Quand Cragen arrive au bureau, il n'en croit pas ses yeux. Il y a des policiers en uniforme dans tous les coins. La salle est bondée et les téléphones sonnent de partout.

Il s'approche du bureau de Munch, qui est le seul à peu près calme dans la pièce.

« Qu'est-ce qui se passe John ? Pourquoi y a-t-il autant de monde ici ? »

Munch lève les yeux de son dossier et regarde son capitaine.

« Le maire a donné une conférence de presse ce matin. Un avis de recherche est lancé contre Schenkel. Tous ceux qui l'ont vu ou aperçu doivent nous appeler. »

Il regarde autour de lui pour lui montrer de quoi il parle.

« Alors tout le monde s'est mobilisé pour répondre aux nombreux appels que nous recevons. »

Cragen est étonné de la ferveur que suscite l'attaque d'Olivia. Il sait qu'elle est appréciée et respectée, mais il ne pensait vraiment pas qu'une telle solidarité se mettrait en place.

« Et toi, qu'est-ce que tu fais ? »

« Je revois tout le dossier de Schenkel. Il y a peut-être des noms là-dedans qui pourraient nous aider. Il est certainement entré en contact avec certaines personnes. Le moindre indice peut nous aider. »

Il hoche la tête pour lui dire qu'il est d'accord avec lui, puis il se tourne vers le bureau d'Elliot.

« Comment va Elliot ? »

« Il tient le coup. Il est complètement investi dans sa mission de retrouver Schenkel. Je ne voudrais pas être à sa place s'il le trouve en premier. »

Don reste les yeux fixés sur Elliot qui ne l'a pas vu, trop absorbé par ce qu'il est en train de faire.

« Moi non plus. Mais je ne lui en veux pas. Je pense que je réagirais comme lui si j'étais à sa place. »

« C'est sûr. Vous avez vu Olivia ? »

Cragen détache ses yeux d'Elliot et se tourne vers John.

« Oui, je reviens juste de l'hôpital. »

« Comment va-t-elle ? »

Il hausse les épaules, ne sachant pas vraiment dans quel état d'esprit elle se trouve.

« Après ce qu'elle a subi, il serait étonnant qu'elle se sente bien. Mais elle est forte. Je pense qu'elle s'en remettra. Mais ça prendra du temps. »

« Elle n'est pas seule. Nous serons tous là pour elle. »

« Où est Fin ? »

« Il est parti poser quelques questions aux voisins d'Olivia. Certains ont peut-être vu quelque chose. S'il est venu à pied ou en voiture. Comme je vous l'ai dit, n'importe quel indice peut nous aider. »

« Tout est bon à prendre en effet. Il va de toute façon finir par faire une erreur. Il ne peut pas se cacher éternellement. Bien, je te laisse travailler. Je vais dans mon bureau. S'il y a quoi que ce soit de nouveau, appelles-moi. »

Il se dirige alors vers son bureau, jetant un coup d'œil rapide sur Elliot qui est en plein travail, totalement concentré et hermétique à ce qui se passe autour de lui.

Le reste de la journée est passé relativement vite. Entre les différentes pistes à inspecter et les différents témoignages à entendre, tout le monde a été très occupé. Schenkel a été vu à plusieurs reprises et la population est très désireuse de le faire arrêter.

Cragen est prêt pour partir. Il attend seulement le bon moment pour quitter son bureau, ne voulant pas être vu par Elliot. Il ne sait pas comment lui répondre à l'heure actuelle, Olivia lui ayant demandé de ne rien lui dire encore sur ses intentions.

Il est allé à son appartement pendant sa pause déjeuner. Il s'est rendu compte qu'il n'avait aucune clé, donc il a fait un crochet par l'hôpital pour la récupérer. Il s'est ensuite rendu chez elle et a pris le nécessaire. Il est retourné à l'hôpital, lui a déposé ses affaire et est ensuite revenu au poste, n'éveillant aucuns soupçons de la part d'Elliot.

Il profite qu'Elliot parte en direction des toilettes pour s'éclipser rapidement de son bureau. Il s'arrête au bureau de John et lui explique brièvement la situation.

« Je file tant qu'Elliot est absent. Olivia sort de l'hôpital et ensuite elle va s'installer chez moi pour quelques temps. Elliot n'est au courant de rien. Et je ne veux pas qu'il me pose de questions. Donc s'il demande où je suis, dis-lui que j'avais des choses à faire et que j'ai dû partir. Ok ? »

« Pas de problèmes capitaine, je m'occupe de lui. Elle refuse toujours de le voir ? »

« Les choses s'arrangent. Elle veut lui parler mais n'a pas encore trouvé le bon moment. Je compte sur toi pour ne rien dire. »

« Je serai une tombe. »

Cragen lui sourit, lui donne une tape sur l'épaule et part discrètement.

En chemin, il s'arrête dans une épicerie pour acheter de la nourriture. Son frigo n'est pas très rempli et Olivia a besoin de reprendre des forces.

Il frappe sur la porte de la chambre et entre, découvrant Olivia assise sur le bord du lit, habillée et visiblement impatiente de partir.

« Tu es déjà prête ? »

« Oui. J'ai signé mes papiers de sortie. Nous pouvons y aller. »

« Je vois que tu apprécies toujours autant les hôpitaux. Remarque je te comprends et je ne vais pas te faire attendre plus longtemps. Allons-y. »

Elle se lève et met sa veste, ne se faisant pas prier pour quitter les lieux.

Don prend le sac qu'il avait précédemment apporté et fait signe à Olivia de passer devant lui pour sortir.

Ils montent dans la voiture et soudainement l'atmosphère est pesante. Cragen sent que quelque chose tracasse Olivia. Il veut lui demander ce qui ne va pas mais au lieu de cela il se tait et se concentre sur la route, ne voulant pas la brusquer.

Il se gare devant la maison et sent Olivia devenir de plus en plus angoissée. Il décide alors d'essayer de couper cette tension.

«Tu sais Olivia, si tu as peur de te retrouver seule avec moi et que tu as changé d'avis, je comprendrai. Dis-moi simplement où tu veux que je te dépose et je le ferai. »

Olivia, absorbée dans ses pensées, entend la voix de son capitaine et tourne brusquement la tête vers lui.

« Quoi ? »

« Je disais que si tu préférais aller ailleurs de peur de rester avec moi, je comprendrai. »

Elle fronce les sourcils, ne comprenant pas pourquoi il lui dit soudainement ça.

« Tu as l'air inquiète depuis que nous avons quitté l'hôpital. »

Elle ferme les yeux et passe ses doigts sur son front.

« Non. Non ce n'est pas ça. Je n'ai pas changé d'avis. Je pense juste à Elliot et à ce que je lui ai fait. J'ai vraiment peur qu'il ne me pardonne pas. »

Cragen pousse un soupir et se met à rire.

« Si c'est juste ça qui t'inquiète, alors tu peux arrêter tout de suite. Je peux mettre ma main à couper qu'il ne t'en voudra pas. Je te l'ai déjà dit, il s'en veut lui. Il n'a rien contre toi. »

Elle le regarde mais n'arrive pas du tout à se convaincre qu'il a raison. Elle a terriblement peur de l'avoir perdu. Elle ne survivrait pas à sa perte.

« Aller, arrêtes de t'inquiéter et entrons. Tu vas t'installer confortablement et ensuite je te ferai un fabuleux dîner. Il y a bien longtemps que je n'ai pas cuisiné pour quelqu'un. J'espère juste que ce sera comestible. »

Olivia lui fait le premier sourire depuis son arrivée à l'hôpital. Il se dit alors que les choses vont aller bien et que la vie va reprendre petit à petit son cours.

Olivia est étonnée de la taille de la maison. Elle est immense. Et tout est parfaitement rangé. Elle se demande comment un homme si occupé peut entretenir une superficie pareille alors qu'elle est incapable de garder propre ses soixante mètres carrés.

« Je vais te montrer ta chambre. Je t'ai donné celle juste à côté de la salle de bains. »

Il tend son bras pour lui montrer les escaliers, qu'elle commence à monter sans attendre. Arrivée en haut, elle attend que Don passe devant elle pour lui montrer quelle pièce elle va habiter. En effet, à gauche et à droite des escaliers il n'y a pas moins de cinq portes.

Il s'avance vers l'une d'elle et l'ouvre. Ils entrent tous les deux dans la chambre et Olivia regarde autour d'elle.

« Voici ta chambre. Tu as de la place pour ranger tes affaires et la salle de bains se trouve juste à droite. Tu es ici chez toi. Installes-toi et prends ton temps. Je vais aller préparer le dîner. »

« Merci Don. »

Il lève la main pour l'arrêter.

« Ne me remercie pas. C'est normal et ça me fait plaisir. Vivre seul est parfois pesant, tu sais de quoi je parle. Je suis heureux que tu sois là. »

Elle ne répond pas. Elle lui sourit juste, et cela lui suffit amplement.

Il sort de la chambre, la laissant prendre ses marques à son rythme. Il redescend les escaliers et se dirige vers la cuisine pour préparer le repas.

Au bout d'une demi-heure, la pièce est sans dessus dessous. Il se rend compte que cuisiner est un art qui s'entretient, et que quand on a pas pratiqué depuis longtemps, l'organisation manque. Il essaye de ranger un peu quand la sonnette retentit. Il s'essuie les mains, ne prend pas la peine de retirer son tablier et se dirige vers la porte.

Il l'ouvre et trouve un homme avec un sac de sport à la main, l'air totalement désespéré.

« Elliot, mais qu'est-ce que tu fais là ? »