Le garçonnet l'avait fusillé du regard au bas de la couchette. C'était à croire qu'il n'avait pas appris à être un peu dérouillé et bafoué depuis le temps ! Mais au fond, la seule chose venant de lui que son jouet n'avalait pas était le fait même d'être remplaçable.

- Bon alors taille-moi une pipe, avait-il lancé tout de go.

T-bag avait simplement fait retomber sur lui un regard désabusé qui signifiait clairement « Tu te fous de moi, petit ? ». Maytag avait insisté sur un ton capricieux :

- T'as promis !

- Et qu'est-ce qu'il en est advenu de ta dignité de pucelle ?

Il avait haussé les épaules.

- J'ai changé d'avis.

Levant les yeux au ciel, Bagwell s'était tiré du lit, et avait saisi brusquement son mignon par les aisselles pour le relever jusqu'à la couchette supérieure, où il l'avait installé lourdement. Là, il l'avait considéré avec son petit air sardonique habituel, les bras croisés sur ses cuisses.

- Laisse-moi deviner : c'est la lame qui t'a chauffé ? Ou bien ça t'a vexé que je n'aie pas eu envie de te voir fourrer ta langue au fond de ma bouche, et pour me signifier ta mauvaise humeur, tu veux envoyer ton berlingot sauver l'honneur ?

- T'embête pas à aller chercher les motivations si loin, va, avait-il rétorqué sur un ton qui se voulait arrogant, mais qui cachait mal la rancœur.

- Tu parles ! Un vrai petit Pinocchio… avait raillé T-bag en lui enlevant son pantalon, découvrant ainsi ce qui pointait le bout de son nez sous le tissu blanc du caleçon.

Maytag n'avait pas répondu. Plus il aurait tenté de justifier le fait d'être revenu sur sa position, plus son maître en aurait usé contre lui. Ils s'étaient trouvés tous deux sur la défensive dans ce cas de figure, mais il était de toute façon difficile de clouer le bec à T-bag lorsque son orgueil était un tant soit peu menacé. Son protégé avait pris appui sur ses mains pour lui permettre de retirer le sous-vêtement, puis le chef de l'Alliance avait écarté ses genoux.

- Après ça, tu cesses de m'importuner avec des doléances aussi ineptes que celle que tu viens de proférer, garçonnet, on est bien d'accord ?

Le jeunot avait hoché rapidement la tête. Du bout des doigts, T-bag avait caressé d'un geste absent l'intérieur d'une cuisse, continuant de le fixer gravement, comme pour le prévenir qu'il avait intérêt à tenir sa parole lui aussi. Il avait senti Maytag frissonner et, alors qu'il enlevait sa casquette et s'apprêtait à se concentrer sur sa tâche, le gosse s'était exclamé :

- Attends !

- … Quoi ? avait-t-il demandé sur un ton particulièrement cassant.

- File-moi une clope.

Bagwell l'avait lâché pour aller fouiller sous son matelas, d'où il avait tiré un briquet et une cigarette qu'il lui avait planté entre les lèvres.

- A tes risques et périls, il paraît que le tabac fait débander.

- Eh ben tu vas devoir compenser, avait répondu Maytag entre ses dents, tandis qu'il approchait précautionneusement la flammèche.

T-bag avait dû reconnaître que c'était plutôt joli, la peau d'un jeune garçon éclairée un instant au chuintement d'un briquet, au milieu de la pénombre grise d'une cellule, où la faible lumière électrique de l'aile A ne filtrait qu'à travers le drap. Une fois la cigarette allumée, le jeune détenu l'avait prise entre le pouce et l'index, et avait balancé le briquet sur son matelas. Dans le même temps, il avait saisi son oreiller et l'avait installé pour pouvoir s'appuyer confortablement contre le mur.

- Mademoiselle est satisfaite ? s'était enquis T-bag, caustique – est-ce qu'il faisait tant de façons avant de se faire faire une gâterie ?

- A toi de jouer, pour ça.

Après un bref sourire amusé, le sociopathe avait retourné sa langue dans sa bouche pour faire glisser l'éternelle lame de rasoir entre ses lèvres ; approchant le dos de sa main gauche, il l'avait coincée entre le majeur et l'annulaire, et de l'autre s'était saisi du jeune pénis pour s'atteler à la besogne.

Il avait perçu les soubresauts immédiats dans le souffle de Maytag, calmés par une bouffée tirée sur la clope. T-bag songeait à cet instant que, paradoxalement, ce n'était pas lui qui s'abaissait le plus dans ce petit jeu. Il s'amusait à tenir une promesse qui ne faisait qu'asseoir un peu plus définitivement la dépendance du môme à son bon plaisir. Non seulement il accordait, ce qui sous-entendait son pouvoir d'interdiction, mais encore Jason accueillait, il ne pouvait s'empêcher de profiter de la brèche et il en redemandait derrière ses petits gémissements étouffés par un poignet. Et Maytag, lui, savait qu'en cédant il se résignait à sa place. Son honorable tentative pour gronder face à la main qui le nourrissait avait été héroïque, mais trop dure à maintenir. La chienne à qui on refuse une place à table se contente des caresses, c'est bien connu. C'était du moins dans cette perspective que le leader blanc voulait bien se souvenir de cette escapade sollicitée entre les cuisses du garçon. Il se rappelait de ses petits doigts hésitants se posant prudemment sur la touffe de cheveux de son front, n'osant presque ni bouger ni saisir. Jason avait rapidement compris que tripoter les mèches brunes qui bouffaient sur le crâne de T-bag faisait grimper en flèche ses chances de se prendre son poing dans la gueule. Mais il avait profité de l'occasion pour jouir de ce contact que Theodore trouvait trop audacieux et trop sirupeux pour s'en laisser être l'objet. Il se complaisait volontiers à être touché, c'était même là un élément assez fondamental de la dynamique de groupe qui régissait l'Alliance. Le contact permettait de se reconnaître, de sentir qu'on appartenait à une famille ; décliné en de vastes ramifications, il précisait une place ; venant de T-bag, il rassurait les membres de la meute, et adressé à lui, il était une marque de confiance et d'agrément. Mais il y avait derrière tout cela une certaine codification sous-jacente, qui spécifiait par exemple que personne ne le touchait à la tête. Lui pouvait très bien s'autoriser une caresse sur la joue, parce qu'il était la main paterne du clan, qui dirigeait avec une sûreté condescendante, mais qui se voulait également bienveillante. Pour les autres, en revanche, il était de mise de respecter le chef, au second comme au tout premier sens du terme : on ne fricote pas avec la tête du groupe. Encore une convention qui aurait dû apparaître comme évidente à Maytag, mais qu'il avait fallu prendre la peine de lui faire comprendre sans tarder lorsqu'il était entré dans sa période touche-à-tout. Ce gosse était incorrigible…

Bagwell avait senti ses hanches se soulever légèrement à la rencontre des tours et des détours de sa langue qui se précisaient ; il avait glissé la main sous une petite fesse tendre pour en apprécier la fermeté, et s'était retenu de faire jouer entre ses doigts la lame de rasoir pour ajouter un peu de piquant à ses gestes. Maytag n'avait rien contre un peu de violence dans les jeux érotiques – T-bag s'était efforcé de lui donner de bonnes habitudes – mais prendre trop d'initiatives aurait sapé l'intérêt de ce divertissement. Bagwell devait laisser son instrument donner le ton, car il ne s'agissait ici que de clémence qui, tout en autorisant son jouet à se retirer autrement que dans l'humilité d'un petit être renié, lui frottait le nez dans ses faiblesses. C'était ce que T-bag avait gardé en tête en écoutant les manœuvres scabreuses de sa gorge se répercuter dans celle de son favori, dont les expirations devenaient tout à fait audibles. Il aimait les sons que ce petit être émettait dans son lit. Il avait aimé ses pleurs bruyants de bébé, les frissons apeurés de sa respiration et la perdition de son premier orgasme. Il aimait les légers soupirs tranquilles qui précédaient son sommeil, ses cris de détresse quand il était puni pour une insolence quelconque, et les obscénités qu'il échappait parfois sous lui pour le prier de corser son propos… Un an passé à partager le même espace clos lui avait tout appris des sons de son codétenu, seuls à empêcher le silence d'envahir l'environnement quotidien de Theodore. Aussi le discret trémolo d'une inspiration lui avait-il mis la puce à l'oreille, au milieu de la douceur tiède de la chair du garçon et des bonnes effluves de tabac chaud. T-bag s'était retiré pour lever les yeux sur Maytag, léchant encore distraitement la verge dressée du bout de la langue. Le jeune homme était étendu dans l'indolence du plaisir, un bras ouvert jusqu'au bord de la couchette, son pouce faisant osciller brièvement la cigarette entre ses doigts pour faire tomber la cendre ; l'intérieur de la lèvre visiblement mordu, il laissait la fumée s'échapper par les narines, et derrière ce rideau de fumerolles des yeux tristes restaient entrouverts.

- Qu'est-ce qu'y a, gamin, c'est pas bon ? avait interrogé le pédophile, assez intrigué par cette réaction.

- Tu devrais travailler ton « réflexe de déglutition » comme tu disais si bien… avait simplement répondu le môme d'une voix fatiguée, sans le regarder.

- Pardonne-moi, je n'ai pas autant d'entraînement que cette habile petite bouche que tu as là, avait-il dit en lui pinçant affectueusement le coin des lèvres. Mais ce n'est peut-être pas la peine d'en être éploré au moins de larmoyer, tu ne crois pas, fillette ?

- Hé, va te faire, je larmoie pas ! avait rétorqué Maytag en lui lançant un regard noir.

- Ts ! Allons, allons, dis à Papa ce qui te tracasse… avait persiflé T-bag avec un sourire complaisant, fidèle à son infamie notoire.

Son mignon lui avait souri en retour, sarcastique, et s'était redressé pour être assis face à lui.

- D'accord : je veux que tu me laisses t'embrasser, maintenant.

T-bag s'était un peu déconfit. Un spasme ennuyé avait retroussé ses babines sur un claquement de lèvres réticent, et il avait répondu :

- Les baisers sont pour les judas, bonhomme, tu le sais bien, c'est même écrit dans la Bible.

- T-bag, avait soupiré Maytag en posant par provocation sur sa joue la main qui tenait encore la cigarette. La rombière qui t'a balancé craignait pour la vie de sa progéniture : tu ne peux pas réellement lui en vouloir pour ça.

Theodore avait repoussé la main d'un air exaspéré.

- Moi je te trahirai jamais, avait déclaré Maytag sur ce ton docte qu'ont les enfants.

- Je sais… T'es un bon gamin, avait soupiré son maître en serrant brièvement sa cuisse comme on serre une épaule.

- Alors embrasse-moi, avait-il conclu avec au fond des yeux ce que T-bag reconnaissait comme le plaisir pervers de l'emmerder.

- Maytag, c'est toujours la même rengaine avec toi : on entre un doigt et tu voudrais qu'on entre tout le bras. Tu devrais déjà être content des… attentions que je te prodigue, tu sais !

- Ouais, enfin c'est pas non-plus comme si c'était la première fois que tu me taillais une pipe… avait glissé le petit salaud en s'appuyant sur ses mains, posées en retrait sur le matelas.

D'abord muet, Bagwell avait froncé les sourcils et esquissé un sourire bluffé face à un tel culot.

- Je croyais t'avoir dit de ne plus faire mention de cette pitrerie-là, mon garçon. Il faisait froid, tu étais joliment sanglé à ce paddock comme un poulain de course et ce stupide tatouage m'a fait déraper, avait-il résumé en enfonçant un doigt accusateur dans le wolfangel qui le narguait près de l'aine de son jouet. Pas de quoi fouetter un chat !

Maytag l'avait considéré, avait tiré une bouffée entre le pouce et l'index, et avait cligné de grands yeux bleus.

- Et la deuxième fois ?

- Chaton, si tu continues à faire le malin, c'est mon pied au cul que tu vas prendre. Tu es là pour me divertir lors des longues soirées d'hiver que je passe enfermé entre ces quatre murs et je n'ai pas de compte à te rendre. Si j'ai envie d'un petit bout de ceci, avait-il dit en tapotant du doigt le sexe mignon toujours au garde-à-vous sous son nez, ça me regarde. Et si je n'ai pas envie de te pourlécher la pomme, c'est que les poupées gonflables ne sont pas faites pour être bizouillées et câlinées.

Il avait accompagné cette dernière affirmation d'un regard appuyé à l'endroit de Maytag, jubilant d'avance à l'idée de voir se froisser son petit cœur au fond de ses prunelles boudeuses de bambin en perpétuelle quête d'affection. Mais celles-ci s'étaient levées au plafond tandis qu'il répondait doucement :

- Peut-être, mais les teddy-bears si.

Le sourire sardonique de T-bag s'était fané aussitôt.

- C'était quoi, ça ?

Comme Maytag ne répondait pas, il avait remis la lame de rasoir dans sa bouche et s'était hissé lestement sur la couchette supérieure, ses genoux emprisonnant les cuisses nues, penché tout près sur le visage de son petit esclave. Il avait perdu toute complaisance lorsqu'il lui avait arraché le mégot encore fumant pour le jeter d'un geste furibond dans la cuvette des toilettes juste en-bas, et qu'il avait calmement exigé :

- Répète ce que tu as dit.

Pour toute réponse, il avait senti qu'on saisissait fermement le devant de son tee-shirt, et la langue de Maytag entre ses lèvres piégées par la surprise. Tiré en avant, il avait dû prendre précipitamment appui sur une main pour ne pas se vautrer lamentablement dans ses bras ; l'autre avait claqué sur le poignet de son protégé lorsque ses doigts s'étaient refermés autour, mais sa position instable ne lui avait pas permis de se débattre assez efficacement pour sauver la chasteté de cet organe qu'il avait d'ordinaire trop bien pendu. Tweener aurait probablement résumé la situation en disant qu'il s'était fait rouler le patin d'une vie de quarante piges – caractérisée par une grande parcimonie amoureuse mais tout de même… venant d'un mioche de vingt deux ans, la chose était plutôt vexante.

Son mignon s'était rapidement retiré et lui avait souri derrière la lame de rasoir qu'il tenait à présent entre ses lèvres. Il l'avait prise entre ses doigts et avait haussé les épaules :

- Un petit fantasme stupide que j'avais…

T-bag s'était efforcé de garder contenance malgré le traumatisme qu'il venait de subir.

- Pour être stupide, c'était vraiment stupide, petit.

- Tu vas me donner une fessée ? avait demandé Maytag, le regard en-dessous, avec son irrésistible petite moue de garnement.

- Oh, je vais te faire bien pire que ça, avait-il répondu sur le ton de la conversation. Mais rends-moi ceci, d'abord.

Il avait tendu la main pour récupérer sa lame, mais Maytag l'avait éloignée.

- Est-ce que je peux te faire une cicatrice ?

- Je te demande pardon ?

- Est-ce que je peux te faire une cicatrice ? Juste pour que tu te rappelles de moi, quoi…

- Aww, comme c'est romantique ! s'était exclamé le meneur blanc en penchant la tête sur le côté pour considérer son protégé d'un air amusé.

- Y a pas de quoi rire alors que tu me l'as déjà fait plusieurs fois pour « marquer ta propriété »…

- Tu veux me faire la jumelle de celle-ci ? avait-il demandé en touchant la couture presque effacée au coin du sourcil droit de son giton. C'est hors de question, fiston.

- Pas forcément la même, où tu veux. Tu sais, de toute façon, ça fait pas sérieux pour un chef de gang d'être aussi intact.

- C'est parce que je ne laisse à personne le temps de me planter, fillette, retiens bien ça. Du reste, je suis assez dubitatif quant au fait que me faire tailler une boutonnière par mon joujou préféré apporte beaucoup à ma crédibilité… Mais bon, puisqu'il faut céder à tous les caprices de l'enfant-roi, apparemment…

Il avait saisi le poignet de Maytag pour le conduire à l'arrière de son flanc, sous son tee-shirt.

- Tu entailles ici. Ca va beaucoup saigner mais tu ne risques pas de me mettre les tripes à l'air avec cette lame : elle est surtout bonne à égorger les chatons.

- D'accord. … T'es prêt ?

- T-t-t, tu vas attendre que j'aie pris un petit quelque chose pour faire passer la pilule.

- Eh ben, quel homme ! Je croyais que tu voulais pas te droguer en ma présence.

T-bag l'avait dévisagé, tout en déboutonnant son pantalon.

- Ce n'était pas mon intention.