Posté le : 27 Décembre 2010. Petit postage en avance.
Note : Ce chapitre sonne le retour d'Harry - oui, il paraît qu'il vous a manqué. Pour ceux qui se demande si Matheus va regretter sa décision, je ne peux pas répondre avec oui ou non mais j'hoche de la tête (à vous de savoir dans quel sens depuis votre écran). En tout cas ce chapitre est découpé en trois sous-parties : une pour Matheus, une autre pour Draco (oui, on l'adore ! sortons les bannières) et une dernière pour Harry. En tout cas, je sais bien que cette fanfiction est loin de plaire à tout le monde... Mais chacun ses goûts, chacun ses délires ! Après, si j'arrive à faire changer d'avis certaines personnes, cela serait merveilleux !
Post-it : Merci aux reviews anonyme du précédent chapitre : Sen No Suika & Nirhya - putain, j'ai eu une érection matinale en voyant tes reviews au réveil. TH*NKS!
ROCKRITIC
Chapitre 7 : « Sodome, Gomorrhe et Babylone »
Sous-titre : La Bible est une utopie où l'homme n'a pas sa place. Car seuls les saints sont représentés sur les mosaïques.
.
.
.
Sodome : Tout n'est pas qu'une affaire de sodomie
Nous savons que Dieu a prononcé un jugement mérité contre les hommes de Sodome à cause de la folie de leurs rapports, si bien qu'à ce jour leur terre brûle d'un feu interminable. (Code Justinien, novelle 141)
Extrait de Fuck You, chapitre 6 : Schizofrénia : Le Bon, la Brute et le Truand
« [...] La connerie a trois noms : l'ignorance, la dépendance et l'ignorance. Parce que pour être con, il faut être doublement ignorant de ce qu'il se passe autour de soi. Rien n'est pire qu'un salaud qui ne sait rien. Si, il y a pire : il y a les salauds qui ne savent rien, se prenant pour des génies. Ces mecs qui savent tout mais n'ont aucune réponse. Ces mecs qui connaissent la baise mais pas l'amour. Ignorant, va ! Ignorant de toi-même. Ignorant face au miroir. Le salaud, il avait une sacrée belle gueule. Il ressemblait à un ange mais on jurait le diable lorsqu'il parlait. Grossier, vaniteux, obsédé. Il semblait bon, pourtant au fond, il était terriblement mauvais. C'était un poison pour lui-même, un serpent qui dévorait sa piteuse peau parce qu'il n'avait rien de mieux à se mettre sous la dent. Il était un chic type : Dolce & Gabbana au poing, Gauthier sur les épaules, Givenchy dans le cou et aux poignets, Versace aux pieds. Le diable s'habille-t-il réellement en Prada ? De nos jours, oui. Parce qu'il faut obligeamment une belle gueule pour entuber les autres au maximum. Il avait l'air gentil, presque généreux à donner des pièces aux mendiants. Mais, il voulait juste s'acheter un morceau de Paradis. Sous ses airs de bon saint-Maritain, c'était un salopard. De ces salopards qu'il ne faut jamais approché de trop près parce que quand il ne trouvait plus ses mots, il utilisait ses poings. Une brute, une vraie de vraie. Un mec qui pourrait taper les femmes, parce qu'il ne savait pas ce qu'était réellement une femme. Un mec qui pourrait gifler une grand-mère juste pour la remettre à sa place. Un mec qui n'a de respect que pour lui-même... Cependant, on peut en douter. Il hait son image. Il hait son odeur. Il se supporte. Il se cracherait volontiers à la figure. C'est un scatophile qui baigne dans la merde de ses mots. C'est l'histoire d'un gentil garçon sans problème qui un jour s'est mis à rêver. Ses rêves lui sont montés à la tête. Il a voulu y accéder. Il a tout raté alors il s'est vengé. C'est devenu un salop, un vrai de vrai. [...] »
Matheus avait sa tête appuyé contre la fenêtre du taxi londonien. Il était fatigué du voyage mais gardait espoir. L'espoir était proche, tout proche. Il savait que pour lui, même si une nouvelle vie commençait, tout était terminé. Il était foutu : il était amoureux. Il n'y avait pas d'autres explications. Il avait dans la main une feuille pliée en quatre où était imprimé le mail que lui avait envoyé Draco il y a quelques jours. Son adresse tracée, son laissez-passer dans son monde, son côté du lit déjà réservé. Matheus soupira en se disant que c'était certainement la chose la plus folle qu'il n'avait jamais faite. Ce n'était pas comme s'ils se connaissaient vraiment. Ils avaient discuté de plein de choses, avaient partagés le même lit certains soirs, mais ils n'avaient jamais vécu au quotidien l'un avec l'autre. Ils n'étaient même pas en couple de toute manière... Et si cela se passait mal ?
- Non, pensa Matheus. Non, ça se passera bien. Je ferai tout pour que cela se passe bien...
Maintenant que Draco avait fait un énorme pas en avant vers lui, c'était à lui de saisir la perche qu'il lui tendait. Pour faire passer l'absence, il avait annoté dans un carnet tous les endroits qu'il voulait découvrir avec Draco. En fermant les yeux, il s'imaginait marchant main dans la main sur Sloane Square, Holland Park, Tower Bridge et tout plein d'autres coins. Mais cela restait de l'ordre de l'imaginaire : dans la réalité, Draco refuserait net de lui donner la main. Du moins, le Draco qu'il avait connu à Porto. En quoi le Draco de Londres serait différent ?
Draco vivait à deux pas de Soho. Il habitait un quartier qui lui ressemblait. Le taxi s'arrêta et Matheus en descendit en réglant le montant dû. Son coeur battait fort à l'idée que, quelques étages plus hauts, vivait l'homme qui changerait sa vie. Il traîna son énorme valise vers le hall d'immeuble et composa le numéro d'accès. Il le connaissait par coeur. Déjà, dans l'avion, il s'était imaginé le composer. Et là, ses doigts touchaient le clavier. Un clic! et tout se débloqua. Les portes du monde de Draco lui étaient ouvertes : le septième ciel se trouvait au second étage.
Il sonna. Draco lui ouvrit.
- Tes cartons sont arrivés dans la matinée, lui dit-il en le laissant entrer. Je n'y ai pas touché. Je les ai mis dans ce coin. J'ai commencé à remonter certains meubles... et, hum, je dois t'avouer que c'est un peu nouveau pour moi. Je vivais avec quelqu'un avant, mais elle avait son appartement ailleurs. Là, ça va être H24. Faudra me pardonner si mon naturel revient au galop.
- Et si tu commençais par te taire et me montrer ton appartement.
- Un loft, corrigea Draco en lui lançant un clin d'oeil. C'est un loft. Le voyage n'a pas été trop long ? Alors ici... la baie vitrée : mon endroit préféré. J'adore regarder Londres en prenant mon café et, souvent tu me verras accoudé au balcon en train de fumer. Je ne touche pas vraiment à la cuisine. Je l'ai faite juste pour le bar. J'ai au moins... cent cinquante bouteilles d'alcool. J'aime bien faire des cocktails...
En effet, au-dessus du plan de travail il y avait une espèce de balustrade où se trouvaient des bouteilles de taille différentes. Il n'y avait pas un seul espace libre.
- ... Mon bureau. Personne n'y met les pieds, pas même Dieu. Dieu est partout, sauf dans mon bureau. C'est un peu la règle d'or. J'y entrepose un peu tous mes secrets : ma boîte de Pandore c'est mon ordinateur. On ne touche jamais à mon ordinateur ni à mes cheveux. Règle d'or numéro deux. J'entrepose sur ce mur toutes les photos que je trouve belles : que j'ai prises, que de grands photographes ont prises et celles découpées dans des journaux... Je me perds un peu dans la contemplation de ce mur.
Matheus aimait la façon dont il lui parlait de son intérieur qui révélait son for intérieur. Les murs avaient des oreilles, disait-on. Mais les objets avaient des mots. Et Draco ne lui avait pas lâché la main depuis son arrivée, comme s'il l'avait attendu sans vouloir se l'admettre.
- Le salon. Je n'ai encore rien mis mais, normalement c'est le salon. Il n'y a pas de salle à manger car en général, je mange soit sur la table basse, soit au bar. Là, la salle de bain : mon lieu favoris après mon bureau et le bar. Et en haut, dans la mezzanine, ma piaule. Viens.
Draco lui fit monter les escaliers transparents et ils débouchèrent vers une pièce assez grande et carrée. Draco avait déjà fait monter le matelas à même le sol dans un cadre japonisant. Matheus était déjà conquis. Il se laissa tomber sur le matelas en riant.
- Tu prends quel côté ?
- Tout le lit est mon côté, rétorqua Draco en s'agenouillant près de lui, sur le matelas.
- Il faudra bien choisir, fit remarquer Matheus en survolant sa joue de ses doigts.
- Pourquoi choisir quand on peut tout avoir ?
Matheus baissa les yeux tandis qu'il laissa retomber mollement sa main sur le matelas. Draco fronça des sourcils en voyant ce subit changement d'attitude.
- Tu crois que ça nous mènera où tout ça ? demanda-t-il d'une voix blanche.
- Du point A au point B, répondit Draco. Pourquoi tant d'inquiétude ?
- J'ai pas envie de... souffrir.
- Moi non plus. Mais j'ai compris récemment que les sentiments impliquaient la souffrance et que si on n'était pas prêt à l'accepter, on ne serait jamais heureux. Il faut savoir dépasser tout ça. Il faut voir grand...
Il effleura ses lèvres des siennes et se remis debout :
- Je te laisse te reposer un peu de ton voyage. J'essaierai de ne pas faire trop de bruit en bas.
Draco commençait à se diriger vers les escaliers lorsque Matheus s'écria :
- Jure-moi que ce n'est pas qu'une affaire de sodomie.
- Je te le jure : je ne suis pas un enculé.
Gomorrhe : Combattre le feu par le feu
Il était un pauvre serpent qui collectionnait toutes ses peaux. C'était l'homme. (Giraudoux)
Extrait de Fuck You, chapitre 4 : L'effondrement de Sodome, Gomorrhe et Babylone
« [...]La mort lui allait si bien. Il la portait sur lui comme un manteau qui n'avait d'autre dessein que celui d'être sur ses épaules. Ses traits étaient tranquilles, beaux et ceci, pour l'éternité. Il était jeune et ressemblait à une poupée de cire, là, allongé dans son sublime manteau pour le restant de ses jours. Il ne devait pas avoir plus de vingt ans. Il était dans la fleur de l'âge et pourtant, l'automne l'a fauché et l'hiver l'a congelé - se chargeant alors de le conserver. Ses yeux autrefois rieurs étaient figés en une expression d'agréable surprise. Sa bouche était cousue en un sourire innocent. Les bras en croix comme un pharaon, il semblait dormir paisiblement : son âme l'habitait. La mort lui allait si bien, qu'on aurait cru qu'il était en vie. Bercé par ses illusions, ses rêves et son amour débordant pour l'univers, il s'était laissé aller jusqu'à d'innommables galaxies. Le Paradis, que ça s'appelait - son idéal bien-pensant. Le petit était doué, voire trop pour son propre bien et sa santé. Il devait à peine avoir vingt ans, mais sur son visage, c'était un vieux loup. Il connaissait la vie, les couleurs, les odeurs... Mais lui, son rêve, c'était de peindre la mort. Il peignait. Il était artiste à vingt ans. Il était artiste sans le savoir. L'autopsie le révèle grâce aux taches de peinture qui constellaient ses mains quand on a emballé son corps à la fois flasque et raide dans un immense sac. On l'a su à ce regard possédé qui ne partait toujours pas, même les paupières closes. On l'a su pour toutes les toiles qu'il a laissé derrière. Il avait vécu inconnu et était mort connu. Mais ça, il ne l'avait jamais voulu. Ce qu'il voulait, lui, c'était peindre la mort - son chef d'oeuvre. Et la belle mort était peinte sur ses traits lorsqu'on vint le trouver. Dans sa main, un brouillon, un papier froissé, une lettre d'adieu. Il ne parlait pas de sa famille, ses amis, ses amours ou sa muse. Il n'évoqua rien de tout cela. Pas de trace de peinture sur cette lettre d'adieu. Elle sentait son odeur à lui. Juste lui.
Laissez-moi m'envoler.
Il ne s'était pas suicidé parce qu'il avait tout perdu, mais parce qu'il avait tout à y gagner. [...] »
Draco déballait précautionneusement ses affaires. Il avait mis son casque audio afin de tuer le temps. Il se maudit en se rendant compte qu'Astoria avait modifié chacune de ses playlist. A la place de Nirvana il y avait du Kylie Minogue, à la place de Lenny Kravitz il y avait Mariah Carey, Madonna et Micky Green remplaçaient R.E.M. et System of a Down. Il ne se sentait pas le courage d'allumer son ordinateur et de synchroniser la musique. Il devra donc se contenter de la musique de gonzesses pour son déménagement. Il faisait presque gay. Manquait plus que le Barbara Streisand, la compile 80' et les chansons de comédie musicale.
Il remplit le vaisselier et vérifia que son frigidaire était convenablement branché. Il ferait les courses demain. Ce soir, ils commanderaient certainement quelque chose... sauf si Matheus préférait aller au restaurant. Draco marqua une pause : maintenant, il fallait réfléchir à deux. Cela changeait pas mal de choses. Il devra se faire à l'idée que ce n'était plus chez lui, mais chez eux... Chez eux. Putain, il venait de réaliser.
Cela n'avait jamais été son rêve de partager son monde. Il s'était toujours vu, plus tard, seul, replié sur lui-même. Jamais accompagné. Et désormais, il devra se poser des questions comme : Quel côté du lit ? On mange quoi ce soir ? Tu veux qu'on aille se balader un peu ? J'ai entendu parler d'un concert en plein air pas très loin, on y va ensemble ? On invite des amis ?
Draco ferma momentanément les yeux. Est-ce que la vie à deux lui irait ? La vie à deux... H24. Sans pause, sans interruption. Matheus n'avait pas encore de travail, ici. Il devra chercher dans les petites annonces. Draco aussi n'avait pas de travail puisqu'il avait tout plaqué il y a quelques mois. Ils devraient apprendre à se reconstruire à deux. Penser à deux. Vivre à deux... Et ça lui foutait la trouille...
En fin d'après-midi, Draco avait monté la table basse et déballée le canapé. Il attendait que Matheus se réveille pour le placer. Les deux premières étagères de la bibliothèque étaient déjà rangées. La vaisselle aussi. Il avait commencé à déballer ses affaires de bureau. Son notebook piquait un somme. Il avait reçu il y a deux heures un carton blanc contenant l'IMac 27 pouces qu'il avait commandé. C'était long et chiant les déménagements...
- Tu veux un peu d'aide ? demanda la voix ensommeillée de Matheus.
- Je vais attendre que tu ais toute ta tête pour déplacer le canapé. Il faut aussi installer l'écran plat, l'ordinateur, rebrancher la chaîne Hi-fi et le téléphone, régler le réveil et configurer Internet... enfin, plein de détails de survie.
Matheus se laissa tomber sur un fauteuil rayé - couleur anis, bleu-vert et caramel - encore protégé d'un plastique. Il prit le cutter sur la table basse et éventra un carton. Il en sortit un magnifique vase enveloppé dans du papier-bulle et le plaça en évidence sur une étagère.
- Encore un bibelot qui m'a coûté un rein, expliqua Draco qui fixait un tableau au mur. Tu as des trucs à accrocher, toi ?
- Eh bien, j'ai un panorama de Porto. Je ne sais pas si les couleurs iront très bien avec...
- Passe.
Matheus revint quelques instants après avec un tableau d'au moins un mètre cinquante de long sur quarante de large. Draco lui demanda de tenir l'autre bout pendant qu'il le fixait. C'était important pour eux de se rappeler l'endroit où il s'était connu. C'était vraiment beau en y repensant...
Matheus déposa sa main en bas de son dos pendant un instant puis il retourna vers ses cartons se trouvant dans un coin de la pièce. Finalement, vers 22h, ils décidèrent de commander un repas coréen. Ils discutèrent de tout et de rien, maniant baguettes et jeux de mots. Draco avait d'ailleurs dû donner une leçon de maniement de baguettes à Matheus qui pestait d'impatience.
- Ce n'est pas compliqué, je te jure. Fais un effort, sinon tu vas manger froid.
- Et si tu me ramenais une fourchette ? Peut-être que je pourrai avoir le privilège de manger chaud, hein ?
Draco eu un air consterné en rassemblant des légumes sautés du bout de ses baguettes. Il y avait sur la table une bouteille de vin californien qu'il avait acheté aux enchères. Il fallait bien fêter ça.
- Et sinon, tu t'es tapé un steward dans l'avion ? demanda Draco d'un air qui se voulait détaché.
- Non, désolé. On n'a pas tous ta libido.
- Mmh, 1-0 pour le Portugal, nota-t-il avec un sourire en coin.
- A ta place, je ne compterai pas de peur d'humilier mon pays.
- Tu as l'air bien sûr de toi... susurra Draco en lui tendant un morceau de bœuf grillé du bout de ses baguettes.
- Qui ne le serait pas ? répondit-il après avoir avalé sa bouchée.
Matheus se leva pour allumer la chaîne Hi-fi qu'ils avaient branché quelques heures auparavant. Il choisit de mettre Coldplay. Green Eyes tournait à plein régime dans le loft londonien.
- Tu vas me faire un strip-tease ?
- Pour un strip-tease on prend des musiques comme Full Monty. Pas des musiques belles à en crever comme celle-ci. C'était... c'était juste pour l'ambiance, tu vois ?
- Non, je ne vois pas. J'entends. Tu aimes danser ?
- Les portugais aiment danser. Vous, vous danser quoi ? Vous savez danser d'ailleurs ?
- 2-0, compta Draco. Oui, en Angleterre aussi on connaît le verbe danser. Et on adore ça.
- Tu me montres ça ?
- Eh bien, ça serait un peu débile de danser seul, comme ça, dans son salon. Si tu veux, je t'emmènerai dans un night-club sympa, pas très loin d'ici. L'ambiance est toujours là et ils font de bons cocktails. Et tu as intérêt à boire parce que le prix du premier verre est inclus dans le forfait... Je t'emmènerai te déchainer sur la piste de danse. On fera baver les hétéros et bander les homos.
- J'ai hâte de voir ça. En attendant... pourrais-tu me chercher une fourchette ?
- J'ai été vacciné contre les yeux doux. Les couverts sont dans le premier tiroir à droite.
- Salaud, jura Matheus en se levant.
- Tapette.
Pendant que Matheus cherchait des couverts, Draco en profita pour rebrancher son téléphone et actualiser son répondeur.
"Vous avez 65 nouveaux messages."
- Woaw, on peut dire qu'il y en a qui sont pendus à ta sonnette. Des admiratrices ?
- Non, juste deux ou trois connards qui ont dû déposer à eux seuls tous ces messages, répondit placidement Draco. Ça m'énerve de me dire que je vais devoir tous les écouter. En plus, j'ai la pile de courrier qui m'attend dans l'entrée... Et finir de tout arranger. Ça me prend la tête comme pas deux, putain.
- Quand on aura fini de tout ranger, je commencerai à chercher un travail. Mais... on... quand on recevra nos salaires, on...
- On quoi ?
- On aura un compte en commun ou pas ?
- Seulement si tu veux signer un contrat prénuptial, plaisanta Draco en éloignant le téléphone. Non, plus sérieusement, je préfère qu'on fasse compte à part. Si on a envie de faire une folie : inutile de se concerter. Quand on se retrouvera dans la merde, on se serrera les coudes. C'est tout.
- Ouais, je vois... prononça Matheus en jouant avec la nourriture du bout de sa fourchette.
- Ecoute, je n'ai pas envie de pourrir notre relation pour une histoire de fric. On n'a pas besoin de ça. On a nos rêves : ça suffit pour vivre.
- Quel est ton plus grand rêve Draco Malefoy ?
- Mon plus grand rêve c'était de devenir acteur. Je l'ai réalisé et ça ne m'a pas rendu plus heureux que je ne l'étais déjà dans le passé.
Babylone : Veux-tu devenir ma chute, ma Babylone ?
Je ne verrai jamais les jardins suspendus de Babylone, mais, ce qui me réconforte, c'est que personne d'autre non plus. (Nicholson)
Extrait de Fuck You, chapitre 8 : Ce que la plume est au papier
« [...] La vie est un monde binaire. C'est soit zéro, soit un. C'est soit la terre, soit le feu. C'est soit un homme, soit une femme etc. Depuis l'enfance, on nous rabâche des dictons comme "l'unité fait la force" ou encore, "à deux c'est encore mieux". Cela marche pour la baise, mais pas pour tous les domaines. Parfois, on a besoin d'être seul. Parfois, il vaut mieux se casser la gueule tout seul que d'entraîner l'autre avec soi. Partout il y a représenté l'équilibre entre deux atomes - crochus ou non. Ying et le Yang. Eros et Thanatos. Mars et Venus... Toujours dans nos cœurs la combinaison binaire. Dans le monde, il y a des gens qui sont fait pour se rencontrer. On dit souvent qu'ils s'agissaient de personnes se connaissant dans une vie antérieure : que les amours puissants suivent les réincarnations, que les amitiés sincères ne s'ébranlent jamais face au karma et que la haine, telle un poison corrosif, dévore des âmes similaires durant des siècles. Dans le monde, il y a des éléments qui sont faits pour être ensemble : Ce que le feu est à l'eau. Ce que Roméo est à Juliette. Ce que Salomé est à Jean-Baptiste. Ce que Babylone est à la Bible. Ce que la sodomie est aux homosexuels. Ce que l'argent est aux capitalistes. Ce que la drogue est aux politiques. Ce que la gloire est au général. Ce que César est à Rome. Ce que la maladie est au lépreux. Ce que la langue est à la bouche. Ce que le rock est la critique. Ce que l'obscurité est à la lumière. Ce que le livre est à l'analphabète. Ce que les œuvres sont au temps. Ce que la poésie est à Apollon. Ce que l'encre est à la page. Ce que la plume est au papier. [...] »
Harry Potter avait son stylo noir au-dessus de son carnet de note. Celui-ci était plein de photographies, de détails chinés et de gribouillis. Il était à la quête de l'idée qui ferait son prochain film et ça, depuis des mois entiers. Le syndrome de la page blanche, qu'on appelait ça. Ne plus très bien savoir où l'on va et pourquoi l'on continue d'avancer...
Il jeta un bref regard vers la photo de famille qu'il y avait sur son bureau. Il ne parvenait toujours pas à se débarrasser de l'image de Ginny. Comment le pourrait-il après autant d'années passées l'un auprès de l'autre ? Ses problèmes personnels l'empêchaient d'avancer d'un point de vue professionnel.
Le cinéaste laissa tomber son stylo noir et bu une gorgée de café corsé. Et dire qu'il pensait pouvoir mieux avancer en mettant un terme à la chronique de Rockritic. Rockritic avait rédigé sa lettre de démission, depuis, on n'entendait plus parler de lui, comme s'il n'avait jamais existé… Parfois, Harry se demandait ce qu'il était devenu. Harry se demandait s'il travaillait dans un autre journal sous un autre nom de plume ou… s'il s'était relancé dans le monde du cinéma.
Il avait été dur avec ce gamin en y repensant. Si quelqu'un avait réduit à néant ses rêves, Harry aurait été anéanti – il devait se l'avouer. Mais, en général, quand on était pris d'une vraie passion, on réessayait encore et encore, jusqu'à en perdre la tête. On vivait sa passion. On n'abandonnait pas si vite, non ? On tenait face. On tenait bon. Lui, Rockritic, avait simplement abandonné et s'était fait à l'idée. C'était un lâcheur. Il n'avait pas de détermination. Et puis, s'il ne s'était pas arrêté à ça, peut-être serait-il devenu acteur ? Peut-être…
Mais tout le monde ne possédait de l'aplomb à 18 ans. Tout le monde n'était pas déjà fort comme un lion. Il y en avait des plus faibles qui avaient besoin d'être mis en confiance. A 18 ans, c'était encore qu'un gamin. Harry Potter eu un haut-le-cœur face à cette constatation : il avait brisé les rêves d'un gamin… Et maintenant qu'il était devenu un homme, celui-ci possédait plus de force. Il avait utilisé cette force pour se venger d'actes commis il y a onze ans, faute de ne pas avoir pu réagir à l'instant.
- Je… Je veux devenir artiste, lui avait-il dit.
Oui, Rockritic-enfant ne manquait pas d'ambition. Il l'avait regardé droit dans les yeux et lui avait dit vouloir devenir artiste. Et dans sa voix, cela sonnait presque comme une promesse.
- Artiste, murmura le cinéaste pour lui-même.
Non, il n'était pas artiste. Et ça faisait mal de s'en rendre compte. Lui, il pouvait juste avoir le mérite de pouvoir se débrouiller avec le peu de connaissance qu'il avait. Artiste. Encore faudrait-il savoir peindre, n'est-ce pas ?
Harry Potter reposa son stylo ce soir-là parce qu'il se rendit à l'évidence. Le gamin rencontré il y a onze ans était devenu artiste bien avant lui : il avait su toucher les gens avec ses écrits.
A suivre
