Chapitre 8

Ouf, j'ai bien cru que je ne finirais pas ce chapitre avant les fêtes, car j'ai encore été malade comme un chien.

En relisant ce chapitre un peu plus de 24 heures après l'avoir posté, j'ai trouvé que certains passages devaient être plus développés. Voici donc une seconde version :

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Après avoir passé l'après-midi avec ses deux amis, Kurogane rentra juste pour l'heure du diner.

« Tu arrives à temps, installe-toi » l'informa son père.

Kurogane sursauta en ne voyant que trois couverts sur la table.

« Où est Fye ? » demanda t-il avec plus d'inquiétude qu'il n'aurait voulu en montrer.

« Il a une migraine et s'est retiré dans sa chambre » déclara Mme Flowright qui sortait de la cuisine avec une casserole de nouilles.

Kurogane effaça vite de son esprit les visions du blond enlevé par Fuma ou Seishiro sur le chemin du retour…

La présence de Fye lui manqua d'ailleurs très rapidement. Rien pour le distraire. Il ne lui restait que l'horrible impression de tenir la chandelle aux adultes qui discutaient, tout excités, de leurs projets pour le week-end.

« La météo sera bonne là où l'on va. Par contre à Tokyo, il ne devrait pas faire beau, de forts orages sont annoncés pour le samedi soir » dit Mr Suwa.

Et Kurogane faillit s'étrangler avec les pâtes en entendant Mme Flowright s'exclamer : « Ginryu, tu ne trouves pas que cela ressemble à un voyage de noces ? »

Arg ! Non mais ça va pas !

À la fin du repas, Mme Flowright alla demander à son fils s'il voulait quelque chose, mais c'était uniquement pour faire bonne impression selon Kurogane. Elle redescendit en disant :

« Non, il a juste besoin de repos… d'ailleurs il n'ira pas à son boulot demain »

« Tu prendras bien soin de Fye » recommanda Mr Suwa à son fils.

« Oui je vais m'occuper de lui » lança ce dernier d'un ton qui pouvait signifier beaucoup de choses. En même temps, il fixait Mme Flowright.

Evidemment, ça la dérange pas d'abandonner son fils avec celui qui l'a tourmenté pas plus tard que la veille. D'ailleurs ces événements ne sont sans doute pas étrangers à son état…

Même s'il voulait éviter de refaire un drame, il sentait que le week-end serait décisif pour la suite de cette histoire.

Je peux toujours interroger franchement Fye sur la raison de l'attitude de sa mère à son égard, mais je doute qu'il réponde… faudrait que je le coince…

La pensée d'entrainer Fye dans un interrogatoire un peu forcé, fit surgir en lui un étrange désir de dominance. Une sorte d'instinct de prédateur qui se met en chasse d'une proie… mais pas pour la manger, juste pour jouer un peu…

Il secoua la tête rapidement comme pour la vider de tout ça.

Une autre des raisons pour laquelle il faut que ces intrus dégagent, c'est que la présence du blondinet commence sérieusement à me donner des idées bizarres…

Allez dodo, j'y pense plus jusqu'à demain…

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Kurogane se réveilla en entendant la porte de sa chambre s'ouvrir. Fye se tenait dans l'embrasure et lui demanda d'une petite voix :

« J'ai fait un cauchemar, je peux dormir avec toi ? »

Le blond était tellement adorable dans son pyjama chinois, sa peluche sous le bras, qu'il ne put refuser. Fye vint donc se blottir contre lui en soufflant « Merci ».

Kurogane ne put s'empêcher de refermer ses bras autour de cette douce forme chaude… des cheveux soyeux lui chatouillèrent le visage… c'était vraiment agréable…

Soudain il le renversa sous lui pour le sentir davantage… Et comme Fye n'opposa aucune résistance, se contentant de gémir de contentement, il s'enhardit, posant ses mains sur de délicieuses rondeurs…

C'est là qu'il s'aperçut que le pantalon s'était transformé en minishort (1)… qui disparut à son tour comme par magie…

Qu'importait que se soit un garçon, il voulait assouvir son désir en lui…

Kurogane se redressa d'un bond en s'accrochant aux draps, réveillé pour de bon… Il avait les yeux exorbités, la mâchoire contractée et plus bas quelque chose avait fait des siennes.

Urg !

Il se frappa le front.

Ce n'était bien sûr pas la première fois qu'il faisait un rêve érotique, mais cela n'impliquait jamais quelqu'un de précisément identifié. Or là non seulement c'était un garçon et en plus celui qu'il pouvait considérer, au pire comme un ennemi, au mieux comme un frère !

Ça va vraiment pas ! C'est plus que des idées maintenant !

Honteux, il se dépêcha de se changer avant de faire un tour dans la salle de bain… C'était déjà le petit matin et une faible lumière grise filtrait de l'extérieur.

En regagnant sa chambre, il vit que celle de Fye était éclairée.

Il est réveillé aussi…Franchement, sa présence devient mauvaise pour ma santé…

Chaque fois que Fye était perturbé, il faisait des cauchemars et aujourd'hui encore, il n'avait pas échappé à la règle. Le cœur battant, il avait allumé la lumière pour chasser les restes d'horreur obscurcissant son esprit.

En entendant Kurogane revenir de la salle de bain, il se dit qu'il pouvait s'y rendre sans risque de le croiser désormais. Il voulait se passer de l'eau fraiche sur le visage.

Quelques instants plus tard, sans réfléchir à ce qu'il allait faire, Kurogane l'y suivait à pas de loup. Il poussa sans bruit la porte entrebâillée et fut assez surpris de trouver Fye comme hypnotisé par son reflet dans le miroir…

« Tu joues à Narcisse ? » demanda t-il sarcastique « Ma foi, t'as plutôt le physique de l'emploi »

Fye lui fit face extrêmement contrarié.

« Dégage » rugit-il à voix basse, pour ne pas réveiller les adultes.

En un éclair, Kurogane imagina une version alternative de la méthode Fuma, qui avait toutes les chances de donner des résultats immédiats…

Son rêve l'avait suffisamment perturbé pour justifier à ses yeux l'emploi d'une solution radicale. Il fallait en finir parce que ce blond était décidément bien trop attirant…

Avant que Fye ne comprenne ce qui se passait, le brun l'avait plaqué contre le mur, emprisonnant ses poignets au dessus de sa tête.

Kurogane arborait un rictus carnassier qu'il ne lui avait jamais vu. La seule chose qui le retint de hurler d'effroi, c'était qu'il se sentait face à un animal dangereux mais pas un monstre comme Ashura.

« Qu'est ce que tu fais ? Lâche-moi » ordonna t-il affolé, mais toujours sans oser élever la voix.

« Si tu veux que j'arrête, il va falloir crier plus fort » dit alors Kurogane en martelant chaque mot.

Fye le fixa complètement atterré : Alors c'est là que tu veux en venir !

Crier, faire une scène qui attirerait l'attention des adultes et nécessiterait des explications ?

Non !

Il se tortilla dans tous les sens mais l'étau lui maintenant les poignets semblait être en acier. Il n'avait rien à mordre et le brun s'était placé de manière à éviter un coup de genou pouvant lui écrabouiller les bijoux de famille.

Il était bel et bien pris au piège !

« Alors j'attends… Exprime-toi honnêtement pour une fois… Toi non plus tu ne supportes plus cette cohabitation… Crie un bon coup » Tenta de le convaincre Kurogane.

Mais Fye se mordit les lèvres.

« Tss… » Irrité par le manque de coopération de sa proie, Kurogane dégagea sa main droite qu'il passa alors sous le haut du pyjama chinois.

Pour lui c'était plus une sorte de lutte qu'autre chose… mais cette peau d'ivoire, plus douce que la soie qu'il commençait à relever, fit courir un frisson le long de sa colonne vertébrale…

« Stop » le supplia le blond en réprimant un frémissement de terreur.

« Crie plus fort, j'entends pas » s'obstina Kurogane, bien déterminé à sortir vainqueur.

Fye tenta une ultime négociation :

« Et tu diras quoi pour te justifier, salaud ? »

« Que j'ai juste essayé de te chatouiller un peu et que t'as réagi comme une fille effarouchée » répondit calmement Kurogane.

Oui, son père lui passerait sans doute un savon mémorable, mais après il déclarait à sa compagne que ce n'était finalement pas sain pour leurs fils de vivre sous le même toit. Le couple ne se séparerait peut-être pas pour autant, sauf que les Flowright feraient leurs bagages. Il aurait déjà gagné ça !

De son coté, Fye savait que sa mère le jetterait dehors à la minute où ils auraient quitté les lieux, l'accusant d'avoir tenté de séduire Kurogane pour briser sa relation avec Mr Suwa.

À la pensée que le blond ne prenait pas sa menace assez au sérieux, Kurogane poussa sa main un peu plus loin…

Toujours pas de réaction… Fye était tétanisé…

C'est pas vrai, il va pas m'obliger à faire plus que ça… se demanda Kurogane. Il n'était pas certain d'être capable poursuivre, si l'autre ne cédait toujours pas.

« Jusqu'où tu es prêt à te sacrifier pour elle ? » rugit alors le brun excédé.

Il se trompait : ce n'était absolument pas sa mère qui préoccupait Fye, mais son sort !

Oui tout s'écroulerait… Il s'y était préparé, seulement il en mourrait si cela arrivait aujourd'hui…

Pas le jour de l'anniversaire de la mort de Yui…

La main de Kurogane arriva à l'endroit où un cœur battait comme les ailes d'un oisillon affolé. Il reprit d'un coup ses esprits : devant lui Fye était en train de se noyer dans un cauchemar éveillé…

Kurogane eut l'impression que son cœur à lui était une pierre tombant dans un puits sans fin.

« Je capitule » soupira t-il en le délivra aussitôt.

Avant qu'il ne puisse trouver des excuses, Fye était dans sa chambre et il entendit le bruit sourd d'un meuble que l'on traine.

Il a bloqué la porte avec le bureau…

Mais comment ai-je pu faire une erreur pareille ! se fustigeait-il.

Il avait confondu la victime et le coupable !

Il avait déduit que Fye devait être plus ou moins responsable dans l'histoire à cause de sa soumission à tous les caprices de sa mère… Mais la réalité devait être bien plus atroce…

Je suis le roi des cons !

Pourquoi j'y ai pas pensé plus tôt ? Il ne laisse aucun homme l'approcher…

« Ma mère ne ramène pas ses conquêtes à la maison » a-t-il avoué… Oui mais avant… qu'a- t-il pu arriver ?

Il ne voulait même pas imaginer ce que l'un de ces hommes avait pu faire à Fye quand il était plus jeune…

Déjà que moi je l'ai tripoté un peu… alors un vrai salaud comme il en existe trop…dans quel ignoble chantage a-t-il pu être entrainé ?

Il se retint de passer sa rage à coups de poings dans un mur. Mais c'était contre lui-même qu'il était en colère.

Jamais auparavant, il ne s'était senti aussi misérable à cause de l'une de ses actions. Même quand il corrigeait quelqu'un un peu trop fort, il avait toujours des raisons valables.

Il descendit dans le séjour sans oser se présenter devant l'autel de sa mère. Sortant dans le jardin, il trouva le temps gris et frais, mais il ne pleuvait pas.

Il respira à fond pour se calmer un peu… Le vieux pin lui rappela des souvenirs de son enfance. Un jour, il avait ramassé en dessous, un petit oiseau tombé de son nid. Il avait alors entrepris la difficile ascension de l'arbre tout en tenant l'oiseau dans une main. Ce n'était que lorsqu'il eut enfin déposé la boule de plumes en sécurité, qu'il avait perdu l'équilibre… atterrissant heureusement dans les bras de son père accouru juste à temps… Sa mère qui n'aimait pas qu'il prenne ce genre de risque, ne l'avait pas grondé cette fois là car c'était pour une bonne cause…

Pourquoi avait-il tant changé depuis ? Il n'était plus un enfant innocent !

Il ressentait encore la chaleur et la douceur de cet oisillon palpitant de peur au creux de sa main… comme Fye…

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Les adultes étaient partis, Fye avait rassemblé ses dernières forces pour leur souhaiter un bon week-end.

Maintenant il était seul avec une bête sauvage en train de tambouriner à sa porte.

« Bon… je n'aurais pas du faire ce que j'ai fait tout à l'heure… je m'excuse… »

« Parce que tu crois que je peux accepter tes excuses ? » cria Fye. Il lui était impossible de pardonner à Kurogane, même en sachant que celui-ci n'avait jamais eu l'intention de le violer…

« Non... Mais il faut qu'on parle… » repris l'autre.

« J'ai rien à te dire ! Fous-moi la paix ! Fais comme si je n'existais pas »

Kurogane soupira, il devait y avoir une autre solution avant celle d'enfoncer la porte… une où Fye ne ferait pas une syncope…

Il ne se considérait pas comme doué en paroles, alors encore moins pour tenir à une porte un discours du genre « Je devine ce qui a du t'arriver » ou bien « C'est parce que j'ai fait un rêve classé X avec toi comme partenaire que j'ai un peu dérapé… »

Sakura et Tomoyo devaient pouvoir l'aider et justement, il les rencontrerait ce soir. Jusque là son planning était fait pour le tenir éloigné de chez lui. C'était sans doute mieux ainsi.

« Je sors… et je ne rentrerai que tard ce soir… alors ne reste pas enfermé toute la journée »

Il partit en emportant ses affaires de kendo pour son cours de l'après-midi.

Fye attendit un long moment après avoir entendu la porte principale se fermer bruyamment.

C'est peut-être une ruse de cet animal…

Finalement, il se rendit aux toilettes car il ne pouvait pas se retenir indéfiniment. Il se prépara ensuite un plateau avec du thé et des biscuits et remonta vite dans sa chambre.

Le seul coup d'œil qu'il avait jeté dehors, lui avait appris que le temps était aussi sombre que son humeur.

Après avoir pris la précaution de bloquer à nouveau la porte, il sortit une photo de son père et de Yui. Recroquevillé sous sa couette, il laissa enfin éclater son chagrin… tous les sanglots qu'il retenait depuis son arrivée chez les Suwa…

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Kurogane traina sans but précis puis il entra dans un petit resto où l'accueillit un grand brun au visage sympathique, sanglé dans un tablier de serveur. Toya l'avait invité à manger à l'endroit où il travaillait. En lui servant la spécialité du jour, des brochettes de poulet, il lui demanda :

« Alors c'est qui le gamin qui tourne autour de ma sœur ? Tu le connais ? »

C'était donc la raison cachée derrière la générosité de Toya : un interrogatoire.

« Ouais… à ce sujet, tu ne devrais pas trop t'en faire » grommela Kurogane.

« C'est bien ce que je n'arrête pas de lui répéter » déclara un jeune homme à la beauté délicate, qu'il identifia comme Yukito.

« Tu veux du rab ? » proposa Toya s'apprêtant à le resservir.

« Non merci » Il n'avait pas trop d'appétit.

« Tu as l'air encore plus renfrogné que d'habitude, des ennuis ? » le questionna encore Toya dubitatif.

« Ouais » Mais Kurogane ne voulait pas lui raconter ses histoires et l'entendre dire « Bienvenu au club ! »

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Fye était anéanti ! Il lui semblait qu'il n'aurait plus jamais la force de sourire, qu'il n'oserait plus non plus sortir de cette chambre…

Comment pourrait-il faire face à Kurogane ?

Son seul allié dans cette maison restait Mr Suwa. Mais c'était un fusible qui pouvait sauter si facilement, donc ce n'était pas la peine de compter dessus.

De quoi serait fait son avenir immédiat ?

Il ne voulait plus penser à rien, se perdre dans sa tristesse, les souvenirs de son père et Yui, l'obscurité de cette chambre dont il gardait les volets clos…

Comme un naufragé qui cesse de lutter, il se laissa sombrer dans un abime de douleur… perdant la notion du temps…

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Pendant son entrainement de kendo, Kurogane se fit reprendre plusieurs fois par son professeur, à cause de sa distraction. Il était bien sûr obnubilé par Fye…

En quittant les vestiaires, où il venait de prendre une douche, il croisa Fuma.

« Alors il parait que t'as sorti les crocs devant mon cousin, hier »

« C'est valable aussi pour toi » grogna Kurogane.

« Tout doux, je te le laisse ton blondinet. Bonne chance » lui lança l'autre

En fait je vaux guère mieux que vous deux ! soupira Kurogane. Il était tenté de repasser chez lui pour voir où en étaient les choses mais il avait promis qu'il ne rentrerait que plus tard.

Il était attendu chez Domeki qui organisait une soirée. Il n'avait pas le cœur à faire la fête mais voulait parler aux filles pour élaborer un plan de sortie de crise.

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Une étrange sensation tira Fye de sa prostration… celle qu'il n'y avait pas que du vide et des ténèbres autour de lui…

C'était pourtant le cas, que pouvait-il y avoir d'autre ? Quel était cet appel assez mystérieux pour lui faire oublier ses craintes ?

À la manière d'un somnambule, il descendit l'escalier… quelque chose l'attirait irrésistiblement encore un peu plus loin… il continua jusqu'à l'autel…

Désireux de percer ce secret, il l'ouvrit avec beaucoup respect puis alluma une bougie…

Alors il la vit et comprit…

Physiquement, elle lui évoqua Tomoyo avec plus de sagesse. Ses longs cheveux noirs et sa robe blanche lui donnaient l'air d'une prêtresse antique…

Mais ce qu'il retint par dessus tout c'était son sourire à la douceur si maternelle… une chose dont il avait presque oublié l'existence…

Il lui semblait qu'il lui était destiné et ne se sentit plus tout seul et abandonné dans cette maison…

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Après avoir fait quelques courses parce qu'il ne voulait pas débarquer les mains vides, Kurogane arriva au temple vers 19 heures. Son groupe du lycée ainsi que Tomoyo étaient déjà rassemblés dans une des nombreuses pièces du bâtiment.

« Comment va Fye ? » lui demanda immédiatement Sakura, paraissant très préoccupée. Pourquoi elle a l'air au courant ? Je doute qu'il l'ait appelée pour tout lui raconter.

Il ne pouvait pas lui mentir et était prêt à accepter tous les blâmes, mais comment s'expliquer.

« Hem… »

« T'as quand même pas utilisé la méthode Fuma ? » plaisanta Domeki. Mais il fronça les sourcils devant l'air fautif, inhabituel à Kurogane. « Hein… ne me dit pas… »

« Non… enfin juste un peu… » bafouilla le kendoka.

« Quoi ? » crièrent les garçons tandis que les filles les regardaient sans comprendre.

« Hé ! C'est quoi cette méthode ? » s'inquiéta tout de suite Tomoyo.

Shaolan, pressé par les deux filles, avoua avec un peu d'embarras comment elle fonctionnait.

Alors Tomoyo éclata de colère :

« Non mais ça va pas ! Tu me fais honte Kurogane ! Donne-moi ton portable Sakura, je vais appeler Fye… Lui dire que mon crétin de cousin a autant de délicatesse qu'un hippopotame et m'excuser à sa place ! »

« Propose lui aussi de venir à la fête » ajouta Watanuki.

Sakura avait sorti son téléphone mais semblait hésiter… finalement elle déclara avec le sérieux que l'on réserve aux informations capitales :

« Quoiqu'il en soit Fye ne viendra pas… aujourd'hui c'est l'anniversaire de la mort de son père et de son frère jumeau ! »

Un silence de mort régna dans la pièce tandis ces mots résonnaient comme un long écho dans les oreilles de Kurogane : Son frère jumeau…

Alors… la photo… je n'avais pas halluciné…

« Je rentre » annonce t-il immédiatement et tous ses amis approuvèrent de concert.

En attrapant son blouson, il demanda tout de même à la jeune fille :

« Comment tu sais tout ça ? »

« Juste après la rentrée, une vieille dame, amie de mes parents, est venue nous rendre visite. Elle voulait savoir comment se passaient mes débuts au lycée et a sursauté quand j'ai mentionné Fye. Aussitôt elle a demandé « Flowright ? » C'est ainsi qu'elle m'a raconté avoir bien connu sa grand-mère. C'est chez elle qu'elle avait rencontré Fye, peu après son arrivée au Japon, alors qu'il venait tout juste de vivre un drame atroce… Elle a conclu en déclarant être heureuse d'avoir de ses nouvelles car elle ne l'avait pas revu depuis la cérémonie funèbre de sa grand-mère… » expliqua Sakura « Je n'ai jamais dit à Fye que j'étais au courant… attendant qu'il l'évoque de lui-même s'il avait envie d'en parler »

Elle était consciente d'avoir divulgué un secret ne lui appartenant pas… mais elle savait aussi qu'elle pouvait faire entièrement confiance à Kurogane.

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Le jeune homme courut sur toute la distance séparant le temple de Domeki de chez lui. Il faisait presque nuit et de l'orage grondait dans l'air, à la manière de longs roulements de tambour annonçant une bataille.

Dans un sens, c'est un peu rassurant de savoir que je n'étais pas la seule cause de sa réclusion d'aujourd'hui…

Son frère jumeau… Ce n'est pas possible, tout ce qu'il cache semble pire que ce que j'avais pu imaginer !

Il va sans doute m'envoyer bouler mais je ne peux plus le laisser souffrir tout seul dans son coin…

La maison était plongée dans l'obscurité.

Peut-être qu'il dort…

Mais une fois dans l'entrée, il vit une très faible lueur à travers la porte vitrée qui donnait sur le séjour. Elle venait d'une bougie qui brûlait sur l'autel de sa mère…

Intrigué, il s'approcha et avec stupeur, découvrit Fye qui gisait inconscient sur le sol, plus pâle que jamais, serrant une photo et sa peluche sur son cœur…

Et il crut que le sien allait cesser de battre !

« FYE ! »

Ce cri auquel vint s'ajouter le fait d'être violement secoué, fit émerger le blond de sa torpeur. Il ouvrit ses yeux, rouges et gonflés à force de larmes versées.

« Ah Kurogane ? Je suis désolé… je… » commença t-il d'une voix éteinte.

« Attend le seul qui doit s'excuser ici c'est moi » le coupa le brun d'un ton sans appel.

« Ah bon, tu n'es pas en colère parce que j'ai ouvert l'autel de ta mère ? » demanda timidement Fye, qui ne comprenait pas sa réaction.

« Non, c'est parce que j'ai cru que tu étais mort ! Ne me refait plus une frayeur pareille » lâcha Kurogane avec un soupir de soulagement.

« Hein ? Je ferais jamais ça à cet endroit… et pas aujourd'hui… » osa avouer Fye avec amertume.

« Le jour de l'anniversaire de la mort de ton père et de frère jumeau » dit doucement Kurogane tandis que les yeux de son vis-à-vis s'écarquillaient de surprise.

« Quoi ? Co… Comment tu sais ? »

« Par Sakura… » Et il lui expliqua comment la jeune fille l'avait appris elle-même.

« Ah il doit s'agir de Mme Tama… c'est vrai que je ne l'ai pas revue, elle était gentille… » Devina Fye « Alors Sakura était au courant de ça… elle m'a toujours fait l'effet d'un ange gardien… »

Ils étaient assis en tailleurs l'un en face de l'autre… Après un moment de silence, Kurogane posa les questions qui lui brûlaient les lèvres :

« Pourquoi ta mère cherche-t-elle à cacher l'existence de ton frère jumeau ? C'est insensé ! Et comment peut-elle partir en week-end en amoureux ce jour là ? En fait, la façon dont elle te traite est complètement indigne pour commencer »

Le blond hésita… Sa relation avec Kurogane venait de s'améliorer de manière inattendue, mais il ne se sentait pas prêt pour autant à lui confier tous ses secrets. D'ailleurs il était bien incapable de trouver des réponses à ces questions.

« C'est compliqué… » murmura-t-il tristement.

Kurogane ne voulait pas le forcer à donner des explications et lui fit signe que cela lui suffisait. Ce n'était pas la peine de brusquer les choses. Le plus important, c'était de faire une mise au point :

« Écoute… J'accepte encore moins la relation de ta mère avec mon père maintenant mais je ne vous mettrais plus dans le même sac tous les deux. Dorénavant, je vous traiterai elle et toi comme deux entités distinctes »

« Pourtant il suffirait de révéler à ton père ce que tu viens de découvrir pour… » se hasarda Fye.

« Non ! Cette histoire ne m'appartient pas ! » trancha Kurogane.

Fye le regarda avec étonnement. Il n'en revenait pas que Kurogane puisse renoncer ainsi à la victoire et lui trouvait la majesté d'un guerrier magnanime…

Ça alors, il arrive toujours à me prendre au dépourvu…

Fye l'avait compris peu à peu à son contact, que toutes les idées qu'il se faisait sur Kurogane avant de le connaître, étaient fausses. Mais dans le même temps, il s'était retrouvé dans une position où il ne pouvait bénéficier de cette découverte… Au contraire, un Kurogane déterminé à remporter un combat pouvait être assez effrayant…

Mais ce dernier le surpris encore davantage en s'inclinant devant lui en signe de repentir.

Ce n'est pas un geste qu'un japonais fait à la légère et venant de quelqu'un d'aussi fier que Kurogane cela avait encore plus de poids.

« Fye… Mes actions envers toi ont vraiment été ignobles… »

Le blond lui donna alors une tape sur la tête « Baka » en signe d'acceptation… Tous les ressentiments et les griefs qu'il lui portait, venaient de s'évaporer…

Il ressemble vraiment à un samouraï… et aussi un peu à un toutou…

Quand Kurogane se redressa, il vit l'ébauche d'un vrai sourire sur le visage de Fye… Il ressemblait à une fleur qui commence à entrouvrir ses pétales, parce que se sont posés sur elle, les premiers rayons du soleil…

Le brun pris conscience de quelque chose. Jusqu'à présent chaque fois qu'il avait blessé Fye, il avait un reçu en échange un mélange de culpabilité et de douleur sourde. Mais la réciproque était vraie : à la vue de son visage en train de s'éclairer, il ressentait un doux apaisement.

Oui, c'était beaucoup mieux ainsi. Qu'importe que dans l'absolu, ses problèmes soient loin d'être résolus, maintenant il agissait en accord avec ses principes. Il était en paix avec lui-même.

« Merci » murmura Fye.

Ce n'était pas la première fois qu'il l'entendait dire ça mais là c'était réel.

Non, non surtout ne pas repenser à ce rêve !

Il aussi réprima l'envie de serrer dans ses bras ce blond qui paraissait si fragile à cet instant. Ce n'était pas le moment…

Mais en voyant qu'il tremblait, Kurogane se leva pour allumer la lumière et chercha un plaid qui servait pour les soirées télé. Il lui jeta sur les épaules :

« Tiens… Dieu sait combien de temps tu as passé, allongé sur le carrelage »

Fye s'enveloppa dans la couverture… elle n'était la seule raison de la douce chaleur se répandait en lui… Kurogane était toujours bourru et ses manières brusques, mais c'était pour cacher sa sollicitude.

« Je ne sais pas depuis quand je suis descendu… c'est bizarre à expliquer mais… j'ai comme été attiré ici… » commença Fye.

« Non cela ne m'étonne pas » ajouta Kurogane, qui remercia en pensée sa mère d'avoir veillé sur Fye.

« Je me sentais en sécurité et je crois que j'ai fini par m'endormir »

D'un regard, Kurogane lui demanda la permission de ramasser la photo qui trainait sur le sol, ce que le blond lui accorda. C'était bien celle qu'il avait entraperçue le jour de l'arrivée des Flowright.

Il l'examina attentivement et déclara :

« Toi tu es à gauche sur la photo »

Fye en resta complètement ébahi :

« Comment t'as trouvé ? Quand on était petits, même les gens de notre entourage n'arrivaient pas à nous différencier Yui et moi ! »

Cette fois ce fut un sourire beaucoup plus lumineux qu'il lui offrit.

« T'es trop fort Kuro-chan »

« Je m'appelle Kurogane » grogna ce dernier, pris par surprise par le retour des surnoms. Il n'arrivait pas à croire qu'ils lui avaient manqué.

À travers son soulagement, Fye sentait poindre en lui une nouvelle douleur… Pourquoi le désir humain est-il à ce point insatiable ? Pourquoi je veux en plus la seule chose qu'il ne pourra jamais me donner ?

Mentalement, il envoya ses excuses au portrait de Mme Suwa : Pardon mais je suis amoureux de lui…

À suivre…

Merci de votre lecture !

Le week-end n'est pas fini, vous n'êtes au bout de vos surprises, les deux chouchous.

Fye : Que vas-tu faire avec cette grande pince ?

YS : Couper le courant du quartier ! Les pannes d'électricités favorisent toujours les rapprochements.

Pour parler d'autre chose, dans ce chapitre le fantôme de Mme Suwa vient prendre soin de Fye, c'est un peu ce que j'avais déjà fait dans Blue Obsession de ma série Missing.

Au sujet de Blue Obsession j'ai remarqué qu'il y a beaucoup plus de monde qui lit la première partie de cet OS, que la seconde. Je fais donc passer un petit message :

Si vous n'avez pas voulu lire la seconde partie en croyant que c'était une death-fic, je vous encourage à poursuivre votre lecture. Vous devriez avoir une bonne surprise.

Si c'est parce que cette première partie ne vous a pas du tout intéressé, alors je ne peux rien faire d'autre que de m'en excuser.

Note :

1 : Dans ce passage je me suis inspiré du fan-art dessiné par Raikov9 évoqué au chapitre précédent. Si vous ne l'avez toujours pas vu, c'est le moment de le faire.

Merci pour les reviews, j'en profite pour remercier Lynn.

Et aussi je vous souhaite de très bonnes fêtes de fin d'année !