Chapitre 8 : Tendresse endormie
House arriva sur le parking. Il vit rapidement la voiture de Cameron et alla se garer sur la place qui se trouvait à coté. Il se demanda bien pourquoi il avait jeté un coup d'œil dans la voiture pour vérifier qu'elle n'était pas à l'intérieur. Il ne fut pas bien surpris de voir le siège conducteur vide. Il prit sa canne et s'engagea dans le bâtiment, puis dans l'ascenseur et enfin devant la porte de la jeune femme. Il hésita quelques instants, peur de sa réaction, puis frappa. Il dû attendre dix minutes avant qu'elle n'ouvre.
« House ? Qu'est-ce que vous faites là ? demanda-t-elle, étonnée.
- Et bien, ça se sont des manières de m'accueillir. »
Elle soupira puis s'écarta pour le laisser passer. Ce qu'il fit. Il regarda l'appartement de fond en comble ; tout avait été rangé. Plus aucune trace de sa bêtise.
« Waw… laissa-t-il échapper. »
Elle sentit ses joues s'empourprer, mais préféra changer de sujet.
« Pourquoi vous êtes là ? »
Il redoutait cette question. Il avait longuement réfléchi comment il devait s'y prendre pour lui dire que Cuddy savait, mais en vain. Il planta son regard dans le sien, manière de vérifier sa future réaction, si elle pourrait le supporter.
Pourquoi je n'arrive pas à la voir comme une femme solide ? C'est vrai qu'elle a pleuré cet après-midi, mais elle devait avoir ses raisons… Elle a quand même réussi à me supporter, un énorme exploit…Et en plus elle est déjà tombée amoureuse de moi pendant pas mal de temps, preuve qu'elle peut encore me supporter donc finalement c'est une femme solide… pensait-il.
Sans le vouloir, la prunelle de ses yeux s'adoucie. Devant ce regard charmeur, Allison détourna les yeux, presque involontairement, plutôt par réflexe.
« Pourquoi vous êtes là ? répéta-t-elle, sans pour autant le regarder.
- Disons que… Hum… »
En voyant son hésitation elle releva brusquement la tête vers lui.
« Pourquoi hésite-t-il tant ? Il a dû gaffer, encore une fois… J'ai le pressentiment que tout ça va prendre une tournure très… périlleuse voire même mortelle s'il utilise sa canne… Pourvu qu'il n'ait pas fait des siennes à l'hôpital, sinon nous sommes tous dans le pétrin, pensa-t-elle. »
Cette fois-ci ce fut lui qui fuyait ses yeux.
« Pitié, qu'elle comprenne sans que j'ai à le dire… Je me sens mal là, très mal même. Je suis dans une mauvaise position, c'est sûrement pour ça… Je suis vraiment dans un sale pétrin et je ne peux pas compter sur elle et sa naïveté pour me sauver… Et si j'utilisais mes talents de devin ? pensa-t-il. »
« Disons que ? l'encouragea-t-elle, le faisant ainsi sortir de ses pensées. »
Il eut l'impression d'avoir sursauté, mais Allison ne changeait pas d'expression et il en déduit que ce n'était que son imagination. Il soupira, posa une main sur son front et exerça une pression dessus.
« J'ai dû le dire à Cuddy… avoua-t-il en un souffle..
- Quoi ?!
Mais quel crétin ! Et si Chase l'apprend, je suis dans de beaux draps moi ! Il ne se rend pas compte une seule seconde que Chase risque de gêner dans tout ça ?! Il met ses propres nuits en jeu ! Quel crétin, quel crétin, quel crétin…Et si finalement Chase en a rien à faire parce qu'il est avec Treize et qu'il décide de me laisser tranquille avec House ? Non, impossible… Quel crétin, quel crétin, quel crétin…pensait-elle.
- Vous avez très bien entendu… Cuddy est au courant qu'on cohabite…
- C'est une blague ?
Même si elle est de très mauvais goût, j'espère sincèrement que ç'en est une…se dit-elle.
Ah ! Si seulement ç'en était une, j'aurai pas perdu une demi-heure à m'expliquer devant Cuddy… se dit-il.
- Non, c'est très sérieux, répondit-il presque malgré lui.
- Mais pourquoi vous avez fait ça ?! »
Il soupira. Il vit que le teint de Cameron devenait de plus en plus écarlate, mais il était convaincu qu'il s'agissait de colère et non de gêne. Mais qui sait ?
« Vous êtes dingue ? Suicidaire ? Inconscient ? Idiot, tout simplement ? Non mais vous vous rendez compte ? Vous viviez tranquillement ainsi sans soucis, et vous croyez que maintenant ça va être pareil ?! hurla-t-elle. »
Elle était devenue rouge vermillon. Elle tenait dans sa main un crayon. House ne savait pas ce qu'elle faisait avec, mais voyait juste qu'il commençait à se tordre. La peur s'emparait presque de lui, mais étant House il piqua dans ses réserves de calme et de patiente pour en utilisait – il devait même avouer qu'il en avait grand besoin.
« Vous êtes vraiment un crétin fini, vous ! continua-t-elle.
- Calmez vous… souffla-t-il doucement.
- Que je me calme ? Vous êtes drôle, comment je pourrais me calmer ?
- Laissez moi vous expliquer.
- Et pourquoi je devrais faire ça ? Jusqu'ici vous n'avez pas écouté un seul mot de ce que je vous avais dit !
- Cameron, écoutez-moi. Je vous jure qu'il n'y a aucun risque. »
Malgré tout elle ne se détendait pas. Il lui prit la main qui contenait le crayon. A peine le contact avait-il été établi que les doigts de la jeune femme se décontractèrent. Il retira le malheureux bout de bois et le posa plus loin, avant de la pousser brusquement sur le canapé. Elle tomba à la renverse, n'arrivant pas à contenir un cri de surprise.
« Allons, je ne vais rien vous faire, rassurez-vous…
Pourtant ç'aurait été marrant de voir comment elle réagirait si je faisais réellement « quelque chose » ! pensa-t-il tout bas »
Il avait dit cela en voyant la peur panique qui s'était emparée d'elle. Elle demeurait même paralysée de terreur. Tellement paralysée qu'elle ne réagit pas quand il l'installa plus confortablement. Il la poussa légèrement pour s'asseoir à coté d'elle, sans pour autant prendre toute la place du petit canapé.
« Qu'est-ce que vous faites ? furent les seuls mots qui sortirent de sa bouche. »
- J'essaie de vous détendre.
- Vous êtes dingue ?
- Et vous n'avez encore rien vu ! »
Il lui fit un sourire accompagné d'un clin d'œil un peu exagéré. Elle laissa échapper un rire. Le sourire de House s'agrandit en l'entendant, la sachant plus décontractée. Prête à l'écouter, peut-être. Un silence s'installa entre eux. Ils n'osaient pas placer une phrase, un mot, voire même un bruit. Ils s'attardaient dans une contemplation détaillée de l'autre, sans oser se l'avouer pour autant de peur que les dégâts empirent.
« C'est bon, vous pouvez m'écouter ? demanda finalement House en rompant ainsi le silence pourtant pas insupportable.
- Oui, je crois.
- Soyez en sûre parce que je n'ai guère envie de finir comme ce pauvre crayon, ironisa-t-il en un sourire.
Comme si je pouvais… Et comme si j'en avais envie, aussi…Ce serait plutôt l'inverse même, pensa-t-elle.
- Ne vous inquiétez pas pour ça, le rassura-t-elle. Expliquez-moi plutôt les dégâts que vous avez causés…
- En fait… Je voulais rentrer, dit-il très lentement en ignorant la phrase de la jeune femme.
- Pourquoi ?
- Evitez de m'interrompre tout le temps ! s'emporta-t-il.
Oups, je ne devrais peut-être pas lui parler comme ça… Elle risque de s'affoler et moi je devrai la calmer…résuma-t-il en avance, prêt pour un long roman écris. »
Suite à cette constatation, il se calma et poursuivit :
« Je voulais rentrer parce que je m'ennuyais et parce que… disons que je vous voyais pas trop en forme et si vous vous coupez le bras, qui est-ce qui s'occupera de moi ?
Rien que ce début signifie que c'est lui qui a fait une erreur… N'empêche qu'il s'inquiétait un minimum pour moi… Même si c'était indirectement pour lui. C'est sûr que ce n'est pas demain la veille ou il fera la cuisine, la vaisselle ou même un peu de rangement…pensa-t-elle avec un « sourire intérieur ».
- Et ? »
Il lui fit un regard qui exprimait clairement « ne m'interrompez pas » mais il ne fit aucune remarque étant donné que sa phrase était finie. Il continua son récit :
« Je suis allé dans son bureau pour qu'elle m'accorde ça.
- Je vous y vois mal.
- Vous inquiétez pas, j'ai bien joué le jeu, rassura-t-il sans oser lui dire de l'écouter et de se taire.
- Je vous crois. Et qu'est-ce qui s'est passé après ?
- Elle ne voulait pas, elle trouvait que c'était louche.
- Elle avait raison.
- Hum, hum.
- Désolée.
- Je lui ai sorti le prétexte que je ne pouvais pas travailler en sachant que d'autres, c'est-à-dire vous, pouvaient rentrés. Elle m'a dit qu'il y avait sûrement un lien entre mon envie de rentrer et vous, j'ai nié jusqu'au bout. Sauf que je me suis trahi plusieurs fois.
- Vous vous êtes trahi ?
- Elle voulait vous appeler pour vous posait des questions, et je l'en ai empêchée en voyant qu'elle composait le numéro. Elle a donc su que je le connaissais. J'ai trouvé comme prétexte que c'était parce que vous travailliez avec moi, et que votre numéro était dans votre dossier.
- Sauf que ce n'est pas votre genre et que j'ai déménagé. Vous lui avez dit que vous connaissez mon numéro parce que je vous l'ai donné quand vous êtes venu ?
- Non, juste dit que j'ai perdu mes clefs et que je ne voulais pas dormir dehors, puisque personne n'était disponible à part vous.
- Elle a réagi comment ?
- Elle était étonnée, puis m'a posé quelques questions. Elle a été encore plus surprise de savoir que j'avais passé deux nuits chez vous sans vous avoir sauté dessus.
- C'est vrai que c'est assez étonnant.
- Vous voulez que je vous saute dessus ?
- Mais non, j'ai pas dit ça !
Et en même temps ça ne me gênerait pas. C'est beau de rêver, surtout quand y'a Chase qui existe toujours et Treize qui ne me lâchera pas, pensa-t-elle. Mais de toute façon ça n'arrivera jamais, il vit seulement ici car il n'a pas le choix. Et puis il n'a pas l'air de bien apprécié puisqu'il avait mit un bazar incroyable dans le salon… »
Elle ne se rendait pas compte que son regard devenait plus gourmand envers House.
« Je devrais m'estimer heureuse d'avoir toute cette chance… »
Elle ferma les yeux. Elle sentait le regard de House posé sur elle, mais n'y prêta pas vraiment attention. Elle ressentait plus fortement la fatigue qui montait en elle. Elle demeurait submergée par ses sentiments et en même temps ses faux sentiments.
« Je ne suis pas mécontente d'être rentrée plus tôt que prévu… »
Elle sentit la main de House se rapprocher de la sienne. Il lui frôla le bout des doigts dans un agréable frisson. Mélange d'innombrables désirs et d'interminables tensions. La main de House passa en dessous de celle d'Allison, puis la souleva légèrement. Elle n'avait pas assez de force pour résister, et sa main reposa lourdement sur celle de House.
« Vous êtes crevée… souffla-t-il.
- Croyez-moi qu'il y a de quoi. »
Elle rouvrit les yeux et le regarda passionnément. Elle se redressa habilement malgré sa fatigue et l'observa plus profondément avant de réellement saisir la main de House. Elle était glacée, et elle la serra fortement entre ses minces phalanges, pour lui apporter un peu de chaleur. Il fut gêné de ce geste, mais n'osa pas non plus la repousser.
« Et me voilà coincé… Si je la repousse elle risque de s'énerver, ou pire, de pleurer et elle a déjà eu son compte aujourd'hui… Et si je la laisse faire elle va s'imaginer… des choses… pensa-t-il.
- Dormez, ordonna-t-il, comme si le simple fait de donner un ordre pouvait la repousser involontairement. »
Elle émit un simple gémissement, une plainte mélangée à un certain plaisir. Elle n'avait pas envie de rompre le contact, mais elle se sentait heureuse de cette touche d'attention.
« Enfin… S'il s'agit d'une touche d'attention…se disait-elle pour repousser les faux espoirs.
- Dormez, répéta-t-il. »
Voyant qu'elle ne cédait pas, il plongea son regard dans le sien. Il y vit une étrange lueur… Elle voulait quelque chose. Et mieux. Elle l'implorait du regard.
« Mais qu'est-ce qu'elle peut bien vouloir ? »
La pression qu'elle exerçait sur sa main devint plus forte. Il ne se laissa pas faire pour autant et continua de soutenir son regard, aussi longtemps qu'il le faudra. Elle était fatiguée, mais son regard, lui, restait en pleine forme. Tellement forme qu'elle ne laissait pas paraître une seule seconde qu'elle allait fuir. Elle ne s'attendait seulement pas qu'il prenne sa deuxième main, pour la serrer avec la première.
« Il n'a jamais été aussi doux avec moi… Peut-être que cela signifie quelque chose ? Non, c'est impossible, House ne pourra jamais… ressentir quelque chose pour quelqu'un… Mais forcément j'y pense, et je ne sais même pas pourquoi… Je ne l'aime pas, c'est impossible. Je n'ai pas envie de revivre les moments que j'ai passé avec lui, mais paradoxalement, je le souhaite… J'aimerais revivre les moments qu'on a passé ensembles, les vrais, mais pas pour être repoussée ensuite…Par pour qu'il fuit comme il le faisait d'habitude, pour qu'il ne réagit pas quand je couche avec Chase… Qu'on revive les mêmes moments, mais sans toutes ces souffrances, c'est comme un athée qui réclame l'aide de dieu… pensa-t-elle avec tristesse, pourtant fière d'avoir trouvé une métaphore digne d'être dans ses sentiments. »
Elle ne se rendait pas compte qu'elle rougissait au fur et à mesure que ses pensées avançaient. House devina rapidement qu'elle se faisait des idées, et il en fut tout aussi gêné.
« Dormez, redit-il d'une voix inaudible. »
Et pourtant elle l'entendit. Elle se maudit intérieurement qu'il ait continué de persévérer. Se rendant enfin compte de ce qui se passer, elle enleva rapidement sa main de son emprise.
« House… Je… Hum… Vous vous souvenez avoir mit la pagaille dans mon salon ?
- Oui, et je m'en souviendrai toujours, répondit-il avec un sourire.
- Vous vous souvenez aussi qu'il faut vous racheter ?
- Ça par contre, j'avais oublié.
- House…
- Qu'est-ce que vous voulez ?
- Je veux juste que vous restez avec moi, pendant que je dors…
- Il y a pleins de sous-entendus dans votre phrase, vous savez.
- Ignorez-les. Je veux juste que vous me tenez compagnie… Pendant que je dors.
- Idiote. »
Elle se sentit soudainement vraiment minable. Sa demande était minable, de toute façon. Elle mit plusieurs minutes pour se rendre compte qu'il était gêné. Il détournait même le regard.
« Même sans votre demande, je serais resté… avoua-t-il. »
Elle resta stupéfaite. Pour la première fois, House agissait comme elle le souhaitait. Pour la première elle reçut quelque chose de House, quelque chose qui ne ressemblait pas à une réticence, une fuite…
« Dommage pour vous. Vous avez loupé une occasion de me faire faire ce que vous voulez, dit-il en tentant de la taquiner. Mais si vous voulez que je reste avec vous pendant que vous dormez, il faudrait peut-être que vous dormez, non ? ajouta-t-il.
- Euh… Oui. »
Elle se laissa glisser sur le fauteuil et le regarda quelques instants avant qu'il ne lui ordonne de fermer les yeux, et elle le fit. Quelques minutes après il s'éloigna, rentra dans la chambre et en ressortit avec une couverture qu'il posa délicatement sur elle.
« Cameron ? »
Elle ne répondit pas, mais il ne s'affola pas pour autant. Elle était assez fatiguée pour s'être immédiatement endormie. Ce qui le rassura un peu dans la mesure où elle ne pouvait pas deviner qu'il avait, par réflexe sûrement, poser une couverture sur elle. Il tira une chaise à lui et s'assit dessus. Il la regarda plongée dans son sommeil profond. Il en profita pour l'observer un peu plus attentivement… Les lèvres de la jeune femme remuèrent légèrement. Ce fut seulement à ce moment là qu'il les observa plus minutieusement. Il se souvint aussi de la fois où elle l'avait embrassée, pour une fichue prise de sang. Ce souvenir remonté, il se sentait drôlement honteux, mais fier de l'être en même temps. Il approcha doucement sa chaise vers elle, et lui accessoirement.
Et sans se rendre compte de ce qu'il faisait, il l'embrassa.
