Disclaimer : Les personnages et le monde de Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto. Je ne gagne aucun centime avec leur utilisation, juste le plaisir d'écrire.
8 - Réveil
Je n'ai pas mal. Je n'ai plus mal devrais-je dire. J'expire longuement, contracte discrètement quelques muscles. Les bras, les jambes, les pieds, les mains… Tout a l'air d'être en ordre. Je suis étendu sur le dos et je sens quelque chose de déposé sur mon corps. Une couverture certainement. Le sol sous moi est … douillet, chaud. Un tatami ? Un futon. L'endroit où je suis est silencieux. Pas un bruit, pas une présence. Soudain un vent venu de je ne sais où fait bouger quelques mèches de mes cheveux. Une odeur de fleurs l'accompagne. Puis le vent disparaît tout aussi soudainement qu'il est venu, comme si on refermait une porte. Ok, je suis dans le salon. Je fronce les sourcils, puis tente de soulever mes paupières. La lueur, pourtant faible, est douloureuse au premier abord mais cela ne dure pas longtemps. Ma vision du plafond, au-dessus de moi, est floue. Je tente d'enclencher mes sharingans. Le plafond retrouve toute sa netteté instantanément. Je lâche un soupir de soulagement, mes yeux vont bien. Une main fait brusquement apparition dans mon champ de vision. Cinq doigts qui gigotent de droite à gauche. Puis une voix douce se fait entendre.
- Eh oh, la belle au bois dormant, tu reviens avec nous ?
Faut vraiment que je réponde à ça ?
- Hmm …
- Tu m'as fait peur, tu sais. Je te laissais encore quelques minutes, puis j'allais envoyer un clone chercher Sakura-chan pour qu'elle t'examine. Ça va faire bientôt deux heures que tu es dans les vapes.
Deux heures. Deux heures ! Je me redresse rapidement sur mon séant. Mais la planète n'a pas l'air d'être d'accord avec mon envie de verticalité. Elle me le fait savoir bien vite en tournant tous azimuts alors que la douleur refait son apparition dans mon crâne. Je n'ai pas d'autre choix que de me laisser retomber mollement sur le matelas, les mains plaquées sur mon front. Naruto, agenouillé à mes côtés, se précipite pour amortir ma chute. Ah il est beau le dernier descendant Uchiha, incapable de juste se tenir assis !
- Houlà, doucement ! Reste avec moi, hein ! Je vais chercher Sakura-chan.
- Non … je sais … je sais ce que c'est…
- Et sans t'obliger, tu pourrais me renseigner un minimum ? ou tu comptes repiquer un somme pendant encore quelques heures ?
Je monte ma main gauche vers la poche intérieure de mon haut mauve. J'ai la désagréable impression que mon geste s'effectue au ralenti tant j'ai du mal à bouger ma main. Il faut que je reprenne de l'énergie rapidement ou les choses vont empirer de minute en minute.
- Tu veux quelque chose ? où ? à l'intérieur ?
Il pousse légèrement ma main et pose la sienne sur mon torse. Sa main est chaude et pourtant ce geste me fait frissonner.
- Poche …
- Poche ? ok j'ai compris. J'espère pour toi que t'es pas chatouilleux …
Il retourne sa main et l'enfonce sous mon haut, tâtonnant.
- Ce truc-là ? la petite pochette ?
Il retire enfin de ma poche une petite bourse de tissu fin qui contient une douzaine de petites billes marron. Je vais pour l'attraper mais il est, bien évidemment, plus rapide que moi.
- Sas'ke … c'est quoi ?
Comme je ne réponds pas, il insiste …
- Sas'ke, c'est quoi ce truc ? de la drogue ? ou des médicaments ? t'es malade ? Sas'ke !
- Non … c'est de la nou …
- Nourriture ? tu veux dire que tu manges ces trucs ? c'est comme les immondes pilules énergisantes de Sakura-chan ? Mais ça fait combien de temps que tu bouffes ces ... ces … trucs …
- Une semaine … donne …
- C'est toi qui les as préparées ? Bien sûr que non, ça vient de l'autre serpent. C'est le mec à lunettes qui a préparé ces … choses. Va savoir ce qu'il y a dedans ! HEIN ! QUOI ! une semaine ! tu ne manges qu'avec ces trucs depuis sept jours ? mais t'es pas bien ma parole ! Il ne t'a pas appris qu'il faut se nourrir sainement, ton Sensei de misère ! Et plus souvent qu'une fois par semaine ! Laisse-moi deux minutes, je réchauffe le riz que nous a donné Hinata-Chan. Il reste des sushis au frais, quelques tomates et des fruits.
Il se relève et part précipitamment dans la cuisine. Je l'entends ronchonner tout seul alors qu'il manipule bruyamment de la vaisselle. Manquait plus que ça, que le roi des ramens me donne des leçons de diététique ! Mais tout plutôt que de lui dire que je ne dois pas mon état qu'à un manque de calories ou de chakra. Me retrouver ici, revoir mon père et mon frère dans ce souvenir, m'ont affecté bien plus que je ne l'admettrais jamais. C'était si … réel. Le sharingan est vraiment une arme redoutable. Et l'utiliser sur moi alors que je suis affaibli par mon voyage, était une mauvaise idée.
Naruto réapparaît un plateau dans les mains. Il s'agenouille et le dépose au sol mais se relève aussitôt et disparaît dans le couloir. Au bout d'une poignée de secondes, il revient, deux paires d'oreillers dans les bras. Après les avoir abandonnés au sol, il m'enjambe. J'écarquille les yeux en le voyant au-dessus de moi, une jambe de chaque côté de mes hanches. Il me surplombe de toute sa hauteur et je me sens … faible, petit, impuissant sous lui. Il se penche alors vers moi et dépose ses deux mains de chaque côté de ma tête. Il a la tête en bas, les jambes écartées me chevauchant, et les fesses en l'air. Mais je n'ai aucunement l'envie de rire. Ce qui n'est visiblement pas son cas.
- Hihihi, tu verrais ta tête, c'est trop drôle. Toi, tu ne bouges pas, et tu me laisses faire, ok ?
Je n'ai pas le temps de répondre qu'il glisse sa main droite sous mon cou, délicatement. Il colle ensuite son front au mien et effectue une légère pression pour m'immobiliser adroitement contre sa main glissée sous mon crâne. Puis il plie légèrement les genoux, rentre ses hanches et remonte le haut de son dos. Son nez touche le mien mais, lentement, mon corps se redresse. De sa main libre, il attrape un oreiller et le glisse sous ma nuque et mes épaules. Je sens son souffle sur mes lèvres lorsqu'il me soulève. Il me repose ensuite doucement sur l'oreiller et recule à peine son visage du mien.
- Rien ne tourne ?
Je suis incapable de prononcer un seul mot. Tout ce que je peux faire, c'est remuer faiblement la tête de la droite vers la gauche. Je n'ai pas souvenir que l'on m'ait déjà traité comme ça, comme une petite chose fragile, presque précieuse… c'est … déstabilisant.
- Ok on continue !
Il se remet en position, le front contre le mien, et recommence à me soulever. Nous avons effectué l'opération quatre fois. A chaque fois il a empilé les oreillers sous moi. A chaque fois, il m'a demandé si ça allait. Je me retrouve pratiquement assis, sans qu'aucun de mes muscles n'ait fourni le moindre effort. J'ai le plus grand mal du monde à maintenir mon masque impénétrable sur mon visage qui semble se fissurer à chacune de ses respirations sur mes lèvres. Mon cœur s'est emballé depuis qu'il est passé au dessus de moi et ça n'a rien à voir avec la crise que j'ai faite dans le bureau plus tôt. Je souffle longuement quand il se redresse finalement, repasse un pied par-dessus mes jambes, et s'installe par terre comme si de rien n'était.
- Sushis ? tomates ? ou fruits secs ?
- Tomates … s'il te plait …
- Houlà, t'es poli maintenant toi ? la crise est plus sérieuse que je ne le croyais. Tiens, mange. T'as vu, pratique cette manière de soulever un corps, hein ? C'est Sakura-Chan qui me l'a apprise. C'est un super docteur tu sais. Elle s'occupe de tout l'hôpital quand Baa-Chan ne peut pas y être. On fait encore quelques missions ensemble, mais elle préfère de loin rester à l'hôpital. Le meilleur moyen pour la trouver c'est d'aller au service pédiatrique. Elle est si douce avec ces pauvres gosses.
- La droite que j'ai reçue était loin d'être douce.
- Ouais, je sais. Elle t'en veut encore d'être parti, tu vois. Ils t'en veulent tous un peu de nous avoir abandonné. Mais elle peut tourner la page. Je suis même sûr qu'elle l'a déjà fait au fond d'elle puisqu'elle m'a demandé de veiller sur toi. Tiens, ton bol de riz. Tu arrives à manger seul ?
- Oui, oui. Je ne suis pas invalide quand même.
- Tu sais Sas'ke, certaines choses ont changé en quatre ans. Nous ne sommes plus des enfants maintenant. Il y a même des couples dans notre bande. La Hokage compte sur nous et nous met au courant de certains problèmes du village. Moi, plus que les autres, bien sûr, mais nos amis ne sont ni aveugles ni idiots. Ils savent ce qu'il se passe. Et si j'ai besoin de l'un ou de l'autre, ils seront là en quelques minutes. Tous. Et Sakura sera au premier rang. Parce que, même si ça te rend dingue, tu fais partie des nôtres et on doit te protéger.
- Je n'ai pas fait que partir, j'ai voulu te tuer, Naruto. J'aurais pu le faire lorsqu'on s'est vus dans le souterrain d'Orochimaru.
- Mais tu ne l'as pas fait. Je crois en toi, Sas'ke. Je sais que si j'ai besoin de toi, tu seras toi aussi au premier rang.
- Tu es idiot. Mais il y a des choses que j'aimerais comprendre. Il se passe quoi dans le village ? pourquoi tu parles de me protéger ?
- Tout ce que tu dois savoir c'est … que Konoha ne te reçoit pas en ennemi. Il y a bien pire que toi entre nos murs. On a sciemment traversé le village tranquillement avec la vieille tout à l'heure, en nous comportant de manière détendue en ta présence. On ne pouvait pas cacher ton retour, c'était trop … gros … les villageois vont répandre la rumeur en rien en temps. Mais si tu es ouvertement de notre côté, de mon côté, ça refroidira peut être le Conseil de t'approcher et de s'en prendre à toi. Mais comme je l'ai promis à Sakura, je ne veux prendre aucun risque, et je ne te lâcherai pas d'une semelle.
- Tu tiens tant que ça à protéger votre ennemi ? J'ai été… je suis le bras armé d'Orochimaru et il voulait s'en prendre au village.
- Tu te trompes Sas'ke. Tu es juste toi. Et oui, on fera tout pour que les croûtons ne te mettent pas la main dessus. Ah au fait, cela va être impossible de terminer tout ce que tu as à faire en quatre heures, vu que tu en as déjà passé deux à récupérer. Tu vas devoir passer la nuit ici et reprendre tes investigations demain. Tu as trouvé des choses intéressantes avant de t'évanouir, dans le bureau ?
- Je sais où se trouve la cache secrète de mon père et comment l'ouvrir.
- C'est bien ça. Repose-toi un peu, tu iras voir plus tard ce qu'i l'intérieur. Je vais faire un rapport à Tsunade. Saï doit encore être avec elle. Essaye de dormir.
Adaptant ses gestes à ses paroles, il tire lentement sur la pile d'oreillers dans mon dos. Ne réalisant pas que je me sens mieux, il me recouche ensuite délicatement, puis sort un petit rouleau de parchemin de sa sacoche accrochée à sa cuisse. Comme je me suis retourné vers lui et que j'ai les yeux bien ouverts, il replonge la main dans sa sacoche et en extrait un rouleau plus gros que je reconnais.
- Elle est bien sage, tu vois. Et pas abîmée. Dors maintenant.
Il remet le parchemin à sa place et s'intéresse au plus petit qu'il a sorti auparavant. Il le déroule, prend un minuscule pinceau qui était caché dans l'épaisseur du rouleau et commence à écrire sur le papier. Une fois le parchemin rempli d'une écriture fine et régulière, il repose le pinceau, souffle un bon coup et effectue une longue suite de signes. L'écriture se met alors à se déplacer sur le papier. Les lignes s'entrecroisent et s'emmêlent jusqu'à dessiner la forme d'un animal. Naruto se mord alors le pouce et laisse couler une goutte de son sang sur l'encre noire. Les deux liquides ne se mélangent pas immédiatement. Le rouge sang tourbillonne, s'étale puis prend finalement forme. L'insigne du village de la feuille inversé vient de s'inscrire sur le dos de l'animal. Un signe de plus, et la souris prend forme en trois dimensions. Elle pousse un petit cri, s'élance hors de la feuille et disparaît en moins d'une seconde. Je ne peux pas la suivre des yeux. Mon attention chute de seconde en seconde et dans un soupir, je m'autorise à obéir à Naruto, et plonge dans un sommeil réparateur.
