OS écrit dans le cadre de la nuit d'écriture du FoF (lien sur mon profil) pour le thème Bordel.
La chasse
Il était temps de mettre en œuvre son plan. Depuis maintenant des mois il attendait cet instant. Depuis que sa gentille, adorable maîtresse lui avait sauvé la vie, l'avait arraché des griffes diaboliques de l'horrible vieille femme qui tenait le magasin d'animaux sur le Chemin de Traverse.
Cependant, bien que merveilleuse, sa maîtresse ne pouvait pas comprendre qu'en tant que chat, il avait des besoins. Elle croyait sans aucun doute bien faire en lui achetant des croquettes et du pâté pour chat, et il devait quand même bien avouer que ces plats changeaient admirablement de l'infamie bouillie servie à l'animalerie.
Mais cela ne changeait rien au fait qu'il lui fallait des aliments plus consistants, des aliments qui correspondaient à sa véritable nature, celle d'un chasseur. Car c'est ce qu'il était, même si sa maîtresse touffue le trouvait adorable et adorait le caresser et le câliner (non pas qu'il se plaigne bien sûr. Ces moments étaient vraiment trop agréables pour une telle action), il avait le besoin de plus en plus urgent d'aller remuer ses pattes de chat.
Lorsqu'il avait vu le rat dans le train vers la nouvelle résidence de sa maîtresse (et donc la sienne), il s'était tout de suite rendu compte qu'il n'avait pas l'air net. Il y avait quelque chose de louche avec lui, rien qu'à voir sa manière d'essayer d'échapper à son maître, l'idiot roux. Quel genre d'animal de compagnie était-il pour essayer de fuir son maître, enfin. Quel comportement indigne !
Enfin, si Pattenrond avait un maître dans le même genre, lui aussi essaierait de fuir. Sauf que lui le ferait avec classe, et qu'il réussirait. Après tout, il était un bon chat, et un bon chat est un chat intelligent.
Toujours est-il qu'en voyant cette misérable touffe de poils, Pattenrond avait découvert qui serait sa prochaine victime. Oh oui, la chasse venait de commencer, et il semblait bien qu'elle allait se prouver intéressante. En attendant, cependant, il allait devoir se contenter de simples repas préparés par son humaine. Après tout, il ne voulait pas se gâcher le plaisir en chassant autre chose.
Et un chat n'est rien si patient.
Il avait donc attendu, et attendu. Les mois avaient passés, et de nombreuses opportunités s'étaient présenté de terminer cette chasse. Cependant sa proie avait toujours réussi à lui échapper.
Enfin, jusqu'à présent. Car cette fois ci, le chat orange avait un vrai plan, et même une zone d'attaque.
Le midi même, lorsque sa maîtresse était venue chercher ses affaires, il avait profité de sa présence pour s'infiltrer en douceur dans le dortoir des garçons de troisième année, là où, il le savait, vivait sa proie lorsqu'elle n'était pas quelque part dans la poche de son maître.
Le terrain ressemblait à un champ de mine, parsemé ici et là de vieilles chaussettes, et de vêtements éparpillés aux quatre coins de la pièce. Une odeur très forte de rance et de sueur régnait dans la pièce, et la lumière filtrait à peine à travers une unique petite fenêtre couverte par ce qui semblait être les restes en lambeaux d'un rideau de douche.
En somme, une vraie chambre de mec.
L'endroit était absolument parfais. Bien que le chat ne puisse pas savoir sur quoi il allait mettre les pattes et ce qu'il pourrait découvrir, qu'il risquait à tout instant de mourir étouffé à la fois par l'odeur et la chute d'une pile précaire de chiffons/ vêtements/ draps/ serviettes…, l'endroit lui procurait également de nombreuses cachettes d'où il pourrait épier l'arrivée de sa proie et choisir efficacement le meilleur moment pour l'achever.
Il imaginait déjà le moment glorieux où il allait enfin pouvoir enfoncer ses griffes dans la peau grise de l'ignoble rat, le regarder se débattre avant de finalement enfoncer ses dents et de voir la lumière s'éteindre dans ses yeux. (non, non, il n'était absolument pas sadique)
Lorsque la porte s'ouvrit pour la première fois, il se tapi sous le lit le plus proche et se prépara à bondir vers sa proie dès que le champ était libre. Malheureusement, il ne s'agissait que du garçon-plante et pas de l'idiot roux.
Il relâcha ses muscles et reprit son attente. Il avait tout le temps qu'il voulait, toute sa vie même s'il le voulait. Et il était sûr qu'il vivrait plus longtemps que le rat, puisque même s'il ne l'attrapait pas, la boule de fourrure grise n'en avait apparemment plus pour longtemps devant elle.
Il dût attendre encore quelques heures avant que l'idiot roux arrive et dépose son animal pour aller manger. Un éclat mortel dans les yeux, Pattenrond s'approcha furtivement du lit. Quand soudain il marcha sur… un gâteau sec ? Il releva la tête vers sa proie, espérant que sa proie n'avait rien entendu. Malheureusement, ce n'était pas le cas, et pendant les quelques secondes qu'il avait pris pour regarder l'objet responsable de l'échec de son plan, le rat en avait profité pour agir.
Sautant agilement et le plus rapidement qu'il le pouvait sur le lit, avec l'espoir qu'il pouvait peut-être encore sauver sa chasse et avoir son repas. Il semblerait cependant que la proie ait été plus rapide que le chasseur sur ce coup-ci.
Qu'à cela ne tienne, il l'aurait la prochaine fois !
