Bonjour! Je sais, je n'ai pas écrit depuis longtemps, et je ne sais pas si je vais écrire d'ici peu, car les examens approchent dangereusement, tels des bêtes féroces dans la savane... Je divague, désolée. En tout cas, voilà la suite! Suite où il ne se passe rien de plus, enfin pas vraiment. Bref, vous verrez bien. Je n'étais pas vraiment inspirée pour celui-ci, en espérant que cela change.

Enjoy!


Quatre jours durant, je restai chez les Cullen, profitant de leur incroyable générosité. Vous vous demandez sûrement pourquoi j'y suis restée si longtemps. La réponse est assez simple : je suis tombée malade, et ils ne voulurent pas me ramener chez moi tant que la fièvre n'était pas retombée. Durant ce laps de temps, je me rapprochai beaucoup des quatre personnages qu'étaient Alice, Jasper, Esmé et Carlisle. Toutefois, je ne croisai ni Rosalie, ni Emmett, et Edward était toujours en Alaska.

J'avais lié une amitié toute particulière avec Esmé. En quatre jours, elle avait montré plus d'affection pour moi que mes deux parents réunis en dix-sept ans. Elle s'était occupée de moi comme jamais on ne s'était occupé de moi, me passant un linge humide sur le front lors des accès de fièvre les plus violents, m'aidant à me changer lorsque j'étais trop faible pour le faire toute seule, me cuisinant de bons petits plats une fois que j'eus quelque peu recouvré l'appétit… Lorsque je m'ennuyais et que je n'étais pas plongée dans une torpeur sans nom, nous parlions de tout et de rien. Il était tellement facile de discuter avec elle, alors que j'avais toujours été introvertie, incapable de tenir une conversation de tous les jours avec une autre personne que Chloé. Le vendredi matin, soit trois jours après mon arrivée chez les Cullen, Esmé et moi étions seules dans la grande maison. Son mari était à l'hôpital et ne devait pas rentrer avant midi, tandis que Jasper et Alice étaient au lycée jusqu'à quinze heures environ. Pour la première fois depuis mon arrivée aux Etats-Unis, j'avais dormi convenablement la nuit précédente, et je me sentais beaucoup mieux. Esmé, après avoir pris ma température et conclu que je n'avais presque plus de fièvre, m'avait donc proposé de regarder un film au salon. Douillettement installée sur un canapé, recouverte de couvertures bien chaudes, une tasse fumante dans les mains, j'avais réalisé que je n'avais pas été aussi bien depuis très longtemps. Nous avions opté pour une comédie romantique française que je ne connaissais pas. Le film n'était pas spectaculaire en soi, mais j'avais apprécié ce moment privilégié avec Esmé, d'autant plus que, dix minutes avant la fin du film, nous avions été rejointes par Carlisle qui rentrait tout juste du travail.

Carlisle était l'homme de bien par excellence. Il m'avait soignée sans jamais montrer aucun signe d'impatience quand je refusais parfois d'obtempérer. Il finissait toujours par obtenir ce qu'il voulait, de toute façon : cet homme était charismatique, et avait le don d'exposer son point de vue de telle sorte qu'on ne pouvait qu'être d'accord avec lui. Il avait également une culture générale et historique sans borne, et semblait en outre posséder un véritable esprit de philosophe. Quand il n'était pas de service à l'hôpital et qu'il venait me voir dans « ma » chambre pour vérifier si j'allais bien, il nous était arrivé deux ou trois fois de discuter longuement sur des sujets historiques, philosophiques ou littéraires, et j'étais ébahie de constater que le médecin blond en apparence si jeune devait avoir eu plusieurs vies. Cependant, malgré ma curiosité, je ne posai aucune question. Je n'avais pas oublié la menace proférée par Jasper.

En fait, j'aimais bien Jasper, vraiment. Alice aussi. Même si j'avais été dans les vapes la plupart du temps, Jasper m'avait quand même appris à jouer aux échecs et, en tant qu'adorateur de l'histoire des Etats-Unis, il m'avait raconté quelques batailles, si précisément que je m'étais bêtement demandée s'il y avait participé. Alice, quant à elle, m'avait introduite dans le monde de la mode. Ce n'était pas mon univers préféré, loin de là, mais y pénétrer avec Alice était très drôle. J'aimais observer les mimiques de son visage quand elle faisait défiler à toute vitesse les modèles des couturiers les plus chers au monde sur son ordinateur, jusqu'à ce que j'en ai mal à la tête. Alice et Jasper formaient un joli couple. Là où Alice était excitée et sautillante, Jasper, lui, était calme et mesuré, toujours un sourire au coin des lèvres quand il regardait sa bien-aimée.

Tous quatre se proposèrent pour m'aider à mieux m'intégrer à Forks, notamment avec des cours d'anglais (Carlisle), d'histoire (Jasper), de maths (Esmé) et d'un peu de tout (Alice). Je leur en étais extrêmement reconnaissante, mais j'étais aussi très gênée. Ils m'avaient accueillie chez eux quand j'avais besoin d'aide, ils m'avaient soignée, nourrie, réconfortée, écoutée, occupée… Que donner en échange de ce don de soi inestimable ? Le samedi matin, alors que nous avions convenu que j'étais assez en forme pour rentrer chez moi – malgré la réticence de Carlisle à me laisser seule avec mes démons intérieurs – je fis part de mes inquiétudes à propos de mon impossibilité matérielle de les rembourser. Mes parents avaient « oublié » (hum) de me laisser de l'argent pour subvenir à mes besoins pendant qu'ils étaient partis, et je n'avais rien qui eût quelque valeur chez moi. A l'entente de mes appréhensions, Carlisle s'accroupit devant moi et plaça ses deux mains sur mes épaules, me regardant droit dans les yeux.

"Bérénice," dit-il posément. "Pour faire simple : tu avais besoin d'aide, et nous étions les seuls à pouvoir intervenir efficacement. C'est tout. Tu n'as même pas eu vraiment le choix de venir ici, il serait tout de même indécent de te demander quoique ce soit en retour. D'accord ?"

J'acquiesçai, les larmes aux yeux. J'étais très émotive, ces derniers temps, et je me demandais si Jasper le sentait. Comme pour répondre à ma question, je sentis comme un cocon de bien-être s'enrouler autour de moi. C'était pour le moins étrange, mais extrêmement agréable. Je me sentis soudain plus confiante. Je jetai un regard au jeune homme blond. Celui-ci arborait un petit sourire triomphant.

"Allez, viens," dit Carlisle en se redressant. "Je te ramène chez toi."

Je suivis sans mot dire le médecin jusqu'au garage. C'était la première fois que j'y pénétrais, et je ne m'étais pas préparée à un tel spectacle. Trois voitures et une moto étaient parfaitement alignées devant un portail électrique qui devait bien faire six mètres de long. Les véhicules devaient tous être très chers, supposai-je en considérant la BMW rouge et l'Aston Martin côte à côte. Plusieurs voitures – au moins deux – semblaient manquer, étant données les places vides. Je suivis Carlisle jusqu'à la Volvo avec laquelle Alice m'avait amenée ici, prenant soin, au passage, d'admirer les deux autres bolides. Jamais je n'oserais ne serait-ce même qu'espérer monter un jour dans une voiture telle qu'une Aston Martin Vanquish…

Déjà debout à côté de la portière du conducteur ouverte de la Volvo, Carlisle me regardait en souriant légèrement, sans doute amusé par ma fascination. Je sentis le rouge me monter au visage et me dirigeai tête baissée vers la place du passager. Dieu que je détestais rougir…

"Tu aimes les voitures ?" demanda poliment le médecin en démarrant le véhicule.

"Euh… J'aime bien, ouais. Mais après, c'est pas non plus une passion débordante. Je trouve ça cool, c'est tout."

"Chez nous, ce qu'on aime surtout, c'est la vitesse," m'informa-t-il en appuyant sur l'accélérateur pour sortir du garage. "Tu veux une démonstration ?"

J'avoue, je ne m'attendais pas vraiment à cela de la part d'un chirurgien urgentiste, qui devait voir fréquemment des victimes d'accidents sur les routes. Mais bon, tout le monde a ses petits péchés mignons…

"Je veux bien," répondis-je. "J'espère seulement que je ne vais pas vomir au terme du trajet."

"Nous verrons bien…" fit-il, taquin.

Sur le petit chemin de terre menant à la route, le médecin resta à une allure raisonnable. Quand la voiture atteignit l'asphalte, cependant, je sentis le moteur vibrer et les roues crisser. Nous partîmes à toute allure direction Forks. Je m'accrochai à l'accoudoir de la portière, souriant comme une gamine dans un manège, observant, ébahie, les silhouettes des arbres qui, déformées par les gouttes de pluie répandues sur le pare-brise, défilaient à toute vitesse sur les deux côtés de la route imbibée d'eau. Malgré ces conditions, je faisais confiance à Carlisle. Sa position respirait la sérénité : sa respiration ne s'était pas modifiée depuis qu'il était au volant, il regardait la route d'un air calme en souriant légèrement, la bras reposé sur l'accoudoir comme si de rien n'était. Quant à moi, mon cœur battait à une vitesse erratique, j'étais tendue comme un arc et mon estomac était quelque peu dérangé. J'appréciai néanmoins cette attraction si vivifiante, n'ayant pas connu ces sensations depuis bien longtemps. Bien trop tôt, nous nous arrêtâmes devant ma maison, et mon sourire disparut comme s'il n'avait été qu'un mirage. C'était tellement étrange de me dire que c'était ça, chez moi. La bâtisse à deux niveaux n'avait aucun charme et transpirait la solitude.

"Tu es sûre que ça va ?" demanda Carlisle, inquiet de mon silence.

J'acquiesçai, soudain incapable de parler. Je ne voulais pas sortir de la voiture, je ne voulais pas aller là-bas ! Je serrai les poings, luttant contre l'envie irrésistible de pleurer comme une gamine. Dans quelques minutes, je serais de nouveau seule, et je n'avais pas besoin de cela. Carlisle sembla comprendre, car il passa un bras autour de mes épaules pour me serrer légèrement contre lui. Habituellement, je n'aimais pas qu'on me touche, mais, à ce moment précis, j'avais vraiment besoin d'affection.

"Merci pour tout, Carlisle," murmurai-je. "Je ne sais pas ce que je serais devenue si tu ne m'avais pas obligée à venir chez toi. Mais je dois y aller, maintenant. Vite, avant que je ne craque…"

Mais je ne bougeai pas, trop faible dans mes résolutions. C'était dur. Quatre jours durant, les Cullen avaient pris soin de moi, ils m'avaient prodigué chaleur et réconfort, et j'y avais pris goût. Et maintenant, je devais rentrer dans cette maison froide et humide où il n'y avait pas âme qui vive. Comment ne pas replonger dans l'enfer des premiers jours ?

"Tu n'as qu'un mot à dire, et je t'emmène de nouveau à la maison," dit Carlisle.

"Ne rends pas les choses plus difficiles, s'il te plaît," suppliai-je. "Ce serait trop abuser de votre hospitalité, d'autant plus que j'ai ma petite idée de la raison pour laquelle je n'ai pas vu ni Emmett ni Rosalie durant mon séjour là-bas. Je ne peux pas les retenir indéfiniment hors de leur propre maison, même si ce sont eux qui ont choisi de rester à l'écart. Non, j'ai juste besoin d'un peu de temps…"

"Cela t'aiderait-il si je t'accompagnais jusqu'à la porte d'entrée ?" s'enquit le médecin.

"Peut-être…" soupirai-je. "Mais pas plus loin." Ce serait un déchirement de le voir dans ma maison et de le laisser partir ensuite.

Carlisle hocha la tête, et sortit de la voiture. Avant que je ne puisse me décider à faire de même, il ouvrait ma portière et me tendait sa main. Cela me fit repenser à mardi soir, lorsque Alice m'avait emmenée chez elle. J'étais alors tellement paniquée à l'idée d'être tuée par des êtres non humains ! Je savais à présent que c'était ridicule. Certes, ils avaient la peau d'une froideur de pierre; certes ils étaient tous d'une beauté surhumaine. Mais ils faisaient partie des personnes les plus humaines que je connaisse. Peu m'importait, à présent, qu'ils fussent humains ou non. Enfin, cela valait seulement pour les quatre personnes que j'avais côtoyées ces quatre derniers jours: les autres, j'attendais de voir…

Je me saisis de la main de Carlisle et m'en aida pour m'extirper de la voiture basse. Nous marchâmes lentement vers la porte d'entrée, le médecin, comme à son habitude, ne manifestant aucun signe d'impatience. Je trouvai les clés là où je les avais placées quatre jours plus tôt : un pot de fleur vide sur le rebord de la fenêtre de la cuisine, pas une cachette très futée si vous voulez mon avis, mais c'était tout ce que j'avais trouvé. Je remarquai que ma main tremblait lorsque je voulus insérer la clé dans la serrure. Il me fallut plusieurs dizaines de secondes et l'aide de Carlisle pour enfin parvenir à ouvrir la porte.

Carlisle semblait réticent à me laisser là toute seule, et je me sentis soudain coupable de lui causer tant d'inquiétudes. Je forçai un sourire qui se voulait convaincant :

"Ça va aller, Carlisle. Ne t'en fais pas pour moi."

L'homme me rendit mon sourire de manière tout aussi forcée. Ce furent ses yeux, cependant, qui trahirent son inquiétude.

"Puis-je te faire confiance pour manger au moins deux fois par jour, et dormir au moins sept heures par nuit ?"

Hum. "Oui… ?" Ce couinement effrayé fut ma pauvre réponse. Lamentable. Moi-même, je ne parvenais pas à m'auto-convaincre.

Carlisle soupira. "Je passerai te voir demain, pour m'assurer que tout va bien. En attendant, pourquoi n'appellerais-tu pas ton amie Isabella ?"

"Bella," corrigeai-je automatiquement. "Et non, je ne vais pas l'appeler. Je ne veux pas la déranger en plein week-end." Sans compter qu'elle m'avait probablement oubliée au profit de d'autres personnes plus intéressantes que moi. Après tout, nous ne nous étions vues que deux jours, et j'avais été absente le reste du temps.

"Très bien," fit l'homme en soupirant une nouvelle fois. "Prends soin de toi, Bérénice." Sur ce, il déposa un baiser sur le sommet de mon crâne, comme j'avais vu parfois les parents le faire avec leurs enfants.

Ce geste me prit par surprise, et je me sentis devenir écarlate. Je ne pouvais soudain plus réfléchir. Sans rien dire, je rentrai dans la maison et claquai la porte d'entrée derrière moi. Je me recroquevillai à même le sol du hall d'entrée, jusqu'à ce que j'eusse entendu la Volvo s'éloigner. J'expirai alors, me rendant seulement compte que j'avais retenu ma respiration. Je me relevai et appuyai mon front contre le mur froid. Ma respiration était haletante, je tremblai, mon cœur semblait serré dans une émotion que je ne parvenais pas à identifier.

"Merde…" marmonnai-je pour moi-même. Comment un simple baiser tout à fait innocent pouvait-il provoquer une réaction aussi forte de ma part ? Ce fut alors que je sentis la colère contre moi-même et la honte monter en moi. La vérité s'imposa à moi et manqua de me faire tomber par sa violence. "Je ne suis qu'une tarée… Je suis une putain d'handicapée sociale !" Avant que je n'aie pu empêcher l'action, mon poing s'abattit sur le mur de plâtre, si fort que le craquement de mes phalanges résonna en échos dans la pièce quasiment vide. "Merde..." répétai-je en gémissant.