Chapitre VII

Plus Cassandra passait de temps avec Jean, plus elle l'appréciait. Il était cultivé, charmant, plein d'humour. Il lui plaisait beaucoup, et elle savait que c'était réciproque. Aussi, la première fois qu'ils ont couché ensemble, elle s'attendait à un feu d'artifice, à une vague déferlante, à un orgasme de renom. Malheureusement, ce ne fut pas le cas. Jean était parfait en tout point, sauf au lit. Pour certaines filles, ça n'aurait pas été un problème. Pour Cassandra, ça en était un. L'acte en lui-même avait été basique, presque mou. Il n'y avait eu aucune étincelle. Cela avait duré en tout et pour tout trois minutes trente. Elle s'était sentie comme une gamine faisant sa première fois avec un gamin aussi puceau qu'elle. Certes, elle n'avait que 17 ans, mais elle avait l'expérience sexuelle d'une femme de 25 ans. Devant dormir chez lui à la base, car le lendemain était férié, elle avait prétexté devoir se lever tôt, et s'était sauvée comme une voleuse. En se réveillant ce matin là, elle ne savait vraiment plus où elle en était. Continuer à le voir ? L'oublier ? Elle savait que se baser seulement sur le sexe était faire acte de mauvaise foi, mais elle ne pouvait se résoudre à penser autrement. C'était de la torture. Cependant, quand elle pénétra dans le salon et vit sa soeur recroquevillée dans le canapé avec la mine déconfite, elle oublia ses problèmes quelques secondes.

- Comment va ta tête ?, murmura-t-elle presque.

- Mieux que mon coeur, répondit Bérénice sur le même ton.

- Tu as réussi à le joindre ?

- Non. Et je ne préfère pas en parler.

Bérénice avait ouvert son coeur à un garçon, et maintenant elle l'avait refermé à tout le monde. Elle était comme ça. Cassandra décida de ne pas insister et sortit du salon. C'est à ce moment-là qu'elle reçut un appel de Jean, elle décrocha après avoir hésité une seconde.

- Hello beauté ! Ça te tente d'aller à l'aquarium aujourd'hui ? Apparemment il y a un nouveau requin, commença Jean, apparemment de bonne humeur.

- Oui pourquoi pas, dit vaguement Cassandra.

Jean qui ne remarqua rien continua:

- Super. Je passe te prendre verre 14h.

Elle raccrocha. Elle ne savait pas ce qui lui avait pris, mais elle se dit que Jean restait tout de même un garçon adorable, et elle aimait passer du temps avec lui. Alors, pourquoi pas ?

Sur la route pour l'aquarium, ils passèrent par le centre ville, et en regardant par la fenêtre Cassandra aperçut Emma en compagnie d'Adrien sur la terrasse d'un café. Elle semblait mal à l'aise. Je décidais de lui envoyer un message pour la rassurer : "Je viens de vous voir au café avec Adrien ! Je passais en voiture, Jean m'emmène à l'aquarium. Je sens que ça va être marrant ! Profite bien chérie." Elle n'avait pas encore parlé du petit problème avec Jean aux filles, et ne comptait pas le faire de suite. Elles avaient déjà assez de problèmes comme ça...

OoOoO

Emma passait une excellente après-midi. Adrien était adorable avec elle, et cela faisait du bien de ne pas se prendre la tête pour une fois. Quand fut le moment de se dire au revoir, elle lui dit:

- Merci beaucoup pour ce verre, c'était très sympa.

- On pourra le refaire quand tu veux, Emma. Tu connais mon numéro.

La jeune fille hocha la tête en guise d'affirmation. Il lui fit un léger bisou sur la joue, tout ce qu'il y a de plus chaste. Ils se quittèrent comme ceci. En rentrant chez elle, Emma se dit qu'il avait vraiment de bonnes manières, contrairement à Clément qui l'avait toujours mal traitée. Pourquoi n'était-elle attirée que par des nazes ?

OoOoO

De mon côté, j'ai pu me rendormir quelques heures de plus en revenant de chez Adrien. En me réveillant en début d'après-midi, je fis mes devoirs, me mis devant un film et me rendormit jusqu'en fin d'après-midi. Je me rendis compte que j'étais vraiment fatiguée en ce moment, et cette sieste m'a vraiment fait du bien. C'est sur ce constat que je décidais d'appeler Arthur et lui dit de me retrouver à ma crique une heure plus tard. Quand j'arrivais, il était déjà là. Il me tournait le dos, le visage face à la mer. Il portait un anorak beige qui lui allait très bien, et avait les cheveux en bataille, ce que j'adorais chez lui. Je me suis rapprochée de lui à pas de loups et murmura "Bouh" dans son oreille. Il se retourna vivement et fit un grand sourire jusqu'aux oreilles. C'était un sourire moqueur. Je l'interrogeais :

- Quoi ?

- Tu as du dentifrice sur la joue, s'amusa-t-il.

Je portais une main à ma joue gauche, celle qu'il regardait, et la frottais, un peu honteuse.

- C'est bon ?, demandais-je.

Pour tout réponse, Arthur m'entraina à lui et m'embrassa d'un baiser chaud et tendre. Lorsqu'il se recula, je chuchotai:

- Je prends ça pour un oui...

Avant de l'embrasser de nouveau. C'était une fin d'après-midi comme je les aimais.


Le jeudi matin, Bérénice était complètement paniquée. Elle traînait des pieds en allant vers l'arrêt de bus, elle n'était pas prête à affronter Benjamin. Elle se sentait ridicule. Si Cassandra ne l'avait pas obligé à venir en lui rabotant qu'il ne fallait pas tout faire par rapport aux hommes, elle serait restée dans son lit bien au chaud. Quand le bus se posta devant son arrêt, le noeud qui logeait depuis trois jour dans son ventre empira. Elle monta dans le bus sans grande conviction, ne jeta pas un regard pour l'assemblée et se mit au premier rang. Au bout de quelques minutes, elle sentit quelqu'un retirer un écouteur de ses oreilles. Elle se retourna pour voir Benjamin, assis à côté d'elle. Elle en eut le souffle court. Elle le fixa, hébétée. Il prit la parole:

- Hum, écoute, Bérénice, je suis désolé pour Camélia, il ne faut pas écouter tout ce qu'elle dit...

- C'est vrai ?, le coupa Bérénice, de nouveau pleine d'espoir.

- Oui. Mais il y a tout de même un malentendu... Je crois que... Tu t'es imaginée des choses que je ne voulais pas que tu t'imagines. Je t'apprécie, tu es très sympa, mais ça s'arrête là. Tu comprends ?

- Mais... Et le baiser ?, murmura-t-elle presque, pénaude.

- C'était pour le fun. Tu vois ? Je suis désolé si tu as pensé qu'il y aurait pu avoir plus, ça n'a jamais été mon intention de te faire souffrir mais... On reste copains ?

Ne sachant pas quoi répondre à ce coup de couteau en plein coeur, elle hocha simplement la tête. Benjamin sourit, un sourire de culpabilité, on aurait dit qu'il avait de la peine pour elle. Puis il se leva et repartit vers le fond. Elle le suivit du regard puis croisa celui de Camélia. Elle avait un sourire narquois, un sourire de satisfaction, qui insupporta la jeune fille. Quelle petite conne.
Bérénice avait envie de vomir, tellement elle se sentait salie, trahie, humiliée. Elle était dévastée. D'accord, elle ne connaissait Benjamin que depuis peu, mais elle lui avait ouvert son coeur, elle d'habitude si méfiante, elle avait baissé sa garde. Mais le pire dans tout ça, c'est qu'elle se trouvait ridicule, sa fierté en avait pris un sacré coup. Elle était tout simplement pathétique. Ce constat l'acheva. Arrivée devant le lycée, elle appela sa mère, prétexta un mal de tête due à sa chute de l'autre jour. Une heure plus tard, elle était chez elle. Elle ne voulait même pas pleurer, elle était juste dégoutée. Plus jamais, au grand jamais, elle ne voulait ressentir ça.

OoOoO

Emma observait Julia depuis bientôt cinq minutes. Elles étaient en cours d'anglais, à côté comme d'habitude, seulement aujourd'hui quelque chose était différent. Julia, qui était de nature bavarde -très très- ne parlait quasiment pas aujourd'hui. Elle semblait passionnée par ce que disait le prof, mais Emma la connaissait assez bien pour savoir qu'elle était ailleurs. Elle avait cet espèce de petit sourire béas qui intriguait beaucoup Emma. Que pouvait donc bien lui cacher son amie ? Elle décida de satisfaire sa curiosité en demandant tout simplement:

- Julia, pourquoi est-ce que tu...

- Emma ! Veuillez-nous lire l'article suivant au lieu de bavarder avec votre voisine, je vous prie.

Le prof d'Anglais, Monsieur Leroy, était un être assez insupportable dans son genre. Il avait des tics et ne tolérait aucun bavardage, il faisait penser à un chien au garde-à-vous, près à sauter sur sa victime.
Julia lança un regard amusé à Emma, qu'Emma lui rendit avant de débuter la lecture.
En sortant du cours, qui avait paru une éternité pour Emma tant l'envie de savoir la démangeait, elle ne se fit pas prier pour questionner Julia:

- Alors alors, Juju, qu'est-ce que tu caches ?

Julia rougit. Bingo, Emma savait bien qu'il se passait quelque chose, car Julia ne rougissait que très rarement, et dans des situations vraiment gênantes pour elle.

- Qu'est-ce-que tu veux dire... ?, bafouilla Julia.

- Julia Berry, je te connais comme si je t'avais faite. Je vois bien que quelque chose m'échappe. Et tu vas me dire ce que c'est.

- Tu racontes n'importe quoi, Em. Bon je te laisse, je suis déjà en retard pour mon cours d'Histoire. A plus !

- Attend !

Mais Julia avait déjà filé. Emma devait découvrir ce qui se tramait. Mais d'abord, elle avait un plus gros problème à régler : en finir une fois pour toute avec Clément. C'était primordial.

OoOoO

Juliette n'était pas retournée à la salle de sport depuis trois jours, le lundi où Yago et elle s'étaient beaucoup rapprochés. Elle se sentait un peu nerveuse. Elle avait repassé en boucle la scène du vestiaire dans sa tête, et se trouvait un peu plus ridicule chaque fois. Qui fait ce genre de choses ? Sérieusement ?
Cependant, quand elle l'aperçut sur un tapis roulant en entrant dans la salle, elle ne put s'empêcher de sourire. Il la vit à son tour et lui adressa un signe de main en souriant de plus belle. Elle se sentit légèrement rougir et décida de le rejoindre avant de se dégonfler.

- Salut Juliette !

- Salut, Yago. Tu es là depuis longtemps ?, demanda-t-elle, l'air de rien.

- Oh, une quinzaine de minutes ! Je t'attendais, lui sourit-il.

- Ah oui ?

- Oui, je voulais te proposer quelque chose.

- Dis-moi.

- Je propose qu'on se chauffe une bonne heure sur les machines, avant d'aller faire un petit footing, tous les deux, tu vois ? Il fait encore bon dehors et puis ça détend les muscles ! Tu en penses quoi ?

- Oui, pourquoi pas !, répondit Juliette, un peu gênée de la situation quand même.

Yago sourit de toutes ses dents. Il était craquant. Cela la déstabilisait. Et comme tout ce qui lui échappait était mauvais signe, elle reprit le contrôle en le taquinant:

- Je te préviens par contre, je ne t'attendrais pas si tu lambines derrière !

Il ne tarda pas à rétorquer en grimaçant :

- Non mais je rêve ! C'est moi qui vais devoir te traîner oui !

Juliette éclata de rire. Elle se rendit compte à cet instant que l'étreinte qu'ils avaient échangé l'autre fois dans les vestiaires n'était pas gênante. Au contraire, ça avait été naturel. C'était ce qui lui plaisait chez Yago, il était facile à vivre, il n'y avait pas de prise de tête. Ils s'appréciaient, et, pour le moment, la jeune femme n'avait pas besoin de plus.

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Ce soir-là, je décidais d'appeler Béré que je n'avais pas vu en cours aujourd'hui. Elle répondit à la troisième sonnerie, et au début je n'ai pas reconnu sa voix :

- Béré ?

- Oui ?

Elle avait l'air éteinte. Sa voix était éreintée.

- Béré, dis-moi. Dis-moi ce qui se passe, lui demandais-je de ma voix la plus maternelle.

Elle éclata soudain en sanglots. Elle me raconta la matinée qu'elle avait eu, dans quel état minable elle se sentait, elle était dévastée. Ça m'a coupé le souffle. Bérénice ne s'ouvrait pas facilement aux gens, même à nous. Je ne savais pas quoi dire pour la réconforter, ce Benjamin était un vrai salaud.

- Mon coeur, il n'en vaut pas la peine. C'est lui qui est pathétique, pas toi. Je sais que c'est dur, tu en prends un coup, mais la vie ne s'arrête pas. Tu sais, tu en rencontreras des tas d'autres, des mecs. Je ne veux pas que tu te morfondes en pensant encore à ce petit con.

- Je sais je sais, tu as raison..., hoqueta-t-elle entre deux sanglots.

- Evidemment ! Alors maintenant tu vas regarder un film drôle, dis à ta soeur de le regarder avec toi, et couche-toi tôt ce soir. Tu as besoin de sommeil.

- C'est ce que je vais faire oui... Merci Juju.

- Bonne nuit ma puce, et n'oublie pas que tu es unique.

Bérénice rigola le temps de quelques secondes, avant de me souhaiter bonne nuit et de raccrocher. Son histoire me rendait dingue. Comment les mecs pouvaient-ils être aussi lâches ? Et en me posant la question, je reçus justement un message d'Arthur: "Tu fais quoi ? Tu penses à moi je parie ?". Son message me fit glousser, quel prétentieux. Je répondis : "Dans tes rêves ouais". Il m'appela la minute d'après :

- Comment ça va beauté fatale ?

- Oh, tu sais, blasée du comportement de la gente masculine, comme d'habitude.

- Quoi ? J'ai fait quelque chose de mal ?, demanda Arthur, étonné.

- Non non, c'est juste que Bérénice est mal à cause d'un garçon et que j'ai envie d'arracher la tête de ce type.

- Si tu veux j'envoie ma mafia, déclara Arthur le plus sérieusement du monde.

J'explosais de rire. Il avait le don de dire n'importe quoi dans ce but.

- Avec plaisir !

- Et sinon tu fais quoi ?, changea-t-il de sujet.

- Ben je regarde la télé. Mes parents et ma soeur sont partis chez ma grand-mère pour les quatre jours, ils font le pont. J'en suis tellement jalouse ! Vive le lycée, râlais-je, sarcastique.

- Tu es toute seule ?, m'interrogea-t-il, avant d'ajouter: Je peux venir... ?

Je ne savais pas trop quoi répondre. J'avais peur qu'il s'imagine des choses. Mais j'avais aussi très envie de le voir, sachant qu'on ne s'était pas vus aujourd'hui à cause de nos emplois du temps différents.

- Oui, viens.


Cela faisait dix minutes que Juliette et Yago. Ils parlaient de tout et de rien. Le jeune homme racontait qu'une fois en voyage dans les îles, il avait failli se faire mordre par un requin pendant qu'il surfait. Juliette, passionnée par ce type d'animaux, ne put s'empêcher de rétorquer que les requins n'étaient pas si méchants qu'on le prétendait. S'ensuivit un long débat sur le pourquoi du comment. Ils s'entendaient vraiment bien.
Après trente-cinq minutes de course, Juliette proposa à Yago d'aller se baigner, elle en rêvait, il faisait tellement chaud pour un début de mois d'octobre. Il accepta sans hésiter. Ils se mirent en sous-vêtements, pas le moins du monde gênés puisque cela revenait à un maillot de bain pour eux. Ils plongèrent dans l'eau et firent quelques brasses. Yago déclara :

- Je vais aller toucher le fond.

Quelques secondes plus tard, il attrapait le pied de Juliette et l'emmenait dans l'eau avec lui. Elle se débattit et avala de l'eau en rigolant trop fort:

- Tu es complètement fou ! Tiens pour la peine.

Elle l'arrosa. Il l'arrosa à son tour. Ce qui entraîna une bataille dans l'eau. Malgré tous ses efforts, Juliette était moins forte que Yago, elle se fit donc maîtriser.

- Ah c'est facile de s'en prendre à une fille !, ricana-t-elle.

- Quelle gonflé celle-là. C'est toi qui m'a cherché je te signale ! Je parie que je tiens plus longtemps que toi en apnée.

- C'est un défi ? Je le relève !, s'empressa de répondre Juliette.

Ils restèrent dans l'eau presque une heure avant de sortir car il commençait à faire nuit. Ils se séchèrent et firent demi-tour pour retourner à leurs voitures, restées sur le parking du club de sport. Arrivés là-bas, Yago prit la parole:

- J'ai vraiment passé un bon moment Juliette, t'es pas commune comme fille, tu le sais ça ?

Juliette ne put s'empêcher de rougir. Elle lui donna une bourrade et sourit :

- En même temps je te bas à l'apnée donc forcément !, jubila-t-elle.

- Mauvaise langue ! Bon, et bien je vais rentrer, on se dit à la prochaine fois ?

- Oui, avec plaisir, répondit Juliette, sincère.

Ils échangèrent une étreinte avant de se quitter. La jeune femme prit la route et se rendit compte qu'elle se sentait vivante. De nouveau vivante. Enfin, depuis... Depuis H. Et c'était une sensation tellement agréable. En arrivant devant chez elle, elle gambada jusqu'au salon, embrassa ses parents, puis continua vers sa chambre en sifflotant. Elle pensa: la vie est belle. Elle ouvrit sa porte, et tomba des nues.

- Salut, Julietta.

H.