c'était vrai ! Il était jaloux mais pas comme les gens pouvaient le penser. Il aimait Harry et il avait été son monde pendant de longues années. C'était lui qui l'avait aidé à surmonter le deuil de sa petite-amie – c'était lui qui l'avait poussé à se lever chaque jour, chaque matin, lui promettant un monde meilleur. L'idée d'une vengeance avait été chuchotée à son oreille par la voix douce d'Harry et il lui avait offert la possibilité de punir ceux qui devaient payer.
Puis soudainement, du jour au lendemain, Ron n'était plus le centre du monde du brun – il avait toujours une place importante, comme sa création d'un monde en paix, son Cercle et Teddy mais il n'était plus le numéro un de la liste. Lecter et Graham avaient envahi les pensées de son ami avec la délicatesse d'un hippogriffe dans un magasin de boules de cristal. Et Ron… Ron n'avait pas été préparé à cela. Il était content pour son ami – le voir heureux le rendait heureux. Mais il regrettait le temps où ils passaient des journées rien que tous les deux. Evidemment, le rouquin comprenait et il n'en voulait pas à son ami. Lui-même avait fini par accorder à Blaise une place plus importante – et sa présence le maintenait éloigné d'Harry. Il se demanda vaguement si Harry était lui aussi jaloux de Blaise ?
Un sourire attendri crispa ses lèvres. Non, ce n'était pas son genre. Si quelque chose ne lui plaisait pas, Harry aurait simplement pris ce qu'il voulait. Ron aurait été le premier à savoir si une situation déplaisait à son ami – il aurait compris à ses paroles, à ses gestes qu'il regrettait leur temps privilégié passé ensemble et Ron n'aurait rien pu dire ou faire qui l'aurait fait changer d'avis. Il avait tendance à faire ça, Harry. Imposer sans poser de questions – ou manipuler son monde pour que les autres fassent ce que lui voulait.
Quoi qu'il en fût, bien qu'il ne détestait pas Lecter et Graham, il ne les appréciait pas non plus. Ils lui étaient totalement indifférents mais il essayait de supporter leur présence en surveillant chacun de leurs gestes pour être prêt si jamais ils se décidaient à blesser Harry – même s'il y avait peu de chance pour que ce soit le cas. Il fallait être totalement aveugle pour ne pas voir l'amour qu'ils ressentaient pour le sorcier. Et Ron était tout sauf aveugle. Il avait remarqué les regards quand ils pensaient que personne ne les observait, les gestes qu'ils échangeaient et les sourires débiles qu'ils arboraient tous, niaisement. Discrètement pour ne pas énerver Harry, il resterait sur ses gardes auprès des deux Moldus.
Mais pour le moment, il allait s'expliquer avec son stupide meilleur ami. Avec la délicatesse du Calamar Géant, il ouvrit brusquement la porte en acajou du bureau d'Harry qui alla frapper le mur avec force. Tranquillement installé derrière son secrétaire, le mage noir releva le visage du grimoire qu'il lisait et posa sur lui un regard surpris et interrogateur. Figé sur le seuil de la pièce, Ron tenta de calmer sa respiration rapide. Il allait lui faire un sermon complet sur l'utilité de prévenir quand il décidait de lire toute la putain de journée, quitte à se faire sèchement remettre à sa place. Il avait besoin d'un bouc-émissaire pour évacuer toute l'inquiétude qu'il avait ressentie quand il avait compris que personne n'avait vu le Lord Potter depuis la veille au soir !
Cependant, sa colère – qu'il était prêt à déverser sur son ami – fondit comme neige au soleil quand son regard tomba sur le titre inscrit sur la couverture du bouquin qu'Harry tenait encore entre ses mains. Aides médicales pour survivre à un sortilège néfaste. Quoi ? Ron se sentit pâlir sous ses tâches de rousseur et sa gorge se serra brusquement. Est-ce qu'Harry se sentait mal ? Est-ce qu'il lui cachait quelque chose ? Non… Non, c'était impossible. Harry ne pouvait pas avoir de secret – il lui disait tout. Absolument tout. Il devait y avoir une explication logique – forcément. Ron refusait de penser à une autre option.
Son cerveau réfléchissait déjà aux raisons qui auraient poussé son ami à s'intéresser à un tel livre. C'était sans doute encore un moyen tordu pour torturer ses victimes. Quel meilleur moyen de tourmenter quelqu'un que de savoir à l'avance les conséquences d'un sortilège néfaste ou les effets d'une malédiction ? Ça devait être ça – ou une autre explication dans le même genre qui tenait plus la route que cet hypothétique secret qu'Harry détiendrait.
- Qu'est-ce que tu veux ? le coupa Harry dans ses pensées.
Il eut envie de lui répondre quelque chose de sarcastique sur les bonnes manières mais sa gorge toujours serrée empêcha efficacement tout débordement. A pas lents, presque au ralenti, Ron s'approcha d'une des chaises devant le bureau, ses yeux ne pouvant se détourner du titre inscrit sur le livre. Ayant visiblement suivi son regard, Harry abaissa le bouquin jusqu'à ce que la couverture soit cachée et il lui envoya un sourire éblouissant. Le cœur de Ron fit une embardée alors qu'il s'installait sur le bord du siège.
- Si… Si quelque chose n'allait pas, tu me le dirais, n'est-ce pas ?
Harry inclina la tête sur le côté, lâchant totalement le livre face contre la surface et son sourire se fit plus tendre, plus intime. Les lèvres soudainement sèches, Ron les lécha du bout de sa langue, attendant la réponse de son meilleur ami, le cœur au bord des lèvres.
- Bien sûr, assura le brun.
Et il y avait tellement de charisme, tellement de certitude dans ces deux petits mots que Ron ne put que le croire – maintenant totalement sûr qu'il ne pourrait pas lui mentir impunément, ni lui cacher une information capitale. Harry l'observait toujours avec le sourire mais Ron pouvait discerner à son regard qu'il était fatigué – sûrement une conséquence d'avoir lu toute la journée sans faire une seule pause. Merlin seul savait depuis combien de temps il était enfermé dans cette pièce, bousillant ses yeux sur des lignes étroitement entrelacés sur des pages jaunies par le temps.
- Qu'est-ce que tu voulais, Ron ?
Il y avait de la tendresse dans sa voix. Et Ron ne sut pas ce qu'il devait dire. Il avait prévu de lui remonter les bretelles mais il était faible face à Harry et maintenant qu'il se trouvait près de lui, il ne pouvait plus se résoudre à extérioriser sa colère. Et à cause de sa couardise, il allait devoir trouver une bonne excuse qui expliquerait sa présence dans ce bureau – l'endroit même qu'Harry avait cherché à protéger des autres et de Ron lui-même.
Refaisant mentalement et rapidement le programme de sa journée, il trouva la raison parfaite qui aurait pu le pousser à s'aventurer jusqu'à ce bureau privé.
- Pansy est revenue avec de la chair fraîche.
Le sourire qu'Harry eut en l'entendant aurait fait frémir n'importe qui mais Ron n'était pas n'importe qui. Ses lèvres s'étirèrent à son tour, heureux de voir la lueur fatiguée dans les yeux de son meilleur ami laisser place à une étincelle de sadisme – celle qu'il connaissait bien depuis le temps qu'il la voyait dans son regard vert forêt. Ça, c'était son meilleur ami. Ça, c'était le mage noir le plus puissant et le plus craint de tous les temps – contrairement au jeune homme qui s'enfermait une journée entière pour lire des grimoires sur des sorts néfastes.
- Des victimes ou des nouvelles recrues ?
- A toi de décider.
Les yeux émeraude se mirent soudainement à briller de pouvoir et ce fut une réponse suffisante pour Ron qui savait lire en lui comme dans une boule de cristal. Lorsqu'Harry se leva doucement, sa chaise racla le sol en gémissant un bruit à glacer les sangs qui résonna dans le silence du bureau. Il contourna la surface lisse et brillante du secrétaire et s'avança avec grâce vers la chaise où il s'était installé.
Se léchant les lèvres, Harry s'approcha félinement, roulant exagérément des hanches dans une démarche chaloupée qui fit monter l'excitation dans le corps maintenant tendu de Ron. Merlin, qu'il était beau. Beau, puissant… dangereux. Arrivé à sa hauteur, le brun se pencha et il posa délicatement un baiser sur son front.
Ron frissonna, ferma les yeux. C'était bon, tendre, sucré. Le genre d'échange qui lui manquait atrocement mais qui, du coup, le poussait à profiter plus intensément de ces moments trop rares à son goût. Les lèvres contre sa peau étaient froides mais elles réchauffèrent son corps comme si Harry s'était blotti tout contre lui. Et Ron sourit, les paupières toujours closes. C'était le genre de geste qui lui rappelait à quel point, Harry avait du pouvoir sur lui. A quel point, il pouvait dépendre de lui – pas de façon malsaine, bien au contraire. Ce n'était pas à sens unique. Ils s'appartenaient l'un à l'autre. Ils étaient un tout, les deux faces d'un même gallion.
Tant qu'Harry serait à ses côtés, tant qu'ils se soutiendraient l'un, l'autre – alors ils pourraient tout traverser. Absolument tout. Qu'importait que le monde choisisse de s'écrouler, que le pays se mette à brûler de mille feux, que l'univers décide de s'éteindre. Tant qu'ils se dresseraient ensemble, l'un à côté de l'autre, telle une muraille indestructible, alors Ron était sûr qu'ils survivraient. Rien, ni personne ne pourrait les arrêter. A eux deux, ils étaient invincibles, imbattables, immortels. Tant qu'ils étaient ensemble, ils pourraient tout traverser, le pire comme le meilleur. Ils l'avaient déjà fait par le passé, ils pourraient balayer bien d'autres choses – même s'il espérait que ce serait plus dans la catégorie « meilleur » que « pire ».
Et c'était rassurant de savoir qu'à deux, ils réussiraient tout et n'importe quoi. Vraiment très rassurant, parce que si Ron était sûr d'une chose, c'était bien qu'Harry ne l'abandonnerait jamais.
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Eeet voilààà ! On avance, on avance… Doucement mais quand même ! Harry recherche des informations sur la malédiction, Ron se pose des questions et Hannibal et Will… Eh bien, vous l'avez compris… Mais comment réagira Harry à leur décision, à votre avis ?
J'attends vos commentaires avec impatience :)
Le prochain chapitre arrivera mercredi prochain, soit le 4/04 !
Bonne journée les gens :)
