-« Foutrediable ! Appliques-toi espèce de couille molle ! » Beugla le Nain.
Le maitre d'armes de la maison Kondrat était des plus imposants. Ancien combattant émérite de la lice d'Orzammar, nombreux étaient ceux qui l'auraient vu rejoindre la Légion des morts. Nul doute que le vieux briscard aurait pu constituer un soutien de poids dans la lutte contre les engeances. Son ardeur n'avait d'égale que sa soif d'alcool fort. Le destin lui avait cependant réservé un tout autre sort. Le Patriarche de la maison Kondrat avait fait preuve de trésors de persuasion pour le convaincre d'intégrer sa maison en tant que maitre d'armes. Si beaucoup considéraient cette affectation comme un regrettable gâchis, beaucoup de maisons naines jalousaient secrètement la maison Kondrat de bénéficier d'un aussi prestigieux instructeur martial. Tout, de son apparence jusqu'à sa voix puissante évoquait la guerre. Sa barbe noire était séparée en son milieu par une raie. Deux longues nattes lui tombaient sur la poitrine, nouées par deux rubans ornés de gemmes rouges. Ses sourcils massifs étaient si broussailleux qu'ils dissimulaient presque ses pupilles noires et ses oreilles si grandes que beaucoup affirmaient qu'il pourrait se soulever du sol s'il parvenait à les agiter. Affublé d'une large cotte de mailles d'entrainement, il incendiait du regard son élève.
Face à lui, le jeune nain aux cheveux roux respirait comme un bœuf. Son visage boursouflé avait viré au rouge et il suait à grosses gouttes. L'odorat particulièrement délicat du maitre d'armes pouvait discerner la moindre goutte d'alcool à plus de 15 mètres à la ronde. Aussi, il déduisit sans mal que son élève négligeant et indiscipliné s'était offert une petite beuverie avant séance. Il grogna furibond. Son élève était le fils ainé du maitre de maison. Il avait du potentiel, à vrai dire s'il s'était avéré plus régulier le vieux guerrier aurait même pu le considérer comme l'un de ses meilleurs éléments. Malheureusement ce triste balourd était aussi goinfre que libidineux. Aux entrainements, il préférait ses petites sauteries avec tout être doté d'une paire de nibard lui passant sous la main. Sans compter son caractère d'ivrogne qui l'avait même amené à confondre une dame de haut rang avec une catin de bas étage. Le jeune Oghren s'enflammait pour un rien mais il n'était pas fichu de canaliser sa colère de façon productive. Le vieil entraineur désespérait d'en faire un jour un Berserker compétent.
Le jeune chiot portait une tenue d'entrainement en cuir. Il tenait dans sa main droite une épée d'entrainement et dans sa main gauche un bouclier de bronze frappé du sceau de la maison Kondrat. Il titubait comme un parfait imbécile et n'était pas fichu de garder son bouclier devant lui. L'instructeur souleva son imposante masse d'arme et l'abattis violemment vers le bouclier de son protégé. Le visage de ce dernier fût dévoré par l'effroi. Il souleva instinctivement son bouclier en une bien maigre tentative de bloquer le coup. Son essai ne fût bien évidemment pas récompensé. Totalement submergée par la force de son assaillant, sa maigre résistance céda et il tomba violemment sur son large postérieur en criant.
-« Qu'est-ce que c'est que ce jeu de jambes et cette garde en porcelaine ? J'ai vu des pucelles se défendre mieux que ça !
-Ah parce que t'as l'habitude d'affronter des pucelles vieux débris ? » Riposta Oghren en se massant le postérieur.
En guise de réponse, le vieux briscard lui frappa violemment le haut du crâne avec le manche de son arme. Le jeune Nain impétueux hoqueta et porta ses mains sur son crâne endolori.
-« Non mais tu pisses plus droit le vieux ! Ca va pas non ! Je suis encore ton seigneur bordel ! Je te ferais fouetter pour ça !
L'instructeur tendit sa masse d'arme et la pointa juste devant le nez du nain roux. Il le regarda avec la sévérité d'un père profondément déçu par son enfant. Oghren déglutit malgré lui, le crâne et le postérieur toujours douloureux.
-« Erreur ! Dans cette salle d'entrainement tu n'es rien ! Rien si ce n'est une chiffe molle confiée à mes mains délicates ! Ton père, puisse les ancêtres l'accueillir avec honneur et respect, m'a fait jurer sur son lit de mort de faire de toi autre chose qu'une épave plus douée pour empoigner une cruche ou sa queue que pour manier une arme ! Autant dire que jusqu'à présent je suis fort loin d'avoir honoré cette promesse. Je ferais de toi un guerrier couillu même si c'est bien la dernière chose que je dois accomplir avant de retourner à la pierre. Alors cesse de te plaindre ! On a déjà des servantes pour ça ! Lève ton petit cul velu, agrippe tes armes et montre-moi que je ne perds pas totalement mon temps !
Oghren hésita un bref instant puis jura. Il cracha sur le sol et se releva courroucé. L'évocation de feu son père avait visiblement fait son petit effet. Le vieux guerrier comptait là-dessus. Humilié, Oghren toisa avec fureur le vieux Nain à la barbe noire. Il tenta de frapper son maitre d'armes au visage, ce dernier recula d'un pas et esquiva aisément le coup. Oghren sourit fier de sa ruse. Il avait délibérément opté pour une frappe aussi basique pour détourner l'attention de son maitre. De sa main droite, il fit pivoter son épée visant la guibole gauche du vieux schnok. À sa grande surprise, le vieil instructeur leva furtivement le genou et releva la jambe. La lame factice d'Oghren ne rencontra que le vide. Le vieux Nain tendit la jambe et frappa du plat du pied son élève au niveau du plexus solaire. Oghren se cassa en deux sous l'impact, les joues gonflées. Le maitre d'armes agrippa sa masse d'arme des deux mains et frappa Oghren sur la droite. Ce dernier parvint à pivoter de justesse mais ses genoux se plièrent. Le coup heurta son bouclier avec une force assourdissante et l'envoya bouler. Il s'effondra face contre le sol en jurant.
-« Tu n'as pas honte d'opter pour une feinte aussi grossière ? Tu m'as pris pour quoi là ? Un chiard pas capable de soulever une épée ?
-Cette putain de masse n'est pas règlementaire pour un entrainement bordel ! Tu vas finir par me péter quelque chose vieil empaffé de cochard ! » Beugla Oghren le visage déformé par la douleur. Sa barbe autrefois rousse était désormais grisâtre à force de mordre la poussière.
-« De un, c'est à moi qu'il revient de fixer les règles de l'entrainement. » Rappela le vieux Nain d'une voix rauque. « De deux, tu penses peut-être que tes futurs adversaires se plieront à tes préférences en matière d'armement ? Va donc négocier avec une saloperie d'engeance ou une crevure du Carta pour qu'il n'emploie pas de masse, abruti ! Tu dois être prêt à tout et surtout aux combats inégaux et déséquilibrés. Relèves-toi !
Oghren serra les dents et frappa le sol de son poing. Il prit appui sur ses mains et se releva. Le maitre d'armes posa d'un geste expert son imposante masse sur son épaule. Il regarda son jeune apprenti d'un air neutre.
-« Et surveille ton jeu de jambes ainsi que celui de ton adversaire ! Je te l'ai déjà répété mille fois !
-Quoi mon jeu de jambes ?
-Dans un duel, le jeu de jambes est primordial. Durant l'assaut, les guerriers ne cessent de se déplacer; ils essaient de se mettre à une distance qui leur est favorable ou de pousser l'adversaire à commettre une erreur. Ces changements de distance sont souvent liés à des changements de rythme au niveau du travail des jambes. C'est grâce à cela que tu peux prendre le contrôle du combat et imposer ton rythme, tout en analysant les mouvements de ton adversaire.
-Ouais, ouais ! J'avais compris ! » Grogna Oghren ronchon.
-« Non tu n'as rien compris ! Sinon tu ne ferais pas d'erreur aussi grossière. Mais en t'inquiète pas, je vais te cogner jusqu'à ce que ça entre ! » S'emporta le maitre d'armes.
Et pour illustrer son propos, il agrippa à nouveau sa masse des deux mains et l'abattis en direction du crâne de son élève qui émit un cri de surprise dénué de toute virilité.
Jamais Oghren n'avait été confronté à pareille Engeance. La créature cauchemardesque tout en armure maniait son imposante épée avec une habilité qu'il n'avait jamais observée chez ses pairs. Le guerrier Nain avait terrassé multiples Hurlock durant ses expéditions dans les tréfonds et aux côtés de la Garde des Ombres mais jamais il n'avait affronté une Engeance faisant preuve d'une telle prouesse martiale. La bête abattit son immense épée que le Nain parvint à dévier non sans mal. L'Engeance effectua un arc de cercle avec son imposante lame et pivota sur elle-même. Elle fléchit les genoux de manière à frapper à la hauteur du nain. Oghren sourit, la petite taille des enfants de la Pierre était pareille à une lame à double tranchant. Si bien souvent leurs petites tailles constituaient un handicap, elle pouvait également s'avérer être un avantage dans certaines situations. La longue lame de son adversaire n'était pas conçue pour affronter des êtres de petites tailles car elle imposait à son utilisateur d'amples mouvements pour pouvoir la manier. Le guerrier brandit sa hache perpendiculairement au sol et appuya sur ses jambes. La lame frappa le manche avec violence. Oghren faillit céder sous l'impact mais trouva la force de réaffirmer sa prise. Il repoussa la lame de son adversaire et profita du fait que la créature ait été contrainte de se baisser pour tenter une frappe oblique en direction de sa nuque.
Son action n'eut malheureusement guère l'effet escompté. La bête releva le fort de sa lame perpendiculairement au sol et intercepta le coup. Le tranchant de la hache du Nain heurta violemment la lame en un bruit sourd. Le choc des métaux produits quelques étincelles qui ratèrent de peu le visage de l'Engeance. Oghren jura. Il avait croisé le fer avec de nombreux adversaires et bien peu d'armes s'étaient avérées capables de résister à la force brute de sa hache. Cette dernière avait été enchantée par l'étrange gamin qui braillait à tue-tête « enchantement ! ». La lame de la bête aurait dû se briser, à moins de bénéficier elle aussi de certains attributs de nature magique.
-« Quelle sorte de saloperie es-tu ? » Grogna Oghren en tentant à nouveau d'atteindre le crâne de son adversaire.
En guise d'unique réponse, la bête se contenta de rugir en parant à nouveau son coup. Sans prévenir l'Hurlock souleva son imposante épée au-dessus de sa tête et l'abattit latéralement sur le Nain cherchant visiblement à le trancher en deux. Oghren mugit et se précipita vers la gauche échappant à une mort certaine. La lame de son épée frappa le sol dallé avec une violence inouïe. Fermement décidé à reprendre l'initiative, Oghren effectua une semi-rotation et tenta de frapper son gigantesque adversaire au niveau des genoux. La réaction de la bête le déconcerta totalement. L'hurlock sauta à pied joints. La hache passa largement en dessous de ses jambes. Pire encore, la bête retomba les pieds en avant en direction d'Oghren. Emporté par son élan, le Nain ne put esquiver. Dans un dernier sursaut, il parvint néanmoins à relever le manche de sa hache. Il évita ainsi de se prendre les pieds du colosse en pleine figure, le manche de sa hache interceptant les pieds du colosse. Malheureusement le poids de son ennemi eut raison de sa résistance. Oghren mit un genou à terre incapable de supporter la pression. Pour son plus grand malheur, le colosse reprit position face à lui et agrippa de son imposante main gauche le manche de sa hache. Surpris et déboussolé, l'enfant de la pierre fût totalement incapable d'empêcher son adversaire d'enserrer le manche de sa hache de ses doigts puissants. Les doigts de la bête semblables à des serres se refermèrent sur le manche comme un étau. D'un geste vif, l'Hurlock lui arracha son arme des mains et la balança plusieurs mètres derrière lui. Totalement désarmé face à adversaire qui lui était physiquement supérieur, le Nain ivrogne vit sa vie bien trop courte à son goût défiler sous ses yeux. L'Engeance pointa de sa main droite sa lame en direction de la poitrine massive du guerrier velu. Son sang fît qu'un tour lorsqu'il s'imagina transpercé de part en part comme un cochard servit à la broche.
Pourtant jamais le coup ne l'atteignit. Le colosse stoppa net son attaque et recula furtivement. Oghren releva la tête incrédule quand une ombre passa juste devant ses yeux. Le Hurleur que le Nain avait pourtant discerné aux côtés de l'Hurlock, venait de sauter à la gorge de son congénère. L'enfant de la Pierre n'en cru pas ses yeux, son instinct de guerrier l'amena à penser que le Hurleur avait observé leur duel en retrait pour guetter une ouverture et frapper mais pourquoi diable une Engeance s'en prendrait elle à un congénère ? Le Hurleur grogna en déployant ses griffes, il visa la gorge de l'Hurlock tentant de l'égorger d'un coup vif mais son adversaire ramena sa lame devant lui et écarta de peu les griffes acérées de son opposant. L'Hurlock mugit à son tour et se jeta, lames en avant, sur le Hurleur. Il tenta une frappa diagonale que son adversaire esquiva en se baissant. Les deux Engeances se jetèrent l'une sur l'autre entamant un furieux corps-à-corps. Le temps sembla se figer pour Oghren qui ne put quitter du regard la danse mortelle qui s'offrait à lui. Bien que féroces, les coups portés par les deux créatures étaient réguliers et contrôlés. Les deux créatures ne se contentaient pas de brasser du vent, elles se testaient l'une l'autre à la recherche d'une faille. Si l'Hurlock était de toute évidence plus robuste et bénéficiait d'une meilleure allonge, le Hurleur compensait largement de par son agilité et sa vélocité. Jamais le Nain n'avait vu semblable querelle éclater entre deux engeances, tout comme jamais il n'avait vu ces bêtes immondes se battre avec grâce. Bien que leurs styles de combats respectifs soient radicalement opposés, les monstres n'avaient rien à envier aux combattants les plus aguerris de la lice d'Orzammar.
Le Nain velu tourna la tête et repéra son arme à quelques mètres du duo d'Engeances. Les deux monstres ne faisaient pour l'instant pas attention à lui mais en considérant la violence et la furtivité de leurs échanges, il se voyait mal les contourner pour récupérer sa hache sans prendre un coup. Le guerrier jura et se massa la nuque. Il n'avait guère l'habitude de réfléchir avant d'agir mais rien de ce qui se jouait sous les yeux ne lui semblait logique. Il y avait quelques minutes à peine, il avait déboulé en compagnie de l'Elfe à grande gueule dans ce temple perdu. Espérant quitter cette saloperie de forêt sous l'emprise évidente d'un maléfice, ils avaient suivi en toute hâte l'étrange apparition d'une jeune Elfe. À peine entrés, ils étaient tombés sur le Qunari qui prétendait avoir également été piégé en ces lieux. Selon lui le temple avait été bâti par des grandes oreilles complètement dingues qui vénéraient des Dieux maléfiques. Pour couronner le tout, la sulfureuse magicienne, égale à elle-même avait apparemment décidé de n'en faire qu'à sa tête pour explorer seule les bas-fonds du temple maudit. Alors qu'ils entrevoyaient les prémices d'une issue, l'apparition étrange leur joua un nouveau tour de cochon en les éblouissant à l'aide d'une slave lumineuse. Lorsque la vue, lui revint Zevran et Sten avaient tout bonnement disparu et le malheureux Nain s'était retrouvés nez à nez avec deux engeances peu commodes. Comme toujours, les bazars magiques échappaient totalement à sa compréhension. Où diable étaient passé les deux corniauds qui lui faisaient office de compagnons d'armes ? Le tintement furieux de l'acier s'entrechoquant le sorti de ses réflexions. En observant à nouveau les créatures, un détail qu'il avait négligé jusqu'à présent captiva son attention. Le jeu de jambes du Hurleur lui sembla étrangement familier. Il plissa les yeux et se concentra cherchant dans les recoins de sa mémoire où il avait bien pu discerner pareille posture.
-« Dans un duel, le jeu de jambes est primordial. Durant l'assaut, les guerriers ne cessent de se déplacer; ils essaient de se mettre à une distance qui leur est favorable ou de pousser l'adversaire à commettre une erreur. Ces changements de distance sont souvent liés à des changements de rythme au niveau du travail des jambes. C'est grâce à cela que tu peux prendre le contrôle du combat et imposer ton rythme, tout en analysant les mouvements de ton adversaire. »
Les paroles de son vieux salopard de maitre d'armes le frappèrent de plein fouet. La façon dont le Hurleur pivotait et se rapprochait de sa proie. Ses appuis, ses pirouettes, il les avait déjà vus c'était…
-« Le bouffeur de salades ? » Hoqueta Oghren.
Cela n'avait aucun sens pourtant il senti dans ses entrailles qu'il avançait sur la bonne voie. Il porta cette fois son attention sur le colosse en armure. Ce dernier fît décrire à son imposante lame un arc de cercle puis ramena sa lame devant lui. Un éclair de lucidité frappa le Nain. Il en était sûr ! Aussi certain que la bière se mariait mal avec une cuvée antivane, il avait déjà vu le Qunari effectuer ce mouvement défensif à plusieurs reprises. Comment était-ce possible ?
-« Une putain d'illusion ! » Marmonna-t-il dans sa barbe.
Oghren se félicita de son bon sens, cela expliquait tout. Ses compagnons n'avaient pas disparu, ils étaient certainement tous les trois sous l'emprise d'un maléfice plus que certainement opéré par la garce fantomatique aux longues oreilles. Oghren jura et invectiva ses camarades.
-« Zevran, Sten ! Arrêtez de vous foutre sur la gueule ! C'est une putain d'illusion ! »
Si les deux combattants distinguèrent quoi que ce soit d'intelligible dans ses propos, ils ne le démontrèrent pas. Complètement indifférents aux cris du Nain, ils poursuivirent leur ballet mortel.
-« Mais bordel ! Arrêtez bande de crétins congénitaux ! Puisque je vous dis que c'est une illusion fils d'inceste ! » Brailla-t-il.
Derechef, ses camarades n'en firent rien. Oghren jura, de toute évidence il devait parler une autre langue à leurs yeux. Il se souvint subitement que les seuls sons qu'il avait pu capter émanant de ces deux idiots étaient des grognements gutturaux. Visiblement cette saloperie d'illusion devait également affecter l'ouïe. Il n'avait pas la moindre idée quant à la façon de briser ce mauvais sort. Lui-même bien que conscient du maléfice continuait à les percevoir comme deux ignobles Engeances. Il devait impérativement trouver un moyen de se tirer de ce faux pas et vite. À ce rythme, ils allaient finir par s'entretuer, voire même à se liguer contre lui si ça se trouve. Le Nain plaqua ses mains contre ses tempes hors de lui. Il avait horreur de se creuser les méninges, il était avant tout un homme d'action qui fonctionnait à l'instinct. Que pouvait-il bien faire ? À leurs yeux, il devait probablement ressembler à un Genlock hideux. Hideux mais certainement viril tout de même ! Il devait pourtant tenter quelque chose pour les séparer.
Sans réfléchir il s'empara de sa flasque et la balança en direction du duo. Par un coup du sort, le soi-disant Hurleur venait justement de sauter en arrière pour éviter la lame massive du soi-disant Hurlock. La flasque atterrit juste en eux sur le sol dallé. Les prétendues engeances tournèrent la tête à l'unisson dans sa direction. Oghren dégluti, certes il était parvenu à attirer leur attention mais les regards féroces qu'ils lui adressaient ne présageaient rien de bon. Sten toujours sous l'apparence de l'Hurlock fit un pas dans sa direction. Le Nain senti son rythme cardiaque s'accélérer, cette énorme andouille risquait fort de causer son trépas. En face du Qunari, l'Elfe demeurait indécis son regard passant du Nain à son adversaire. Tentant le tout pour le tout, le nain posa un genou à terre et leva les mains en signe de réédition. Le colosse stoppa son avancé aussitôt. Le Nain velu expira bruyamment pour exprimer son soulagement. L'illusion ayant toujours effet, il ne put discerner les traits de ses camarades mais il lui était pourtant aisé de lire le désarroi dans l'attitude de ses compagnons de route. Le plus dur restait à faire, il avait attiré leur attention mais n'avait pour l'instant aucun moyen de se faire comprendre. Zevran s'avança vers lui, à son approche Sten se raidit, recula d'un pas et brandit son arme. Zevran, guère intimidé l'ignora et entama une série de signes étranges. L'enfant de la Pierre le regarda avec des yeux ronds sans comprendre, quand soudainement il reconnut un signe. Il s'agissait du langage codé qu'ils utilisaient de temps à autre pour mener une embuscade et communiquer sans alerter l'ennemi. Oghren leva la main gauche et la bougea de gauche à droite, ce qui dans leurs langage codé évoquait l'incompréhension. Zevran, il pointa son index en direction du Nain puis ferma le poing en dirigeant son pouce vers le bas. Le Nain réalisa que l'Elfe lui demandait s'il était un ennemi, sans doute pour confirmer qu'il comprenait bien le code. Oghren fît rapidement non de la tête, puis pointa le doigt vers lui avant de fermer le poing et monter le pouce vers le haut, ce qui dans leur code signifiait « allié ». Zevran leva la main droite et effectua un cercle avec son pouce et son index ce qui signifiait qu'il avait compris ce que le Nain cherchait à lui faire comprendre. Oghren ricana emporté par l'ironie. Il avait pesté à l'époque quand ce corniaud d'Alistair avait suggéré d'établir un code pour communiquer silencieusement en cas de situation tendue. Il n'avait jamais aimé mémoriser quoique ce soit, ses maitres avaient eu toutes les peines du monde pour lui apprendre à lire. Il se félicita d'avoir tout de même pris la peine d'apprendre les signes les plus basiques. Jamais il n'aurait cru qu'une trouvaille d'Alistair puisse les tirer d'un si mauvais pas. Il se garderait toutefois bien de lui dire si naguère ils sortaient tous les 4 de ce foutu temple vivants. Le jeune Garde des Ombres n'avait nul besoin que l'on flatte son égo. Oghren et Zevran regardèrent Sten à l'unisson. S'ils étaient parvenus à se comprendre, il n'était pas garanti que le Qunari en ait fait de même. Ce dernier les surprit alors en rangea son épée derrière son dos. Il pointa le Nain du doigt puis ramena ses mains vers son menton et bougea les doigts comme pour agripper quelque chose d'invisible. Bien que n'étant pas une lumière, le Nain velu compris que le Qunari faisait référence à la barbe. Il acquiesça la tête pour infirmer. À son tour, Sten leva la main et effectua un cerce à l'aide de son pouce et son index. Les épaules du Nain s'affaissèrent. Il relâcha ses muscles soulagés et sourit sous sa barbe. Après tout il était non seulement le premier à avoir percé à jour l'illusion mais il était également parvenu à trouver comment se faire comprendre. Un exploit dont il ne manquerait pas de s'enorgueillir les jours à venir, si toutefois ils parvenaient à sortir de cette fôret. La perspective de pouvoir s'auto congratuler aux dépends de ses camarades s'avérait tellement séduisante qu'elle ne fit que redoubler sa détermination à sortir des bois, entier.
Le plus dur demeurait à faire, il leur restait à trouver la sorcière, mettre un terme à cette illusion grotesque et surtout détruire la source du maléfice qui les maintenait prisonniers en ces lieux. Sten décrivit un arc de cercle avec son index pour les englober tous les trois dans son message. Il dessina un carré avec son doigt, ce qui signifiait porte. Il ferma le poing et tendit le bras vers la porte s'ouvrant sur la salle suivante. Le Nain comprit que le colosse leur suggérait d'avancer en formation dans la salle suivante. Comme un seul être, Zevran et Oghren décrirent un cercle avec leurs pouces et leurs index pour marquer leurs compréhensions. Les trois compagnons franchirent un à un la porte donnant accès à la salle suivante. Le trio débarqua dans une pièce similaire à la précédente à la différence près que des torches disposées sur les murs illuminaient la salle. Le feu verdâtre qu'affichaient les torches était anormal, probablement de nature magique. À l'extrémité de la salle, une porte bloquée par une barrière magique.
-« Allons bon, qu'est-ce que c'est que cette merde ? » Pesta le Nain.
Il n'avait pas fait tout ce chemin pour être ainsi bloqué par un énième tour de passe-passe. À ses côtés, ses camarades fixaient eux aussi la barrière, les armes brandies. Le Nain mit sa main à couper que ses camarades ignoraient également comment mettre à mal cet obstacle mystique. Fidèle à lui-même, le Nain grogna et fît alors ce qu'il avait coutume de faire face à une situation inextricable. Il empoigna fermement sa hache de ses deux mains et entreprit de frapper de toutes ses forces l'objet de son irritation. Le tranchant heurta la barrière magique sans lui causer le moindre dommage. Guère découragé par ce piètre résultat, le Nain frappa derechef emporté par son ardeur guerrière. L'impact du métal enchanté sur l'obstacle immatériel fît naitre des ondulations semblables aux cercles produits par les ricochets. En dépit des efforts acharnés du Nain furibond, la barrière ne céda pas d'un pouce. Un rictus de rage déforma le visage déjà peu harmonieux du petit guerrier. Il beugla son mécontentement et frappa de nouveau la barrière avec un rythme encore plus effréné. Une main se posa sur son épaule, l'agrippa fermement et le tira en arrière. Il recula emporté et lâcha sa hache surpris. En pivotant la tête, son regard se posa sur Zevran, qui sous l'emprise de l'illusion lui apparaissait toujours comme un Hurleur. L'Elfe l'incita à se calmer, il bafouilla quelques mots trop semblables à des cris stridents pour qu'Oghren puisse en tirer quoique ce soit mais il parvint tout de même à réaliser que l'Elfe cherchait à lui faire comprendre la futilité de ses efforts. Le guerrier velu reporta son attention sur la barrière et constata effectivement que ses coups de l'avaient même pas ébréché.
-« Il faut pourtant bien qu'on fasse quelque chose ! » S'emporta-t-il d'une voix qui trahissait son angoisse naissante.
Alors qu'il ramassa sa hache, il aperçut Sten s'approcher du mur gauche. Le Qunari décrocha l'une des torches pourvues d'un étrange feu verdâtre.
-« Qu'est-ce que tu comptes faire avec ça ? » L'interrogea Oghren.
Le Qunari ne répondit pas et s'avança vers la barrière. Oghren se tourna vers l'Elfe l'interrogeant du regard. Pour toute réponse, ce dernier se contenta de hausser les épaules. Zevran ne comprenait de toute évidence pas plus que le Nain les desseins du Qunari. Sans prévenir Sten se figea face à la barrière et appliqua la flamme verdâtre sur la surface magique. Zevran et Oghren contemplèrent fascinés, la flamme se répandre tout au long de la barrière sans pour autant l'endommager.
-« Bien tenté quand même ! » Fît Oghren tout de même déçu par l'absence de résultats.
Avant que le Qunari n'ait eu le temps de récidiver quelque chose heurta la barrière avec une violence inouïe. Surpris, les trois camarades sursautèrent et empoignèrent leurs armes. Quelque chose de vif et lumineux frappa à nouveau la barrière. Le projectile venait de l'intérieur même de l'arrière-salle. Le Nain serra les poings autour du manche de sa hache, recherchant une forme de réconfort au contact du métal familier. Un éclair blanc provenant de l'arrière salle frappa à nouveau la barrière. La substance immatérielle de la surface sembla s'altérer. La barrière émit un bourdonnement particulièrement désagréable. L'instinct d'Oghren lui hural de se mettre à l'abri.
-« Les gars ! Reculez vite ! »
Il fila en arrière comme une flèche s'éloignant le plus possible de la barrière. Si ses camarades ne purent comprendre ses paroles, ils comprirent sans l'ombre d'un doute ses intentions en le voyant détaler comme un lapin. Ils le rattrapèrent immédiatement au pas de course. La barrière explosa en dégageant un immense flash lumineux. L'onde de choc envoya valser le trio. Oghren s'écroula face contre terre manquant de se broyer le nez. Il se releva en déversant un flot de jurons particulièrement vulgaires et porta ses mains à son visage, tâtant son nez tenant toujours miraculeusement en place. Une voix féminine, aussi chaude que venimeuse provenant de l'arrière-salle se fît entendre.
-« Tu as beau être puissant esprit, tu ne peux maintenir tes sortilèges en dispersant ainsi ton attention. M'attaquer à la fois physiquement et psychiquement tout en maintenant cette barrière était trop éprouvant. Tes pouvoirs ne sont finalement guère à la hauteur de tes forfanteries. »
Ce ton incisif et moqueur ne lui était que trop familier. Le Nain avait souvent enduré cette voix enjôleuse ne lui infligeant que trop souvent des saillies qui mettaient à mal sa virilité.
-« Morrigan ? » Beugla-t-il.
-« Sans l'ombre d'un doute ! » Murmura une voix faible à ses côtés.
À la grande surprise d'Oghren se tenaient dans la poussière Sten et Zevran, tous deux sous leurs apparences normales. L'illusion avait dû s'éteindre en même temps que la barrière. Oghren se frappa le torse de satisfaction.
-« Ca y est les gars ! Je vous vois et vous comprend à nouveau ! » Cria-t-il.
-« Vraiment ? » Répondit Zevran en se relevant, la main posée derrière la nuque. « Pourtant seul le spectacle d'une petite créature bedonnante et malodorante à la voix disgracieuse s'offre à ma vue et mon ouïe. » Dit-il d'une voix fluette.
-« Hein ? Mais comment c'est possible, moi pourtant je te vois très bien…. » Oghren s'interrompit et contempla le sourire naissant sur le visage anguleux de son camarade elfique. Ses traits s'assombrirent. « Très amusant bouffeur de salades ! Tu sais ce qu'elle te dit mon hygiène ? » Rugit-il.
-« Portée disparue, prière de me retrouver ?
-« Parshaara ! » Cria Sten en les interrompant.
Le Qunari brandit son épée en direction de la porte désormais libre d'accès.
-« La sorcière affronte probablement la créature malfaisante à qui nous devons cette triste mésaventure. Allons lui prêter main-forte ! »
Oghren et Zevran acquiescèrent. Le trio s'avança et pénétra enfin dans la dernière salle. Ils se figèrent net. Sous leurs yeux ébahis, Morrigan livrait un duel acharné contre un étrange elfe à l'aspect fantomatique. L'inconnu spectral portait une longue toge cérémoniale couvrant entièrement ses membres fébriles. Le vieillard aux traits anguleux et au nez fin était dépourvu de cheveux. Des tatouages formant une lune ornaient chacune de ses joues. Derrière les mages, se tenait un autel juste au centre de la pièce. Un masque étrange flottait comme animé par une force magique. Le masque était une construction elfique à n'en pas douter, il représentait une sorte de loup. D'une structure plus rouge que le sang, le masque était pourvu de gravures elfiques. Oghren dégluti. L'air crépitait autour des deux mages, jamais le Nain n'avait été témoin de pareil affrontement. L'atmosphère même de la pièce semblait emplie d'énergie. Il entendit Morrigan incanter dans une langue étrange. Une boule de feu naquit de ses doigts et fonça en direction du vieil elfe. Ces derniers leva les bras et les flammes moururent un instant. Il prononça à son tour quelque chose d'incompréhensible. Plusieurs dalles de pierre se décollèrent du sol et flottèrent en l'air comme soulevées par des bras invisibles. Le Nain écarquilla des yeux. L'Elfe brandit ses bras vers Morrigan en proférant des paroles sinistres. Les dalles de pierre foncèrent vers la jeune femme comme des javelots. Alors qu'il crut la dernière heure de la belle nymphe arrivée, le guerrierla vit brandir son bâton devant elle. Les dalles gelèrent avant de l'atteindre et retombèrent sur le sol, se brisant en mille morceaux. Une dalle échappa toutefois à son maléfice et lui heurta violemment l'épaule. Sonnée, la mage aux cheveux de jais tituba et bascula en arrière. Avant qu'Oghren ne puisse esquisser un geste, Sten fonça et rattrapa Morrigan avant qu'elle ne heurte le sol. Cette dernière posa doucement la main sur le torse du Qunari et lui jeta un regard malicieux.
-« J'ai failli attendre ! Ah vous voilà aussi tous les deux ? Je présume que vous n'avez pas de potion de lyrium sur vous ?
-Euh….Ah ben merde alors ! Le chariot ! On l'a laissé sur le sentier ! Putain depuis le temps c'est sûr que quelqu'un a dû nous le chourer bordel ! » Mugit le Nain velu.
-« De quoi parle cet ivrogne ? » Siffla Morrigan en se détachant de Sten et en adressant un regard acéré à Zevran.
-« Disons que nous avons été confronté à quelques complications, ce qui a vu d'œil est également ton cas. Qui est ce sinistre individu ? » Répondit Zevran en désignant le vieil elfe de ses dagues.
Ce dernier n'avait pas bougé d'un pouce, il toisait le quatuor d'un regard évasif. Sten brandit son épée devant lui, tandis que Morrigan prit position à ses côtés, prêté à lancer un sort.
-« Rien qu'un sombre sot ayant choisi de vénérer les mauvaises entités. Son peuple l'appelait Banal'ras, lui et ses frères ont sacrifié les siens, ainsi que sa propre fille pour activer ce masque démoniaque et atteindre l'Immatériel. Mais comme bon nombre d'imprudents, ils n'ont pas pleinement saisi ce qu'implique un pacte avec une entité malveillante. Leur petit rituel s'est retourné contre eux, leurs esprits ne formant désormais plus qu'un seul individu sont piégés entre l'immatériel et le monde des vivants. C'est lui qui est à l'origine du chant mystique et de l'enchantement qui nous empêche de sortir de ses bois. Nous ne sommes pas ses premières victimes.
-« Qu'est-ce que tu nous veux l'empaffé ? » Cracha Oghren prêt à en découdre.
-« De toi et tes misérables compagnons rien si ce n'est votre sang. Seule la sorcière nous accordera la paix à laquelle nous aspirons tant. » Répondit ce qui avait autrefois Banal'ras d'une voix horriblement froide.
-« Hein ? J'ai rien capté mais mon sang est très bien là où il est ! C'est-à-dire dans mes veines connard ! » Répliqua le Nain piqué au vif.
-« C'est mon corps qu'il convoite. » Expliqua Morrigan.
-« Tout comme moi et la plupart des hommes. Difficile de blâmer le bougre. » Susurra Zevran en jetant un regard sans équivoque à sa camarade.
-« Pas dans ce sens-là, espèce d'idiot lubrique ! » Cracha la magicienne ulcérée. « Pour une raison que j'ignore, il est intimement persuadé que je possède le même pouvoir que les dieux elfiques de jadis. Selon lui, moi seule serait en mesure de pleinement prendre le contrôle du masque et de les envoyer dans l'Immatériel pour qu'ils puissent exister pleinement en tant qu'esprits ou je ne sais quelle absurdité. Malheureusement ce masque se nourrit du sang et de la violence, c'est pourquoi pour le maintenir activé ils ont besoin de régulièrement faire couler le sang. Les morts-vivants, les illusions, les maléfices n'avaient d'autres buts que de provoquer la mort des voyageurs égarés. Ce fou compte vous sacrifier pour garder le masque en éveil et s'emparer de mon corps pour contrôler son pouvoir.
-Oh si ce n'est que ça, vous m'en voyez soulagé ! Un bref instant j'ai cru que nous étions confrontés à une situation aussi désespérée qu'invraisemblable mais très honnêtement cette petite virée dans les bois ressemble de plus en plus à un week-end ordinaire. Enfin selon nos standards ! » Fit l'Elfe désinvolte.
Morrigan, Sten et Oghren adressèrent à l'unisson un regard sévère à leur compagnon. Ce dernier haussa les épaules et lança sur un ton ironique.
-« Je cherchais juste à détendre l'atmosphère !
-Baste ! » L'interrompit Sten.
Le Qunari effectua un pas en avant en adressant un regard glacial au vieil elfe spectral.
-« Si tu aspires au repos éternel esprit, tu peux compter sur moi pour te l'offrir ! » Lança-t-il menaçant.
En guise de réponse, Banal'ras se contenta de doucement ricaner. Son rire était glacial, dénué de joie et d'humour.
-« Qu'il est délectable de vous voir ainsi agir comme des frères d'armes. Vous entre tous qui n'avez jamais engendré que du sang et des larmes. Quelle valeur accordez-vous réellement à votre existence ? N'êtes-vous pas las de toute cette souffrance ? Vous pouvez vous mentir à vous-même, nier votre véritable nature. Nos yeux ne sont pas dupes quant à votre prétendue droiture. L'Elvhen bâtard élevé comme une arme vivante. Tu demeuras à jamais hanté par le meurtre de ton amante. Tu cherches à fuir tes semblables, tes frères, tes erreurs. Tu ne combleras jamais le trou béant où battait autrefois ton cœur. L'enfant de la Pierre noyant sa honte dans le stupre et le déshonneur. Ta seule apparence fait naitre chez tes semblables des sourires moqueurs. Du nain, du mari, du guerrier tu n'as que le nom. Ta fierté pourrissant aux côtés de ton épouse dans les tréfonds. S'ils pouvaient te voir ainsi tes ancêtres te maudiraient sans relâche. Incapable de surmonter tes échecs, tu as choisi d'errer comme un lâche. Le Qunari ayant fait couler le sang de ses sauveurs. Mourir tel un animal dans une cage serait pour toi un trop grand honneur. Les principes, le code moral derrière lequel tu t'abrites ne sont qu'illusion. Citer le Qun ne dissimule en rien la fragilité de tes convictions. Ton échec souille la mémoire des frères. Ton cadavre aurait dû pourrir dévoré par les vers. »
-« C'est qu'il est blessant en plus ! » Grogna le Nain.
-« Ne prêtez guère attention à ses paroles ! C'est là son petit jeu, s'introduire dans votre tête et vous cracher vos forfaits au visage pour vous déstabiliser. » Fulmina Morrigan.
-« Tes mots ne nous atteignent en rien esprits. Ces erreurs dont tu fais mention nous les assumons, nous savons ce que nous sommes, ce que nous avons été. Invoquer les fantômes du passé est vain, seuls nos actes futurs importent désormais. Quand bien même nous ne pourrons expier nos fautes, ne pas essayer de les rectifier serait plus méprisable encore. J'avais tort de vouloir trouver l'expiation dans la mort, c'est en vivant chaque instant non pas comme les êtres que nous avons été mais comme les êtres que nous aspirons à devenir que nous trouverons la paix. S'enterrer sous un rocher avec nos cauchemars, nos erreurs passées ne rendra justice à personne et ne réparera en aucun cas nos actes. C'est en vivant et en aspirant à devenir meilleur que ce que nous avons été que nous léguerons à ce monde davantage que nos erreurs. C'est une leçon que tu n'as guère appris esprits. Toi qui as sacrifié les tiens pour des chimères et qui persistes à sacrifier d'autres âmes pour servir tes desseins. Tu aspires à la liberté sans pour autant reconnaitre tes échecs, si tu avais ne serait-ce qu'une parcelle d'honneur et de dignité tu aurais accepté ton sort et œuvré à trouver un chemin moins sanglant pour atteindre la paix. Ton état actuel reflète parfaitement ce que tu as été de ton vivant. Une ombre informe, un reflet vide d'un homme, un faux prophète damné. » Répliqua doucement le Qunari, le visage impassible. « Meraad astaarit, meraad itwasit, aban aqun. En ce jour, ton peuple trouvera le repos. »
-« En entrant dans ce temple vous avez scellé votre sort ! Notre salut réside désormais dans votre mort. Le corps de la sorcière sera nôtre. Désormais vos vies ne sont plus vôtres ! » Cracha l'Elfe damné.
Son visage se déforma en une expression carnassière. Surprit le quatuor recula avec appréhension. Un ricanement guttural inhumain sorti de la bouche de Banal'ras. Le rire sinistre semblait venir d'un autre monde. Un halo verdâtre entoura le corps spectral du vieil Elfe, il leva les bras psalmodiant un sinistre récital. Ses membres s'allongèrent peu à peu. La silhouette fragile du spectre s'effaça peu à peu pour céder la place à une silhouette aussi imposante qu'un dragon. Là où se tenait Banal'ras, résidait désormais un énorme démon de l'orgueil. Plus haute encore qu'un troll, la créature était dotée d'une peau rocailleuse et de membres longs comme des tours. De longues excroissances osseuses soulignaient la longueur de ses bras. Ses mains énormes étaient pourvues de griffes acérées. Deux paires de cornes massives s'entre crassaient sur le sommet de son crâne. Sur le visage cauchemardesque du monstre, huit pupilles en forme de losange étaient braqués en direction des mortels impudents. Oghren senti la tension parcourir chacun de ses membres. Tout allait se jouer en cet instant.
La créature mugit et ouvrit sa gueule béante. Un torrent de flammes verdâtres en sortit et se déversa en direction des aventuriers tel un brasier. Morrigan parvint de justesse à dresser une barrière de protection évitant ainsi à ses camarades de finir calcinés. La chaleur des flammes les mordit cependant de plein fouet. Affolé, le Nain senti ses poils roussir et la sueur perler sur sa peau moite. Juste derrière lui, Zevran s'était agenouillé et leva futilement les bras devant son visage pour se protéger de la luminosité. Le torrent de feu s'éteignit enfin. Morrigan posa un genou à terre. Sa poitrine se souleva et son visage trahit sa fatigue. Bloquer ainsi cette attaque dévastatrice avait probablement drainé ses réserves d'énergie plus que de raison. La sorcière était à bout de souffle, une prochaine attaque de cet acabit leur serait fatale.
Sten prit l'initiative, il fonça vers la bête pourtant bien supérieure en taille. Cette dernière mugit comme amusée par l'audace du Qunari et tenta de le balayer comme un fétu de paille de ses longs bras massifs. Le guerrier se baissa in extremis et se laissa glisser sur le sol dallé. Les griffes du démon se refermèrent juste au-dessus de lui. Le démon rugit et releva le genou tentant de l'écraser comme une blatte. Sten se jeta vers la gauche et esquiva de peu le pied de son adversaire. La patte du démon s'écrasa lourdement, mettant fissurant le sol dallé. D'un geste vif, le Qunari frappa la créature de son épée. Le monstre ne put bloquer le coup. Le métal enchanté frappa son mollet et traça un sillon sanglant dans la chair rocailleuse. Le démon grogna de douleur. Le Qunari en profita pour se relever, il agrippa son épée à deux mains et prit appui sur ses genoux, prêt à frapper.
-« Nehraa Beresaad ! » Hurla-t-il.
Il enfonça sa lame de toute sa force dans le flanc exposé du démon. Cinq pouces de métal s'enfoncèrent dans la chair du démon. Ce dernier mugit et releva la tête. Un cri de douleur inhumain emplit la pièce. La lame du Qunari avait tracé sur le flanc du démon, une plaie béante par lequel coulait du sang noir. L'odeur nauséabonde du sang vicié arracha un rictus écoeuré au Qunari.
-« Katara Bas ! » Cria Sten en enfonçant sa lame plus profondément encore dans le corps du monstre.
Ce dernier mugit une seconde fois. Il leva son bras droit et d'un revers de main frappa le Qunari comme un fouet. Ce dernier fut soulevé comme une poupée de chiffon et s'écrasa violemment contre le mur. Sous le choc il lâcha son épée en laissant échapper un cri de douleur. Le démon leva ses griffes, prêt à saigner comme un lapin l'impétueux Qunari. Ce dernier complètement sonné n'esquissa pas l'ombre d'un geste.
Oghren rugit et se lança en avant en brandissant sa hache. Alerté par son cri, le démon tourna la tête dans sa direction. Emporté par sa furie le nain frappa de toutes ses forces le monstre. Ce dernier leva de justesse son bras gauche, interceptant le coup. La hache du nain s'enfonça dans l'avant-bras du démon ne lui causant qu'une blessure bénigne. Oghren jura et tenta de dégager son arme de la chair de la créature mais cette dernière le frappa violemment de son bras droit. Le Nain s'effondra violemment en arrière. Sa tête claironna comme une cloche. Il sentit le sang lui monter à la bouche et une douleur lancinante le mordre au niveau de l'abdomen. Le démon fit un pas dans sa direction. Oghren crut sa dernière heure arrivée, quand il entendit Morrigan incanter derrière lui. Il tourna la tête. La magicienne semblait à bout de souffle, son visage délicat était déformé par l'effort. Elle se mordit la lèvre inférieure et pointa son bâton en direction du démon. Ce dernier n'y prêta au début pas attention tendant son bras vers le Nain afin d'en finir avec lui. Sous le sortilège de Morrigan, le bras du démon se mit à geler jusqu'à l'os. L'abomination hurla de douleur en relevant son bras. Avec l'énergie du désespoir Oghren agrippa sa hache et frappa devant lui. Le tranchant de la hache heurta avec violence le coude frigorifié du démon. Sous l'impact des fissures naquirent tout au long du bras du démon. La créature affolée tenta de serrer le poing, bien mal lui en prit. Son bras explosa libérant d'innombrables morceaux de glace sur le sol.
Le démon désormais manchot hurla derechef. Zevran en profita pour passer à l'offensive. Il agrippa fermement ses dagues lames vers le bas et courut vers le démon. Il sauta lame en avant en criant. Ses dagues s'enfoncèrent sur le torse du démon. Ce dernier tituba surpris. Fermement accroché à ses lames plantées dans le torse du démon, l'Elfe virevoltait désormais 5 pieds au-dessus du sol. Il raffermit sa prise sur les poignées de ses dagues. Du sang noirâtre coulait sur le torse du monstre. Ce dernier agrippa l'Elfe de sa main restante et l'arracha de son torse. Il souleva Zevran comme une plume. Paniqué, l'Elfe se mit à se débattre comme un diable. Le Nain crut la dernière heure de son compagnon venue lorsqu'il vit apparaitre un glyphe sous les pieds du démon. Ce dernier se figea comme une statue de pierre. Le Nain tourna la tête, Morrigan venait de tracer un glyphe de paralysie sous les pieds du démon. Ce dernier se mit à grogner pour lutter contre le maléfice. Oghren vit la magicienne blêmir. Elle en avait trop fait. Elle tourna de l'œil et s'effondra sur le sol. Oghren jura, sans la magicienne ils étaient désormais à la merci des sortilèges du démon. Le glyphe n'allait pas tenir longtemps. Oghren reporta alors son attention sur le masque radieux représentant un loup rouge.
Il grogna et se releva. Il vit Sten se relever derrière le démon. Le Qunari était également mal en point. Malgré tout il souleva son épée de la main droite et l'enfonça dans l'avant-bras du démon. Ce dernier hurla et lâcha Zevran qui s'effondra sur le sol. Oghren agrippa sa hache et avança péniblement vers le masque mystique. Il entendit le démon bouger derrière lui. Visiblement le glyphe de Morrigan avait cessé de faire effet.
-« Hé saloperie ! » Beugla-t-il.
Le démon blessé pivota vers lui. Oghren leva sa hache.
-« Regarde ce que j'en fais de ta babiole de merde !
-Nooooooooooon ! » Hurla le démon d'une voix qui n'avait plus rien d'humain.
La hache frappa violemment le masque le tranchant en deux. Sous l'impact une lumière rouge illumina toute la salle.
-« Qu'as-tu fait pauvre fou ? » Hurla à nouveau le démon.
Oghren ne répondit pas, il n'entendait plus rien. Il ne sentait plus rien pas même son propre corps. Seules les ténèbres l'entouraient désormais.
