Saletés. Tel un idiot je laisse tomber mon sabre sur le coup de la surprise, je place mes bras devant mon visage pour me protéger mais ils m'attaquent de toutes parts. Ma peau me brûle et cette fois-ci le soleil n'y est pour rien. J'entends mes vêtements se déchirer sous leurs becs, ma peau se fait pincer à divers endroits que je n'ai même pas le temps de m'attarder sur une autre douleur qu'une autre m'atteint aussi vite.
-Dégagez ! Rugis-je en débattant avec mes mains quasi à l'aveugle, autour de moi je ne vois que des pelages noirs, des plumes qui essaient de se frayer un passage sur mon visage mais je me laisse pas faire.
Je tombe à genoux fatigué de me débattre, je gigote dans tous les sens et hurle lorsqu'un charognard me mord le cou à sang.
Je place mes mains à terre cherchant mon arme mais je ne sens que le sol sec, je crois que je me suis mis à pleurer mais même ça je ne suis pas sûr. Une fois que j'ai mis la main sur mon sabre, je le fais siffler tout autour de moi essayant de les faire partir, j'entends leurs étranglements, leurs battements d'ailes se font plus rapides et leurs morsures plus rares.
Certains s'éloignent déjà vers les cieux mais j'arrive à en étranger un. Il fera le dîner.
Je prends la bête qui tremble à terre et lui tords le cou sans cérémonie. Je grimace à l'idée de le déplumer mais il le faudra.
C'est seulement que les douleurs m'élancent, mon débardeur est en lambeau et je remarque déjà sur ma peau des marques rouges vifs encore fraîches. Sur mon haut je remarque des tâches de sang, qui en fait dégouline de mon cou. J'y porte ma main pour vérifier l'ampleur des dégâts, je sens une plaie ouverte d'un peu moins de dix centimètres. J'enlève mon marcel pour le presser contre ma blessure, le temps que l'hémorragie s'estompe. Du moins je l'espère.
J'en ai plus qu'assez de cette arène. J'ai l'impression que toutes les merdes sont pour moi cette année. C'est quoi leurs putains de problèmes ? J'espère que les autres tributs galèrent autant que moi. Un coup de canon retentit, me signalant que oui, les autres s'en sortent aussi mal que moi. Tant mieux.
Je m'installe quelques mètres plus loin contre un rocher, exténué. Je commence à déplumer la volaille lorsque l'hymne s'élève. Première fois depuis le début des jeux que je vais pouvoir voir les tributs morts puisqu'avant j'étais dans le canyon.
Le visage de Lysie est le premier à se dessiner dans le ciel étoilé, ses yeux innocents se posent sur ma petite personne et je me sens si insignifiant tout à coup que je sens mon estomac se serrer. Le visage de son meurtrier est le suivant, je n'éprouve aucune joie de le voir apparaître parmi les morts. Une voix me souffle que j'en aurais fait autant, après tout ce sont les Jeux. On ne peut pas lui en vouloir. La fille du District 8 et le gamin du 10 clôturent la soirée. Je repose ma proie sur le côté ayant perdu l'appétit. Je m'allonge à terre, les yeux dans le vague, me remémorant les traits de Lysie. Pour la première fois, je me laisse pleurer. Ce n'est pas comme si j'aurais eu la force de me retenir de toute façon.
Je tousse de la poussière, je me réveille mort de soif et avec l'impression d'avoir reçu plusieurs coups de marteaux sur ma tête. Je ne vois que de l'orange, si j'ouvre les paupières le soleil va agresser mes prunelles. Je passe une main sur mon visage, je suis brûlant. En même temps il fait une chaleur épouvantable. Je dois avoir une insolation, je ne supporte pas le soleil. J'ai l'impression qu'on me cogne constamment le cerveau, j'ai de la peine à me relever. Un peu plus loin, mon dîner d'hier se fait dévorer par de petites bêtes en tout genre. Je savais que cela devait arriver, je me mets en marche. Mes désirs me contrôlent, je reviens sur mes pas, allant vers l'oasis de malheur. Là-bas il y a de l'eau et de l'ombre sous les arbres, mes yeux roulent dans leurs orbites rien qu'à la pensée d'une brise fraîche sur mon corps. Pitié. Une croûte de sang s'est formé sur mon cou, je me retiens de la gratter. J'ai trop chaud. Je pue c'est insupportable, un mélange de sueur, de sang, de pourriture. Il y aura des concurrents à l'oasis X, me dis-je pour me faire entendre raison mais je ne peux plus. J'ai soif. Je suis dans la capacité de me défendre, surtout s'il s'agit d'un tribut d'un District miteux, je me demande d'ailleurs comment font les neufs autres tributs de l'arène. Enfin Pearl et Silk doivent avoir tout ce qu'ils veulent à la corne mais les autres ? Ils doivent crever au tant que moi mais ils ne peuvent pas avoir la même folie que moi, se rendre à l'oasis. Non, s'ils font ça, ils meurent. Ils savent contrôler leurs désirs. Et pour la première fois je les admire. Une fois arrivé, je plonge dans l'eau, elle m'arrive à la taille. Elle n'est pas froide mais je n'en ai que faire. J'avale, j'avale, j'avale. Mais mon mal de tête ne s'arrange pas, j'ai même l'impression qu'il s'aggrave. Enlever moi mon cœur à main nue je souffrirais moins je suis sûr. Je m'allonge sous un arbre, déjà épuisé alors que je n'ai rien fait. Ma vue se brouille, autour de moi tout bouge, les contours ne sont pas définis, je ne vois le bout de rien. De l'orange, du rouge, un peu de vert et l'eau scintillante. Et or. Des cheveux or, soyeux s'avancent vers moi. J'ai dû mal à distinguer le visage, mon mal de tête me tue petit à petit.
Un petit corps, une peau saine qui n'a subi aucuns coups de soleil, aucune famine, aucune déshydratation. Des yeux bleus joyeux, la fillette me rejoint en sautillant, ses cheveux lui arrivant en bas de son dos volent dans l'air sec. Lysie.
Je cligne plusieurs fois des paupières et pause une main sur ma tête, la douleur s'intensifie ça m'est insupportable.
La fillette est maintenant bientôt à ma hauteur, je titube pour me mettre debout. Que fait-elle là ? On me l'a ramené ? Bon sang, merci. Merci. Son sourire me réchauffe le corps mais la vérité me rattrape. Lysie est morte, je l'ai vue. Le sang qui dégoulinait le long de son visage mince, ses yeux inexpressifs. Oui, elle est morte. J'hallucine ? Je ne sais pas, mon crâne me fait vivre un enfer. Je dois halluciner, j'expire et inspire plusieurs fois bruyamment comme si cela allait permettre de la faire disparaître. Mais il en est rien, non. Elle se tient devant moi.
Je suis censé être soulagé de la voir si près de moi, si vivante puisque j'en suis sûr que je n'invente rien. Elle est bien là.
Mais je sais que ce qui se situe devant est peut-être vivant mais n'est pas humain. Ses traits sont délicats, je la contemple avec émerveillement.
-Lysie ? Crossais-je, ma voix trahissant ma surprise, ma peur et tant d'émotions que je n'arrive pas à identifier. C'est la première fois que je ressens tout ça, et en plus en même temps. C'est une nouveauté.
-Tu m'as laissé mourir, dit-elle. Je ferme les yeux appréciant tout d'abord le son de sa voix rassurante, douce, mesurée. Ma Lysie.
Mais ses mots me font le coup d'un poignard dans le ventre.
-Non Lysie, s'il te plait non. Soufflais-je, même moi j'ai perçu les tremblements dans ma voix.
-Tu m'as abandonné, reprit-elle avec plus de ferveur.
Son visage exprime une moue enfantine qui me brise le cœur, Lysie. Lysie. Je t'en prie. C'est faux.
-Je suis désolé, sanglotais-je. Je veux la toucher, la serrer dans mes bras. Je tends un bras vers elle, mon index proche de son bras.
Elle prend les devants, sa main se rapprochant elle aussi de mon bras tendu.
Je reviens à moi que lorsque sa poigne se fait douloureuse sur mon membre, je brûle extérieurement et intérieurement. De l'acide coule dans mes veines maintenant.
Pauvre X, il en bave tellement je trouve. Qu'en pensez-vous ?
A suivre
FleurEncre
