TEDDY REDMAN
CHAPITRE 8
Les êtres désincarnés faisaient face à Pétunia, ignorant Severus. Elle tourna vers le sorcier un visage désespéré.
- Severus ... tu vois ce que je vois ?
- Et qu'est-ce que je devrais voir ?
- Regarde ...
Il leur fit face à son tour, mais juste un champ de tombes mises à jour de façon inexplicable étaient réelles à ses yeux.
- C'est toi qui a fait cela ? Il la transperça de ses yeux noirs, elle se sentit comme disséquée vivante sous un scalpel de glace.
Elle déglutit difficilement tandis que sa peau blanchissait à vue d'œil.
- Je te promets que je ne sais pas ... À ces mots il la rejoignit et la prit violemment par le bras. Severus fit-elle, tentant de se dégager.
- Tu le sais très bien Pétunia, tu le sais alors dis-moi ce qui t'arrive ! Sa bouche était maintenant tout près de la sienne et par réflexe elle recula. Cette situation étrange lui rappela celle de ses rêves, et si ?
- Lâche-moi immédiatement Severus, tu me fais mal !
- Ah oui ? Il la regardait à présent d'un air goguenard. Peut-être que ... il souda sa bouche à la sienne tandis que de son autre main il la colla à lui. Pétunia ne répondit pas tout de suite, puis un courant inconnu – d'excitation ? – la parcourut. Jamais un garçon ou un homme ne l'avait embrassé ainsi et cela était loin d'être déplaisant. Un frôlement ramena ses sens à la réalité, ils n'étaient pas seuls. Enfin le baiser cessa, Severus recula, pâle comme la mort, réalisant ce qu'il venait de commettre. Pétunia le fixait comme s'il se trouvait très très loin.
- Je devrais te gifler murmura Pétunia rouge à présent par le feu qui l'avait submergé durant leur contact charnel. Elle se détourna et vérifia que les êtres étaient toujours là. Mentalement elle leur donna l'ordre de partir. Un brouhaha de voix lointaines explosa dans sa tête, devenant bientôt insupportable. Elle porta ses mains à ses oreilles, geste illusoire puisque ce sens n'était pas utilisé.
- ASSEZ ! Que voulez-vous à la fin ? Je ne peux rien pour vous !
Severus ne la quittait pas des yeux. Elle est folle ! À qui peut-elle bien parler ? Il jeta un regard circulaire mais décidément il n'y avait toujours rien.
- Pétunia ... il s'approcha et chercha à la relever. Elle leva alors son visage apeuré vers lui.
- Severus ... je ne sais pas ce qu'ils veulent !
- Il n'y a personne Pétunia !
- Si ! Tu es aveugle ou quoi ? Soudain elle partit dans un fou rire démentiel. Suis-je bête, tu ne vois jamais rien de toute façon ! Un sanglot vint alors poser un anneau d'acier dans sa gorge.
Elle se redressa et leva ses mains tout en pensant le plus fort qu'elle le pouvait.
- Que puis-je faire ? Que puis-je faire pour que vous repartiez ?
- Tue le sorcier qui nous a torturé fit une voix enfantine. Tue-le ! Tue-le ! Il doit mourir en Enfer.
- Et qui est-il ?
- C'est lui !
- Qui « lui » ? Et Pétunia qu'ils s'étaient tous tournés vers ... Severus ! Elle pâlit et faillit s'évanouir. Non ce n'était pas possible, pas lui, pas ce ... sorcier !
- Vous faîtes erreur, Severus n'est pas Teddy Redman ...
Il y eut un rire. Une voix lui parvint avec la netteté d'une note frappée sur un verre en cristal.
- Tu peux le regarder, vois, son âme est celle de celui qui nous a volé nos vies, nos pouvoirs rajouta une autre voix.
Pétunia le fixa, ou plutôt son attention attirée par un point légèrement au-dessus de son épaule gauche.
- Severus ... elle porta sa main vers sa bouche. Et elle vit ce que son cœur refusait de lui montrer. Il était bien Teddy Redman. Elle le vit torturer ces êtres sans défense dont certains n'avaient même pas conscience de leur magie, des femmes et des hommes qui hurlaient ... alors elle bascula de la transe à l'inconscience. Elle l'entendit hurler « Pétunia » puis plus rien.
Lorsqu'elle se réveilla tous les sorciers la regardaient d'une manière étrange. Ils n'étaient plus seuls à présent. Elle pouvait sentir d'autres présences ... éthérées et fantomatiques. Pétunia ferma les yeux alors que Lucius lui présentait une potion pour la remettre d'aplomb. Enfin c'est ce qu'il espérait parce que cette femme était une moldue, il en était certain ...
- Pétunia fit la voix douce de Severus ... il faut que tu boives ce que Lucius a préparé.
- Non.
- Ma mère peut être une vraie tête de mule souffla Dudley derrière lui. Severus se retourna pour le fusiller du regard.
- Pétunia fais ce que je dis grinça Severus, c'est un OR-DRE.
- J'ai passé l'âge d'en recevoir rétorqua du tac au tac Pétunia qui montrait un visage butté. De toute façon cette ... potion sera inefficace sur moi.
- Humm ... toussotât Lucius, certes je ne suis pas professeur de Potion à Poudlard, enfin par pour le moment mais je vous certifie que je les connais parfaitement, et il rajouta sur un ton amusé « pour vous servir madame ».
- J'y suis donc obligée, n'est-ce pas ? Elle prit la fiole et bu d'un trait son contenu. Un goût mentholé, un soupçon de réglisse, et une subtile fragrance de gingembre vint envahir ses papilles.
Elle refixa Severus.
- Serait-il possible de nous laisser ? J'ai a parlé à Severus.
Ils hochèrent tous la tête et sortirent lentement. Dudley quitta la pièce le dernier non sans regarder avec curiosité sa mère.
- Severus sais-tu qui tu es vraiment ?
- Un sorcier pourquoi cette question ? Il s'était arrêté à temps il avait faillit rajouter le mot stupide.
- Je sais ça ! Ne joue pas à l'idiot s'il-te plait, tu oublies que j'en ai épousé un par le passé ! Elle inspira. Sais-tu qui tu étais par le passé ?
- Non, personne ne peut savoir ça ! Pétunia ... je commence à croire que le voyage dans mon monde t'a surmenée.
- Non. Elle secoua la tête, un sourire énigmatique accroché à ses lèvres. Je sais qui tu étais Severus et les ... occupants ? Oui c'est le mot exact, les occupants des cercueils que nous avons vu ... le savent aussi. Elle se mordit la lèvre inférieure. Ils le savent très bien et réclament justice.
- Je ne suis pas responsable des actes qui ont eu cours des siècles auparavant !
- Ton âme l'est. Severus écoute-moi ... je sais qui tu étais ! il faut que tu répares !
- Et que je répare quoi et comment ?
- Je n'ai pas envie de te perdre mais j'ai vu ton âme Severus, elle a été si noire ! si monstrueuse ... elle est sur le chemin de la rédemption mais ...
- Mais ?
- Les âmes que tu as fais souffrir veulent réparation.
Il s'éloigna d'elle et fit le tour de la pièce. Alors sur un ton d'un grand comédien il apostropha ces êtres qu'ils ne sentait, ni ne voyait.
- Humm ... Mesdames, messieurs, je ne sais pas ce que je vous ai fais par le passé mais soyez certains que je vous demande pardon ... si vous me dîtes ce que je peux faire ... je pourrais peut-être vous aider ... et ... l'armoire massive située derrière lui s'agita pour d'un coup d'un seul s'effondrer. Il évita de la recevoir par pur réflexe. Le sol bougeait et Pétunia se mit à hurler.
- Pétunia c'est toi qui as réveillé ces créatures ! je-ne-peux-rien pour elles !
Le sol cessa alors de trembler graduellement.
- Il regrette, vous l'avez entendu .. nous ne pouvons rien pour vous ... il faut que vous partiez !
Les êtres se rapprochaient. Ils étaient tellement près que Severus put les sentir. Il en discerna presque une tout près de lui, une fillette de cinq ans à peine qui tenait une poupée à couettes de laine jaune. Ses yeux ronds, d'un bleu intense, il les sentit le pénétrer comme un couteau dans du beurre.
- Pourquoi tu m'as tué et mes parents aussi ?
Un cri d'horreur éclata alors dans sa tête et sa conscience bascula dans son passé.
Il se vit torturer, soumettre à la question des hommes, des femmes, et même des enfants. Les gens l'appelaient derrière son dos « le Prêtre de Sang ». Son frère Daniel avait bien tenté de le ramener dans le droit chemin mais il l'avait humilié. La magie la plus noire était sa raison de vivre. Il adorait déjà enfant, regarder les animaux qui avaient le malheur de croiser sa route, souffrir jusqu'à leur dernier souffle. Il savait que se cachait là le pouvoir ultime, le plus important. C'est ainsi qu'en tuant il avait magasiné un pouvoir énorme. Il manquait à son tableau de chasse une femme. En pratiquant un rituel avec le sang de ses victimes il avait clairement vu Tara Mc Higor ...
Les images d'un passé lointain s'imprimaient dans sa tête, défilaient comme un film, lui en spectateur impuissant de ses propres actes. Oui il avait prit plaisir à torturer cette femme, oui il lui avait prit ses pouvoirs ... seule une petite déception était intervenue après sa mort. Le pouvoir n'était pas si important qu'il l'avait cru ... même limite moindre que ces autres victimes.
Il avait perdu connaissance et Pétunia écarquillait les yeux, incapable de la moindre action.
- Severus je t'en prie ... réveille-toi !
- ... hum ... non ... laissez-moi ...
- SEVERUS !
Il était loin d'entendre Pétunia. Il se revit tuant à la chaine tous les membres de la famille de Tara Mc Higor, alors qu'il lui avait promis – à moins que non ? – qu'il ne les toucherait pas. Il se revit fier près d'un chêne centenaire, disparu depuis, trônant tel le roi des arbres sur le sommet de la butte. Sa troupe de mage noir avait ensuite creusé et mit tous les corps dans des cercueils grossiers ... cette image le révulsa. Une voix rauque lui parla alors. Il connaissait son propriétaire pourtant mais sa mémoire lui jouait à présent des tours.
- Severus c'est moi Dumbledore.
- Dumbledore, pourquoi ... comment ... je ... c'est impossible de réparer ce que j'ai fait vis à vis de ces gens !
- Effectivement répliqua d'une voix douce Dumbledore. Vous avez déjà payé Severus ... dans cette vie. Vous ne pouvez rien faire de plus sinon aider Pétunia à les envoyer vers la mort salvatrice pour leurs pauvres âmes torturées.
- Pétunia s'étrangla Severus, elle a été par le passé cette Tara ... une crainte sournoise s'insinua en lui. Le sait-elle ?
- Oui elle le sait. Severus ... Pétunia a retrouvé son pouvoir passé, toute sa magie mais ... vous vous en doutez n'est-ce pas ... sa magie est différente de celle que nous pratiquons à présent.
- C'est la raison pour laquelle les tests ne l'ont pas détectée comme sorcière.
- Exact.
- Avez-vous remarqué que Pétunia a, comment dire, des sentiments très fort envers vous ? Il rit. Harry ne s'était pas trompé en voyant vos souvenirs dans la Pensine.
- Humf ...
Ses yeux s'ouvrirent et croisèrent ceux de Pétunia anxieux. Comme s'il s'était rendu qu'il n'était pas Fakir il se redressa du lit à la seconde.
- Severus, tu vas mieux ?
Il regardait autour de lui et ne vit plus la petite fille, n'entendait plus de voix, il en fut indiciblement soulagé.
- Ils sont tous partis. N'est-ce pas Pétunia ?
Celle-ci le regarda d'un air triste. Elle les sentait encore même s'ils étaient un peu affaiblis de s'être dévoilés à deux sorciers.
- Que voulez-vous donc ? Severus regrette mais ne peut rien faire de plus dans cette vie ...
- Fais-lui subir ce qu'il t'a reproché ... ôte-lui à son tour ses pouvoirs pour qu'il voit ce que cela fait !
Elle déglutit difficilement. Non elle ne se sentait pas de faire ça ... pas à Severus qui avait déjà tant perdu. En le voyant dans son essence même elle avait pu sentir son amour totale envers sa sœur. Jamais il ne l'oublierai ... c'était sa punition pour les crimes qu'il avait commis dans une existence passée.
- Il a déjà payé murmura t-elle.
- Non ! Pas assez ! un brouhaha de fureur répondit. Pétunia tenta de se boucher les oreilles.
- Je ne connais pas ce sort. Severus se tenait debout, sa silhouette sombre faisait comme un rectangle avec la lumière de la fenêtre. Il tentait de comprendre ce qu'il se disait mais la conversation entre les entités et Pétunia ne se déroulait pas sur le même canal que la Légilimencie.
Elle s'était figée. Son visage grave était passé au stade de terreur.
- Si je n'obéis pas ... que ... que ferez-vous ?
- Nous l'empêcherons d'agir dans tous les domaines magiques qu'il utilise, nous dévierons ses sorts, quelques ricanements coupèrent celui qui parlait, un homme grand et sec, portant une moustache qui manquait clairement d'entretien. Nous transformerons son existence en pur cauchemar, la nuit et le jour.
- Bien. Pour combien de temps ... souhaitez-vous lui infliger cette ... ce châtiment ?
Il y eut alors une petite concertation.
- Un an. De la rentrée des classes à Poudlard à la fin des cours. Il y eut des hochements de tête de part et d'autres des désincarnés.
- Vous promettez de le laisser en paix ?
- Tu ne nous verras plus promis l'homme.
- Qu'il en soit ainsi. Un sanglot enserra sa gorge, comme le lapin prit au collet. Je ne vais jamais pouvoir faire ça.
Severus se racla la gorge.
- Alors ?
- Severus tu vas m'en vouloir mais ... ils ont promis qu'ils te laisseraient tranquilles mais à une seule condition ... elle rougit et tenta de dissimuler son malaise.
- Et laquelle ? M'ôter mes pouvoirs ? Il l'observait moqueur. Comme si elle le pouvait !
- Exactement Severus.
Elle plaisante, bien sûr ! je ne lui connaissais pas ce sens de l'humour !
- Tu ne le peux pas, même si tu aimerais bien, n'est-ce pas ! La colère commençait à déverser sa charge dans ses veines. Tu as toujours été jalouse de ta sœur et maintenant tu m'en veux ... moi ! je ne t'ai jamais rien fait ! Et ... Il se retrouva propulsé contre le mur par une force incroyable. Il sentait des pressions glaciales sur tout son être. PÉTUNIA FAIT CESSER ÇA TOUT DE SUITE !
- Severus ... arrête je t'en prie ... tu les as mis encore plus en colère !
- Maintenant fit l'homme qui lui avait parlé en dernier. Prononce ceci et il jeta un coup d'œil envers un Severus qui le fixait sans le voir réellement.
« Que de ce sorcier,
Sa magie soit ôtée
Pendant un an
Que ce supplice
Lui soit bénéfique
Qu'il prenne conscience
Du mal qu'il a commis
Envers les fils
Les filles de la Magie
Par Merlin,
Par la Déesse,
Par le Dieu
Que cela soit fait ».
- Non ! non je ne peux pas faire ça ... ces lèvres remuèrent et Severus comprit qu'elle l'aimait et que jamais elle ne se résoudrait à lui faire le moindre mal.
À présent la douleur était insupportable, sa conscience commençait à partir. La voix de l'homme lui parvint.
- Si tu ne veux pas mourir, dis à cette femme de prononcer à voix haute et intelligible ce que je viens de dire. Ce n'est que pour un an ... sache que nous avons fait preuve de clémence à ton égard.
- Pétunia ... fais ... ce ... qu'ils ... te ... disent ... fais-le ...
L'âme en miette, Pétunia prononça la formule tout en sanglotant. Au fur et à mesure que les mots déchiraient le silence de la chambre, Severus sentit couler hors de lui sa magie, c'était une sensation intolérable, inhumaine. Quand elle eut terminé, Severus fut relâché, la fenêtre se brisa, le verre scintillait sous l'effet des rayons solaires et les morceaux allèrent se planter telles des flèches dans le mur opposé. Il était plié en deux, et son visage prit vingt ans d'âge. Des nausées accompagnées de frissons le clouèrent au sol. Terrifiée Pétunia appela à l'aide.
Merci pour les reviews à bientôt pour la suite !
