Chapitre 7 – Tomboy
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Une jeune femme noire aux lèvres charnues et à la chevelure coiffées en de longues tresses se tenait dans l'entrée du QG. Remus pensa d'abord à Angelina Johnson, une de ses anciennes élèves, mais il était presque sûr qu'il aurait été au courant si elle avait rejoint l'Ordre. Puis, la dite jeune femme trébucha sur le sol parfaitement plat et Remus sut qui elle était.
- Bonjour Tonks, dit-il affablement.
- Salut Remus ! Oh, fais un vœu…
Il la regarda s'approcher tout près, pencher un peu sa tête, puis… lui souffler dans les yeux.
Quand Remus les rouvrit, elle le regardait en souriant, avec l'air d'une petite fille ravie d'avoir joué un mauvais tour à un adulte. Remus se racla la gorge.
- Tu avais un cil, sourit-elle. Bon, à plus tard, Remus !
Et elle planta là un Remus tout surpris.
Quand elle rentra, ce soir, là, elle avait un bras cassé en cours de guérison, un œil au beurre noir et une colonie de bleus sur les bras.
- Salut Remus ! dit-elle joyeusement.
Lui, ne riait absolument pas.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?!
- Rien de grave… quelques autres rencontres impromptues avec le sol.
Elle regarda son jean. Elle s'était écorché le coude et le genou. Comme les enfants de maternelle, se dit-elle.
- On a de l'alcool à 90% quelque part ?
- Pas là, tout de suite, mais je suis certain qu'il y a des trucs au moins aussi fort dans le placard à alcools de Sirius… et ça, je sais où c'est.
Le sourire de Nymphadora s'élargit. Elle jeta un coup d'œil à la bouteille.
- C'est bien la première fois qu'on me désinfecte le coude à la vodka.
- Et la dernière ! fit la voix scandalisée de Sirius dans leur dos. Comment oses-tu, Lunard ! Sacrilèèèège !
- Oh, ça va… demande-lui plutôt ce qui lui est arrivé ?
- Qu'est-ce qui t'est arrivé ? dit Sirius, sans se faire prier.
- Ce cher Greyback a encore voulu me courtiser… il n'apprendra donc jamais… dit-elle sur le ton de la plaisanterie.
Quel besoin y avait-il de dramatiser ? Elle était en vie, après tout.
- Fenrir Greyback ? répéta Remus d'une voix blanche.
- Lui-même.
Elle n'avait pas remarqué à quel point le nom l'avait fait pâlir, et, loin de se douter de ce qu'elle remuait, elle continua à papoter allègrement de sa journée.
- Greyback… répéta-t-il une troisième fois.
- Oui, Greyback, dit-elle d'un air impatient.
- Excuse-moi, je suis juste étonné que tu sois en un seul morceau.
- Oh, ça… Voldemort a sifflé son toutou préféré alors que je commençais seulement à fatiguer…
Nymphadora vit que Sirius lançait un regard en coin à Remus.
- Quoi ? Il est où le problème avec Greyback ?
- Mis à part son odeur, son haleine, son goût pour le sang et les enfants, et tout le joyeux paquetage « lycantropie », Fenrir Greyback est le loup-garou qui m'a mordu, expliqua Remus en évitant son regard.
- Oh.
Elle le regarda avec des yeux ronds.
- Je n'avais pas réalisé que… Mais alors ça veut dire que j'ai botté le derrière au loup-garou à cause de qui tu te rends malade depuis que tu es petit ! Mais… je me sens drôlement mieux, là !
Ils rirent un peu. Elle avait toujours l'air surexcité d'une enfant qu'on avait emmené chez le marchand de glace, quand elle revenait de mission.
- Moi qui voulait qu'on joue à Action et vérité ce soir, comme dans toute coloc' qui se respecte… Tu vas être forcée de répondre aux « vérités », sourit Sirius.
- Pffff… vraiment ?
Remus semblait à peu près aussi heureux qu'elle de jouer à ce jeu. Mais l'opération « Déridons Sirius » étant toujours d'actualité…
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- La meilleure période de ta vie ?
- L'année où j'ai enseigné à Poudlard, répondit simplement Remus.
Il vit l'étonnement et la curiosité sur son visage.
- Je suis surpris que tu ne cites pas nos années d'école, dit Sirius.
- Eh bien, ça le regarde… dit Nymphadora d'un air incertain en reprenant une gorgée de chocolat chaud.
- J'adorais enseigner. Je veux dire… je revoyais Harry pour la première fois depuis douze ans, j'avais des collègues qui m'appréciaient, j'étais dans l'endroit où toute ma vie a commencée (ne sors pas les violons, Sirius, c'est la stricte vérité, j'ai passé d'excellents moments ici), Severus me donnait de la potion Tue-Loup, les élèves aimaient mes cours et ils progressaient tous, et l'espace de quelques mois, je me suis dit que peut-être je pourrais être heureux en vivant seul, si j'avais une activité professionnelle aussi intéressantes et autant d'interactions sociales. C'était un compromis plus qu'acceptable dans ma situation…
Tonks sentait qu'il fallait alléger un peu l'atmosphère…
- Au tour de Sirius ! Avec combien de femmes de l'Ordre (le premier et le deuxième) as-tu eu une relation ? demanda Tonks à Sirius.
Remus éclata de rire. Sirius faisait une tête de six pieds de long.
- Au-cune.
Tonks éclata de rire.
- Quoi ?! Elles ont le double de mon âge pour la plupart et… A ton tour ! Action ou vérité ?
- Vérité ! répondit Tonks.
- Est-ce que tu as déjà emprunté l'apparence d'un membre de l'Ordre ?
- Bien sûr, répondit-elle trop vite.
Ses deux colocataires levèrent un sourcil.
- Bon… à Poudlard, j'avais l'habitude de me changer en Rogue au milieu de la Salle Commune de Poufsouffle et de faire des défilés de mode – avec mes habits…
- Ca me rappelle un autre épisode… rit Remus.
- A toi ! Ton idéal de couple ? demandait Tonks un quart d'heures plus tard.
Remus était parfois d'une franchise désarmante...
- J'aimerai un couple comme celui de Lily et James Potter.
- Roh, il y avait beaucoup plus de choix dans toutes les histoires que je t'ai racontées sur moi, ronchonna Sirius.
- Ils étaient si incroyables que ça ? demanda Tonks avec curiosité.
Elle aimait toujours en apprendre plus sur les membres du premier ordre. Surtout que là, on parlait de personnages historiques.
- Tu plaisantes ? Imagine Superman et Hitgirl ensemble, c'était le couple vedette de l'Ordre, à l'époque… bon, je dois faire justice aux Londubat aussi… Mais c'est Lily et James que je connaissais le mieux.
Tonks reprit une gorgée de vin blanc. Contrairement à ce que Remus avait pensé, Nymphadora avait eu peu à dire sur sa vie sentimentale - il avait pensé qu'elle aurait plein de conquêtes, mais Sirius semblait avoir raison. Elle était sérieuse à tous les niveaux, malgré les apparences. Et comme lui, elle était un personnage qui s'était construite sur ces blessures, à la différence près qu'elle ne se laissait pas abattre. Elle avait un fort caractère, elle savait ce qu'elle voulait, elle ne se laissait pas marcher sur les pieds et elle ne laissait personne parler pour elle (Sirius en faisait les frais à peu près une fois par semaine). Ses échecs ne la minaient pas. Elle les considérait comme des obstacles nécessaires, elle affrontait ce qui méritait de l'être. Remus reconnait bien là la fille d'Andromeda Black. Une mère qui avait dû lui apprendre à avoir toujours la tête haute, et que vivre dans la peur du regard des autres était inacceptable.
- Tes hobbies ? dit-il après avoir cherché la question la plus neutre qui soit.
- En plus de chasser les mages noirs ? Danser, jouer aux fléchettes, surtout quand la tête d'un criminel est placardée sur la cible (c'était visiblement une tradition au Bureau des Aurors), fabriquer des bijoux, taquiner mes colocataires…
Si Tonks n'aimait pas qu'on la prenne pour une gamine, elle aimait bien rappeler son statut de benjamine de l'Ordre, de temps à autres. Elle y avait eu ainsi toute une semaine où il était courant de se faire surprendre au coin d'un couloir de la noble maison des Black par un de ses « bouuuuh ! » enfantins. Remus en particulier semblait sa cible favorite, parce qu'il se mettait à rougir dès qu'elle faisait ça. Il n'était pas habitué à recevoir tant d'attention (aussi innocente et joueuse soit-elle) de la part d'une amie.
- … faire du vélo, de l'escalade, du Quidditch… répondre aux lettres de Ginny…
- Vous faites vraiment la paire, toutes les deux, sourit Sirius. De vrais garçons manqués…
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
Remus comprit beaucoup plus vite que lui que Sirius s'aventurait en terrain dangereux.
- Ben, vous aimez bien des activités de garçon, toutes les deux… et Ginny, c'est un peu comme le septième fils des Weasley… Je me disais d'ailleurs qu'on dit souvent que le septième fils qui naît dans une famille sorcière est appelé à faire de grandes choses, question d'Arithmancie… sauf que Ginny n'est qu'un « garçon manqué » ! plaisanta-t-il.
Tonks avait les sourcils froncés.
- On commence à dire n'importe quoi, on devrait aller se coucher, dit Remus.
- Mais non, c'est l'Arithmancie qui dit ça ! Et je ne te parle même pas du septième fils d'un septième fils… !
- Ginny est appelé à faire des choses exceptionnelles parce que c'est la septième enfant des Weasley, et une fille, et à ce titre, quelqu'un d'unique ! dit Nymphadora. Je n'aime pas du tout cette expression de « garçon manqué »…oui, elle joue au Quidditch, elle se bat, elle répond et parle fort… Est-ce que c'est vraiment comme ça que tu définis un homme ? C'est aussi pathétique que définir une fille par la couleur rose, les battements de cils et la soumission ! Pourquoi le fait d'apprécier les jeans troués, les blagues de Sirius et la bagarre ferait de moi un garçon manqué ? Et être féministe, Sirius, et ça ne me retire ni le droit d'aimer faire la cuisine, ni celui de porter une robe une fois de l'an !
Elle en avait marre de ses collègues qui testaient sans cesse ses capacités, sa détermination… marre que même dans le monde de la magie, où hommes et femmes étaient égaux d'un point de vue de puissance magique, être « trop » dynamique, aventureuse et porter les cheveux courts soit synonyme d'être un garçon manqué ! Elle était elle, une sorcière, une femme, mais elle avant tout.
Elle avait le visage rouge. Sirius cilla, stupéfait.
- Tonks, tu sais que ce n'est pas du tout ce que je pense des filles… des femmes.
- Le problème n'est pas seulement ce que tu penses, mais ce que véhicule ton langage, Sirius. Le tien ou celui des autres, ajouta-t-elle en pensant à tous les goujats qu'elle avait pu rencontrer en 22 ans d'existence (et ça en faisait beaucoup).
- Tonks, il ne voulait pas dire ça…
- Oh, toi, Remus, ne fait pas l'innocent ! Avant qu'on joue à Action ou vérité, tu pensais que j'étais une fille qui n'a que des relations d'un soir ! Et pourquoi ? A cause de mon style vestimentaire, de mon goût pour les pubs, du fait que je sois tactile… ? Et puis d'abord, pourquoi pas ? Pourquoi est-ce Sirius aurait le droit de se vanter de ses conquêtes, et qu'on le surnommerait affectueusement « Dom Juan », alors qu'une fille – moi par exemple – devrait prétendre n'avoir jamais eu qu'une seule relation à la fois, pour ne pas passer pour une … tu-sais-quoi !
- Je me suis mal exprimé, Tonks… je ne sais pas, je - je n'aurais pas été étonné que tu attires les garçons comme le miel attire les mouches – ce qui ne veut pas dire pour autant que je pense que tu accepterais de sortir avec le premier venu !
- Et bien retiens que je n'attire que des lourdauds ! Et le seul homme qui m'intéresse passe son temps à me prendre la tête ou à m'ignorer !
Elle sortit en claquant la porte. Comme ils s'y attendaient, elle renversa quelques objets sur son passage. Sans doute le crachoir en argent du rez-de-chaussée… Autant pour la sortie théâtrale.
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Nymphadora passa toute la semaine suivante à faire la guerre aux sous-entendus sexistes. Remus et Sirius devinaient qu'ils n'avaient fait qu'allumer l'étincelle - elle semblait ressasser ça depuis un bon bout de temps, sans doute avait-elle eu des remarques agaçantes au Bureau. Molly et Emmeline la soutinrent dans sa lutte féministe, mais tout en étant les premières à lui rappeler qu'elles ne pouvaient pas lutter sur tous les fronts.
- Fleur Delacour nous a aidés à nous débarrasser de Greyback ! disait Bill à Dumbledore, un soir de réunion.
Ils parlaient à mi-voix, mais le hall vide résonnait.
- Et c'était bien de sa part, mais ça ne lui gagne pas un ticket d'entrée dans l'Ordre, disait fermement Dumbledore.
Nymphadora se racla la gorge.
- On y va ?
Remus la suivait.
La réunion lui donna l'occasion de comparer les femmes qui les côtoyaient dans cet ordre. Hestia Jones était là par loyauté, une gentille femme avec un grand sens de l'humour. Minerva McGonagall était une des femmes les plus droites qu'il connaisse, et sans doute la plus dévouée à Dumbledore. Elle était sans doute la plus lucide à son propos, d'ailleurs. Elle n'idolâtrait pas de Directeur. Elle le regardait les yeux grands ouverts : elle était son amie. Emmeline Vance était une réelle femme de fer, prématurément endurcie par une guerre, puis une deuxième. Tonks aussi était forte, mais elle acceptait aussi sa fragilité. Elle n'avait pas peur de montrer qu'elle était humaine. Selon lui, ça démontrait beaucoup de maturité.
Devait-il accueillir un nouveau membre dans leur cercle ? Il pensait que non. Dans le doute. Mais certainement pas parce que Fleur Delacour était une fille.
Il grimaça en voyant Maugrey remettre son œil magique en place. Ils soupçonnaient les jumeaux Weasley d'y avoir touché pendant les vacances d'été.
- La Gazette ne parle toujours pas de disparition, disait Hestia. Mais Dingus m'a confirmé qu'il n'y avait plus la moindre trace de la famille Dinklage à Stonehenge…
Tonks se prit la tête dans les mains. Cette famille devait être bougée dans un lieu plus sûr la semaine suivante.
- Voldemort sait très bien que par là, il n'envoie des messages d'avertissement qu'à nous, à ceux qui sont attentifs. Nous ne pouvons pas forcer Fudge à ouvrir les yeux.
- Vous ne pensez pas qu'inconsciemment il sache ce qu'il passe, mais refuse de l'admettre… ? demanda doucement Molly.
- Je pense que pour l'instant l'idée que je dise la vérité ne l'a pas effleuré. Ça viendra. Et il ne fera que durcir sa politique, par peur que d'autres que lui arrivent à la même conclusion.
- Mais la prévention serait la meilleure des défenses…
- Non. Parce que si Voldemort voit qu'il n'a plus aucun avantage à rester cacher, ça va être le chaos. Le temps que le Ministère passera à l'ignorer lui permettra de se préparer à son grand retour. C'est pour ça qu'il est essentiel que vous nous fassiez part des changements de politiques au sein du Bureau des Aurors et du Département de la Police magique, dit Dumbledore en regardant Maugrey, Shacklebolt et Tonks. Ce sera notre premier indicateur que Fudge comprend ce qui se passe…
La porte d'entrée s'ouvrit alors violemment. Tous se levèrent et se précipitèrent dans le hall exigu.
Arthur reprit son souffle.
- Les Stanford ont été tués… Il faut qu'on accélère le mouvement et qu'on cache toutes les familles de la liste…
Nymphadora et Remus enfilaient déjà son manteau. Ce réseau de protection, ils en avaient été à l'initiative.
- Comment ont-ils su où ils étaient ?
- Je pense qu'ils ont surveillé leurs comptes… Les familles qui savaient qu'elles allaient être bougées ont faits d'importants virement à l'étranger ou retiré beaucoup de liquide…
Il n'y avait pas de temps à perdre. Neuf personnes proches de l'Ordre attendaient leur transfert vers des lieux sûrs.
- Kingsley et Remus chez les Abbott, Alastor et Molly, à la cave d'Alberforth, Arthur à Boston, Tonks et Dedalus à Canterbury, et Bill et moi chez les Matthews, dit Dumbledore en pointant divers objets avec sa baguette, qui émit une lumière bleue.
Cette dernière famille était mi-sorcière, mi-moldue. Bill savait que le fils cadet avait été en classe avec Percy. Il saisit le Portoloin qu'avait créé Dumbledore avec un de ses bonnets en laine.
Le Directeur et lui-même atterrirent sur une lande déserte. Déserte, mais bruyante et odorante. Le vent fort leur porta le son d'un combat. Les deux hommes piétinèrent la bruyère pour monter la butte la plus proche.
En haut, devant un petit cottage en feu, nulle autre que Fleur Delacour lançait sort sur sort, debout entre trois hommes masqués et la famille Matthews. Le fils sorcier tentait bien d'aider, mais elle faisait clairement le plus gros du travail.
Les deux hommes avaient l'effet de surprise pour eux.
Dumbledore stupéfixa l'homme le plus à droite et se dirigea vers la famille pour les faire transplaner au plus tôt. Fleur fut déconcentrée et dut rouler sur le côté pour éviter un jet de lumière verte que Bill soupçonnait d'être un Avada Kedavra. La jeune française rétablit cependant un puissant Bouclier entre eux et les Mangemorts, quand elle les eut identifiés. Elle cria quelque chose à Bill, mais il ne comprit pas et lui fit signe qu'ils avaient mieux à faire que de discuter de leur présence ici. Le bruit d'un Portoloin qui s'enclenche se fit entendre derrière eux. Dès que Dumbledore fut à leurs côtés, les deux Mangemorts restants s'enfuir, en emportant avec eux leur ami stupéfixé.
- Bonsoir, Miss Delacour.
Bill remarqua que le directeur n'avait pas baissé sa baguette et la pointait à présent vers la jeune fille.
- Pourquoi êtes-vous ici ?
- J'ai trouvé étrange que plusieurs de mes clients disparaissent peu de temps après avoir fait de grosses opérations sur leur compte. Vous devriez faire plus attention. Je doute que ces hommes masqués aient eu d'autres moyens de s'informer que moi. Ce qui veut dire que votre petit réseau est en danger.
Dumbledore la regarda droit dans les yeux. La sorcière lui laissa accès à la plupart de ses souvenirs, pour lui prouver sa bonne foi. Il était surpris. Qu'elle soit en contact avec Olympe Maxime était une chose, mais il savait que la directrice de Beauxbâtons n'aurait rien dit sans son aval. La sorcière avait tout trouvé toute seule.
- Tout le monde sera bientôt mis à l'abri, dit Dumbledore. Rentrez chez vous.
- Je peux être utile, répliqua-t-elle.
- Rentrez chez vous, répéta le Directeur.
Fleur lui lança un regard brûlant, mais transplana.
- Pourquoi ne voulez-vous pas qu'elle entre dans l'Ordre ? dit Bill, étonné. Vous voyez bien qu'elle est de notre côté !
- Elle a bien assez d'informations sans faire partie de l'Ordre… non, Bill, je ne lui reproche pas d'être intelligente. S'il vous plaît, faites-moi confiance. Et Bill, vous connaissez la règle. Elle ne doit rien savoir qu'elle ignore.
- Elle est la preuve qu'on n'a pas besoin de faire partie d'un Ordre pour faire de bonnes choses, répliqua le cadet des enfants Weasley.
Et il transplana.
Dumbledore regarda tristement le bout de ses chaussures avant d'en faire autant.
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Le salon du 12 Square Grimault se transformait régulièrement en infirmerie et dortoirs lors des veilles, des tours de garde et des réunions, quand les autres chambres, pourtant nombreuses, étaient occupées… La nuit où Fleur Delacour leur prêta main forte, Remus dormit sur un matelas à côté de Tonks. Aucun d'eux n'avait eu la force de monter les trois étages qui les séparaient de leur chambre.
Elle avait le visage fatigué et une grande estafilade sur le front qu'elle n'avait même pas pris le temps de soigner avant de s'endormir. D'après Dedalus, elle lui avait sauvé la vie en lançant un Sortilège du Saucisson à son adversaire avant qu'il n'ait pu complètement prononcer le Sortilège de Mort. Remus murmura un sort de cicatrisation. Cette fille ne mourrait pas sur un champ de bataille, mais d'une infection, si elle continuait comme ça, pensa-t-il affectueusement.
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Remus surveillait un repère de Mangemorts (indiqué par Rogue) situé à quelques encablures d'Azkaban quand il ressentit le froid angoissant qui annonçait l'arrivée d'un Détraqueur. Il avait le choix. Transplaner ou rester. Il choisit trop tard - ses chevilles s'engourdissaient déjà. Il commença à paniquer. Il n'avait pas produit de Patronus depuis si longtemps (devant un vrai Détraqueur, du moins). Et ils étaient deux…
Les poupées de chiffon noires aux mouvements ondés s'approchèrent lentement.
Une pensée heureuse… Une pensée heureuse…
Il n'associait plus les Maraudeurs qu'à des cimetières ou à la maison sombre dans laquelle ils vivaient…
Alors, il lui sembla naturel de penser à Nymphadora Tonks. C'était toujours facile. Elle était l'élément constamment lumineux de son environnement.
Il tenta de se convaincre qu'il n'y avait rien de plus à ça.
L'énorme loup se mit bientôt en travers du passage des gardiens d'Azkaban. Un loup plus brillant et fort qu'il n'avait été pendant des années.
Il se releva et essuya la sueur glacée qui avait coulé dans son cou.
Le lieu de rassemblement des Mangemorts ne semblait pas devoir servir ce soir. Il devait rentrer au QG, ne serait-ce que parce qu'il serait trop fatigué pour transplaner s'il attendait plus longtemps.
Il ne vit pas Sirius, sans doute était-il avec Buck, et s'allongea sur son lit.
Comme la Carte du Maraudeur, les Patronus ne mentaient jamais. Le loup n'avait jamais été aussi puissant que quand il avait pensée à… elle.
Il pouvait l'entendre chanter « I want to break freeeee » dans la salle de bain.
Il n'avait jamais pensé pouvoir être attirée par une femme comme Nymphadora. Plus fille que femme. Plus folle que sage. Plus jeune que lui. Plus rieuse que lui. Plus…Sirius, plus désordonnée, moins rangée et moins désireuse de s'installer dans la vie que lui. Elle était une flamme vivante qu'il observait de loin, de peur de s'y brûler… une fille dont les éclats de rire, et ceux qu'elle suscitait, envahissaient le 12 Square Grimaud à chaque fois qu'elle y passait… une fille qui comprenait l'insécurité que provoquait le fait de voir son apparence changer malgré soi. La femme parfaite pour lui.
Tu délires, mon pauvre Lunard...
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Alors il se mit en tête d'éviter Nymphadora. Ce qui était assez difficile quand on vivait dans la même maison. Il découvrit ainsi à ses dépens qu'il y avait un Epouvantard derrière les rideaux du boudoir vert, et d'énormes araignées dans le placard à balai du rez-de-chaussée. Nymphadora sembla penser qu'il était souvent en mission, mais il ne trompa pas Sirius bien longtemps.
- Qu'est-ce qu'elle t'a fait ?
- Mais rien !
On frappa à la porte. Remus alla ouvrir et se retrouva face à un Nymphadora très contente d'elle, son petit nez en trompette rougi par le froid dépassant de son passe-montagne.
- Salut Remus ! J'ai de quoi remonter un peu le moral de Sirius.
Ils s'inquiétaient pas mal pour leur ami, récemment. Pas plus tard que la veille, Remus lui avait dit que Sirius avait passé trop de temps seul avec sa propre tête, puis avec un chat, un hippogriffe, et enfin un vieil elfe aigri et le portrait de sa mère. Nymphadora s'était demandé comme elle se sentirait à a place. Sa conclusion avait été « en manque de couleur ».
- Qu'est-ce que c'est ? dit Remus en désignant les gros sacs qu'elle portait.
Elle sortit deux pots de peinture moldus avec un grand sourire.
- Allons égayer un peu cette maison ! A moins que le bricolage et la peinture ne soient trop masculins ? fit-elle avec un clin d'œil.
Remus sentit son estomac se contacter. Oh là, c'était mauvais.
- On ne peut pas ajouter de fenêtre, mais on repeindre les tapisseries et les papiers peints les plus sombres, insista Nymphadora sans remarquer son trouble.
Il acquiesça et referma la porte. Ces temps-ci (et surtout depuis qu'elle avait sous-entendu que la seule personne qui l'intéresse était… lui-même), on aurait dit qu'une colonie de papillon avait élu domicile dans son estomac et se réveillait à chaque fois que Nymphadora Tonks lui adressait la parole.
C'était très, très mauvais signe.
- Tu viens ? dit la voix de la sorcière.
Il n'avait pas besoin de se retourner pour entendre son indomptable sourire.
- J'arrive.
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