Regina pénétra dans son immense maison, suivit de près par l'agent Lewis. La jeune femme se précipita dans les toilettes du rez-de-chaussée et s'y enferma à double tour. Elle s'appuya contre la porte et ferma les yeux. La crise était passée, il était temps que son masque retrouve sa place. Elle prit une grande inspiration et trouva le courage d'affronter son reflet. Ses joues étaient rouges et humides, ses yeux gonflés et cernés de noir, son maquillage ayant lamentablement coulé. Le maire tenta de reprendre figure humaine.
Après quelque minute, elle se décida à sortir. Savoir l'agent Lewis dans sa maison lui était difficilement acceptable. A l'heure d'aujourd'hui il devait être la seule personne vivante à avoir eu un aperçu de son humanité. Regina s'en voulait terriblement de s'être ainsi donné en spectacle. Elle ne voulait pas être ce genre de femme, elle ne voulait pas que quelqu'un puisse penser une seule seconde qu'elle était faible, fragile.
Alors qu'elle traversait le salon pour se rendre dans la cuisine, la jeune femme constata que l'homme ne s'y trouvait pas. Soulagée, Regina ne tenta pas de le chercher et continua son chemin. Elle attrapa une bouteille de vin rouge déjà entamée et se servit un verre. Sans attendre elle avala une longue gorgée qui lui brûla sa gorge asséchée. Cette sensation lui arracha une légère grimace mais ne la fit pas reculer. Elle but une seconde gorgée qui cette fois glissa parfaitement.
La silhouette de l'agent se dessina dans l'encadrement de la porte. Une boule se forma dans sa poitrine et elle baissa immédiatement les yeux.
« J'espérais que vous seriez partit… »,cracha-t-elle avant de lui tourner le dos reposant son verre sur le plan de travail face à la fenêtre.
« Je suis seulement allez faire le tour de la maison. », répondit-il en se rapprochant de la jeune femme.
Regina sentit tous ses muscles se contracter au fur et à mesure qu'il s'approchait. Elle sentait sa présence dans son dos et ses yeux fixés sur elle. Elle déglutit difficilement puis leva son verre pour reprendre une gorgée.
Alors que le vin n'avait pas encore touché ses lèvres, la main de l'agent se posa sur la sienne, l'empêchant de terminer son geste.
« Je ne suis pas certain que cela soit la meilleure solution. », souffla t'il son corps frôlant celui de la jeune femme.
« Je n'en vois pas d'autre… », répondit elle sèchement en tournant son visage vers lui, sans que son regard ne quitte pour autant le sol.
Sans attendre que l'homme ajouta quelque chose, Regina attrapa la bouteille, retira sa main de la sienne et se dirigea vers le salon. Avant d'avoir franchi la porte, elle s'arrêta brusquement.
« Je vous serais reconnaissante de ne rien raconter sur ce qui s'est passé. », lâcha t'elle sans se retourner.
« Il s'est passé quelque chose ? », demanda t'il innocemment.
Un léger sourire traversa le visage de la jeune femme. Rassurée, elle continua sa route et alla s'installer sur le canapé du salon. Elle déposa la bouteille sur la table basse après avoir rempli son verre et alluma l'allogène.
Alors qu'elle sirotait le liquide aussi rouge que le sang, les pas de l'agent Lewis raisonnèrent derrière elle. La jeune femme soupira. Il n'abandonnait jamais. Sans un mot il vint s'assoir à côté d'elle. Regina fit comme si de rien n'était et continua sa dégustation, le regard perdu dans le vide.
« Pourquoi votre fils ne vit-il pas avec vous ? », demanda t'il finalement en tournant la tête vers elle.
A cette question Regina sentit son cœur se briser une nouvelle fois. Sa mâchoire se crispa. Elle n'avait pas la moindre envie d'en parler. Le formuler serait rendre les choses plus réelles qu'elles ne l'étaient déjà. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Lewis dû également s'en apercevoir car il se rapprocha d'elle et posa sa main sur la sienne.
« Regina…Je suis désolé, je ne savais pas que… », s'excusa t'il embarrassé.
Le contact fit frissonner la jeune femme. Elle se mordit la lèvre inférieure pour ne pas craquer à nouveau. Personne ne s'intéressait à elle comme il le faisait. Elle n'avait personne à qui parler. Elle ne le connaissait pas mais étrangement le sentir là, à ses côtés lui procurait un peu de chaleur. Elle ferma les yeux puis sans savoir pourquoi elle décida qu'il avait le droit de savoir.
« Le shérif Swan est sa mère biologique. », avoua-t-elle à demi-mot avant de boire une nouvelle gorgée.
L'agent Lewis resta silencieux, son regard toujours braqué sur elle comme s'il attendait qu'elle en dise plus.
« Il y un peu plus d'un an Henry a fugué. Il a réussi je ne sais comment à la retrouver et il est allé la rejoindre à Boston. Elle l'a ramené et n'est jamais repartie. Elle veut me le reprendre et on dirait qu'elle a réussi.», ajouta t'elle en sentant la colère prendre le dessus.
Alors qu'elle portait son verre à sa bouche, l'agent Lewis lui arracha complètement des mains et le posa sur la table. Cette fois Regina ne résista pas. Une larme réussit à s'échapper malgré tous ses efforts. Elle s'appuya complètement sur le dossier et pour la première fois de la soirée tourna la tête vers l'agent et plongea ses yeux dans les siens.
« Mais c'est mon fils… », souffla t'elle en pleurant de nouveau.
« Et vous êtes sa mère… », affirma l'homme en serrant sa main dans la sienne.
« Il m'échappe complètement. Il ne vient plus dormir à la maison. On ne passe presque plus de temps ensemble. Je passe pour la méchante alors que c'est elle, elle qui l'a abandonné à la naissance sans réfléchir à ce qui pourrait lui arriver. Moi j'ai toujours été là, je l'ai aimé dès que je l'ai vu, je ne l'ai jamais abandonné. », plaida elle plus pour se rassurer elle que pour convaincre son interlocuteur.
La main de l'agent vint se poser sur sa joue et son pouce essuya une larme.
« Si vous saviez comme ça fait mal. », dit-elle sans lâcher son regard et en posant sa main sur la sienne.
Une ombre sembla passer dans le regard de l'homme. Il baissa les yeux et rompit le contact.
« J'ai perdu mon fils il y a six ans…Aujourd'hui il aurait à peu près l'âge du votre. », avoua t'il en affichant un sourire triste et crispé.
Regina fût déconcertée par cette confession. Elle resta un instant sans voix et serra inconsciemment la main de l'agent qui reposait sur le canapé.
« Je suis désolée… », souffla t'elle sincère ne sachant pas quoi dire d'autre.
« Moi aussi… », dit il simplement, le regard vague.
La jeune femme se passa une main dans les cheveux, mal à l'aise. Son fils était mort. A cet instant Regina réalisa que ses histoires de gardes étaient totalement futiles comparée à la perte physique d'un enfant.
Un silence pesant s'installa. Regina n'avait jamais su trouver les mots justes en pareil circonstances. Du moins elle en avait perdu l'habitude depuis qu'elle était devenue l'evil queen. L'agent Lewis sembla comprendre son malaise et posa un doigt sous son menton, l'invitant à le regarder de nouveau.
« Ne baissez pas les bras. Oscar Wilde a dit « Les enfants commencent par aimer leurs parents ; quand ils sont grands, ils les jugent ; parfois ils leur pardonnent », je suis persuadé que votre fils finira par revenir vers vous. Il entre dans l'adolescence, c'est un mauvais moment à passer. Vous êtes une bonne mère Regina. », dit-il ses yeux plongés dans les siens, leur tête appuyée sur le dossier du canapé.
« Qu'est-ce qui vous fait croire que je suis une bonne mère ? », s'enquit elle septique.
L'agent Lewis lui offrit un large sourire et repoussa une mèche de cheveux de son visage.
« Vous soufrer. Atrocement. Vous avez légalement tous les droits sur lui et pourtant vous lui laissez le choix. Vous faîtes ce que vous pensez être le mieux pour lui, sans laisser vos émotions prendre le dessus. Vous faite passer son bien être avant le vôtre, c'est ça, je crois, être une bonne mère. », répondit-il sincère.
Un sourire éclaira le visage de la jeune femme. Ce qu'il venait de lui dire lui faisait chaud au cœur. Elle avait envie de le croire. Son regard plongé dans le siens, Regina sentit les doigts de Lewis lui caresser la paume de la main. Un frisson sembla lui traverser le corps et son rythme cardiaque s'accéléra. La jeune femme sentait une étrange chaleur se diffuser en elle. Ses yeux parcoururent le visage de l'homme en face d'elle et s'arrêtèrent sur ses lèvres. Millimètres par millimètres leurs corps semblaient se rapprocher comme inévitablement attirés l'un par l'autre. Leurs jambes se frôlèrent. Leurs doigts s'entrelacèrent. Alors que leur visage n'était plus qu'à quelque centimètre, Regina sentit sa respiration se couper.
« Je crois que vous devriez aller vous coucher, il se fait tard… », chuchota soudainement l'homme sans pour autant se reculer.
« Oui cela vaut mieux… », souffla t'elle en rompant le contact.
Troublée, Regina se releva un peu maladroitement et retira frénétiquement les plis de sa robe.
« Je…Bonne nuit », lâcha t-elle avant de s'éloigner rapidement en direction des escaliers.
Allongée dans son lit, plongée dans le noir, Regina avait encore du mal à réaliser. Elle le connaissait à peine. Elle l'avait rencontré il y avait seulement deux jours mais quelque chose chez lui semblait l'attirer comme un aimant. Malgré les heures qui passaient, la jeune femme ne cessait de se retourner dans ses draps sans réussir à trouver le sommeil. Pour la première fois de sa vie, Daniel avait pendant quelques minutes quitté ses pensées. Un sentiment de culpabilité la rongeait. Elle lui avait promis de lui être toujours fidèle dans son cœur. Graham n'avait été qu'un substitut. Avec lui, dès qu'elle fermait les yeux elle s'imaginait dans les bras de son amour perdu. Cependant cette fois tout avait semblé différent. Ce n'était pas la bouche de Daniel qu'elle s'était imaginée embrasser mais bel et bien celle de l'agent Lewis.
Clochette lui avait dit une fois qu'il n'existait pas qu'une âme sœur pour chacun. Qu'il était toujours possible de retrouver un véritable amour mais elle ne l'avait pas cru. Elle n'avait pas voulu la croire et encore aujourd'hui elle ne pouvait s'y résoudre. Pourtant savoir l'agent Lewis en bas, à quelque mètre d'elle ne la laissait pas indifférente. Sans vraiment se l'avouer, elle espérait qu'il vienne, qu'il frappa à sa porte, qu'il s'approche d'elle, qu'il l'embrasse. Elle aurait voulu sentir ses mains chaudes sur son corps, elle aurait voulu caresser son torse, le sentir en elle.
Des centaines d'images plus torrides les unes que les autres se bousculaient dans sa tête et elle s'en voulait terriblement.
Merci beaucoup pour vos reviews, elles me font vraiment très plaisir !
Si quelque uns ont déjà des hypothèses sur l'identité du tueur elles sont les bienvenues ! :)
